Le général Lecointe, qui vient de mourir à l'âge de soixante-treize ans,
était un bon et brave soldat: on le vit bien pendant notre malheureuse
guerre contre l'Allemagne, mais sa modestie et sa loyauté ne souffrirent
jamais qu'on fit, autour de ses mérites réels, le bruit et la réclame
que tant d'autres ne fuiraient point. Il voulut toujours rester à sa
place, et, quelle que fut la situation qu'il occupait, on n'a jamais pu
dire qu'il ne justifiât pas les choix dont il était l'objet.
Sa carrière militaire suivit, pour ainsi dire, pas à pas, campagne par
campagne, l'histoire militaire de ces quarante dernières années.
Sous-lieutenant en 1839, capitaine en 1848, il fait les campagnes de
Crimée, d'Italie, du Mexique; il y conquiert ses grades par sa bravoure
et son énergie. Il est colonel en 1864. Au début de la guerre de 1870,
il commande le 2me régiment de grenadiers de la garde; il se distingue à
Rezonville; il est pris à Metz, il s'échappe, il est nommé général de
brigade et il reçoit le commandement d'une division de l'armée du Nord.
A la bataille de Villers-Bretonneux, il enlève le village de Gentelles
après une action brillante et décisive; onze jours plus tard, il reprend
aux Prussiens Saint Quentin et Ham. Nous pourrions ainsi suivre le
général Lecointe de fait d'armes en fait d'armes jusqu'à la fin de la
guerre et nous n'aurions qu'à constater qu'il fut un de ceux qui
sauvèrent, l'honneur de notre armée.
Après la guerre, le général Lecointe, promu divisionnaire, a occupé de
hauts postes qui témoignaient de l'estime dans laquelle il était tenu
par ses pairs. Il a été commandant de corps, gouverneur de Lyon, et
gouverneur militaire de Paris, du mois de mars 1881 à l'année 1884. Ses
concitoyens du département de l'Eure l'avaient élu sénateur en 1882. Il
était grand-officier de la Légion d'honneur.
[Illustration: LE GÉNÉRAL LECOINTE Ancien gouverneur de Paris, récemment
décédé.--Phot. Appert.]