Une ténébreuse histoire (suite).
L'ancien Mexico était traversé par des canaux comme Venise, ou pour
être plus vrai comme les villes de Hollande, car généralement dans
toutes les rues il y avait un chemin latéral entre le canal et les
maisons. Aujourd'hui que toutes les rues sont pavées, et qu'excepté
dans un quartier de la ville les canaux ont disparu, on a peine à
comprendre comment Cervantes, dans une de ses Nouvelles, a pu comparer
Venise à Mexico; cependant si les canaux ne sont plus visibles, ils
existent toujours sous le sol, et dans certains bas quartiers où on
les a transformé en égouts, ils se révèlent par l'odeur fétide qu'ils
exhalent ou bien encore par des amas d'ordures et des eaux stagnantes
et croupissantes.
Le sergent, après avoir si lestement réglé ses comptes avec le
malheureux evangelista, avait traversé la place dans toute sa largeur
et s'était enfoncé dans la calle de la Monterilla.
Il marcha assez longtemps dans les rues, du même pas tranquille qu'il
avait adopté en sortant de l'échoppe de l'evangelista. Enfin, après
une course de vingt minutes environ à travers des carrefours déserts
et des ruelles sombres dont l'apparence misérable devenait à chaque
pas plus menaçante, il s'arrêta devant une maison d'apparence plus que
suspecte, au-dessus de la porte de laquelle, derrière _un retablo de
las Ánimas Benditas_ brûlait un candil fumeux; les fenêtres de cette
maison étaient éclairées et sur l'azotea des chiens de garde hurlaient
lugubrement à la lune. Le sergent frappa deux coups à la porte de cette
sinistre demeure avec le cep de vigne qu'il tenait à la main.
On fut assez longtemps à lui répondre; les cris et les chants cessèrent
subitement dans l'intérieur; enfin le soldat entendit un pas lourd
qui se rapprochait: la porte fut entr'ouverte, car, ainsi que cela se
pratique partout à Mexico, une chaîne de fer soutenait les vantaux, et
une voix avinée dit d'un ton bourru:
--¿_Quién es_?--Qui est-ce?
--_Gente de paz_, répondit le sergent.
--Hum! Il est bien tard pour courir la _tuna_ et entrer au velorio!
reprit l'autre, qui semblait se consulter.
--Je ne veux pas entrer.
--Que diable demandez-vous alors?
--_¡Pan y sal! Por los cabelleros errantes_[1], répondit le soldat d'un
ton de commandement, en se plaçant de façon à ce que les rayons de la
lune tombassent sur son visage.
L'homme se recula en poussant une exclamation de surprise.
--¡Válgame Dios! señor don Toribio, s'écria-t-il avec l'accent d'un
profond respect, qui aurait reconnu votre seigneurie sous ce misérable
accoutrement? Entrez, entrez, ils vous attendent avec impatience.
Et cet homme, devenu aussi obséquieux qu'il était insolent quelques
minutes auparavant, se hâtait de détacher la chaîne afin d'ouvrir la
porte toute grande.
--C'est inutile. Pepito, reprit le soldat; je te répète que je
n'entrerai pas: combien sont-ils?
--Vingt, seigneurie.
--Armés?
--Complètement.
--Qu'ils descendent à l'instant, je les attends ici; va, mon fils, le
temps presse.
--Et vous, seigneurie?
--Moi, tu m'apporteras un chapeau, une esclavina, mon épée et mes
pistolets; allons, dépêche.
Pepito ne se fit pas répéter cet ordre; laissant la porte ouverte, il
s'éloigna en courant.
Quelques minutes plus tard, une vingtaine de bandits armés jusqu'aux
dents firent irruption dans la rue en se bousculant les uns les autres.
Arrivés auprès du soldat, ils le saluèrent respectueusement, et, sur un
signe de lui, ils demeurèrent immobiles et silencieux.
Pepe avait apporté les objets demandés par celui que l'evangelista
avait nommé don Aníbal, que lui appelait don Toribio et qui,
probablement, portait encore d'autres noms, mais auquel nous
conserverons provisoirement le dernier.
--Les chevaux sont-ils prêts? demanda don Toribio, en recouvrant
son uniforme avec l'esclavina et en passant à sa ceinture une longue
rapière et une paire de pistolets doubles.
--Oui, seigneurie, répondit Pepito, le chapeau à la main.
--Bien, mon fils! Tu les apporteras où je t'ai dit; seulement, comme la
nuit il est défendu de parcourir les rues à cheval, tu feras attention
aux celadores et aux serenos.
Tous les bandits éclatèrent de rire a cette singulière recommandation.
--Là, reprit don Toribio, en se coiffant d'un chapeau à larges bords
que Pepito lui avait apportés avec le reste, voilà qui est fait;
maintenant nous pouvons partir; écoutez-moi attentivement, caballeros.
Les leperos et les autres coquins qui composaient l'assistance, flattés
d'être traités de caballeros, se rapprochèrent de don Toribio afin de
mieux entendre ses instructions.
Celui-ci continua.
--Vingt hommes marchant en troupe dans les rues de la ville
éveilleraient, sans aucun doute, la susceptibilité et les soupçons
des agents de la police; nous avons besoin d'user de la plus grande
prudence, et surtout du plus grand mystère, pour réussir dans
l'expédition pour laquelle je vous ai convoqués; vous allez donc vous
séparer et vous rendre chacun isolément sous les murs du couvent des
Bernardines; arrivés là, vous vous dissimulerez le mieux qu'il vous
sera possible et vous ne bougerez pas avant mon ordre. Surtout pas de
rixe, pas de querelle; vous m'avez bien compris?
--Oui, seigneurie, répondirent les bandits tous d'une voix.
--Très bien; partez alors, il faut que vous soyez au couvent dans un
quart d'heure.
Les bandits se dispersèrent dans toutes les directions avec la rapidité
d'une volée d'oiseaux de proie; deux minutes plus tard ils avaient
disparu aux angles des rues les plus rapprochées.
Pepito seul était resté.
--Et moi, demanda-t-il respectueusement à don Toribio, ne voulez-vous
pas, Seigneurie, que je vous accompagne? Je m'ennuierai bien si je
restais seul ici.
--Je ne demanderais pas mieux que de t'emmener, mais qui nous préparera
les chevaux si tu m'accompagnes?
--C'est vrai, je n'y songeais pas.
--Mais sois tranquille, muchacho, si je réussis, comme je l'espère, tu
viendras avec moi bientôt.
Pepito, complètement rassuré par cette promesse, salua respectueusement
l'homme mystérieux qui semblait être son chef, et rentra dans sa
maison, dont il renferma soigneusement la porte sur lui.
Don Toribio, demeuré seul, resta quelques instants plongé dans de
profondes réflexions; enfin il releva la tête, enfonça son chapeau
sur les yeux, s'enveloppa avec soin dans son esclavina et s'éloigna à
grands pas en murmurant à voix basse:
--Réussirai-je?
Question à laquelle personne, pas même lui, n'aurait pu répondre.
Le couvent des Bernardines s'élève dans un des plus beaux quartiers de
Mexico, non loin du Paseo de Bucareli, la promenade à la mode; c'est un
vaste édifice construit entièrement en pierres de taille, qui date de
la reconstruction de la ville après la conquête et qui fut fondé par
Fernando Cortez lui-même. Son ensemble est imposant et majestueux comme
tous les couvents espagnols: c'est presque une petite ville dans la
grande, car il renferme tout ce qui peut être agréable et utile à la
vie; une église, un hôpital, une buanderie, un vaste potager, un jardin
touffu et bien dessiné qui offre de doux ombrages réservés pour la
promenade des religieuses; de larges cloîtres garnis de grands tableaux
de bons maîtres, représentant des scènes de la vie de la Vierge et de
celle de saint Bernard à qui le couvent est consacré; ces cloîtres,
bordés de galeries circulaires sous lesquelles ouvrent les cellules des
religieuses, encadrent des cours sablées ornées de pièces d'eau dont
les gerbes élancées rafraîchissent l'air à l'heure si chaude de midi.
Les cellules sont des charmantes retraites où rien de ce qui compose le
confortable ne fait défaut; une couchette, deux butacas couvertes en
cuir tanné de Cordoue, un prie-Dieu, une petite table de toilette dans
le tiroir de laquelle on est certain de trouver un miroir, quelques
tableaux de sainteté occupent la place principale. Dans un angle de la
pièce on voit, entre une guitare et une discipline, une statue de la
Vierge en bois ou en albâtre, portant une couronne de roses blanches
sur la tête et ayant devant elle une lampe qui brûle constamment. Tel
est l'ameublement qu'à peu d'exceptions près on est sur de rencontrer
dans toutes les cellules des religieuses.
Le couvent des Bernardines renfermait, à l'époque où se passe cette
histoire, cent cinquante religieuses et environ une soixantaine de
novices. Dans ce pays de tolérance, il est rare de voir des _religions_
cloitrées; les sœurs peuvent sortir en ville, faire et recevoir des
visites; la règle est excessivement douce, et, à part les offices
auxquels elles sont tenues d'assister avec une grande ponctualité, les
religieuses, une fois rentrées dans leurs cellules, sont à peu près
libres de faire ce que bon leur semble sans que personne y prenne garde
ou semble s'en apercevoir.
Nous avons décrit les cellules du couvent, qui se ressemblent toutes;
mais celle de la mère supérieure mérite une description particulaire.
Rien de plus luxueux, de plus religieux et de plus mondain que son
ensemble. C'était une immense salle carrée, percée de deux larges
fenêtres en ogives, a petits carreaux enchâssés dans du plomb sur
lesquels étaient peints des sujets de sainteté d'un fini et d'une
sûreté de touche admirable. Les murs étaient recouverts de longues
tentures en cuir de Cordoue gaufré et doré, des tableaux de prix
représentant les principaux traits de la vie du saint patron du couvent
étaient groupés avec cette symétrie et ce goût que l'on ne rencontre
que chez les gens d'église. Entre les deux fenêtres était placée une
magnifique Vierge de Raphaël devant laquelle se trouvait un autel. Une
lampe d'argent, pleine d'huile odoriférante, descendait du plafond
et brûlait nuit et jour devant l'autel, que d'épais rideaux de damas
cachaient à volonté. Les meubles se composaient d'un grand paravent
chinois derrière lequel se dérobait le lit de l'abbesse, simple
couchette en bois de chêne sculpté, entourée d'une moustiquaire de
gaze blanche. Une table carrée, aussi en chêne, supportant quelques
livres et un pupitre, était au milieu de la chambre; dans un angle une
vaste bibliothèque garnie de livres traitant de matières religieuses,
laissant apercevoir à travers les glaces qui la fermaient les riches
reliures d'ouvrages rares et précieux, quelques butacas et des sièges
à pieds torses étaient adossés à la muraille. Enfin, un brasero
en argent, rempli de noyaux d'olives, faisait face à un superbe
meuble-bahut, dont les fines cannelures étaient un chef-d'œuvre de la
Renaissance.
Pendant le jour, la lumière, tamisée par les vitraux coloriés des
fenêtres, ne répandait qu'une clarté douce et mystique qui faisait
éprouver au visiteur un sentiment de respect et de recueillement, en
donnant à cette vaste pièce un aspect sévère et presque lugubre.
Au moment ou nous introduisons le lecteur dans cette cellule,
c'est-à-dire peu d'instants avant la scène que nous avons précédemment
rapportée, l'abbesse était assise dans un grand fauteuil à dossier
droit surmonté de la couronne abbatiale, et dont le siège en cuir doré
était garni d'une double frange de soie et d'or.
Cette abbesse était une petite femme replète, grassouillette, d'une
soixantaine d'années, dont les traits auraient paru sans expression
sans le regard clair et perçant qui s'échappait comme un jet de lave de
ses yeux gris lorsqu'un sentiment violent l'agitait. Elle tenait à la
main un livre ouvert et semblait plongée dans une profonde méditation.
La porte de la cellule s'ouvrit doucement: une jeune fille, revêtu du
costume de novice, s'avança timidement en effleurant à peine le parquet
de son pas léger et craintif.
Cette jeune fille alla se placer devant le fauteuil et attendit
silencieusement que l'abbesse levât les yeux sur elle.
--Ah! Vous voici, mon enfant, dit enfin la supérieure en s'apercevant
de la présence de la novice, approchez!
Celle-ci s'avança de quelques pas encore.
--Pourquoi êtes-vous sortie ce matin sans m'en avoir demandé la
permission?
En entendant cette parole à laquelle cependant la jeune fille
devait s'attendre, elle se troubla, pâlit et balbutia quelques mots
inintelligibles.
L'abbesse reprit d'une voix sévère:
--Prenez garde, niña, quoique vous ne soyez encore que novice et que ne
vous ne deviez prendre le voile que dans quelques mois, comme toutes
vos compagnes, vous ne dépendez que de moi, de moi seule.
Ces mots furent prononcés avec un accent et une intonation qui firent
frémir la jeune fille.
--Ma sainte mère! murmura-t-elle.
--Vous étiez l'amie intime, presque la sœur de cette jeune folle que
sa résistance contre notre volonté souveraine a brisée comme un faible
roseau et qui est morte ce matin.
--Croyez-vous donc qu'elle soit morte, ma mère? répondit la jeune fille
timidement et d'une voix entrecoupée par la douleur.
--Qui en doute? s'écria l'abbesse avec éclat, en se levant à demi sur
son fauteuil et en fixant un regard de vipère sur la pauvre enfant.
--Personne! Madame, personne! s'écria-t-elle en se reculant avec
terreur.
--N'avez-vous pas, comme les autres membres de la communauté, continua
l'abbesse avec un accent terrible, assisté à son convoi? N'avez-vous
pas entendu les prières prononcées sur son cercueil?
--C'est vrai, ma mère.
--N'avez-vous pas vu descendre son corps dans les caveaux du couvent et
sceller au-dessus la pierre tumulaire que l'ange de la justice divine
doit seul soulever au jugement dernier? Dites, n'avez-vous pas assisté
à cette cérémonie triste et terrible! Oseriez-vous soutenir que tout ne
s'est pas passé ainsi et qu'elle est vivante, encore, cette misérable
créature que Dieu a subitement frappée dans sa colère, pour qu'elle
servît d'exemple à ceux que Satan pousse à la révolte.
--Pardon, ma sainte mère, pardon! J'ai vu ce que vous dites, j'ai
assisté à l'enterrement de doña Laura; hélas! Le doute n'est point
possible, elle est bien morte.
En prononçant ces dernières paroles, la jeune fille ne put retenir ses
larmes, qui coulèrent abondamment.
L'abbesse la regarda d'un air soupçonneux:
--C'est bien, reprit-elle, retirez-vous; mais, je vous le répète,
prenez garde; je sais que, vous aussi, un esprit de révolte s'est
emparé de votre cœur, je vous surveillerai. La jeune fille salua
humblement la supérieure et fit un mouvement pour obéir à l'ordre
qu'elle avait reçu.
Tout à coup un bruit terrible se fit entendre; des cris d'effroi, des
menaces résonnèrent dans les corridors et on entendit se rapprocher
rapidement les pas pressés d'une foule en tumulte.
--Qu'est-ce que cela signifie? s'écria l'abbesse avec, effroi, quelle
est cette rumeur?
Elle se leva avec agitation et se dirigea d'un pas incertain vers la
porte de la cellule contre laquelle on frappait en ce moment à coups
répétés.
--Mon Dieu! Mon Dieu! murmura la novice en jetant un regard suppliant à
la statue de la Vierge dont le doux visage sembla lui sourire, sont-ce
enfin des libérateurs!
Nous retournerons auprès de don Toribio, que nous avons laissé marchant
avec ses compagnons dans la direction du couvent.
Ainsi que cela avait été convenu entre lui et ses complices, don
Toribio trouva toute la troupe réunie sous les murs du couvent.
Sur leur chemin, les bandits, afin de ne pas être dérangés par les
serenos, les avaient garrottés, bâillonnés et menés avec eux au fur
et à mesure qu'ils les rencontraient disséminés dans les rues qu'ils
parcouraient. Grâce à cette habile manœuvre, ils étaient arrivés sans
encombre au but de leur course. Douze serenos avaient été capturés
pendant le trajet.
Une fois parvenu au couvent, don Toribio fit poser les serenos à terre
et donna l'ordre de les coucher les uns sur les autres, au pied même de
la muraille.
Puis, sortant un loup de velours de l'une de ses poches, il s'en
couvrit le visage, précaution imitée par ses compagnons, et
s'approchant d'une misérable masure, qui s'élevait à peu de distance,
il enfonça la porte d'un coup d'épaule. Le maître de la bicoque arriva
effaré et à moitié vêtu pour s'informer de ce que signifiait cette
manière insolite de frapper à sa porte; le pauvre diable recula avec un
cri de terreur en apercevant les hommes masqués qui étaient groupés à
l'entrée de la maison.
Don Toribio était pressé, il entama la conversation en allant de suite
droit au but;
--Buenas noches, Tío Salado; je suis charmé de vous voir en bonne
santé, lui dit-il.
L'autre répondit sans trop savoir ce qu'il disait:
--Je vous remercie, caballero, vous êtes trop bon.
--Allons, dépêchez-vous, prenez votre manteau et venez avez nous.
--Moi! fit Salado avec un geste d'effroi.
--Vous-même.
--Mais en quoi puis-je vous être utile?
--Je vais vous le dire: je sais que vous êtes fort considéré au couvent
des Bernardines, comme pulquero d'abord et ensuite comme _hombre de
bien y religioso_.
--Oh! Oh! Jusqu'à un certain point, répondit évasivement le pulquero.
--Pas de fausse modestie, je sais que vous avez le pouvoir de vous
faire ouvrir les portes de cette maison quand bon vous semble; c'est
pour cette raison que je vous invite à nous accompagner.
--¡Jesús María! Y pensez-vous, caballero? s'écria le pauvre diable avec
effroi.
--Pas d'observations, dépêchons, ou de par Nuestra señora del Carmen,
je brûle votre bicoque!
Un sourd gémissement sortit de la poitrine de Salado, qui après avoir
jeté un regard désespéré sur les masques noirs qui l'entouraient, se
mit en devoir d'obéir.
De la maison du pulquero au couvent il n'y avait que quelques pas; ils
furent bientôt franchis: don Toribio se tourna vers son prisonnier
plus mort que vif:
--Ah ça, compadre, lui dit-il nettement, nous voici arrivés, à vous
maintenant de nous ouvrir les portes.
--Mais, au nom du Ciel, s'écria le pulquero, en faisant un dernier
effort pour résister; comment voulez-vous que je m'y prenne? Vous ne
songez donc pas que je n'ai aucun moyen de...
--Ecoutez! fit impérieusement don Toribio, vous comprenez que je n'ai
pas le loisir de discuter avec vous: ou vous nous introduisez dans le
couvent, et cette bourse qui contient cinquante onces est à vous, ou
vous refusez, et alors, ajouta-t-il froidement en sortant un pistolet
de sa ceinture, je vous brûle la cervelle avec ceci!
Une sueur froide baigna les tempes du pulquero; il connaissait trop
bien les bandits de son pays pour leur faire l'injure de douter de
leurs paroles.
--Eh bien! lui demanda l'autre en armant le pistolet, avez-vous
réfléchi?
--¡Cáspita! caballero, ne jouez pas avec cela, je vais essayer.
--Pour mieux réussir, voici la bourse, fit don Toribio.
Le pulquero s'en empara avec un mouvement de joie dont il est
impossible de donner une idée; puis, il se dirigea lentement vers la
porte du couvent, tout en cherchant dans sa tête comment il pourrait
s'y prendre pour gagner honnêtement la forte somme qu'il venait de
recevoir sans courir le moindre risque, problème, nous l'avouons, dont
la solution n'était pas facile à trouver.
[1] Mot à mot: Pain et sel pour les cavaliers errants.