ECLIPSES.

Quant la Lune dérobe à la terre la lumière du Soleil et lorsque la Terre

ôte cette même lumière à la Lune, c’est ce qu’on nomme généralement

éclipses, qui se fait par une interposition de l’un de ces deux corps

entre l’autre et le Soleil.

Pour distinguer ces deux sortes d’eclipses par le nom, on appelle la

première Eclipse de Soleil et la deuxième Eclipse de Lune.

Nous aurons cette année une Eclipse de Lune le 2 et une Eclipse de

Soleil le 15 février, qui ne paroîtront pas ici, et une autre de Lune

qui paroîtra le 28 juillet à 1 h. 33 minutes 54 secondes du matin[41].

[41] On a pu remarquer que Blégny, dans son _Trésor des Almanachs_, ne

s’est permis aucune prédiction, bien que ce fût de règle pour ces

sortes de publications populaires. Képler lui-même ne s’en étoit pas

abstenu pour les _Almanachs_, dont la vente étoit son plus sûr

gagne-pain. L’astronome alors se faisoit astrologue: «Fille de

l’Astronomie, disoit-il, l’Astrologie doit nourrir sa mère.» Au

dernier siècle, les Académies pronostiquoient aussi; celle de

Berlin, par exemple, se faisoit avec ses prophéties un revenu dont

elle finit par avoir honte. Elles furent supprimées de l’almanach

qu’elle publioit. Il cessa de se vendre, et, l’an d’après, pour que

l’Académie pût vivre, ses prédictions recommencèrent (Arago,

_Astronomie populaire_, t. IV, p. 740). En France, c’est par ordre

et au nom du Roi qu’elles durent disparoître. L’art. 26 de

l’ordonnance d’Orléans, du mois de janvier 1560, les défendit

indirectement, en exigeant le _visa_ des évêques pour l’impression

de tout almanach. L’art. 36 de l’ordonnance de Blois, du mois de mai

1579, fut plus formel. Il fit défense d’y insérer aucune prédiction

sur les affaires politiques. Le 28 janvier 1638, autre ordonnance,

signée de La Rochelle, qui confirme celle de Blois, et enfin, au

mois de juillet 1682, édit de Louis XIV qui renouvelle à son tour

l’ordonnance de La Rochelle, en ne permettant de mettre aux

almanachs «autre chose que les lunaisons, éclipses et diverses

dispositions et tempéraments de l’air et déréglements d’iceluy».

C’est du reste, les Lunaisons surtout, ce qui faisoit le fond des

almanachs et servoit de motif aux images qu’on y voyoit sur le

titre: «Imaginez-vous de voir, dit Sorel dans _Francion_, 1663,

in-12, p. 254, ces preneurs de Lune qui sont en l’almanach de

l’année passée, où les uns taschent de l’attraper avec des échelles

qui s’alongent et s’accourcissent comme l’on veut, et les autres

avec des crochets, des tenailles et des pincettes.» L’expression

«prendre la lune avec les dents» doit être venue d’une de ces

images.--Blégny, en supprimant toute prédiction de son _Trésor des

Almanachs_, tel qu’on vient de le lire, s’étoit conformé aux

ordonnances. L’année d’auparavant il y avoit mis moins de prudence,

et quelque avertissement lui avoit sans doute été donné. Dans ses

_Observations et pronostications sur les apparences solaires et

lunaires_ pour chaque mois de l’année, il avoit dit, par exemple,

sous le dernier quartier de la lune de janvier: «_Réconciliation

entre deux fameux ennemis_»; à la pleine lune de mars: «_Élévation

surprenante_»; à la nouvelle lune d’avril: «Étranges événements»; au

dernier quartier de la lune de mai: «Trahison découverte»; à la

pleine lune de juillet: «Alliances considérables», etc., etc.

C’était aller trop loin et quelque peu enfreindre l’ordonnance de

Blois, qui vouloit qu’un almanach dût s’en tenir à l’astrologie

licite «sans y comprendre les prédictions concernant les Estats et

personnes, les affaires publiques et particulières».

Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2 · 第 122 / 232 题