CARROSSES DE ROUTES[1].

[1] C’est le nom qu’on leur donnoit pour les distinguer des carrosses

ordinaires. On dit aussi plus tard carrosses de voiture. Marivaux,

dans _Marianne_, appelle ainsi celui qui alloit de Paris à Bordeaux.

Il partoit à jour et heures fixes, qu’il y eût ou non des voyageurs.

On fit à ce sujet une épigramme sur le _Mercure_, qui, lui aussi, se

mettoit à circuler, qu’il y eût ou non quelque chose dedans:

C’est le carrosse de voiture,

Il faut qu’il parte vide ou plein.

Rue saint Nicaise sont les Carrosses de la suite de la Cour et du Pech

saint Germain, qui partent tous les jours et à toutes heures.

Rue Contrescarpe près la rue saint André, chez Mademoiselle Blavet,

logent les Carrosses d’Orléans[2] qui vont jusqu’à Die, Chambon et

Blois[3], et qui partent tous les jours[4] l’été à cinq heures du matin,

et l’hiver à neuf[5].

[2] C’est la même qui avoit aussi l’entreprise des carrosses de Rouen.

V. _Correspondance des contrôleurs généraux_, nº 235. Elle

s’appeloit Anne Boucher, veuve Blavet. Ses carrosses alloient

jusqu’en Espagne.

[3] Dans l’édition précédente, au chap. XXIV, qui a le même titre que

celui-ci, c’est de «Monsieur Blavet» qu’il est parlé, p. 51; et au

lieu d’une seule maison rue Contrescarpe, on voit qu’il en avoit une

autre «rue Saint-André, à l’Hôtel de Lion». L’an d’après, sa veuve

lui avoit succédé.

[4] Le messager de la poste partoit aussi tous les jours. C’est ce

qu’on appeloit la Malle du Courrier. La nuit du 19 décembre 1700,

celle de Tours fut dévalisée au bout du Pont-Neuf, près de la

Samaritaine, par des filous. (_Corresp. admin. de Louis XIV_, t. II,

p. 735.)

[5] Les «carrosses d’Orléans», qui avoient fourni à La Chapelle, en

1680, le sujet d’une amusante comédie restée longtemps au répertoire

du Théâtre François, descendoient encore, sous la Restauration, dans

la rue Contrescarpe, aujourd’hui rue Mazet. L’auberge du Cheval

blanc d’où ils partoient existe toujours et n’a presque pas changé

de physionomie.--On lit dans l’un des 9 numéros des _Affiches_ de

Dugone pour 1716 un avis sur ces carrosses qui partoient

régulièrement tous les jours, à 5 heures 1/2 du matin, de la rue

Contrescarpe, pour aller à Orléans en deux jours et revenir de même,

«lesquels, y est-il dit, conduisent toutes sortes de personnes,

hardes et bagages, or et argent.»

Au même lieu sont les Carrosses d’Auvergne qui partent le Mercredi et

qui passent par Chenerailles, Chasteauneuf, Ligniere, la Chatre, la

Bourance, Jarnage, le Busson Feuillentin, Guéret, Chambon, saint Amant,

Mont-Luçon, Isset, Neuvy, Rillac, Moriac, Nivdan, Aurillac, etc.

On fait partir du même endroit et le même jour le Carrosse du Berry,

passant par Orléans, Gien, Aubigny, Bourges, etc.

Tous les jours celuy de Normandie, passant par Rouen, Diepe, le Hâvre,

etc.

Les Mardis celuy de Bourdeaux qui communique avec toute l’Espagne.

Les Mercredis ceux de Chartres, de Chasteaudun, de Vendosme, etc.

Et les Vendredis et Samedis ceux de Maintenon.

Les Carosses de Caen qui étoient ci devant à l’Hôtel de Monbason[6] et

qui logent présentement rue du Jour près S. Eustache, partent tous les

Dimanches à dix heures du matin.

[6] Dans l’édit. précédente, p. 52, c’est à cette adresse qu’ils sont

indiqués. «L’hôtel des ducs de Montbazon, dit Sauval, t. II, p. 124,

est à la rue de Bétizy... Ce n’est plus qu’une auberge et une maison

garnie, et pourtant toujours au dessus de la porte se lit sur du

marbre en lettres d’or, _l’Hôtel de Montbazon_.»

Au même lieu sont les Carrosses d’Alençon pour le Maine, qui partent le

Mercredi, de Séez, d’Argentan et de Falaise, qui partent le Lundi, de

Houdan, de Dreux et de Mortagne, qui partent le Samedi, etc.

Rue Bourlabé à l’Ecu dauphin sont les Carrosses de Boulogne, Montreuil,

Calais, saint Omer et Dunkerque qui partent le Dimanche.

A l’entrée du quay de la Tournelle est le Bureau des Carrosses de

Montargis et de Nemours qui partent les Mardis et les Vendredis.

Rue saint Victor[7] logent les Carrosses qui partent le Dimanche, pour

l’Auvergne, et qui passent par le Puy, Mandre, saint Flour, Issoire,

Brioude, Saintpoursaint, Gannat, Aigueperche, Riom, Clermont, etc.

[7] «A l’entrée de la rue Saint-Victor.» Édit. de 1691, p. 52.

Au même lieu sont les Carrosses de Languedoc qui partent le même jour,

et qui vont à Montpellier, Nimes, Beaucaire, Milhaud, Lodève, Besiers,

Narbonne, Perpignan, etc.

Et encore ceux de Bourbonnois qui partent aussi le même jour, et qui

passent par Boni, Briard, Cosne, la Charité, saint Pierre le Moutier,

Nevers, Bourbon-les-Bains, Moulins, etc.

Rue Jean Robert est le Bureau des Carrosses d’Allemagne[8] qui partent

les Lundis et Vendredis, qui vont à Clermont, Thionville, d’Auvilliers,

Arlon, Vuirton, Sarloüis, Vandrevanche, Sarbrike, Hombourgt et autres

Villes des trois Evechez, Comté de Chiny et places de la Sarre, et

encore à Barleduc, Ligny, Commercy, Thoul, Nancy, Pont-à-Mousson,

Lunéville, Sarbourg, Philisbourg, Saverne, Strasbourg, Benfelt,

Scelestadt, Colmart, Brissac, Fribourg, etc.

[8] Pour ce qu’on appeloit l’Allemagne haute, il y avoit un autre

carrosse par la voie de Strasbourg, qui partoit de l’Hôtel de

Pomponne, rue de la Verrerie, en été, tous les lundis, en hiver,

tous les samedis. L’hôtel de Pomponne existe encore.

Rue saint Antoine à l’Ours logent les Carrosses de Troyes en Champagne

qui part les Mercredis et les Samedis.

Rue de la Verrerie[9] est le Carrosse de Sézanne en Brie qui part les

Mercredis et Vendredis.

[9] «A la Trinité.» Édit. 1691, p. 53.

Au même lieu sont les Carrosses de Châlons en Champagne, Vitry le

François, saint Dizier, sainte Menehout, et Joinville qui partent le

Mercredi.

A l’Hôtel de Sens[10] près l’Ave Maria, logent les Carrosses de Lyon qui

part de deux en deux jours, et qui passent en été par la Bourgogne et en

hiver par Nevers, Moulins et Auvergne.

[10] Il en sera parlé un peu plus loin.

Au même lieu sont les Carrosses de Dijon et Chalons sur Saone qui

partent les Jeudis pour passer par la route de Troyes et de Chatillon,

et les Lundis pour passer par Melun, Montreau, Sens, sainte Reyne, etc.

Et encore ceux de Chaumont, Langres et Bar sur Aube, qui partent le

Dimanche.

Rue de la Tixeranderie[11] à la Maque[12], logent les Carosses d’Amiens,

de Clermont en Beauvoisis qui partent les Dimanches, Lundis, Mercredis

et Vendredis.

[11] «Au Heaume.» Édit. 1691, p. 53. Le Heaume servoit d’enseigne à

plusieurs hôtelleries. La plus célèbre, qui n’a disparu que dans ces

derniers temps, se trouvoit aux Halles, rue Pirouette. Cl. Fauchet

la cite dans ses _Origines des chevaliers_, 1608, in-8º.

[12] La Maque étoit une grande maison de la rue de la Tixéranderie,

près de la Grève. Elle devoit son nom à Thomas Lamaque, qui, en

1527, y avoit établi une fabrique de tissus de soie. Elle étoit

ensuite devenue une auberge. On la voit figurée sur le plan

Gomboust.

Rue Jean pain molet à la Teste noire, loge le Carrosse d’Abbeville qui

part le Mercredi.

Rue saint Martin au Cardinal le Moine, loge le Carrosse de Reims qui

part le Vendredi.

Au même lieu sont les Carrosses de Soissons, Laon et Notre Dame de

Liesse[13] qui partent le Jeudi.

[13] Dans un très curieux volume publié en 1647: _Le vray thrésor de

l’histoire sainte sur le transport miraculeux de l’image de Notre

Dame de Liesse_, se trouve l’itinéraire détaillé de Paris à Laon: il

falloit trois jours pour s’y rendre «en coche».

Rue saint Denis au grand Cerf[14], loge le Carrosse de Bruxelle, qui

part les Mercredis et Samedis, et qui passe par Senlis[15], la Ferté,

Guise, l’Isle, Tournay, Douay[16], etc.[17]

[14] Vaste auberge, dont la cour faisoit communiquer la rue des

Deux-Portes-Saint-Sauveur avec la rue Saint-Denis. Un passage du

même nom la remplace. Il fut question, en 1763, d’y mettre la

Comédie Italienne.

[15] Senlis avoit son coche particulier. Il fut pillé en 1652, et sept

de ses voyageurs tués. (_Mém._ de Conrart, p. 35.)

[16] Un autre carrosse alloit par Péronne, Cambray, Valenciennes,

Mons, etc. C’est celui que prit Regnard, se rendant à Bruxelles: «Le

premier jour, avons-nous dit dans la _Vie de Regnard_, il ne va pas

plus loin que Senlis, où l’attend Fercourt, qui vient de Beauvais,

et où ils couchent, les coches ne marchant pas de nuit. Le

lendemain, tout ce qu’ils peuvent faire est de pousser jusqu’à

Péronne, et le surlendemain jusqu’à Gournay. Le jour suivant, qui

est le quatrième, ils couchent à Cambray; le cinquième à

Valenciennes, le sixième à Mons, le septième à Notre-Dame-de-Halle;

le huitième, ce terrible coche de Flandre les dépose où ils doivent

s’arrêter, et Regnard peut écrire avec soulagement: «Nous arrivâmes

enfin à Bruxelles.»

[17] «On trouve rue Saint Germain de l’Auxerrois des carrosses de

renvoi pour Évreux et pour Caen.» Édit. 1691.

On trouve rue saint Germain l’Auxerrois des Carosses de renvoi pour

Evreux et pour Caën.

Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2 · 第 80 / 232 题