Premiers pas à travers la ville.
Tout en feignant d'être absorbé par le soin de répondre aux politesses
empressées de son hôte, le Canadien examinait attentivement l'intérieur
de la maison dans laquelle il se trouvait, afin de se former une idée
des autres habitations de la ville; car il supposait, à juste titre,
que dans toutes la distribution devait être à peu près semblable.
La pièce dans laquelle Atoyac avait reçu ses hôtes était une assez
grande chambre carrée, dont les murs blanchis a la chaux étaient ornés
de chevelures humaines et d'une rangée d'armes tenues dans un état de
propreté excessive.
Des peaux de jaguars et de _ocelotl_[1] des zarapés et des frazadas
étaient entassés dans des espèces de grandes caisses destinées, selon
toutes probabilités, à servir de lits.
Des butacas et autres sièges de bois excessivement bas meublaient cette
pièce, au centre de laquelle était placés, une table élevée d'environ
quarante centimètres seulement de terre.
Cet intérieur bien simple, comme on le voit, se retrouve, au reste,
reproduit presque identiquement dans tous les callis indiens, qui se
composent généralement de six pièces.
La première est celle que nous venons de décrire: c'est là que se tient
habituellement la famille.
La seconde est destinée aux enfants.
La troisième sert de chambre à coucher.
La quatrième renferme les métiers à tisser les zarapés que les Indiens
confectionnent avec un talent inimitable; ces métiers faits en bambous
sont d'une simplicité de mécanisme admirable.
La cinquième contient les provisions de toutes espèces pour la saison
des pluies, époque où la chasse est impossible.
Et, enfin, la sixième est réservée aux esclaves.
Quant à la cuisine, en réalité, elle n'existe pas; c'est dans le
corral, c'est-à-dire en plein air, que se préparent les aliments.
Les cheminées y sont également inconnues; chaque pièce est chauffée au
moyen d'un large brasero en terre.
Les soins intérieurs du calli sont confiés aux esclaves qui travaillent
sous la surveillance immédiate de la maîtresse du logis.
Ces esclaves ne sont pas tous des sauvages; les Indiens rendent
complètement aux blancs les maux qu'ils en reçoivent; beaucoup de
malheureux Espagnols pris à la guerre, où tombés dans les embuscades
que leur tendent sans cesse les peaux-rouges, sont condamnés à la
servitude la plus dure.
Le sort de ces malheureux est encore plus triste que celui de leurs
compagnons d'esclavage, car ils n'ont pas la perspective d'être un jour
rendus à la liberté: ils doivent, au contraire, s'attendre à périr tôt
ou tard victimes de la haine de leurs maîtres cruels, qui se vengent
impitoyablement sur eux des vexations sans nombre qu'ils ont souffertes
sous le tyrannique et abrutissant système du gouvernement espagnol.
Aussi, est-ce réellement sous le coup de cette dure captivité que
l'homme peut s'appliquer les mots désespérants écrits par le divin
Dante Alighieri sur les portes de son Enfer: _Lasciate ogni speranza_.
Atoyac, chez lequel le hasard avait si providentiellement conduit le
Canadien, était un des sachems les plus respectés des guerriers de
Quiepaa-Tani. Dans sa jeunesse, il avait longtemps habité parmi les
Européens, et la grande expérience qu'il avait acquise, en parcourant
les contrées éloignées de sa tribu, avait ouvert son intelligence,
éteint en lui certains préjugés de caste, et le rendait plus sociable
et plus policé que la plupart de ses compatriotes.
Tout en buvant son pulque à petite dose, ainsi que doit le faire un
gourmet qui apprécie à sa juste valeur la liqueur dont il s'abreuve,
il causa avec le chasseur, et peu à peu, soit par l'influence du
pulque, soit plutôt par la confiance instinctive que lui inspirait le
Canadien, il devint plus communicatif. Ainsi que cela arrive toujours
en pareille circonstance, il commença par ses propres affaires et les
raconta dans les plus grands détails au chasseur; il lui apprit qu'il
était père de quatre fils, guerriers renommés, dont le plus grand
bonheur était de faire des courses sur le territoire espagnol, pour
brûler les haciendas, ravager les moissons et enlever des prisonniers;
puis il lui raconta les voyages qu'il avait faits, et parut vouloir
prouver au médecin Deux-Lapins que son grand courage comme guerrier,
son expérience et ses vertus militaires ne l'empêchaient nullement,
au besoin, de comprendre ce qu'il y avait de noble et de respectable
dans la science; il insinua même que lui, bien qu'étant un sachem, il
ne dédaignait pas de se livrer parfois à l'étude des simples et à la
recherche des secrets de la grande médecine dont le Wacondah, dans sa
bonté suprême, avait doté certains hommes d'élite pour le soulagement
de l'humanité entière.
Bon-Affût affecta de paraître profondément touché de la considération
que le puissant sachem Atoyac portait au caractère sacré dont il était
revêtu, et il résolut _in petto_ de profiter des bonnes dispositions de
son hôte à son égard pour le sonder adroitement sur ce qu'il avait tant
à cœur de savoir, c'est-à-dire, en quel état se trouvaient les jeunes
filles et dans quel endroit de la ville elles étaient renfermées.
Cependant comme la susceptibilité des Indiens est excessivement facile
à éveiller, qu'il était nécessaire d'user de la plus grande patience,
le chasseur ne laissa rien deviner de ses intentions, et il attendit
patiemment que le chef lui fournît lui-même l'occasion de l'interroger.
La conversation était devenue à peu près générale; cependant plus d'une
heure s'était écoulée déjà, et malgré tous ses efforts aidés par ceux
de l'Aigle-Volant, le chasseur n'avait encore pu parvenir à aborder
de front la question qui lui tenait tant au cœur, lorsqu'un Indien se
présenta sur le seuil de la porte.
--Le Wacondah se réjouit, dit le nouveau venu en s'inclinant
respectueusement; j'ai une mission pour mon père.
--Que mon fils soit le bienvenu, répondit le chef; mes oreilles sont
ouvertes.
--Le grand conseil des sachems de la nation est réuni, dit l'Indien; on
n'attend plus que mon père Atoyac.
--Que se passe-t-il donc de nouveau?
--Le Loup-Rouge vient d'arriver avec ses guerriers, son cœur est rempli
d'amertume, il veut parler au conseil. Addick l'accompagne.
L'Aigle-Volant et le chasseur échangèrent un regard.
--Le Loup-Rouge et Addick sont de retour? s'écria Atoyac avec
étonnement; c'est étrange! Qui a pu les ramener si tôt et surtout
ensemble.
--Je l'ignore; mais ils sont entrés dans la ville il y a une heure à
peine.
--Était-ce donc le Loup-Rouge qui commandait les guerriers qui sont
arrivés ce matin?
--Lui-même. Mon père ne l'aura pas regardé lorsqu'il est passé devant
lui. Que répondrai-je aux chefs?
--Que je me rends au conseil.
L'Indien s'inclina et partit.
Le vieillard se leva avec une agitation mal contenue et se prépara à
sortir.
L'Aigle-Volant l'arrêta.
--Mon père est ému, dit-il, un nuage est sur son esprit.
--Oui, répondit franchement le chef, je suis triste.
--Quelle cause peut troubler ainsi mon père?
--Frère, dit avec amertume le vieux chef, bien des lunes se sont
écoulées depuis la dernière visite faite par vous à Quiepaa-Tani.
--L'homme n'est que le jouet des événements, jamais il ne peut faire ce
qu'il projette.
--C'est vrai. Peut-être eût-il mieux valu pour vous et pour nous que
vous ne fussiez pas aussi longtemps demeuré éloigné de nous.
--Souvent, bien souvent, j'ai eu le désir de venir; mais toujours la
fatalité m'en a empêché.
--Oui, cela doit être ainsi; sans cela nous vous aurions vu; bien des
choses qui se sont passées n'auraient pas eu lieu.
--Que voulez-vous dire?
--Ce serait trop long à vous expliquer, le temps me manque en ce moment
pour le faire; il faut que je me rende au conseil où je suis attendu;
qu'il vous suffise de savoir que depuis quelque temps un mauvais génie
a soufflé un esprit de discorde parmi les sachems du grand conseil;
deux hommes sont parvenus à faire prévaloir une influence funeste sur
ses délibérations et à imposer leurs idées et leurs volontés à tous les
chefs.
--Et ces hommes, qui sont-ils?
--Vous ne les connaissez que trop.
--Mais encore quels sont leurs noms?
--Le Loup-Rouge et Addick.
--Ooah! fit l'Aigle-Volant; prenez-y garde, l'ambition de ces hommes
peut, si vous n'y faites pas attention, amener de grands malheurs sur
vos têtes.
--Je le sais; mais puis-je m'y opposer? Seul suis-je assez fort pour
combattre leur influence et faire rejeter les propositions qu'ils
imposent au conseil?
--C'est vrai, répondit le Comanche avec un ton rêveur; mais comment
empêcher?
--Il y aurait peut-être un moyen, fit Atoyac d'un ton insinuant après
un léger silence.
--Lequel?
--Il est bien simple: vous êtes un des premiers et des plus renommés
sachems de votre nation.
--Eh bien?
--Vous avez, en cette qualité, je le crois, le droit de siéger au
conseil.
--En effet.
--Pourquoi n'y siégeriez-vous pas?
L'Aigle-Volant jeta un regard interrogateur au Canadien qui écoutait
cette conversation le visage impassible, bien que son cœur battît à
rompre sa poitrine; car il devinait, par une espèce de pressentiment,
que dans ce conseil on discuterait des questions de la plus haute
importance pour lui. A la muette interrogation du chef, il comprit que
rester plus longtemps hors de la discussion serait affecter aux yeux de
son hôte, pour les intérêts de la ville, une indifférence que celui-ci
pourrait prendre en mauvaise part.
--Si j'étais un aussi grand chef que l'Aigle-Volant, dit-il, je
n'hésiterais pas à me présenter au conseil; ici ce ne sont pas les
intérêts de telle ou telle nation qui se discutent, ce sont souvent des
questions vitales qui sont soulevées dans l'intérêt de la race rouge
en général: s'abstenir dans de telles circonstances, serait, à mon
avis, donner aux ennemis de l'ordre et de la tranquillité de la ville
une preuve de faiblesse, dont, sans doute, ils sauraient profiter pour
faire réussir leurs projets anarchiques.
--Le croyez-vous? répondit l'Aigle-Volant en feignant d'hésiter.
--Mon frère Deux-Lapins a bien parlé, reprit avec feu Atoyac, c'est un
homme sage. Mon frère doit suivre son conseil, et cela avec d'autant
plus de raison que sa présence ici est connue de tout le monde, et que
son absence du conseil produirait certainement un très mauvais effet.
--Puisqu'il en est ainsi, répondit le Comanche, je ne résiste plus à
votre désir, je suis prêt à vous suivre.
--Oui, ajouta avec intention le chasseur, allez au conseil; peut-être
votre présence imprévue suffira-t-elle pour renverser certains projets
et empêcher de grands malheurs.
--Je me comporterai de façon à en imposer à nos ennemis, répondit
évasivement le Comanche, qui, tout en feignant d'adresser ces paroles à
son hôte, les adressait réellement au chasseur.
--Partons, répondit Atoyac.
L'Aigle-Volant s'inclina silencieusement.
Ils sortirent.
Le chasseur demeura seul dans le calli en présence des deux femmes.
Le Pigeon, pendant la conversation précédente, avait été occupée à
causer à voix basse avec l'Églantine; presque aussitôt après le départ
des guerriers, les deux femmes se levèrent et se préparèrent à sortir.
L'Églantine, sans prononcer une parole, mit un doigt sur ses lèvres en
regardant le chasseur; celui-ci s'enveloppa dans sa robe de bison, et
s'adressant à la femme d'Atoyac:
--Je ne veux pas gêner ma sœur, dit-il, pendant que les chefs sont en
conseil; j'irai faire une promenade dehors, afin d'examiner avec plus
de soin le temple magnifique que je n'ai fait qu'entrevoir en venant
ici.
--Mon père a raison, répondit-elle, d'autant plus que l'Églantine
et moi nous avons à sortir de notre côte, et que nous aurions été
contraintes de laisser mon père seul dans le calli.
L'Églantine sourit doucement en faisant un léger signe de tête au
chasseur.
Celui-ci, soupçonnant que la femme de l'Aigle-Volant avait découvert
la retraite des jeunes filles dans sa conversation avec son amie, et
que le désir qu'elle témoignait de l'éloigner n'avait d'autre but que
celui d'obtenir de plus grands renseignements sur elles, ne fit pas
d'objection, et sortit lentement du calli, en marchant avec toute la
majesté et l'importance du sage personnage qu'il représentait.
Du reste, le Canadien n'était pas fâché d'être seul pendant quelque
temps, afin de réfléchir aux moyens qu'il emploierait pour se
rapprocher des jeunes filles, démarche qui ne lui semblait nullement
facile à faire. D'un autre côté, il comptait profiter de la liberté
qu'on lui laissait pour aller faire un tour dans la ville en cherchant
à s'enquérir des renseignements topographiques dont il avait besoin.
Ignorant comment se terminerait son séjour dans la ville, et de quelle
façon il en sortirait, il prit à tout hasard les indications les plus
précises sur les plans des rues et des édifices, au double point de vue
d'une attaque ou d'une évasion.
Le chasseur avait mis sur son visage un masque si épais d'indifférence
et de placidité, ses questions étaient faites d'un air si insouciant,
que nul de ceux auxquels il les adressa ne songea à le soupçonner un
instant, et, comme cela arrive toujours, il parvint à obtenir, grâce
à son adresse, des détails excessivement précieux sur les endroits
faibles de la place, comment on pouvait en sortir et y rentrer sans
être aperçu après la fermeture des portes, et beaucoup d'autres
renseignements non moins précieux que le chasseur classa avec soin dans
sa mémoire, et dont il se réserva _in petto_, le moment venu, de faire
bon usage.
A Quiepaa-Tani, il y a bon nombre de gens inoccupés, dont la vie
s'écoule à flâner d'un côté et d'un autre, en traînant à leur suite
un ennui incurable; ces gens furent ceux avec lesquels le chasseur
lia connaissance pendant sa longue promenade dans la ville, écoutant
avec la plus grande patience leurs récits prolixes et décousus; puis,
lorsqu'il était certain d'en avoir tiré tout ce qu'il pouvait, il les
laissait là pour aller recommencer un peu plus loin le même manège
avec d'autres.
Bon-Affût était demeuré dehors près de trois heures: lorsqu'il rentra
au calli, Atoyac et l'Aigle-Volant n'étaient pas encore de retour;
seulement les deux femmes, accroupies sur des nattes, causaient entre
elles avec une certaine animation.
Eh l'apercevant, l'Églantine lui jeta un regard d'intelligence.
Le chasseur se laissa tomber sur une butaca, détacha le calumet passé à
sa ceinture, l'alluma et se mit à fumer.
Cependant, après avoir échangé avec le soi-disant médecin une
salutation muette, les deux femmes avaient repris leur conversation.
--Ainsi, dit l'Églantine, les prisonniers faits sur les visages pâles
sont amenés ici.
--Oui, répondit le Pigeon.
--Cela m'étonne, continua la jeune femme; car il suffirait que l'un
d'eux parvînt à s'échapper pour que le secret de la situation exacte de
la ville fut révélé aux Gachupines, et alors on ne tarderait pas à les
voir apparaître dans la plaine.
--C'est vrai; mais ma sœur ignore que l'on ne s'échappe pas de
Quiepaa-Tani.
L'Églantine hocha la tête d'un air de doute.
--Och! fit-elle, les blancs sont bien rusés: il est certain,
cependant, que les deux jeunes filles pâles que nous venons de voir ne
s'échapperont pas, elles sont trop bien gardées pour cela; je ne sais
pourquoi j'éprouve pour elles une si grande pitié.
--La même chose m'arrive. Pauvres enfants! Si jeunes, si douces, si
jolies, séparées à jamais de tous ceux qui leur sont chers! Leur sort
est affreux!
--Oh! Bien affreux! Mais qu'y faire? Elles appartiennent à Addick, ce
chef ne consentira jamais à leur rendre la liberté.
--Nous irons les voir encore, n'est-ce pas ma sœur?
--Demain, si vous voulez.
--Merci, cela me rendra bien heureuse, je vous assure. Ces derniers
mots surtout frappèrent le chasseur.
A la révélation subite qui lui avait été faite, Bon-Affût avait éprouvé
une telle émotion qu'il lui avait fallu toute la force et toute la
puissance qu'il avait sur lui-même pour que le Pigeon ne remarquât pas
son trouble.
En ce moment Atoyac et l'Aigle-Volant parurent, leurs traits étaient
animés, ils semblaient en proie à une colère qui, pour être concentrée,
n'en était que plus terrible.
Atoyac vint droit au chasseur qui s'était levé pour le recevoir.
En remarquant l'animation peinte sur le visage de l'lndien, Bon-Affût
pensa que peut-être il avait découvert quelque chose le concernant, ce
ne fut qu'avec une certaine méfiance qu'il attendit la communication
que son hôte paraissait vouloir lui faire.
--Mon père est bien un adepte de la grande médecine? lui demanda Atoyac
en attachant sur lui un regard scrutateur.
--Ne l'ai-je pas dit à mon frère? répondit le chasseur, qui commençait
à se croire sérieusement menacé et qui échangea un geste interrogateur
avec l'Aigle-Volant.
Celui-ci souriait.
Le Canadien se rassura un peu; il était évident que, s'il eût couru un
danger, le Comanche n'eût pas été aussi calme.
--Que mon frère vienne donc avec moi et qu'il prenne les instruments de
son art, s'écria Atoyac.
Il n'eût pas été prudent de refuser d'obéir à cette injonction, bien
qu'un peu brutalement faite; d'ailleurs, rien ne lui prouvait que son
hôte eut de mauvais desseins contre lui. Le chasseur accepta donc.
--Que mon frère marche devant, je le suivrai, se contenta-t-il de
répondre.
--Mon père parle-t-il la langue des barbares Gachupines?
--Ma nation habite les bords du lac salé sans rivages, les visages
pâles sont nos voisins, je comprends et je parle un peu l'idiome dont
ils se servent.
--Tant mieux.
--S'agit-il donc de guérir un visage pâle, demanda le Canadien, qui
tenait à être fixé sur ce qu'on exigeait de lui.
--Non, répondit Atoyac; un des grands chefs apaches a amené ici, il y a
déjà plusieurs lunes, deux femmes des visages pâles; ce sont elles qui
sont malades; le malin esprit s'est emparé d'elles, en ce moment, la
mort étend ses ailes sur la couche où elles reposent.
Bon-Affût tressaillit à cette nouvelle inattendue, le cœur faillit lui
manquer, un frisson involontaire agita tous ses membres; il lui fallut
un effort surhumain pour refouler au fond de son âme l'émotion profonde
qu'il éprouvait et pour répondre d'une voix calme à Atoyac:
--Je suis aux ordres de mon frère, ainsi que mon devoir l'exige.
--Partons, alors, répondit l'Indien.
Bon-Affût prit sa boîte à médicaments, la plaça avec précaution sous
son bras, sortit du calli à la suite du sachem, et tous deux se
dirigèrent à grands pas vers le palais des vestales, accompagnés, ou
pour mieux dire surveillés à distance par l'Aigle-Volant, qui marcha
sur leurs traces sans les perdre un instant de vue.
[1] Tigre de la petite espèce dont le nom a été conservé en français
avec une légère différence.