III. _Mort d'Édouard; il choisit Harold pour successeur._

Le jour vint qui ne peut manquer où chacun doit finir par mourir; le

roi Édouard mourut. Il eût été bien aise que Guillaume eût son

royaume; mais Guillaume est trop loin et tarde trop à venir, et

Édouard ne peut reculer son trépas. Édouard était malade du mal dont

il devait mourir; il était près de mourir et déjà bien affaibli.

Harold assembla ses parents, manda amis et autres gens, dans la

chambre du roi entra et avec lui mena ceux qui lui convinrent. Un

Anglais parla d'abord, comme Harold le lui avait commandé: «Sire,

dit-il, nous avons grand deuil[70] de ce que nous allons vous perdre;

de cela nous sommes effrayés, nous craignons fort d'en devenir fous.

Nous ne pouvons prolonger votre vie ni échanger votre mort contre une

autre, chacun doit mourir pour soi, un homme ne peut mourir pour un

autre. Nous ne pouvons vous sauver de la mort; vous ne pouvez échapper

à la mort; à la poussière doit la poussière revenir. Il ne nous reste

après vous nul héritier de vous qui nous soutienne. Vieil homme

êtes-vous déjà;..... vous avez vécu une pose[71], et vous n'avez pas

eu d'enfant, fils ou fille, ni autre héritier qui puisse vous

remplacer, qui nous garde et nous maintienne, et devienne roi par

descendance. Partout le pays les Anglais pleurent et crient que si

vous leur faites défaut, ils sont perdus; ils croient ne plus avoir

jamais la paix et je crois qu'ils disent vrai; car certes sans roi

nous n'aurons la paix, et nous n'aurons de roi que par vous. Donnez

votre royaume de votre vivant à tel qui assurera la paix après vous.

Que Dieu ne permette, et qu'il ne lui plaise jamais, que nous ayons un

roi qui ne nous maintienne pas en paix. Un royaume est mauvais et vaut

peu dès que justice et paix y manquent... Ceux-ci[72] sont les

meilleurs de votre royaume, tous les meilleurs de vos amis; tous vous

sont venus prier, et vous devez bien leur accorder leur demande. Nous

vous voyons partir sitôt avec peine, sauf que vous allez posséder

Dieu. Ici tous viennent aujourd'hui vous demander que Harold soit roi

de ce pays. Nous ne savons mieux vous conseiller et vous ne pouvez

mieux faire.» Dès qu'il eut nommé Harold, par la chambre les Anglais

crient qu'il a bien parlé et bien dit, et que le roi le devait croire.

«Sire, disent-ils, si tu ne le fais, plus de notre vie n'aurons la

paix.» Alors le roi s'est assis sur son lit et a tourné vers les

Anglais son visage: «Seigneurs, dit-il, vous savez bien que j'ai donné

mon royaume après ma mort au duc de Normandie; et ce que je lui ai

donné, l'ont aucuns de vous juré. Donc, dit Harold qui était debout,

quoique vous ayez fait, sire, octroyez-moi que je sois roi et que

votre terre soit mienne. Harold, dit le roi, tu l'auras, mais je sais

bien que tu mourras; si j'ai jamais bien connu le duc et les barons

qui sont avec lui et le grand nombre de guerriers qu'il peut lever,

rien, fors Dieu, ne t'en pourra garder. Harold dit que, quoi qu'en

dise le roi, il en fait son affaire et qu'il ne craint ni Normand ni

autre.» Alors se tourna le Roi et dit (je ne sais s'il le fit de bon

cœur): «Maintenant fassent les Anglais duc ou roi Harold ou un autre,

je l'octroie.»

[70] Douleur.

[71] Longtemps.

[72] Il montre les assistants.

L'Histoire de France racontée par les Contemporains (Tome 2/4) Extraits des Chroniques, des Mémoires et des Documents originaux, avec des sommaires et des résumés chronologiques · 第 38 / 188 题