[6] Branca d'Oria, d'une noble famille de Gênes, invita aussi à un

repas, et fit mourir par trahison son beau-père, Michel Zanche, dont il

est parlé au vingt-deuxième chant, note 6; il fut aidé dans son crime

par un de ses parents. Le poëte dit qu'ils descendirent tous deux en

Enfer plus vite que le malheureux qu'ils assassinaient.

[7] Quoique Dante se fût engagé par serment envers cet Albéric, il se

fait une vertu d'être parjure envers lui, tant sa trahison l'avait

révolté.

[8] Cet esprit de la Romagne était toujours Albéric, et le Génois était

d'Oria. Ceci fait allusion à un proverbe italien, peu favorable aux

Romagnols: ils passent pour la pire nation de l'Italie, et Albéric est

ici représenté comme le plus mauvais d'entre eux. Il est aussi la

dernière ombre qui parle dans les Enfers.

Il me semble que, dans un siècle où la religion était si puissante sur

les esprits, ce dernier supplice que Dante emploie, dut produire un

effet bien effrayant. Albéric et d'Oria, avec son parent, étaient trois

citoyens coupables de grands crimes à la vérité, mais illustres par

leur naissance, connus de tout le monde, et tous trois pleins de vie.

Dante vient affirmer, à la face de l'Italie, que ces trois hommes ne

vivent plus, que ce qu'on voit n'est que leur enveloppe animée par un

démon, et que leur âme est en Enfer depuis longues années. C'était

montrer la main de Dieu au festin de Balthazar. Aussi reste-t-il une

tradition du désespoir où il réduisit ces trois coupables. On ne peut

sans doute faire un plus bel usage de la poésie et de ses fictions, que

d'imprimer de telles terreurs au crime: c'est faire tourner la

superstition au profit de la vertu.

Je n'insiste pas sur les beautés de l'épisode d'Ugolin; j'observerai

seulement que l'extrême pathétique et la vigueur des situations ont

tellement soutenu le style du poëte, qu'on y peut compter cent vers de

suite sans aucune tache. C'est là qu'on reconnaît vraiment le père de

la poésie italienne. Si Dante n'a pas toujours été aussi pur, c'est à

la bizarrerie des sujets qu'il faut s'en prendre. Pétrarque, né avec

plus de goût et un génie moins impétueux, s'exerça sur des objets

aimables. La _Jérusalem_ est, comme on sait, le sujet le plus heureux

que la poésie ait encore embelli. D'ailleurs, au siècle de Tasse, les

limites de la prose et des vers étaient mieux marquées; la langue

poétique avait repoussé les locutions populaires; elle n'admettait plus

que les mots sonores; elle avait écarté ceux qui embarrassent par un

faux air de synonymie; elle savait jusqu'à quel point elle pouvait se

passer des articles; enfin, comme le langage est le vêtement de la

pensée, on avait déjà pris les mesures les plus justes et les formes

les plus élégantes. Mais Dante n'a point connu ce mérite continu du

style; il tombe quand le choix des idées ou la force des situations ne

le soutiennent pas.

CHANT XXXIV

ARGUMENT

Quatrième et dernier giron, dit de Judas, où Lucifer, traître envers

Dieu, est entouré de traîtres envers leurs bienfaiteurs. Sortie de

l'Enfer.

VOICI LES ÉTENDARDS DU PRINCE DES ENFER [1].

--Regarde en avant, me dit le sage, et vois si tu peux les distinguer.

Je regardai, et je crus entrevoir je ne sais quel grand édifice; comme

lorsqu'un épais brouillard ou la nuit obscure s'affaissent dans les

campagnes, on voit de loin un moulin agitant ses bras au souffle des

vents.

J'avançais; et pour me dérober à la rigueur de l'air qui frappait mon

visage, je marchais derrière mon guide, unique abri qui fût en ces

lieux.

Déjà, et ce n'est point sans frissonner que je le dis, déjà nous étions

au dernier giron de l'Enfer; à ce giron où les ombres sont ensevelies

dans la profonde glace, d'où elles apparaissent comme des fétus dans le

verre et sous toutes les attitudes; renversées, debout, étendues ou

courbées comme un arc, et touchant de leurs fronts à leurs pieds [2].

Quand nous fûmes assez avancés pour qu'il plût au sage de me montrer la

créature qui fut jadis si belle, il me fit arrêter, et s'écartant de

moi:

--Voilà Satan, me dit-il, et voici les lieux où tu dois t'armer de

toute ta constance.

Je m'arrêtai alors, chancelant et transi, dans un état que la parole ne

saurait exprimer: ce n'était point la vie, ce n'était point la mort;

eh! qu'étais-je donc hors de l'une et de l'autre!...

Je voyais au centre du glacier le monarque de l'empire des pleurs

s'élever de la moitié de sa poitrine en haut; et ma taille égalerait

plutôt la stature des géants, qu'ils ne pourraient approcher de la

longueur de ses bras.

Quel était donc le tout d'une telle moitié [3]?

S'il fut jadis l'ornement des cieux, comme il est à présent l'effroi

des Enfers, c'est bien lui qui doit être le centre des crimes et des

tourments, lui qui osa mesurer de l'oeil son créateur!

Mais combien redoubla ma terreur quand je vis son énorme tête composée

de trois visages; le premier s'offrant en face, les deux autres

s'élevant sur chaque épaule, et tous trois se réunissant pour former la

crête effroyable dont il était couronné!

Le premier visage était rouge de feu, l'autre était livide, et les

peuples qui boivent aux sources du Nil portent la noire image du

troisième.

À chaque face répondaient deux ailes aussi vastes qu'il le fallait au

plus grand des archanges, et telles que l'Océan ne vit jamais sur ses

flots de voile si démesurée.

Il agitait deux à deux ces ailes sans plumage; et les trois vents qui

s'en échappaient allaient glacer les étangs du Cocyte [4].

De tous ses yeux tombaient des larmes qui se mêlaient à l'écume

sanglante de ses lèvres, et de chaque bouche sortait un coupable que le

monstre broyait sous ses dents; éternel bourreau d'une triple victime!

Mais il tourmentait plus effroyablement encore, du tranchant de ses

ongles, l'infortuné qui sortait de la bouche du milieu, et dont il

retenait la tête et les épaules englouties.

--Ce premier des trois, et certes le plus malheureux, me dit mon guide,

est le traître Judas: des deux autres que tu vois à ses côtés, et qui

pendent la tête en bas, l'un est Brutus qui souffre et se tait; l'autre

est l'énorme Cassius [5]. Mais il faut partir, car la nuit approche;

notre course est finie, et _tout est parcouru_.

Alors, suivant son désir, j'enlaçai mes bras autour de son cou; et dès

que le monstre, en déployant ses ailes, eut découvert l'épaisse toison

dont ses flancs étaient hérissés, mon guide s'y attacha, et descendit

de flocons en flocons à travers les glaces, m'emportant ainsi suspendu;

mais il touchait à peine à la ceinture de l'ange, que je le vis,

allongeant ses bras et s'aidant de ses mains, tourner péniblement sa

tête où étaient ses pieds, et monter comme s'il fût rentré dans

l'abîme.

--Soutiens-toi, me cria-t-il hors d'haleine; c'est par de telles

marches qu'il faut sortir de l'Enfer.

Et s'élevant aussitôt vers les rochers entr'ouverts sur nos têtes, il

sortit et me déposa sur leurs bords.

Assis à ses côtés, je levai les yeux pour contempler encore Lucifer, et

je ne vis plus que ses jambes renversées qui se dressaient devant moi.

Que le stupide vulgaire se figure maintenant le trouble où je fus alors,

lui qui ne voit pas quel est le point du monde que j'avais franchi.

Mais bientôt le sage me cria:

--Relève-toi; la route est longue, le sentier difficile, et déjà le

soleil est aux portes du matin [6].

Ce n'étaient pas ici des sentiers faits par la main des hommes, mais

une suite de cavités et de précipices, route impraticable aux mortels,

et toujours haïe de la lumière.

--Maître, dis-je alors, avant de m'arracher de ces entrailles du monde,

daignez écarter d'un mot les nuages qui offusquent ma pensée.

Apprenez-moi ce qu'est devenu le glacier; pourquoi Lucifer est ainsi

renversé, et comment, dans un si court espace, le soleil a remonté du

soir vers le matin?

--Tu crois être encore, me répondit-il, à la même place où tu m'as vu

me prendre aux flancs du reptile immense qui sert d'axe à la terre; et

nous y étions, il est vrai, lorsque je descendais le long de ses côtes

velues; mais quand tu m'as vu tourner sur moi-même et remonter, je

passais alors avec toi le centre du monde, ce point unique où tendent

tous les corps. Tu foules maintenant les voûtes opposées au cercle de

Judas; te voilà dans l'hémisphère qui répond au nôtre; voici l'antipode

de cette masse aride que forment les trois parties de la terre habitée,

et dont le centre fut arrosé du sang de l'Homme-Dieu: le jour luit pour

ce monde quand il s'éteint pour l'autre. L'archange, dont tu ne vois

plus que les pieds renversés, est toujours debout dans les Enfers.

C'est sur cette moitié du globe qu'il tomba du haut des cieux; la terre

épouvantée se retira devant lui, et, se couvrant du voile de ses eaux,

s'enfuit vers nos climats; mais forcée de donner retraite à ce grand

coupable, elle ouvrit un abîme dans son sein, et s'écarta pour s'élever

en montagne vers l'un et l'autre hémisphère [7].

Il est, par delà les Enfers, une étroite et obscure issue qui retentit

à jamais de la chute d'un ruisseau; et c'est là que mon oreille fut

avertie de la distance où j'étais de Lucifer [8]. Le ruisseau tombe

lentement à travers les rochers qu'il creuse dans sa course éternelle.

Nous gravîmes aussitôt le dur sentier qu'il ouvrait devant nous, mon

guide en avant et moi sur ses traces; et, remontant ainsi sans trêve et

sans relâche, nous parvînmes au dernier soupirail, d'où nous sortîmes

enfin pour jouir du spectacle des cieux.

NOTES

SUR LE TRENTE-QUATRIÈME CHANT

[1] Dante a cru donner une véritable parure à ce dernier chant, en

débutant par le premier vers du _Vexilla regis_, hymne que l'Église

chante dans la semaine sainte.

[2] Ce silence qui règne au milieu de tant de maux; ce calme déchirant

d'une douleur immodérée qui ne peut se manifester; ce repos de mort où

paraissent languir les premières victimes de l'Enfer: voilà le dernier

coup de pinceau par lequel le poëte a voulu terminer son grand tableau.

Trente chants ont été employés en dialogues, en plaintes et en

gémissements: la douleur s'est fait entendre par tous ses langages;

elle s'est montrée sous toutes ses formes, et la variété de tant de

dessins a été comme soumise à un seul ton de couleur. Mais ici, par un

grand contraste, tout est muet. Les coupables, cachés dans l'épaisseur

de la glace, luttent sourdement contre leurs souffrances, et le mal est

à la racine de l'âme. Satan lui-même, centre des crimes et des

tourments, n'est plus l'ange de Milton, brillant de jeunesse et

d'orgueil, et disputant avec Dieu de l'empire du monde: c'est un

malheureux vaincu, tombé après six mille ans de tortures et de

captivité, dans l'abrutissement du désespoir.

Il faut avouer que cette grande et belle imagination est entourée de

plus de bizarreries, que le poëte n'en a semé déjà dans le reste de son

poëme. Il est triste de voir trois visages à Lucifer, de le voir mâcher

trois coupables, de voir Dante et Virgile s'accrocher à ses poils pour

sortir de l'Enfer, etc., etc.

[3] Dante a eu tort de vouloir calculer les dimensions de Satan; il

fallait plutôt lui laisser cette taille indéfinie que Milton lui donne;

ce beau vague dans lequel se trouve toujours le Jupiter d'Homère. Ce

Dieu, faisant trembler l'Olympe du mouvement de ses sourcils, nous

paraît être dans la haute et pleine majesté qui convient au maître du

monde; aussi, le poëte s'est bien gardé d'assigner une étendue à ses

sourcils. S'il avait eu cette puérile intention, et qu'il leur eût

donné, par exemple, la longueur d'un arpent, les Claudiens seraient

venus ensuite qui les auraient faits longs de cent, et qui auraient cru,

en effet, leur Jupiter cent fois plus terrible que celui d'Homère.

C'est d'après ce principe de goût qu'on doit trouver ridicule le même

Jupiter lorsqu'il se vante de pouvoir porter tous les dieux suspendus

au bout d'une chaîne: car, bien que la force de chaque dieu ne soit pas

limitée, et que Jupiter, luttant contre eux tous à la fois, nous donne

une grande idée de la sienne, il me semble qu'une chaîne, objet trop

connu, ne doit pas être le moyen d'une puissance inconnue et sans

bornes. Il ne faut jamais que notre imagination donne sa mesure.

[4] Chétive invention, pour expliquer l'état de congélation où se

trouve cette dernière enceinte. Le poëte, en décrivant les ailes de

Lucifer, dit qu'elles étaient telles qu'il les fallait à un tel oiseau,

et qu'elles étaient faites de peau, comme celles des chauves-souris. A

propos du visage de nègre qu'il lui donne, j'observerai que, dans les

premiers siècles de l'Église en peignait toujours le Diable sous la

figure d'un Éthiopien: la race noire était alors assez rare en Europe

pour faire la plus grande sensation toutes les fois qu'on en voyait:

les nègres étaient donc les représentants du Diable. Mais depuis les

voyages d'Afrique, cette espèce s'est tellement répandue en Europe, que

l'imagination même des enfants n'en étant plus frappée, on ne sait plus

quelle couleur donner au Diable.

[5] La philosophie s'indignera peut-être de voir ici Brutus et Cassius

si maltraités. Mais il faut croire que Dante a jugé ces stoïciens

farouches d'après Plutarque: le faux enthousiasme d'une liberté qui

n'existait plus les égara; ils ne virent point que Rome n'avait plus le

choix d'un maître, et que _César était le médecin doux et bénin que les

dieux avaient donné à l'empire malade_: en le massacrant sans fruit

pour la république, ils ne furent que deux meurtriers; le premier d'un

père, et l'autre d'un bienfaiteur. Le poëte donne à Cassius l'épithète

d'_énorme_, parce qu'il était en effet d'un forte complexion.

[6] Le texte porte que le soleil remonte à _mezza terza_. Pour entendre

ceci, il faut bien connaître la division de la journée en Italie. Le

soleil fait _terza_ dans la première partie de la matinée, _sesta_ dans

la seconde, _nona_ dans la troisième, et il arrive à son méridien: il

en descend et fait _mezzo vespro_ dans la première portion de

l'après-midi, _vespro_ dans la suivante, etc. _Mezza terza_, qui est

l'heure dont il s'agit ici, sonne avant _terza_, c'est-à-dire avant le

lever du soleil: c'est l'instant où les boutiques s'ouvrent, et où les

travaux commencent. On sent bien que ces divisions varient de l'été à

l'hiver, suivant la longueur et la brièveté des jours. C'est ainsi que,

quoique une heure d'hiver soit égale à une heure d'été, une matinée

d'été est plus longue qu'une matinée d'hiver. Je ne parlerai pas des

horloges d'Italie, ni de la manière dont on y compte les heures; mais

j'observerai que c'est l'Église qui a déterminé cette manière de

diviser le jour par tierce, sexte, none, etc.

Virgile eût mieux fait sans doute de parler en poëte que de désigner le

point du jour par une expression populaire: _mezza terza_ lui devait

être aussi inconnu que _le coup de l'Angelus_. Mais Dante, qui

n'observe aucune convenance, le fait parler en homme du peuple, d'un

bout de l'Enfer à l'autre: il en fait quelquefois un petit théologien

fort déterminé, et plus souvent un bon homme à proverbes et à

sentences. On peut voir au haut de la page 75 du vingt-sixième chant,

comment il le fait discourir en patois lombard avec Ulysse et Diomède.

(Voyez aussi la note 5 du premier chant.)

[7] Dante a très-bien décrit les effets de la gravitation, qui attire

les corps sublunaires au centre du globe. Il est évident qu'en

descendant on a les pieds les premiers, comme aussi la tête la première

en montant: il faudrait donc qu'un homme fit la culbute, et mit sa tête

où étaient ses pieds, quand il passerait le point central de la terre.

Le poëte a fort bien vu aussi que notre planète est tout environnée de

cieux, et que le soleil se lève sous nos pieds quand il se couche sur

nos têtes. Mais comme de son temps l'Amérique n'était pas découverte,

et que l'homme en voyageant trouvait toujours l'Océan pour borne

éternelle, à l'orient et au couchant, au nord et au midi; on avait

conclu qu'il n'y avait de continent ou de terre habitable que l'Europe,

l'Asie et l'Afrique, et que l'Océan occupait à lui seul tout le reste

du globe. C'est ce qu'on peut voir dans _le Songe de Scipion_ et dans

_la Cité de Dieu_. Dante, regardant ces erreurs comme des choses

démontrées, les met à profit dans ce dernier chant. Il raconte que

Lucifer tomba du ciel sur la terre du côté de nos Antipodes. La terre,

qui était alors mêlée de continents et de mers (quoiqu'elle ne fût pas

encore habitée), eut peur en voyant tomber l'archange et ses légions;

elle se retira tout entière du côté où nous sommes, et opposa de

l'autre l'Océan aux rebelles, comme un grand bouclier. Mais le Diable

perça le profond Océan, et vint s'enfoncer la tête la première dans le

noyau du globe. Ainsi la terre, forcée de le recevoir, dilata ses

entrailles pour former les Enfers, et poussa deux excroissances: l'une

au milieu de ce même Océan, qui est la montagne du Purgatoire; l'autre

au milieu de notre hémisphère: ce sont les hautes montagnes d'Asie sur

lesquelles Jésus-Christ est mort; car telles étaient les opinions du

temps, qu'il fallait que le salut du monde se fût opéré précisément au

milieu du monde. Il faut conclure de tout ceci que Lucifer était moitié

dans l'Enfer, et moitié dans l'épaisseur de la terre; que la montagne

où Jésus-Christ mourut répondait perpendiculairement à sa tête, et la

montagne du Purgatoire à la plante de ses pieds; enfin, que le centre

de son corps était le centre du monde. Et voilà comment Dante

expliquait des erreurs par des fables.

[8] Le texte porte que cette issue était éloignée de Lucifer de toute

la grandeur de la _tombe_. Comme cette _tombe_ n'a pas encore été

nommée, on ne peut dire ce que c'est; à moins que le poëte ne désigne

le dernier cercle même de l'Enfer, où Satan est enseveli, et qu'on peut

considérer comme une tombe sphérique, ayant deux ouvertures: celle par

où les deux voyageurs sont arrivés (c'est le puits des Géants), et

l'autre l'issue même par où ils s'échappent. Le poëte semble favoriser

cette explication en disant plus haut _qu'il foule les voûtes opposées

au cercle de Judas_. On voit que, s'il a mis environ trente-six heures

à la revue de l'Enfer, il n'en met guère plus de trois à quatre pour le

retour, puisque rien ne l'arrête plus en chemin. Un temps si court

prouve qu'il ne croyait pas d'avoir quinze cents lieues à faire en

droite ligne, du centre à la surface du globe. Mais qu'importent ces

détails et ces mesures scrupuleuses dans une description locale, toute

d'imagination? Dante, pressé de sortir, échafaude comme il peut ses

machines, et le lecteur doit partager son impatience.

Quoi qu'il en soit de ce poëme, si la traduction qu'on en donne est lue,

on ne verra plus deux nations polies s'accuser mutuellement, l'une de

charlatanisme pour avoir trop vanté Dante, et l'autre d'impuissance

pour ne l'avoir jamais traduit.

TABLE DES MATIÈRES

DU SECOND VOLUME

CHANT XVIII.--Division du huitième cercle, dont le fond est partagé en

dix vallées ou boyaux concentriques; toutes les sortes de fraudes y

sont punies.--Description de la première et de la seconde vallée, où se

trouvent les corrupteurs et les flatteurs.

CHANT XIX.--Troisième vallée, où sont punis les simoniaques, soit

qu'ils aient vendu ou acheté des bénéfices.--Imprécation du poëte

contre les grands biens et l'avarice de l'Église.

CHANT XX.--Quatrième vallée, où sont punis ceux qui se mêlent de

prédire l'avenir.--Entretien sur l'origine de Mantoue.--Astrologues,

sorciers et sorcières.

CHANT XXI.--Cinquième vallée, où sont punis les prévaricateurs, juges

et ministres qui ont vendu la justice et la faveur des rois.--Entretien

avec les démons.

CHANT XXII.--Suite de la cinquième vallée.--Prévaricateurs qui ont

vendu les grâces et les emplois.--Combat de deux démons.--Passage à la

sixième vallée.

CHANT XXIII.--Descente à la sixième vallée, où sont punis les

hypocrites.--Passage à la septième vallée.

CHANT XXIV.--Descente à la septième vallée, où sont punis les voleurs

et brigands qui ont usé de mensonge et de fourberies.

CHANT XXV.--Suite de la dernière vallée, où sont punis les

concussionnaires.

CHANT XXVI.--Huitième vallée, où sont punis les capitaines qui ont usé

de la fourbe plus encore que du courage.--Mauvais conseillers.

CHANT XXVII.--Suite de la huitième vallée.--Aventure du comte Guidon,

guerrier sans foi et conseiller sinistre.

CHANT XXVIII.--Neuvième vallée, où sont punis les sectaires et tous

ceux dont l'opinion ou les mauvais conseils ont divisé les hommes.

CHANT XXIX.--Passage à la dixième vallée, où sont punis les charlatans

et les faussaires.

CHANT XXX.--Suite de la dixième vallée.--Le poëte poursuit trois sortes

de faussaires: ceux qui ont falsifié leur propre personne, les faux

monnayeurs et les faux témoins.

CHANT XXXI.--Neuvième cercle de l'Enfer, partagé en quatre girons, où

sont punis tous les genres de traîtrise.--Les géants bordent le

neuvième cercle.

CHANT XXXII.--Premier giron, dit de Caïn, où sont punis les parricides

et traîtres envers leurs parents.--Passage au second giron, dit

d'Anténor, où se trouvent les traîtres envers la patrie.

CHANT XXXIII.--Aventure d'Ugolin.--Passage au troisième giron, dit de

Ptolomée, où sont punis les traîtres envers leurs bienfaiteurs.

CHANT XXXIV.--Quatrième et dernier giron, dit de Judas, où Lucifer,

traître envers Dieu, est entouré de traîtres envers leurs

bienfaiteurs.--Sortie de l'Enfer.

FIN

Paris.--Imprimerie de Dubuisson et Ce, rue Coq-Héron 5

L'enfer (2 of 2) La Divine Comédie - Traduit par Rivarol · 第 7 / 7 段