11. Une charge de peintre à la garde robbe du Roy[419], qui jouit de
tous les privilèges, aux gages de 60 liv. par an, du prix de 1,000 liv.
[419] Nous n’avons pas trouvé mention de cette charge, dont l’exiguïté
des appointements dit le peu d’importance, dans les _États de
France_ de cette époque.
12. Une maison à porte cochere scize à Argenteuil, proche la rivière, en
deux corps de logis, avec cour, puis, et jardin d’un arpent clos de
murs, du prix de 4,000 liv. On donnera au Bureau un estat au long de la
dite maison.
13. Une maison à porte cochère en cette ville, au quartier S. André des
Arcs, en trois corps de logis, grande basse cour, remise de carrosses,
et autres commoditez, du prix d’environ 40,000 liv., louée à présent
1,800 liv.
14. Une tapisserie de verdure de Flandres, en sept pièces, de dix huit
aulnes trois quarts de tour, doublée tant plain que vuide, sur deux
aulnes deux tiers de haut, avec six soubassemens de fenestre mesme
tapisserie; un lit de six pieds de long, sa housse de tabis[420] vert,
garni d’un somier de paille, matelat, lit de plume, couverture
d’Angleterre, huit fauteuils, et quatre chaises avec leurs housses,
moitié mesme tabit, moitié d’une tapisserie à l’éguille couleur de roze,
une fontaine de cuivre, et une garniture de feu fort poly, le tout du
prix d’environ 800 liv. A vendre séparément ou ensemble.
[420] C’étoit ce que nous appelons «moire» aujourd’hui. Nous l’avions
emprunté aux Orientaux qui le nomment _ôtabé_ et le mélangent de
coton.
15. Une tapisserie de verdure de Flandre, neuve en six pièces, de
dix-huit aulnes et demy de tour, sur deux aulnes, deux tiers de hault,
du prix de 900 liv.
16. La Terre et Seigneurie de la Vallée, située dans la province du
Berry, à dix lieues de Bourges et sept de Gien, entre Cosne et
Sanserre[421], à deux lieues de la rivière de Loire, le revenu de la
dite terre consistant en droits seigneuriaux, terrage, rentes,
tuillerie, estangs, garennes, six fermes, et plusieurs autres héritages
dépendant de la dite Terre, du prix de 80,000 liv. Le revenu estant de
4,000 liv. à le faire valoir par ses mains, et de 3,000 liv. de bail à
ferme. On fournira au Bureau un estat au long d’icelle.
[421] La Vallée est aujourd’hui une petite commune du canton de Lormes
dans la Nièvre.
17. Une maison a porte cochere, scize à Cormeil, trois lieues de Paris,
en deux corps de logis, cour, puits, et jardin derrière; attenant lequel
il y a une grange à foin; le tout du prix de 4,000 liv. On donnera au
Bureau un estat au long de la dite maison.
18. Cinq cens arpens de bois taillis, d’environ dix ans de coupe,
scituez à une lieue du port de Nogent sur Seine, en deux coupes égales;
l’on affermera le tout, ou une seule coupe, à commencer au mois
d’octobre prochain; ou si on veut en achepter le produit tous les ans,
on le vendra, et du tout on fera bonne composition.
19. Une charge d’ayde de Panneterie chez le Roy[422], qui jouit de tous
les privilèges aux gages fixes de 225 liv.[423] et 150 liv. de profits,
le tout payez reglement à la fin du quartier de Juillet pendant lequel
on sert[424] et est nourry, pour 5,000 liv.
[422] Il y avoit chez le roi douze de ces aides dans la
panneterie-commun.
[423] Ces gages avoient été longtemps de 300 livres.
[424] Il seroit plus clair de dire que celui qui veut ici vendre sa
charge servoit pendant le quartier de juillet.
20. Une charge de garde du Roy en la prevosté de l’hostel[425], sous la
charge de Monsieur le Marquis de Sourches, grand prevost de France[426],
qui jouit de tous les privileges, aux gages de 272 liv. 10 sols[427], à
servir pendant le quartier de Janvier, du prix de 3,050 liv.
[425] Ces gardes étoient au nombre de cent, y compris les douze qui
portoient le titre d’exempts.
[426] V. sur lui, t. I, p. 74.
[427] «Ils ont, dit l’_État de France_, 1692, in-12, p. 444, qui leur
attribue les mêmes gages, 60 livres d’extraordinaires et quelques
gratifications lorsque S. M. touche les malades.» V. sur cette
cérémonie t. I, p. 21.
21. La Terre et Seigneurie de Cléry, scize à douze lieues de Paris[428],
consistant en chasteau pour le Seigneur, et appartement séparé pour le
Fermier, clos fermé de murs, jardins, prez, terres, bois, et autres
choses en dépendant, mesmes les droits honorifiques, du prix d’environ
25,000 liv.
[428] Il reste de cette seigneurie un hameau du canton de Marines dans
l’arrondissement de Pontoise. Les seigneurs de Cléry, qui avoient
leur importance dans cette contrée, possédoient aussi un hôtel à
Paris, rue Montmartre. C’est sur son emplacement que fut ouverte, en
1633, la rue qui porte encore leur nom. En 1688, quand «la terre et
seigneurie» furent mises en vente, comme nous le voyons ici, Claude
de Poissy, chevalier, en étoit seigneur.
22. Une belle maison couverte d’ardoise, à porte cochere, scize sur le
bord de la rivière entre Brie et Corbeil, tres bien bastie, et où il y a
plusieurs beaux et magnifiques logements, avec une chapelle, grande
basse cour, jardin, enclos de huit arpens fermé de murs, prez, terre,
bois taillis et haute fustaye, canal, vivier, et generalement toutes les
autres commoditez qu’on peut souhaiter, du prix d’environ 30,000 liv. On
aura au Bureau un estat au long de la dite maison.
23. Une chaise bourgeoise de porteur[429] presque neuve, garnie de
brocatelle[430], avec une crépine de soye, d’environ 70 liv.
[429] La chaise de porteur ou à porteur «bourgeoise» se distinguoit
des autres parce qu’elle étoit sans armoiries.
[430] Étoffe de fil et de laine, qui se fabriquoit en Flandre et qu’on
appeloit aussi soit _mazeline_, soit _étoffe de l’apport-Paris_, à
cause du grand commerce qui s’en faisoit dans ce quartier-là.
_Demandes à achepter._
24. On demande à achetter une maison logeable en fief ou roture[431],
avec clos, jardin, prez, terres labourables d’environ 20,000 liv., mais
il ne faut pas qu’elle soit plus éloignée de 4, 5 ou 6 lieues de Paris.
[431] C’est-à-dire, sans aucun titre ni droit seigneurial.
25. Une tapisserie verdure, Flandre ou Auvergne[432], de dix huit
jusqu’à vingt quatre aulnes de tour plus ou moins, sur deux aulnes et
demy d’hauteur, bonne et de hazard.
[432] Les manufactures des tapisseries d’Auvergne étoient une création
de Colbert qui faisoit une rude concurrence à celles de Felletin,
comme on le voit par un arrêt du Conseil du 21 août 1691 sur les
droits d’entrée. Jabach, qui les avoit visitées pour Colbert, en
1688, lui en avoit rendu le meilleur compte. (_Corresp._ de Colbert,
t. V, p. 520.)
26. On demande à achepter une terre en fief à dix ou douze lieues de
Paris, où il y ait maison logeable, clos ou jardin, terres labourables,
prez et bois, du prix d’environ 5,000 liv.
27. Une tapisserie verdure de Flandre, ou Auvergne, qui ait depuis seize
jusqu’à dix huict aulnes de tour, plus ou moins, de l’hauteur ordinaire,
avec un bureau propre et en estat de servir à un marchand, le tout bon
et de hazard.
28. Une charge chez le Roy de 15,000 à 16,000 liv., à condition que le
vendeur se chargera de l’agréément et reception de l’achepteur, et qu’il
luy remettra toutes les pièces nécessaires en main.
29. Une maison en fief ou roture qui soit logeable, et où il y a clos ou
jardin, prez, terres, vignes et bois, proche la rivière de Seine en
montant, ou sur le chemin de Paris à Orléans, distante de Paris depuis
cinq jusqu’à huit lieues, et dans l’élection de Paris, d’environ 10,000
liv.
30. Deux garçons allemands de l’âge de vingt deux ans, qui ont fait
toutes leurs estudes, et dont l’un sçait jouer du clavessin et du
violon, demandent condition, soit valet de chambre[433], ou précepteur
pour enseigner le latin et l’allemand[434].
[433] A cette époque, valets de chambre ou laquais jouoient presque
tous du violon. De cette façon, lorsqu’ils avoient fini leur
service, on savoit, aux dépens de ses oreilles il est vrai, ce
qu’ils faisoient. L’Olive, le valet du _Grondeur_, joue du violon.
V. acte I, sc. 1; et aussi Lemontey, _Hist. de la Régence_, t. II,
p. 319.
[434] Nos guerres avec l’Allemagne avoient rendu cette étude assez
ordinaire dans les grandes familles. La Bruyère, par exemple, savoit
l’allemand et l’avoit enseigné à son élève, petit-fils de Condé.
31. Une tapisserie d’Auvergne depuis quatorze jusqu’à dix sept aulnes de
tour, plus ou moins, sur deux aulnes et demie d’hauteur, avec un miroir
glace de Venize de 25 à 30 pouces de haut, le tout bon et de hazard.
_Advis généraux._
Un particulier donne advis au public qu’il possede un secret admirable
et indubitable pour guérir toutes sortes de diarées, dissenteries, et
flux epatique, qui ne demande a estre satisfait qu’après parfaite
guérison des maladies.
Un autre particulier guérit la goute, paralisie, ydropisie, rumatismes,
toutes sortes de fièvres, et les maux vénériens, sans qu’on soit obligé
de garder la chambre.
Un particulier enseigne le toisé et l’arpentage, les fractions de
fractions, le négoce, et change étranger, et l’arithmétique en toutes
ses parties pour toutes sortes de professions étrangères, et autres, en
un mois de temps, lorsqu’on saura les quatre règles. Plus les rédactions
des poids et mesures étrangères, et autres, les évaluations, racine
carrée et cube, règles de canonier, de navire et autres vaisseaux, la
construction du carré magique[435] par progression géométrique en
proportion double, la carte[436], et plusieurs autres sciences, et du
tout donne des leçons par écrit.
[435] On appeloit ainsi un carré formé de plusieurs cases, dans
lesquelles on plaçoit des nombres dont la somme prise en tous sens
étoit la même.
[436] C’est le nom qu’on donnoit à la géographie. Pour dire qu’on
l’avoit apprise, on disoit, selon Richelet, qu’on savoit «la carte».
Il est aisé de comprendre, d’après cela, la locution populaire:
«perdre la carte».
Ceux qui auront quelque chose à commercer, vendre, achepter, troquer, ou
loüer, prendront la peine s’ils ne veulent pas venir eux mesmes au
Bureau, d’envoyer un Laquais avec un Mémoire instructif, et on leur
donnera satisfaction.
Ceux qui ont de grandes maisons dans Paris, ou à la campagne, et qui
faute de les rendre publiques demeurent à les louer, parce que la
pluspart des gens de qualité, et autres, ne lisent pas les affiches qui
sont au coing des rues, n’auront qu’à envoyer le mémoire au Bureau, pour
estre mis sur la liste.
Les maistres des auberges, des académies, des écoles, des sciences, des
messageries, et autres qui souhaitent de rendre leurs establissements
publics, n’auront qu’à envoyer au Bureau leurs qualitez, leurs
enseignes, lieu et demeure, et l’on les enregistrera, pour estre dans la
suite indiquez aux estrangers, et à ceux qui viendront s’en informer au
Bureau.
Les Huissiers qui doivent aller en campagne dans les Provinces,
viendront le déclarer au Bureau, et l’on leur envoyera les gens qui ont
à faire dans les dites provinces pour s’emboucher[437] avec eux[438].
[437] Pour «s’aboucher», mot qui n’avoit encore cours que chez les
gens de distinction et dans les livres.
[438] Un passage du _Journal_ de Colletet, à la date du 3 octobre
1676, nous donne l’explication de celui-ci sur les singuliers
trafics des Huissiers, qui, lorsque les affaires chômoient à Paris,
en achetoient en province pour s’entretenir la main: «_Comme il y
a_, dit Colletet, _des gens qui se plaisent dans la sollicitation
des affaires, et qui en acheptent mesmes quand les leurs sont finies
de peur de languir dans l’oysiveté, et pour y gagner leurs peines:
nous leur donnons avis_, notamment si ce sont des Huissiers, qui
font des courses à la campagne, _que nous leur ferons vendre à bon
compte divers billets, cédulles et promesses, dont ils pourront
faire leur profit, de particuliers encore vivants, deubs pour
nourriture, logement et entretien, au payement de quoy plusieurs
sont condamnez par sentence des Consuls_.»
Ceux qu’ils veulent achepter ou vendre des rentes, emprunter de l’argent
et en placer, vendre des maisons et héritages, soit à Paris ou à la
campagne, s’adresseront au Bureau.
Ceux qui ont des Bénéfices à permuter et à donner à ferme, des charges à
vendre ou à achepter, soit à Paris ou en Province, des bois à couper,
des estangs à pescher, et qui font faire des inventaires forcés ou
volontaires, prendront la peine de le venir déclarer au Bureau, ou
envoyer un Mémoire instructif, et l’on en advertira le public par la
liste.
Ceux qui arrivent à Paris, et ceux qui en veulent partir soit pour
voyager ou autrement, et qui ont besoin de plusieurs personnes pour
faire leur trein, peuvent s’adresser au Bureau, et on leur en envoyera
sur le champ de toutes les tailles, qualité et condition qu’ils les
demanderont[439].
[439] Sur ces valets de louage, v. plus haut, p. 50.
Ceux qui écriront des lettres au Bureau en acquitteront le port, faute
de quoy on ne les recevra point, parce que l’on s’en voit trop chargé
jusqu’à présent.
Les Etrangers qui doivent arriver à Paris avec équipage, pourront
s’adresser au Bureau, mesme par lettre demander ce qu’ils ont à faire,
soit pour logement, domestiques, ou autres choses.
Et généralement tous ceux qui veulent rendre quelque chose publique,
chercher ou indiquer, et qui d’ordinaire font mettre des affiches aux
coings des rues, qui ne sont veües que de très peu de gens, et
d’ailleurs déchirées et recouvertes les unes par les autres en peu de
temps, au lieu de faire la depense pour l’affiche, n’auront qu’à envoyer
les mémoires au Bureau, et l’on les mettra sur la liste, que l’on
imprimera régulièrement tous les quinze jours, et que l’on vendra et
distribuera de mesme que les Gazettes[440].
[440] Beaucoup de gens répugnoient à se voir affichés et ne devoient,
par suite, recourir qu’avec plus d’empressement aux avantages des
feuilles d’adresses. Colletet annonce dans son _Journal_ du 11 sept.
1676 une personne qui étoit dans ce cas. «_Honneste homme_, dit-il,
_qui sçait la langue latine et l’italienne de mesme, et qui ne peut
se résoudre à voir son nom dans les affiches publiques, s’offre aux
honnestes gens qui auront des livres italiens ou manuscrits à
traduire fidèlement, d’y travailler quels que difficiles qu’ils
soient; de montrer cette Langue à quiconque désirera
l’apprendre..._»
On sçaura au Bureau le nom des personnes qui veulent tant vendre
qu’achepter.
_Le Bureau est dans l’enclos du Palais, Cour de la Moignon, du costé du
Quay des Morfondus._