PRÉDICATION EN FORÊT.

Ceci se passe non pas dans quelque lointaine région, chez quelque

peuplade primitive, nouvellement initiée aux bienfaits de la

civilisation, mais sur le territoire d'une commune suburbaine, située au

sud-est de Berlin. Johannistal--tel est le nom de cette localité

bénie--possède une forêt, et des esprits judicieux ont estimé que cette

forêt pouvait être, pendant l'été, un sanctuaire naturel très propice à

l'exercice du culte luthérien. Les hauts fûts et les frondaisons des

arbres ne rappellent-ils pas les colonnes et les voûtes du temple? Ses

solitudes n'en offrent-elles pas la paix et la majesté sacrées? Toujours

est-il que ce culte «luthéro-sylvain» attire déjà beaucoup de monde et,

à voir l'empressement des fidèles à venir s'asseoir sur les bancs

rustiques, devant la chaire rudimentaire où le pasteur commente

l'Évangile, il est permis de prévoir, pour les prochains mois

caniculaires, une affluence plus considérable encore. La pratique de la

religion se concilie d'ailleurs fort bien avec un certain souci du

bien-être corporel: puisqu'elle s'accommode, en hiver, du chauffage des

églises, pourquoi s'interdirait-elle, en été, la fraîcheur des bois?

[Illustration: Un prêche en plein air dans la forêt de Johannistal, près

de Berlin.--Phot. Kromadar.]

[Illustration: Le chapeau de Panama.]

La première vogue, déjà lointaine, du chapeau de Panama avait été suivie

d'une longue période de défaveur, presque d'oubli; il y a quelques

années encore, c'est à peine si de rares contempteurs de la mode, gens

d'âge mûr, osaient, l'été venu, arborer ce couvre-chef aux bords larges

et souples, commode mais suranné. Par un de ses retours coutumiers, la

mode, depuis plusieurs saisons, l'a de nouveau adopté; elle lui fait la

part belle parmi ses concurrents et même on peut dire qu'étant d'un prix

beaucoup plus abordable qu'autrefois il commence à se démocratiser.

Aujourd'hui, l'État qui a donné son nom à cette coiffure estivale ne la

fournit plus guère; les meilleurs «panamas» viennent de la République

de l'Équateur, de Porto-Rico et des Antilles; d'ailleurs, c'est surtout

la matière première, tirée des fibres d'un arbre du genre latanier, que

les pays de production exportent en Europe, où elle est mise en oeuvre.

Cette branche de l'industrie chapelière s'est particulièrement

développée dans la région de Nancy et en Alsace-Lorraine.

Après le blanchiment par un procédé chimique, les chapeaux sont soumis

au séchage en plein air et, comme notre gravure permet d'en juger, cette

phase de la fabrication n'est ni la moins curieuse ni la moins

pittoresque: on croirait voir de haut onduler, sous le soleil, une foule

compacte aux centaines de têtes uniformément coiffées.

L'Illustration, No. 3252, 24 Juin 1905 · 第 24 / 32 题