DE CELUI QUI JURA VILAIN SERMENT.

1256.

Une fois avint que le roi chevauchoit parmi Paris; si oï et entendi un

homme qui jura trop villainement de Dieu: si en fu le roy moult

courroucié en son cuer et commanda que il feust pris, et le fist

signer d'un fer bien chaut et ardant parmi la lèvre de sa bouche, pour

ce que il eust perdurable mémoire de son péchié et que les autres

doubtassent à jurer villainement de leur créateur. Moult de gens

murmurèrent contre le roy pour ce que cil estoit si laidement signé.

Le roy, qui bien entendit leur murmurement, ne s'en esmut de rien

contre eux, ainsois fu remembrant de l'Escripture, qui dit: «Sire

Dieu, il te maudiront et tu les béniras.» Si dist une parole qui bien

fu escoutée: «Je voudroie estre ainsi signé et en telle manière comme

celluy est, et jamais villain serement ne feust juré en mon royaume.»

La sepmaine emprès que cil fu signé le roy donna aux povres femmes

lingières qui vendent viez peufres[260] et viez chemises, et aux

povres ferrons qui ne pevent avoir maisons la place d'entour les murs

des Innocents pour Dieu et en aumosne. Si en fu moult bénéi du

peuple[261].

[260] Vieilles fripperies.

[261] De là sans doute l'origine du nom des rues de la _Grande

Fripperie et de la Ferronnerie_. (_Note de M. Paulin Pâris._)

_Les Grands Chroniques de Saint Denis_, publiées et annotées par

M. Paulin Pâris.

L'Histoire de France racontée par les Contemporains (Tome 2/4) Extraits des Chroniques, des Mémoires et des Documents originaux, avec des sommaires et des résumés chronologiques · 第 104 / 188 题