PELLETTERIE ET FOURRURES.

Le Bureau des Marchands Pelletiers et Fourreurs qui sont des six Corps

des Marchands[1], est rue de la Tabletterie ou des Fourreurs[2].

[1] Nous l’avons dit plus haut, c’étoit le troisième des six.

[2] La rue des Fourreurs, étant la prolongation de la rue de la

Tabletterie, du côté de la rue de la Ferronnerie, où elle débouchoit

au carrefour de la place aux Chats, on les confondoit souvent l’une

avec l’autre.

Les Maitres et Gardes en Charge de la Marchandise de Pelletterie, sont

Messieurs le Grand rue saint Antoine, Maillard rue saint Mederic,

Lepreux, Ferrat, Hemins et Maçon rue de la Tabletterie ou des Fourreurs.

Les Marchands qui font grand commerce et qui tiennent magasins de peaux,

sont Messieurs Goblet, Vendretin, Mole et Julien même rue; Denis, rue

saint Honoré; Gorge rue saint Denis[3]; Loger Pont saint Michel,

Charniette rue saint Martin, etc.[4]

[3] C’est le même qui, plus bas, est nommé Georges.

[4] «On trouve dans ces endroits, dit Liger, p. 379, de très-beaux

manchons pour hommes et pour femmes et des plus à la mode... On y

vend aussi de très-belles aumusses à petit gris.» Il ajoute un mot

sur «les _palatines_ travaillées proprement, composées de peaux

d’animaux, tant étrangers que du pays». Madame, princesse

_Palatine_, mère du Régent, les avoit mises à la mode. Elles ont

gardé son nom. Elle en porte une de la plus belle hermine sur son

portrait peint par Largillière, qui est aujourd’hui au musée de

Genève.--Liger, en parlant des manchons, auroit pu dire qu’il s’en

tenoit au Temple une foire très-courue à la fin d’octobre. (V.

Palaprat, t. II, 2e part., p. 20, et le _Journal de Collé_, t. I, p.

121.)

Les boutiques des Marchands Pelletiers qui font le détail sont pour la

plupart près l’aport de Paris, rue du Crucifix saint Jacques de la

Boucherie, et rue de la Juifferie aux environs de la Magdelaine[5].

[5] En la Cité.

On tire par le Messager de Niort des Peaux de Chevres et de Mouton

passées en Chamois en huille[6].

[6] L’édit. de 1691, p. 37, contient sur l’article des peaux de Niort,

qui sont encore célèbres aujourd’hui, un détail plus clair: «On

fabrique à Niort, en Poitou, des peaux de chèvres et de moutons

passées en chamois, en huile et en détrempe.» Un autre article suit:

«les peaux imperméables à l’eau et à l’air se vendent rue du Four,

faubourg Saint-Germain, au coin de la rue des Canettes.»

Le Sieur Rosnel au Plat d’Etain[7] à l’entrée de la rue saint Denis fait

grand débit de toutes sortes de Peaux, et vend des Calçons et Chaussons

de vray et de faux Chamois[8].

[7] «Près la porte de Paris.» Édit. 1691, p. 37. C’est porte

Saint-Denis qu’il faut lire. Le _Plat d’étain_ en étoit tout proche.

[8] L’édit. précédente ajoutoit: «et de chèvre passée en huile».

Le Sieur l’Evêque Güaisnier[9] rue de la Coustellerie fait grand

commerce de Peaux de Chagrin.

[9] Richelet dans son Dictionnaire donne une définition intéressante

du «gainier» de son temps: «ouvrier, dit-il, qui fait des gaînes, et

qui avec du veau, du maroquin ou du chagrin, couvre des cassettes,

des coutelières, étuis, écritoires et autres pareilles choses qu’il

figure (enjolive) avec des fers.»

M. Santeuil[10] rue Bourlabé, tient magasin de Vaches de Roussy[11], de

Levant, de Peaux de Castors[12] et de diverses autres Peaux étrangeres.

[10] Il étoit de la famille du poëte, une des plus importantes du

commerce parisien, et qui avoit même eu quelques-uns des siens dans

l’échevinage.

[11] On prononçoit ainsi Russie. Ces cuirs russes servoient depuis

Louis XIII à faire les bottes à la mode. On les imitoit à Paris,

mais imparfaitement. Richelet explique le procédé dans son

_Dictionn._, t. I, p. 427, et ajoute: «M. Mérigo, l’un des plus

habiles tanneurs de Paris, m’a dit ce que j’avance ici de la vache

de Roussy.»

[12] Notre compagnie du Canada ou de la Nouvelle-France en avoit le

privilége, mais à la condition expresse de ne les tirer que de nos

colonies pour les débiter en France. (_Correspond. des Contrôleurs

généraux_, nº 174.) Sous Louis XIII, cette compagnie, dont le

mercier Nicolas Libert étoit un des directeurs et associés, avoit

une manufacture de ces chapeaux dans l’enclos de la Trinité, rue

Saint-Denis. V. la réimpression faite pour l’Académie des

Bibliophiles, en 1867, d’un «arrêt de 1634 pour les chapeaux de

castor».

M. George rue saint Denis près la fontaine la Reine, fait commerce de

Peaux de Lapin, de Lievres et autres pour les Chapeliers.

M. Toupault rue Quinquempoix fait le même commerce, et vend diverses

sortes de Peaux pour les Fourreurs.

Les Marchands Foureurs qui font le détail des Manchons des Hermines[13],

et generalement des Marchandises de Fourures, sont pour la plupart dans

la rue des Foureurs près sainte Opportune et dans la rue de la vieille

Bouclerie[14].

[13] «Peaux en poils.» Édit. précédente, p. 37.--L’hermine ne servoit

pas seulement aux vêtements des avocats. On en faisoit aussi des

pelisses. Voilà pourquoi, jouant sur le nom de Pelisson, Somaize,

dans le _Dictionnaire des Précieuses_, l’appelle Herminius.

[14] On lit, à la suite, dans l’édit. de 1691: «Il y a beaucoup de

corroyeurs au faubourg Saint-Marcel, aux environs de la rivière des

Gobelins, rue Maubuée et cloître Saint-Jacques de la Boucherie.» On

sait que les corroyeurs n’ont pas encore quitté les bords de la

rivière des Gobelins.

Il y en a d’ailleurs quelques autres rue de Gesvres, sur le quay neuf et

rue saint Antoine.

Pour les Peaux de Buffles, voyez l’article des Armes et Bagages de

Guerre.

Pour les Vaches de Roussy et Maroquins façon de Levant, voyez l’article

des Bureaux publics.

Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2 · 第 15 / 232 题