_Albums sur les Expositions de Peinture_, années 1840, 1841, 1842, 1843
et 1844. Préface, par M. le baron Taylor; texte, par MM. Augustin
Challamel et Wilhelm Tenant.--Paris. Challamel.--Le Salon de 1844 28
fr. papier blanc; 32 fr. papier de Chine.
Depuis vingt années, l'art de la peinture a subi, en France, une immense
révolution. Les grandes toiles deviennent de plus en plus rares. Les
artistes ont cessé de travailler exclusivement pour des édifices ou pour
des palais. Ce ne sont plus seulement les rois et les grands seigneurs
qui achètent des collections de tableaux. Chaque bourgeois un peu riche
a son musée. Or, comme les galeries de la classe moyenne n'ont jamais de
proportions monumentales, la plupart des peintres ont dû, par nécessité
plus encore que par goût, renoncer à la grande peinture religieuse et
historique, et composer des tableaux aux de genre ou des paysages qui
pussent trouver facilement une place dans les salons de leurs
acquéreurs. Qu'en résulte-t-il? Autrefois, un grand tableau justement
renommé ornait un édifice public ou privé, dont l'entrée n'était jamais
interdite, soit au public, soit aux artistes: aujourd'hui, à peine le
salon est-il fermé, une foule de petits chefs-d'oeuvre disparaissent
sans qu'il soit possible de retrouver leurs traces, sans que leur
possesseur jaloux permette à son plus ardent admirateur d'en étudier la
couleur et la composition.
La publication entreprise depuis plusieurs années par M. Challamel a eu
pour but, nous n'en doutons pas, de remédier en partie à ces graves
inconvénients. Tous les tableaux, toutes les sculptures qui ont attiré
au salon l'attention des vrais connaisseurs, M. Challamel les reproduit
dans ses albums sur les expositions du peinture. Des artistes habiles
sont chargés de les dessiner, de les lithographier et de les graver. Un
texte explicatif, rédigé par deux jeunes écrivains de goût et de talent,
accompagne chaque planche. Ces albums, commencés en 1840, et continués
depuis avec un succès toujours croissant, formeront un jour une curieuse
histoire de l'art de la peinture et de la sculpture au dix-neuvième
siècle. Jugés à un point de vue moins sérieux, ils composent la plus
charmante collection de dessins qui puisse orner la table d'un salon
élégant ou les rayons d'une bibliothèque d'élite.
Les Patineurs en chambre.
[Illustration.]
On est quelquefois condamné à se contenter des semblants à défaut de la
réalité. Les soldats font la guerre dans des champs labourés; ils y
cueillent des pommes de terre, n'ayant plus de lauriers à cueillir sur
les champs de bataille. Les chasseurs parisiens chassent à tir et à
courre dans des potagers où, pour cent sous d'entrée, on leur lâche un
lapin de garenne élevé dans un tonneau. On a établi, il y a quelques
années, une école de natation pour l'hiver dans une grande baignoire qui
reçoit l'eau de la pompe à feu du Gros-Caillou; quand on sortait de
cette école et qu'on tombait par hasard dans la rivière, où était sûr de
se noyer.
Mais voici le plus beau; voyez cette chambre dont la tapisserie
représente pour le moins un paysage des côtes de la mer Glaciale: c'est
une école de patin fondée au troisième étage sur un parquet parfaitement
ciré, mais mal établi sur ses solives. Vous voyez ce qui en arrive; le
plancher crève, et qui est à plaindre? Les patineurs? Non; les
locataires du deuxième étage. Heureusement, ce deuxième étage est occupé
par un tripot, et le patin qui tombe d'en haut va venger sur le front
des joueurs la loi qui interdit la roulette et le trente et quatre.
Avant de louer un appartement, informez-vous si vous n'aurez pas sur
votre tête une école de patin ou un professeur de polka. Je ne connais
rien de plus ennuyeux, si ce n'est ma voisine, vieille femme atteinte
d'insomnie qui, ayant commencé ses études de piano après la
cinquantaine, a dû se contenter d'apprendre une seule valse qu'elle
pianote toutes les nuits jusqu'à deux heures du matin; ou mon voisin de
gauche, qui pratique plusieurs instruments sur lesquels il imite le cri
de divers animaux, le canard sur la clarinette, et l'oie sauvage sur le
cornet à pistons. Ce jeune homme n'est pas encore décoré; mais il le
sera, il est déjà employé à la liste civile.