_(Voir la gravure de première page.)_
Moralement contraint, et confiant, d'ailleurs, en sa touchante bonne
foi, dans l'équité des puissances pour lui faire accorder le prix de
tant de sang versé, de tant de vies héroïquement sacrifiées à la patrie,
le Monténégro s'est incliné, comme il l'avait dit: Scutari, évacuée par
les troupes du prince Danilo, a été occupée mercredi, à 2 heures, par
les détachements de marins débarqués des navires des diverses nations
qui assuraient le blocus de la côte. Tous les détails de cette
substitution de forces avaient été réglés d'avance et formulés dans un
protocole signé entre les amiraux de l'escadre internationale et M.
Plamenatz, ancien ministre du roi Nicolas à Constantinople, avant la
guerre, et actuellement titulaire du portefeuille des Affaires
étrangères dans le nouveau cabinet présidé par M. Miouchkovitch,--le
ministère Martinovitch ayant démissionné précisément en raison de
l'abandon forcé de Scutari.
Les Monténégrins ont, naturellement, été autorisés à enlever du moins le
matériel de guerre qu'ils avaient conquis, ainsi que tous les objets
appartenant au gouvernement ottoman.
Le détachement international chargé d'assurer la police de Scutari
comprend 1.000 hommes: 300 Anglais, 200 Italiens, 200 Austro-Hongrois,
200 Français, 100 Allemands. Des vapeurs fluviaux l'ont conduit par la
Bojana jusqu'à Scutari. Au même moment où il pénétrait dans la ville,
les troupes monténégrines en sortaient, remontant dans la direction de
l'ancienne frontière: le sacrifice était consommé.