Monsieur Binet qui fait les perruques du Roy[1], demeure rue des Petits
Champs, M. le Grain qui fait celles de Monsieur, est logé au Palais
Royal dans la Cour des cuisines.
[1] Ces perruques, dont la forme fut longtemps en vogue, s’appeloient,
à cause de lui, des _binettes_, ou _perruques-binettes_, comme dit
Salgues dans un curieux chapitre de son livre: _Paris_, 1813, in-8,
p. 352. Le mot se conserva dans le peuple, qui, de la perruque,
finit par l’appliquer à la tête. Le mot tintamarresque «une binette»
vient de là.--Le Roi avoit tout un cabinet de perruques, séparé de
sa chambre par la salle du Conseil, et qu’on appeloit soit cabinet
des perruques, soit cabinet des Termes. Il étoit, en effet, garni
tout autour de Termes ayant chacun une perruque sur la tête. Les
formes varioient suivant que le Roi alloit à la chasse, recevoit les
ambassadeurs, ou restoit dans ses appartements. Binet, qui avoit
soin de cette singulière collection, quittoit rarement la Cour. Il
comptoit parmi les cent cinq personnes, distribuées en cinq tables,
qui avoient droit de manger chez le Roi, et qui, à ce titre, comme
nous l’avons vu dans le manuscrit que possédoit Techener: _État et
menu des dépenses pour 1705_, recevoient chacune un chapon. La
consommation de cheveux choisis qu’exigeoient les perruques royales
étoit considérable. Binet n’y épargnoit rien: «Je pélerois,
disoit-il, toutes les têtes du Royaume, pour parer celle de Sa
Majesté.» Son fils François Binet eut en survivance sa charge de
premier barbier, et sa fille épousa, en 1720, le fils de Quentin, un
des barbiers ordinaires. (_Mercure_, mai 1720, p. 172.) C’est
Quentin qui, avec Binet, avoit la garde des perruques du Roi, et lui
donnoit celle du lever plus courte que les ordinaires.
Le Bureau des deux cens Barbiers, Baigneurs, Etuvistes et Perruquiers de
Paris[2], est sur le quay des Augustins au coin de la rue Git-le-cœur.
[2] Cette corporation des deux cents barbiers de Paris avoit été créée
le 14 décembre 1673, par déclaration royale, en exécution d’un édit
du mois de mars précédent. En décembre 1691, au moment où ce _Livre
commode_, déjà imprimé sans doute, étoit sur le point de paroître,
le nombre des barbiers avoit été augmenté de cent, et, deux mois
après, il le fut encore de cinquante; enfin, en 1701, cent nouvelles
places héréditaires furent créées.
Les Prévots Sindics de cette Communauté, sont Messieurs Broussin rue de
Bussy, Petit rue de la Verrerie, Boudet rue saint Loüis près le Palais,
du Chemin rue Montmartre, Caquet rue Dauphine, et Daubons sous l’Orloge
du Palais.
Entre ceux qui sont renommez pour faire les Perruques de bon air, sont
Messieurs Pascal quay de Nesle[3], Pelé rue saint André, du Pont et des
Noyers rue de Richelieu, Jordanis rue d’Orléans, l’Abbé rue des Petits
Champs, d’Angerville près le Palais Royal, Vincent quay des Augustins,
etc.
[3] «Le sieur Pascal, au coin de la rue de Guenegaud, est fort renommé
pour les perruques.» Édit. 1691, p. 26.
Messieurs de la Roze[4] et du Bois sont renommez pour les petites
Perruques servant aux Ecclésiastiques.
[4] «M. De la Roze, à l’entrée de la rue Saint-André, est renommé pour
les perruques abbatiales.» Édit. 1691, p. 63.
Messieurs Pelé et Vincent ci-devant désignez font aussi commerce de
Cheveux en gros et en détail[5].
[5] Ces marchands de cheveux avoient des coupeurs qu’ils envoyoient en
Normandie, en Flandre, en Hollande, etc., d’où ils leur rapportoient
à la fois, six, huit ou dix livres de cheveux, qui devoient avoir au
moins vingt-quatre à vingt-cinq pouces de long. Les meilleurs
venoient toujours du Nord. C’étoit ensuite la Normandie qui en
fournissoit le plus. Le prix varioit de quatre francs la livre pour
les cheveux communs, jusqu’à cinquante écus pour les blonds
argentés, qui étoient les plus recherchés. _V._ sur tout cela,
Jaubert, _Dictionn. des Arts et Métiers_, t. III, p. 436-437.
Autant en font Messieurs du Mont, Potiquet et Rossignol sous la galerie
des Innocens, et encore Mesdames Lançois rue d’Orléans et Danteuil rue
Tirechappe.
Le Sieur Thomé Clerc de la Communauté des deux cens Barbiers, demeure en
leur Bureau, c’est à luy qu’il faut s’adresser pour les privileges qui
sont à vendre ou à loüer[6].
[6] On a lu dans l’Introduction, t. I, p. xli, comment les privilèges,
quels qu’ils fussent, se louoient.
Entre les Coiffeuses qui sont fort employées, sont Mesdemoiselles
Canilliat place du Palais Royal, Poitier près les Quinze Vingts, le Brun
au Palais, de Gomberville rue des bons Enfans, et d’Angerville devant le
Palais Royal[7].
[7] «On fait des calottes de toile jaune et de serge à mettre sous les
perruques, chez un calotier, qui a sa boutique sous la porte de la
cour neuve du Palais. Les calottes ordinaires se trouvent sur le
quay de l’Horloge du Palais.» Édit. précéd., p. 26. A l’époque de la
Terreur, le commerce des cheveux se faisoit sur ce même quai, où
l’on n’avoit vu jusqu’alors que «les perruquiers en vieux». Il
s’alimentoit des chevelures des condamnés de la Conciergerie. Le
nombre en fut si grand qu’à un moment le prix des cheveux en baissa!
Aujourd’hui le bureau de placement des garçons coiffeurs est sur le
quai des Orfèvres.