ÉMILE VAN MARCKE

Émile van Marcke, le célèbre peintre animalier qui vient de mourir,

était né à Sèvres en 1827, mais il était originaire des Flandres. De

cette origine, sans doute, et aussi des leçons de son maître Troyon, il

avait gardé cette simplicité sincère, solide et robuste, qui lui mérita

une place toute spéciale parmi les artistes contemporains.

On se rappelle comment, depuis le salon de peinture de 1857, ou il avait

envoyé pour ses débuts un paysage intitulé _Les environs de

Villeneuve-l'Étant_, il peignait largement et rudement ses bestiaux aux

croupes luisantes.

Certes, ses toiles n'avaient rien de particulièrement idyllique. Il leur

manquait aussi la mélancolie profonde, le mystère indéfini qui fait

rêver si longuement devant les incomparables compositions de Troyon.

Mais van Marcke peignait avec de si sûrs et de si justes effets, il

traduisait le spectacle de la nature avec une précision si naïve: on

sentait dans ses oeuvres les résultats accumulés de tant d'observations

patientes: enfin on éprouvait avec tant de netteté que son talent

comportait surtout beaucoup de probité artistique, qu'il était difficile

de ne pas être ému devant les toiles que chaque année il exposait au

Palais de l'Industrie.

D'ailleurs, van Marcke a obtenu de nombreux succès. Presque chaque

exposition lui valut une récompense. Il reçut des médailles en 1867, en

1869 et en 1870. En 1872, il fut nommé chevalier de la Légion d'honneur;

en 1878, à l'exposition universelle, une médaille de première classe lui

fut enfin décernée. De plus, pendant plusieurs années consécutives, ses

camarades l'élurent membre du jury du Salon.

Émile van Marcke est mort subitement à Hyères. Ses obsèques ont été

célébrées à Paris devant quelques amis intimes seulement.

[Illustration: M. VAN MARCKE. D'après une photographie de M. Pirou.]

[Illustration: M. ÉMILE DURIER. D'après une photographie de M. Appert.]

[Illustration: EN TUNISIE.--Le nouveau bateau faisant le service des

voyageurs entre La Goulette et Tunis.]

Le service par bateau de la Goulette à Tunis.

Le lecteur sait qu'il est impossible de débarquer directement à Tunis

les passagers et les marchandises à destination de cette ville. Elle

s'élève en effet sur les bords d'un lac d'eau salée de 18 kilomètres de

circonférence et de deux mètres de profondeur qui communique avec la

Méditerranée par un étroit canal, impraticable aux navires, et dont

l'extrémité antérieure est occupée par le port de la Goulette.

Voyageurs et marchandises doivent donc débarquer dans ce dernier port.

La distance entre les deux villes est de 17 kilomètres.

Une ligne de chemin de fer exploitée par la Compagnie italienne Rubatino

est chargée d'assurer le service des communications entre elles et de

transporter les voyageurs. Elle le fait, mais à un prix très élevé, et

avec une lenteur souvent désespérante, certains trains mettant plus

d'une heure à effectuer le parcours: quant aux marchandises, de lourdes

embarcations appelées mahones les prennent et s'engagent dans le chenal

dont nous venons de parler. Elles arrivent à destination quand elles

peuvent.

En résumé, on le voit, cet important service laisse fort à désirer et

est fait dans les plus mauvaises conditions de régularité.

Aussi, est-ce avec une grande satisfaction que le public intéressé a

accueilli l'apparition de la nouvelle «Compagnie franco-tunisienne de

transports».

Cette compagnie est plutôt une association privée. Elle est constituée

par une quinzaine de membres, tous français, qui ont versé le capital

nécessaire. Parmi eux nous citerons: MM. Dautresme, Ossude et Anson, les

administrateurs délégués.

La direction du service est confiée à M. Advis, ancien commandant du

paquebot la _Ville-de-Brest_, de la Compagnie générale transatlantique.

La Société se propose d'effectuer tous les transports de voyageurs et de

marchandises entre la Goulette et Tunis.

Jusqu'ici le service seul des voyageurs a été organisé; mais celui des

marchandises ne tardera pas à l'être: les bateaux servant à ce transport

ou chalands sont prêts et le remorqueur de mer que la Compagnie fait

construire le sera très prochainement.

Nous donnons le portrait du vapeur, qui actuellement fait quatre voyages

quotidiens entre les deux ports.

Il a 21 mètres de long sur 3 m. 50 de large, et peut prendre 120

voyageurs, dont 72 sur le pont. L'aménagement est très bien compris et

l'installation très confortable.

Il est muni d'un nouveau modèle de machine pouvant déployer une grande

force (100 chevaux) sous un très petit volume, sortant des ateliers

Saint-Denis, à Paris, et due à M. Thévenet, ingénieur.

La Société franco-tunisienne a toutes les chances de réussite pour elle.

Le prix de la traversée est d'environ un tiers meilleur marché que celui

de la Compagnie Rubatino, et le mode de locomotion par eau est

certainement plus agréable que le voyage en wagon, surtout pendant

l'été.

Enfin rien ne laissera à désirer lorsque, très prochainement, le

remorqueur amènera avec régularité à Tunis les marchandises transbordées

à la Goulette sur les chalands de la Compagnie.

Dans quelques jours un second bateau pour voyageurs effectuera le

parcours concurremment avec le premier.

L'Illustration, No. 2497, 3 Janvier 1891 · 第 13 / 25 题