C'est à elles que Cervantès fait allusion quand il parle des

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Journal des voyages et des voyageurs" (2e semestre 1905).

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sur Tolède.

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articles sont originaires.

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placée en fin de fichier.]

LE TOUR DU MONDE

PARIS

IMPRIMERIE FERNAND SCHMIDT

20, rue du Dragon, 20

NOUVELLE SÉRIE--11e ANNÉE

2e SEMESTRE

LE TOUR DU MONDE

JOURNAL

DES VOYAGES ET DES VOYAGEURS

Le Tour du Monde

a été fondé par Édouard Charton

en 1860

PARIS

LIBRAIRIE DE HACHETTE ET Cie

79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79

LONDRES, 18, KING WILLIAM STREET, STRAND

1905

Droits de traduction et de reproduction réservés.

TABLE DES MATIÈRES

L'ÉTÉ AU KACHMIR

Par _Mme F. MICHEL_

I. De Paris à Srînagar. -- Un guide pratique. -- De Bombay à

Lahore. -- Premiers préparatifs. -- En _tonga_ de

Rawal-Pindi à Srînagar. -- Les Kachmiris et les maîtres du

Kachmir. -- Retour à la vie nomade. 1

II. La «Vallée heureuse» en _dounga_. -- Bateliers et

batelières. -- De Baramoula à Srînagar. -- La capitale du

Kachmir. -- Un peu d'économie politique. -- En amont de

Srînagar. 13

III. Sous la tente. -- Les petites vallées du Sud-Est. --

Histoires de voleurs et contes de fées. -- Les ruines de

Martand. -- De Brahmanes en Moullas. 25

IV. Le pèlerinage d'Amarnâth. -- La vallée du Lidar. -- Les

pèlerins de l'Inde. -- Vers les cimes. -- La grotte sacrée.

-- En _dholi_. -- Les Goudjars, pasteurs de buffles. 37

V. Le pèlerinage de l'Haramouk. -- Alpinisme funèbre et

hydrothérapie religieuse. -- Les temples de Vangâth. --

Frissons d'automne. -- Les adieux à Srînagar. 49

SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE

Par _le docteur LAMY_

_Médecin-major des troupes coloniales_.

I. Voyage dans la brousse. -- En file indienne. -- Motéso.

-- La route dans un ruisseau. -- Denguéra. -- Kodioso. --

Villes et villages abandonnés. -- Où est donc Bettié? --

Arrivée à Dioubasso. 61

II. Dans le territoire de Mopé. -- Coutumes du pays. -- La

mort d'un prince héritier. -- L'épreuve du poison. -- De

Mopé à Bettié. -- Bénie, roi de Bettié, et sa capitale. --

Retour à Petit-Alépé. 73

III. Rapports et résultats de la mission. -- Valeur

économique de la côte d'Ivoire. -- Richesse de la flore. --

Supériorité de la faune. 85

IV. La fièvre jaune à Grand-Bassam. -- Deuils nombreux. --

Retour en France. 90

L'ÎLE D'ELBE

Par _M. PAUL GRUYER_

I. L'île d'Elbe et le «canal» de Piombino. -- Deux mots

d'histoire. -- Débarquement à Porto-Ferraio. -- Une ville

d'opéra. -- La «teste di Napoleone» et le Palais impérial.

-- La bannière de l'ancien roi de l'île d'Elbe. -- Offre à

Napoléon III, après Sedan. -- La bibliothèque de l'Empereur.

-- Souvenir de Victor Hugo. Le premier mot du poète. -- Un

enterrement aux flambeaux. Cagoules noires et cagoules

blanches. Dans la paix des limbes. -- Les différentes routes

de l'île. 97

II. Le golfe de Procchio et la montagne de Jupiter. -- Soir

tempétueux et morne tristesse. -- L'ascension du Monte

Giove. -- Un village dans les nuées. -- L'Ermitage de la

Madone et la «Sedia di Napoleone». -- Le vieux gardien de

l'infini. «Bastia, Signor!». Vision sublime. -- La côte

orientale de l'île. Capoliveri et Porto-Longone. -- La gorge

de Monserrat. -- Rio 1 Marina et le monde du fer. 109

III. Napoléon, roi de l'île d'Elbe. -- Installation aux

Mulini. -- L'Empereur à la gorge de Monserrat. -- San

Martino Saint-Cloud. La salle des Pyramides et le plafond

aux deux colombes. Le lit de Bertrand. La salle de bain et

le miroir de la Vérité. -- L'Empereur transporte ses pénates

sur le Monte Giove. -- Elbe perdue pour la France. --

L'ancien Musée de San Martino. Essai de reconstitution par

le propriétaire actuel. Le lit de Madame Mère. -- Où il faut

chercher à Elbe les vraies reliques impériales. «Apollon

gardant ses troupeaux.» Éventail et bijoux de la princesse

Pauline. Les clefs de Porto-Ferraio. Autographes. La robe de

la signorina Squarci. -- L'église de l'archiconfrérie du

Très-Saint-Sacrement. La «Pieta» de l'Empereur. Les

broderies de soie des Mulini. -- Le vieil aveugle de

Porto-Ferraio. 121

D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE

Par _M. VICTOR CHAPOT_

_membre de l'École française d'Athènes._

I. -- Alexandrette et la montée de Beïlan. -- Antioche et

l'Oronte; excursions à Daphné et à Soueidieh. -- La route

d'Alep par le Kasr-el-Benat et Dana. -- Premier aperçu

d'Alep. 133

II. -- Ma caravane. -- Village d'Yazides. -- Nisib. --

Première rencontre avec l'Euphrate. -- Biredjik. --

Souvenirs des Hétéens. -- Excursion à Resapha. -- Comment

atteindre Ras-el-Aïn? Comment le quitter? -- Enfin à Orfa! 145

III. -- Séjour à Orfa. -- Samosate. -- Vallée accidentée de

l'Euphrate. -- Roum-Kaleh et Aïntab. -- Court repos à Alep.

-- Saint-Syméon et l'Alma-Dagh. -- Huit jours trappiste! --

Conclusion pessimiste. 157

LA FRANCE AUX NOUVELLES-HÉBRIDES

Par _M. RAYMOND BEL_

À qui les Nouvelles-Hébrides: France, Angleterre ou

Australie? Le condominium anglo-français de 1887. --

L'oeuvre de M. Higginson. -- Situation actuelle des îles. --

L'influence anglo-australienne. -- Les ressources des

Nouvelles-Hébrides. -- Leur avenir. 169

LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE

Par _M. ALBERT THOMAS_

I. -- Moscou. -- Une déception. -- Le Kreml, acropole

sacrée. -- Les églises, les palais: deux époques. 182

II. -- Moscou, la ville et les faubourgs. -- La bourgeoisie

moscovite. -- Changement de paysage; Nijni-Novgorod: le

Kreml et la ville. 193

III. -- La foire de Nijni: marchandises et marchands. --

L'oeuvre du commerce. -- Sur la Volga. -- À bord du

_Sviatoslav_. -- Une visite à Kazan. -- La «sainte mère

Volga». 205

IV. -- De Samara à Tomsk. -- La vie du train. -- Les

passagers et l'équipage: les soirées. -- Dans le steppe:

l'effort des hommes. -- Les émigrants. 217

V. -- Tomsk. -- La mêlée des races. -- Anciens et nouveaux

fonctionnaires. -- L'Université de Tomsk. -- Le rôle de

l'État dans l'oeuvre de colonisation. 229

VI. -- Heures de retour. -- Dans l'Oural. -- La

Grande-Russie. -- Conclusion. 241

LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES

Par _M. GERSPACH_

La petite ville de Lugano; ses charmes; son lac. -- Un peu

d'histoire et de géographie. -- La cathédrale de

Saint-Laurent. -- L'église Sainte-Marie-des-Anges. --

Lugano, la ville des fresques. -- L'oeuvre du Luini. --

Procédés employés pour le transfert des fresques. 253

SHANGHAÏ, LA MÉTROPOLE CHINOISE

Par _M. ÉMILE DESCHAMPS_

I. -- Woo-Sung. -- Au débarcadère. -- La Concession

française. -- La Cité chinoise. -- Retour à notre

concession. -- La police municipale et la prison. -- La

cangue et le bambou. -- Les exécutions. -- Le corps de

volontaires. -- Émeutes. -- Les conseils municipaux. 265

II. -- L'établissement des jésuites de Zi-ka-oueï. --

Pharmacie chinoise. -- Le camp de Kou-ka-za. -- La fumerie

d'opium. -- Le charnier des enfants trouvés. -- Le

fournisseur des ombres. -- La concession internationale. --

Jardin chinois. -- Le Bund. -- La pagode de Long-hoa. --

Fou-tchéou-road. -- Statistique. 277

L'ÉDUCATION DES NÈGRES AUX ÉTATS-UNIS

Par _M. BARGY_

Le problème de la civilisation des nègres. -- L'Institut

Hampton, en Virginie. -- La vie de Booker T. Washington. --

L'école professionnelle de Tuskegee, en Alabama. --

Conciliateurs et agitateurs. -- Le vote des nègres et la

casuistique de la Constitution. 289

À TRAVERS LA PERSE ORIENTALE

Par _le Major PERCY MOLESWORTH SYKES_

_Consul général de S. M. Britannique au Khorassan_.

I. -- Arrivée à Astrabad. -- Ancienne importance de la

ville. -- Le pays des Turkomans: à travers le steppe et les

Collines Noires. -- Le Khorassan. -- Mechhed: sa mosquée;

son commerce. -- Le désert de Lout. -- Sur la route de

Kirman. 301

II. -- La province de Kirman. -- Géographie: la flore, la

faune; l'administration, l'armée. -- Histoire: invasions et

dévastations. -- La ville de Kirman, capitale de la

province. -- Une saison sur le plateau de Sardou. 313

III. -- En Baloutchistan. -- Le Makran: la côte du golfe

Arabique. -- Histoire et géographie du Makran. -- Le Sarhad. 325

IV. -- Délimitation à la frontière perso-baloutche. -- De

Kirman à la ville-frontière de Kouak. -- La Commission de

délimitation. -- Question de préséance. -- L'oeuvre de la

Commission. -- De Kouak à Kélat. 337

V. -- Le Seistan: son histoire. -- Le delta du Helmand. --

Comparaison du Seistan et de l'Égypte. -- Excursions dans le

Helmand. -- Retour par Yezd à Kirman. 349

AUX RUINES D'ANGKOR

Par _M. le Vicomte DE MIRAMON-FARGUES_

De Saïgon à Pnôm-penh et à Compong-Chuang. -- À la rame sur

le Grand-Lac. -- Les charrettes cambodgiennes. -- Siem-Réap.

-- Le temple d'Angkor. -- Angkor-Tom -- Décadence de la

civilisation khmer. -- Rencontre du second roi du Cambodge.

-- Oudong-la-Superbe, capitale du père de Norodom. -- Le

palais de Norodom à Pnôm-penh. -- Pourquoi la France ne

devrait pas abandonner au Siam le territoire d'Angkor. 361

EN ROUMANIE

Par _M. Th. HEBBELYNCK_

I. -- De Budapest à Petrozeny. -- Un mot d'histoire. -- La

vallée du Jiul. -- Les Boyards et les Tziganes. -- Le marché

de Targu Jiul. -- Le monastère de Tismana. 373

II. -- Le monastère d'Horezu. -- Excursion à Bistritza. --

Romnicu et le défilé de la Tour-Rouge. -- De Curtea de Arges

à Campolung. -- Défilé de Dimboviciora. 385

III. -- Bucarest, aspect de la ville. -- Les mines de sel de

Slanic. -- Les sources de pétrole de Doftana. -- Sinaïa,

promenade dans la forêt. -- Busteni et le domaine de la

Couronne. 397

CROQUIS HOLLANDAIS

Par _M. Lud. GEORGES HAMÖN_

_Photographies de l'auteur._

I. -- Une ville hollandaise. -- Middelburg. -- Les nuages.

-- Les _boerin_. -- La maison. -- L'éclusier. -- Le marché.

-- Le village hollandais. -- Zoutelande. -- Les bons

aubergistes. -- Une soirée locale. -- Les sabots des petits

enfants. -- La kermesse. -- La piété du Hollandais. 410

II. -- Rencontre sur la route. -- Le beau cavalier. -- Un

déjeuner décevant. -- Le père Kick. 421

III. -- La terre hollandaise. -- L'eau. -- Les moulins. --

La culture. -- Les polders. -- Les digues. -- Origine de la

Hollande. -- Une nuit à Veere. -- Wemeldingen. -- Les cinq

jeunes filles. -- Flirt muet. -- Le pochard. -- La vie sur

l'eau. 423

IV. -- Le pêcheur hollandais. -- Volendam. -- La lessive. --

Les marmots. -- Les canards. -- La pêche au hareng. -- Le

fils du pêcheur. -- Une île singulière: Marken. -- Au milieu

des eaux. -- Les maisons. -- Les moeurs. -- Les jeunes

filles. -- Perspective. -- La tourbe et les tourbières. --

Produit national. -- Les tourbières hautes et basses. --

Houille locale. 433

ABYDOS

dans les temps anciens et dans les temps modernes

Par _M. E. AMELINEAU_

Légende d'Osiris. -- Histoire d'Abydos à travers les

dynasties, à l'époque chrétienne. -- Ses monuments et leur

spoliation. -- Ses habitants actuels et leurs moeurs. 445

VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHÈSE AUX MONTS CÉLESTES

Par _M. JULES BROCHEREL_

I. -- De Tachkent à Prjevalsk. -- La ville de Tachkent. --

En tarentass. -- Tchimkent. -- Aoulié-Ata. -- Tokmak. -- Les

gorges de Bouam. -- Le lac Issik-Koul. -- Prjevalsk. -- Un

chef kirghize. 457

II. -- La vallée de Tomghent. -- Un aoul kirghize. -- La

traversée du col de Tomghent. -- Chevaux alpinistes. -- Une

vallée déserte. -- Le Kizil-tao. -- Le Saridjass. --

Troupeaux de chevaux. -- La vallée de Kachkateur. -- En vue

du Khan-Tengri. 469

III. -- Sur le col de Tuz. -- Rencontre d'antilopes. -- La

vallée d'Inghiltchik. -- Le «tchiou mouz». -- Un chef

kirghize. -- Les gorges d'Attiaïlo. -- L'aoul d'Oustchiar.

-- Arrêtés par les rochers. 481

IV. -- Vers l'aiguille d'Oustchiar. -- L'aoul de Kaende. --

En vue du Khan-Tengri. -- Le glacier de Kaende. -- Bloqués

par la neige. -- Nous songeons au retour. -- Dans la vallée

de l'Irtach. -- Chez le kaltchè. -- Cuisine de Kirghize. --

Fin des travaux topographiques. -- Un enterrement kirghize. 493

V. -- L'heure du retour. -- La vallée d'Irtach. -- Nous

retrouvons la douane. -- Arrivée à Prjevalsk. -- La

dispersion. 505

VI. -- Les Khirghizes. -- L'origine de la race. -- Kazaks et

Khirghizes. -- Le classement des Bourouts. -- Le costume

khirghize. -- La yourte. -- Moeurs et coutumes khirghizes.

-- Mariages khirghizes. -- Conclusion. 507

L'ARCHIPEL DES FEROÉ

Par _Mlle ANNA SEE_

Première escale: Trangisvaag. -- Thorshavn, capitale de

l'Archipel; le port, la ville. -- Un peu d'histoire. -- La

vie végétative des Feroïens. -- La pêche aux dauphins. -- La

pêche aux baleines. -- Excursions diverses à travers

l'Archipel. 517

PONDICHÉRY

chef-lieu de l'Inde française

Par _M. G. VERSCHUUR_

Accès difficile de Pondichéry par mer. -- Ville blanche et

ville indienne. -- Le palais du Gouvernement. -- Les hôtels

de nos colonies. -- Enclaves anglaises. -- La population;

les enfants. -- Architecture et religion. -- Commerce. --

L'avenir de Pondichéry. -- Le marché. -- Les écoles. -- La

fièvre de la politique. 529

UNE PEUPLADE MALGACHE LES TANALA DE L'IKONGO

Par _M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ_

I. -- Géographie et histoire de l'Ikongo. -- Les Tanala. --

Organisation sociale. Tribu, clan, famille. -- Les lois. 541

II. -- Religion et superstitions. -- Culte des morts. --

Devins et sorciers. -- Le Sikidy. -- La science. --

Astrologie. -- L'écriture. -- L'art. -- Le vêtement et la

parure. -- L'habitation. -- La danse. -- La musique. -- La

poésie. 553

LA RÉGION DU BOU HEDMA

(sud tunisien)

Par _M. Ch. MAUMENÉ_

Le chemin de fer Sfax-Gafsa. -- Maharess. -- Lella Mazouna.

-- La forêt de gommiers. -- La source des Trois Palmiers. --

Le Bou Hedma. -- Un groupe mégalithique. -- Renseignements

indigènes. -- L'oued Hadedj et ses sources chaudes. -- La

plaine des Ouled bou Saad et Sidi haoua el oued. -- Bir

Saad. -- Manoubia. -- Khrangat Touninn. -- Sakket. -- Sened.

-- Ogla Zagoufta. -- La plaine et le village de Mech. --

Sidi Abd el-Aziz. 565

DE TOLÈDE À GRENADE

Par _Mme JANE DIEULAFOY_

I. -- L'aspect de la Castille. -- Les troupeaux en

_transhumance_. -- La Mesta. -- Le Tage et ses poètes. -- La

Cuesta del Carmel. -- Le Cristo de la Luz. -- La machine

hydraulique de Jualino Turriano. -- Le Zocodover. -- Vieux

palais et anciennes synagogues. -- Les Juifs de Tolède. --

Un souvenir de l'inondation du Tage. 577

II. -- Le Taller del Moro et le Salon de la Casa de Mesa. --

Les pupilles de l'évêque Siliceo. -- Santo Tomé et l'oeuvre

du Greco. -- La mosquée de Tolède et la reine Constance. --

Juan Guaz, premier architecte de la Cathédrale. -- Ses

transformations et adjonctions. -- Souvenirs de las Navas.

-- Le tombeau du cardinal de Mendoza. Isabelle la Catholique

est son exécutrice testamentaire. -- Ximénès. -- Le rite

mozarabe. -- Alvaro de Luda. -- Le porte-bannière d'Isabelle

à la bataille de Toro. 589

III. -- Entrée d'Isabelle et de Ferdinand, d'après les

chroniques. -- San Juan de los Reyes. -- L'hôpital de Santa

Cruz. -- Les Soeurs de Saint-Vincent de Paul. -- Les

portraits fameux de l'Université. -- L'ange et la peste. --

Sainte-Léocadie. -- El Cristo de la Vega. -- Le soleil

couchant sur les pinacles de San Juan de los Reyes. 601

IV. -- Les «cigarrales». -- Le pont San Martino et son

architecte. -- Dévouement conjugal. -- L'inscription de

l'Hôtel de Ville. -- Cordoue, l'Athènes de l'Occident. -- Sa

mosquée. -- Ses fils les plus illustres. -- Gonzalve de

Cordoue. -- Les comptes du _Gran Capitan_. -- Juan de Mena.

-- Doña Maria de Parèdes. -- L'industrie des cuirs repoussés

et dorés. 613

TOME XI, NOUVELLE SÉRIE--49e LIV. Nº 49.--9 Décembre 1905.

[Illustration: Après avoir croisé des boeufs superbes ... (page

581).--D'après une photographie.]

DE TOLÈDE À GRENADE

PAR Mme JANE DIEULAFOY.

I. -- L'aspect de la Castille. -- Les troupeaux en

_transhumance_. -- La Mesta. -- Le Tage et ses poètes. -- La

Cuesta del Carmel. -- Le Cristo de la Luz. -- La machine

hydraulique de Juanilo Turriano. -- Le Zocodover. -- Vieux palais

et anciennes synagogues. -- Les Juifs de Tolède. -- Un souvenir

de l'inondation du Tage.

[Illustration: Femme castillane.--D'après une photographie.]

«De Madrid à Tolède, écrit un auteur espagnol du XVIIIe siècle, le

chemin est tout plat, sauf les côtes.»

Ceci reconnu exact, comme elle est triste et monotone, la route qui se

déroule entre la capitale de l'Espagne moderne et la vieille capitale

de l'Empire wisigoth! À peine a-t-on perdu de vue les maisons de

Madrid, disposées en amphithéâtre au-dessous de l'hémicycle bleu formé

par la chaîne du Guadarrama, que l'on entre dans une région déserte à

frémir. En haut, le ciel d'un bleu implacable; en bas, une lande d'un

gris uniforme, semée d'herbes revêches, et, par endroits, les cendres

des chaumes brûlés dès la fin de la moisson. Les villages, fort rares,

bâtis avec des matériaux de terre ou des pierres couleur du sol, se

confondent avec lui. Ils n'attireraient point le regard si quelques

arbres n'élevaient un maigre bouquet de verdure autour de ces pauvres

demeures. En traversant cette plaine dénudée, on se prend à penser

qu'ils furent bien mal obéis, ces ordres du Conseil de Castille, qui

enjoignaient à chaque villageois de planter au moins cinq arbres par

an.

L'origine de cette antique ordonnance remonterait sans doute à une

période bien reculée. Ne serait-elle point un souvenir très lointain

de ces lois religieuses, qui, en pays mazdéen, mettaient la plantation

des arbres, le défrichement des terres incultes et l'élevage des

bestiaux au nombre des oeuvres pies commandées et bénies par Ormazd,

le Dieu bon de la Perse antique? Les Arabes s'étaient trop mêlés dans

leurs migrations à tous les peuples qu'ils avaient conquis, et les

Perses par leur savoir, leur intelligence, leur sens artistique les

avaient trop vivement impressionnés pour qu'ils aient échappé à leur

influence. Faut-il s'étonner s'ils leur empruntèrent des lois et en

reçurent des traditions qu'ils importèrent en Espagne et que les

chrétiens, après l'expulsion de l'ennemi héréditaire, eurent la

sagesse de conserver? Plût à Dieu qu'ils eussent gardé intactes celles

qui réglaient la culture des terres: la moitié de l'Espagne ne serait

pas stérile comme elle l'est aujourd'hui.

Quoi qu'il en soit, il ne faut pas s'évertuer à chercher des arbres

entre Madrid et Tolède. L'on y perdrait ses yeux et son latin, à

supposer que l'on soit encore approvisionné d'une langue que ses longs

contacts avec l'Église ont fait bien mal noter.

Certes, le Castillan aime l'ombre, qui tempère l'ardeur d'un soleil de

feu; mais il lui préfère les grains de blé que consommeraient les

oiseaux nichés dans le feuillage. Qu'importé au laboureur le ramage de

l'oiseau, _ce petit bouquet de plumes_, comme l'appelle si joliment

Calderon, quand il songe à la récolte semée, sarclée et moissonnée au

prix d'un dur labeur! Seuls le rossignol et l'hirondelle trouvent

grâce à ses yeux, mais seulement parce qu'ils se nourrissent

d'insectes, et que l'insecte aussi est redoutable. Le Castillan est

pauvre, il n'a de choix qu'entre les maux!

En revanche, la Castille est riche de souvenirs légendaires ou

historiques.

À Esquivias on ne manquera pas de rappeler le mariage et le long

séjour de Cervantès; plus loin, on évoquera l'ombre du Chevalier de la

Triste Figure, de Sancho Pança, et même de Dulcinée dont la naissance

a illustré le Toboso tout voisin. Il n'est pas jusqu'à Rossinante,

jusqu'à la monture de Sancho, jusqu'aux troupeaux qu'attaquait le

Chevalier, qui n'aient laissé dans le pays une nombreuse postérité de

chevaux étiques, d'ânes têtus et de mérinos à la longue laine. Qui

l'oserait mettre en doute? Pour punir ce fanfaron d'incrédulité il ne

suffirait pas de rétablir l'Inquisition.

[Illustration: On chemine à travers l'inextricable réseau des ruelles

silencieuses (page 584).--D'après une photographie.]

Ce n'est pas la première fois que je rencontre ces troupeaux en

_transhumance_ qui, depuis les temps antiques, vont de pâturage en

pâturage, d'une extrémité à l'autre de l'Espagne, à mesure que les

saisons changent. Ce n'est pas d'aujourd'hui que leurs colonies

errantes conduites par des bergers à cheval et gardées par des chiens

à demi sauvages stérilisent le sol qu'elles foulent sous leurs pas.

Possédés par une sorte de confrérie connue sous le nom de _Mesta_

(juridiction) et qui comptait parmi ses membres les plus grands

seigneurs et les abbés des plus riches monastères, des millions de

moutons s'abattaient au printemps et à l'automne sur certaines régions

dont leurs dents courtes avaient bientôt rasé l'herbe coupée au

collet; d'étranges privilèges favorisaient leurs migrations, et la

_Mesta_ devint même si puissante et si autoritaire, qu'elle osa

interdire de cultiver les terres fertiles, afin d'y réserver des

pâturages abondants. En même temps que les bergers ainsi protégés

s'enhardissaient, le laboureur opprimé perdait courage, car rien ne le

préservait des incursions de l'ennemi. Il eût fait beau voir qu'il

osât se plaindre des dégâts commis par les troupeaux des chevaliers de

Santiago, de Calatrava, ou se défendre contre les quarante mille

bergers condamnés au célibat par les exigences de la vie nomade, et

souvent plus sauvages et plus redoutables que leurs chiens! Sans

espoir en aucun recours, le laboureur abandonna la charrue, quitta le

toit paternel. Mieux valait émigrer, partir pour le Nouveau Monde,

gagner ces contrées féeriques où l'on remuait l'or à la pelle, où l'on

échappait à l'oppression des grands feudataires, à la corvée imposée

par les Ordres monastiques, et surtout au mouton! Au Moyen âge, le

doux animal fut une plaie plus redoutable que la sauterelle d'Égypte;

l'Espagne moderne en subit encore les conséquences. Le paysan ne

revient jamais à la terre qu'il a aimée, lorsque son coeur et ses bras

s'en sont détachés une fois. Chez lui, de pareilles décisions sont

irrévocables.

Aussi bien, tandis que les rives du Guadiana étaient autrefois semées

de villes et de gros bourgs florissants, on n'y voit plus aujourd'hui

que des ruines ou des villages chétifs groupés autour d'une église

immense, trois fois trop grande pour contenir une population appauvrie

et paresseuse. De siècle en siècle les forts et les vaillants de

chaque génération sont allés peupler l'Amérique du Sud ou les

Philippines, et les qualités natives de la nation s'en sont

ressenties.

[Illustration: La rue du commerce, à Tolède (page 584).--D'après une

photographie.]

Depuis 1835 les privilèges de la _Mesta_ ont été abolis, et les

troupeaux en _transhumance_ ne peuvent cheminer que sur une largeur de

quatre-vingts mètres; mais ce n'est pas en un jour qu'un remède si

tardif peut guérir un mal invétéré, et des siècles s'écouleront avant

que le Castillan ait repris le goût de la terre. Grave, majestueux,

sombre, indifférent, longtemps encore il abandonnera le soin de

cultiver son champ à des Galiciens, à des Baléares ou à des Basques

qui vivent à ses dépens, et préférera souffrir la faim dans toutes les

formes voulues par l'étiquette, plutôt que de déroger en accomplissant

un labeur servile indigne d'un hidalgo.

Telle est l'oeuvre de Robin Mouton; on ne peut nier que cette bête

féroce n'ait commencé! Sa laine lui fait beaucoup pardonner; mais ses

côtelettes! Il suffit de traverser l'Espagne pour leur garder rancune.

Voici le Tage; un ruban de sombre verdure en signale soudain le cours

sinueux. «Il coule entre les peupliers verts, tellement endormi que ni

l'arbre ne l'entend, ni le sable ne le sent passer. Dans son silence

et dans son repos, les joyeux rossignols l'avertissent tout haut que

le soleil se lève, et qu'il doit s'éveiller aussi. Entre les joncs de

ses bords, son cours tranquille ne dit pas qu'il se réveille, mais

témoigne qu'il se meut.»

À l'envi les poètes l'ont chanté: Garcilaso de la Vega évoque les

nymphes capricieuses qui se jouent sur ses rives:

De quatra ninfas que, del Tago amado

Salieron juntas, a cantar me offresco.

(Les quatre nymphes qui, du Tage aimé

Sortirent ensemble, je promets de chanter.)

C'est à elles que Cervantès fait allusion quand il parle des beautés

qui ont choisi pour demeure le cristal de ses eaux et s'asseyent sur

la verte prairie pour tisser de leurs doigts légers les étoffes

précieuses où se mêlent la soie, les perles et l'or. À son tour,

Moratin subit le charme de ses ondes et le célébra dans des idylles

que ne désavoueraient ni Théocrite, ni Virgile; mais nul n'a mieux

glorifié le fleuve majestueux arrivé au terme de sa course, que

l'immortel auteur des _Lusiades_. Le Tage n'est pas seulement pour

lui le fleuve clair qu'aiment les pasteurs de ses églogues: il est le

fleuve épique, il est le fleuve sacré, il est une sorte de divinité

inspiratrice:

«Muses du Tage qui, dès la plus tendre enfance, m'avez inspiré un

souffle si brûlant, si j'ai toujours dans mes chants rustiques célébré

la beauté de votre fleuve, daignez cette fois m'accorder le style

sublime, le ton élevé et majestueux ... Prêtez-moi des accents dont la

grandeur égale, s'il est possible, les exploits de votre belliqueuse

nation.»

Le Tage, blasé depuis longtemps sur les hommages hyperboliques des

poètes, continue sa marche paresseuse de Fleuve vieilli, tandis que la

voie ferrée s'en éloigne et coupe droit vers Tolède. Par bonheur, elle

ne s'approche point des remparts de la vieille cité. En construisant

la gare, l'ingénieur a reculé devant un sacrilège. Le voyage s'achève

dans un carrosse hors d'âge ou dans un char à bancs mal suspendu,

suivant que les voyageurs sont plus ou moins nombreux ou qu'ils

inspirent plus ou moins de respect. Les fouets claquent, les mules

ruent, les cochers les injurient, et l'ascension de la ville aux sept

collines commence au milieu d'un tourbillon de poussière qu'eussent

envié les dieux de l'Olympe quand ils descendaient sur la terre.

Hélas! que viendraient-ils faire aujourd'hui qu'ils ont tant de raison

de nous bouder!

Quelques tours de roues grinçantes et, à gauche, sur des rochers où ne

végète même pas une mousse chétive, la plus décorative des forteresses

ruinées, la mieux faite pour tenter le burin des aquafortistes, le

vieux château de San Cervantès dresse ses murailles pesantes,

rébarbatives, brûlées par d'innombrables soleils.

[Illustration: Un représentant de la foule innombrable des mendiants

de Tolède (page 584).--D'après une photographie.]

Il domine encore le cours du Tage; il le défendait autrefois. C'est

tout un appareil de guerre et de force, qui s'est rompu avec le temps.

San Cervantès lui aussi fut chanté par les poètes:

«Toi qui t'élèves à côté de Tolède, le roi Alfonse te fonda sur les

eaux du Tage. On dit que tu as été de fer aux machines de bois des

ennemis ... Et maintenant, méprisé, te voilà sur cet âpre rocher comme

en décembre la pique vermoulue du gardien des vignes; tes créneaux,

autrefois ta couronne, servent de perchoir aux corbeaux, et sont comme

ces dents isolées qui disent l'âge des vieillards.

«Écoute-moi, vaillant château, et accomplis ce que j'implore de toi,

bien que deux douzaines de vers ne méritent pas une récompense. Si

quelquefois ma maîtresse, terrible comme l'enfer, belle comme le ciel,

ou, pour mieux dire hautaine comme la ville de Tolède, sort pour jouir

des amandiers aux fleurs verdoyantes, prémisses de l'année et le plus

doux des aliments, si elle fait des eaux du Tage un miroir à sa

beauté, donne tes ruines pour exemple à son orgueil, et dis-lui, sans

parler, mille choses que tu sais bien....»

La vieille forteresse n'est pas seulement célébrée par les poètes; ses

légendes et ses histoires de guerre et d'amour chevaleresque sont

consacrées dans le Romancero.

Le roi Alfonse s'était éloigné à la tête d'une vaillante armée,

laissant le commandement de Tolède à Bérengère, noble par le sang,

reine par le mariage, souveraine par la beauté.

Le Maure, informé que la ville était dépourvue de ses défenseurs,

accourut. Mais, avant de franchir le Tage, il fallait prendre le

château qui défendait l'entrée du pont.

La reine monta sur une tour de l'Alcazar, et ses yeux courroucés

virent le péril que courait la poignée de braves enfermés dans la

forteresse, et qui, bientôt, périrait sous l'étreinte de l'Infidèle.

Et voici qu'il se présente au Maure, le héraut de la reine Bérangère.

Elle a dit sur un ton de reproche:

[Illustration: Dans des rues tortueuses s'ouvrent les entrées

monumentales d'anciens palais, tel que celui de la Sainte Hermandad

(page 584).--Photographie Lacoste, à Madrid.]

«N'est-ce point lâcheté à toi de t'en prendre à de si faibles ennemis!

Si tu es aussi vaillant que tu veux le faire croire, va, et attaque le

roi Alfonse, mon époux, et ses chrétiens, sous les murs de Carélie!»

Le Maure est humilié de cette remontrance, et il sait que la reine est

très belle.

«Que du haut du plus proche rempart Doña Bérangère consente à nous

montrer son visage dévoilé, et je lèverai le siège.»

Comme le soleil s'abaissait, la reine apparut, debout sur la muraille,

le visage découvert, entourée de ses demoiselles somptueusement

parées, plus belle que la lune naissante au milieu des premières

étoiles qui scintillent.

Le Maure la regarda longuement, et la salua avec les marques du plus

profond respect.

À l'aube, lui et les siens levèrent le siège du château, et prirent le

chemin de Carélie.

Au temps de Lope de Vega, la vieille forteresse, devenue inutile,

était si abandonnée que les gens de qualité se donnaient rendez-vous

sous ses murailles lorsque le point d'honneur les obligeait à

s'entre-couper la gorge. Dans la jolie comédie intitulée: _Aimer sans

savoir qui_, à laquelle Corneille a emprunté la _Suite du Menteur_, le

héros de la pièce vient y servir de témoin dans un de ces duels si

fréquents à cette époque. Si la mode n'en était passée, on y pourrait

encore aujourd'hui vider, sans crainte d'être dérangé, d'aussi

tragiques différends.

Après avoir croisé un troupeau de boeufs aux formes superbes, à la

robe noire comme la figure du diable, à condition que le diable soit

très noir, mon carrosse s'engage sur le pont d'Alcantara (le pont du

pont) que ferment à ses extrémités deux portes fortifiées, aux armes

de la maison d'Autriche.

Vu de ce point, le Tage prend un aspect terrible, en harmonie avec son

nom, et du fond de la gorge profonde où il coule, il semble enserrer

Tolède pour l'étouffer, plutôt que pour lui faire de ses bras d'amant

une amoureuse ceinture. Sans doute, quelque Durandal céleste a ouvert

son lit à travers la montagne, et taillé à pic les falaises qui

surplombent ses eaux limoneuses. Je lève les yeux et là-haut, sur la

crête des rochers, se dresse, tel un joyau serti dans une monture de

fer, la ville des conciles gothiques, la vieille capitale de la

Nouvelle-Castille, la cité mudejar qui dort sous les lambeaux de ses

vêtements asiatiques, sombre et claustrale comme au Moyen âge, à deux

heures de Madrid vivant et joyeux. Ce voyage si prompt à travers

quatorze siècles surprend l'esprit; un long séjour est nécessaire pour

en faire oublier les secousses.

La seconde porte franchie, sous les yeux vigilants des employés de

l'octroi, on s'engage sur un chemin en pente fort raide qui porte le

nom de: «Cuesta del Carmel». Il est le fils dégénéré d'une voie plus

abrupte qui passait non loin de l'église du Cristo de la Luz, un

monument très ancien et toujours vénéré.

Il y a sept siècles environ, comme Alfonse le Brave entrait dans

Tolède, qu'il venait de délivrer du joug des Infidèles, et s'élevait

le long de cet escarpement, ayant à ses côtés le Cid Campeador, les

regards des deux héros furent soudain attirés par une douce lumière.

Les murailles de l'antique sanctuaire se sont ouvertes, une musique

céleste se fait entendre, et la lampe de la chapelle chrétienne, qui

ne s'est point éteinte depuis trois cent soixante-neuf ans, sans que

personne ait pris soin de l'entretenir, brille aux yeux ravis des

guerriers victorieux.

Alfonse et le Cid mettent pied à terre, s'agenouillent et ordonnent de

célébrer, dans le sanctuaire rendu au culte, le saint sacrifice de la

Messe.

Rêve charmant des âmes pieuses. C'est à lui que le petit édifice doit

son nom: El Cristo de la Luz.

Les architectes locaux ont beaucoup discuté sur la date à laquelle on

doit faire remonter la construction de la partie la plus antique du

sanctuaire. Certains d'entre eux ont voulu y voir une manifestation

d'un art arabe très primitif, contemporain des premières années de la

conquête sarrazine. Ils voudraient y trouver aussi un prototype de la

célèbre mosquée de Cordoue. Son plan carré, ses nefs accotées avec

leurs arcs en fer à cheval et leurs colonnes d'un style fort grossier,

les coupoles de briques qui le couvrent viennent à l'appui de leur

thèse sans donner une certitude.

Des peintures à fresque, représentant les saints martyrs de Tolède, et

qui doivent remonter au XIIe siècle, ont été découvertes seulement en

1871, à la suite de la chute d'un fragment de l'enduit qui les

recouvrait. Elles dateraient de la période où les chevaliers de

Saint-Jean installèrent en ce lieu, signalé par un miracle, une

commanderie de leur Ordre. À peine faut-il parler, pour mémoire, de la

seconde chapelle construite en 1482 par le cardinal de Mendoza, et

dont la suppression rendrait au vieil édifice son véritable caractère.

Un peu au delà du Cristo de la Luz, fière et isolée comme un arc de

triomphe, s'élève la merveilleuse Puerta del Sol. Ses briques, dorées

par le soleil dont elles absorbent depuis si longtemps les rayons,

semblent sourire au regard. Qui ne l'a louée en prose, chantée en

vers, célébrée sous tous ses aspects? Le Tage lui-même aurait sujet

d'en être jaloux.

[Illustration: Porte du vieux palais de Tolède.--D'après une

photographie.]

Il me souvient d'être passée jadis sous son arc. Aujourd'hui, la route

carrossable est établie en contrebas, sans doute pour permettre de la

mieux admirer, et peut-être aussi pour améliorer la pente d'une route

fréquentée par un charroi très actif. La vie est, en effet, très

intense sur la _Cuesta del Carmel_, et parfois l'on a peine à se

frayer un passage à travers les convois d'ânes qui vont chercher de

l'eau au fleuve, car Tolède, bâti sur le roc, paraît presque aussi

altéré que le Manzanares lui-même.

Ce n'est pas d'hier qu'on a rêvé d'élever jusqu'aux lèvres de ses

habitants les eaux si douces de son Tage chéri. Charles Quint, ce

Charlemagne de l'Espagne, y réussit. Très épris de mécanique--chacun

sait le souci que lui causait le désaccord d'un certain nombre

d'horloges qu'il ne pouvait faire sonner en même temps,--il chargea un

ingénieur de Crémone, nommé Juanilo Turriano, de résoudre le problème.

L'Italien construisit un appareil hydraulique, que les contemporains

décrivent avec plus d'emphase que de précision. Alvarez de Colmenar,

qui vivait au siècle dernier, n'en parle que par ouï-dire, car il

n'existait plus de son temps. Il semble qu'il s'agit d'une noria.

«La machine de Juanilo était composée de grandes caisses de fer

attachées les unes aux autres et formant un chapelet qui descendait du

château dans le Tage; l'eau entrait dans la première, était poussée

dans la seconde, au moyen de certains rouages, et, de celle-là,

successivement dans les autres, jusqu'au château, où elle tombait dans

un réservoir, et se répandait dans toute la ville par un canal, ce qui

était d'une grande commodité.»

Juanilo quitta ce monde en 1585. Sa machine, retouchée par un

mécanicien israélite, fonctionna encore vingt-quatre ans. Puis,

celui-ci étant mort à son tour, elle s'arrêta pour jamais.

[Illustration: Fière et isolée comme un arc de triomphe, s'élève la

merveilleuse Puerta del Sol (page 582).--Photographie Lacoste, à

Madrid.]

À part quelques arceaux de la maçonnerie qui la soutenaient, il ne

reste rien de l'oeuvre de l'ingénieur italien, mais son auteur garde

encore dans la ville la réputation d'un nécromancien, capable

d'asservir à ses volontés la nature et le monde surnaturel lui-même.

Juanilo, entretenu aux frais du Chapitre de la cathédrale, avait

construit un automate qui, chaque jour, sortait de sa maison à heure

fixe, se dirigeait, imperturbable, vers la cuisine des chanoines,

recevait dans un panier le repas de son maître, saluait

respectueusement le cuisinier, pivotait sur les talons, et, sans

commettre la moindre indiscrétion ou la moindre gourmandise, rentrait

aussitôt au logis. La rue qu'il suivait porte encore aujourd'hui le

nom de: «Rue de l'homme de bois».

L'ascension s'achève, et mon char fait son entrée solennelle sur la

place du Zocodover. Le Zocodover! Quel nom sonore et superbe, bien

qu'il signifie simplement «le marché aux chevaux», et comme il semble

bien en harmonie avec les souvenirs héroïques de la cité Impériale!

Sur ce plateau fut la place d'armes où s'assemblaient les guerriers

prêts à entrer en campagne, ici joutèrent les chevaliers lors de

l'entrée solennelle des Rois Catholiques, ici se réunissaient les

_Comuneros_, qu'électrisait la grande Maria de Padilla, ici se

dressait le tribunal du Saint-Office dont l'archevêque de Tolède,

primat d'Espagne, était de droit le Grand Inquisiteur. Tous les

souverains de l'Espagne, tous ses hommes célèbres, devraient avoir

leur effigie sur le Zocodover, car presque tous en ont foulé le sol.

À sa vue, adieu les évocations merveilleuses ou tragiques! Le

Zocodover n'est plus qu'une place banale irrégulière, dont les maisons

pauvres et sans caractère ont pour soutien de grossières colonnes.

Sous les portiques ainsi formés, d'humbles marchands vendent des

melons, des sandales et des journaux.

Sur un banc circulaire bâti en briques, dorment d'un oeil ou fument en

silence des mendiants d'une malpropreté grandiose, triomphants dans

leurs guenilles. Tous guettent l'apparition d'un étranger sur la place

ou à l'entrée de la rue du Commerce qui conduit à la cathédrale. Cette

belle habitude ne date pas d'hier.

Dans l'une de ses nouvelles, Cervantès parle de la troupe innombrable

de mendiants, de faux perclus et de coupeurs de bourse qui occupaient

ce poste de choix. Il la pouvait peindre d'après nature de sa maison

toute voisine. Rien ne change sous le beau soleil de l'Espagne, qui

incline le corps à la paresse, et l'esprit à la torpeur.

[Illustration: Détail de sculpture Mudejar dans le Transito (page

587).--D'après une photographie.]

Pour peu que l'on stationne quelques jours à Tolède, un problème se

pose: Faut-il donner ou refuser l'aumône si ardemment sollicitée?

Montrez-vous quelque bonne volonté? vous serez tout de suite connu et

vous ne pourrez sortir sans que cinquante mains, aux doigts indiscrets

et sales, s'accrochent à vos vêtements, explorent toute votre

personne, s'enfoncent dans vos poches, en sortent le contenu et y

laissent ... des souvenirs piquants. Faites-vous la sourde oreille?

vous serez tout aussi pressé, foulé, fouillé, et accablé d'injures

par-dessus le marché, sous l'oeil paterne d'un agent de police, de qui

les mendiants savent attendrir le coeur. Le problème est donc

insoluble. Quand on a fait à ses dépens cette expérience, on se résout

à voler les voleurs, en cheminant à travers l'inextricable réseau de

rues, ou plutôt de ruelles silencieuses qui coupent et recoupent la

ville. Parfois, sur ces voies, si étroites qu'un mulet chargé touche

les deux murailles, on se trouve en péril d'être écrasé, et il faut

remonter jusqu'à l'ébrasement d'une porte hospitalière, pour s'en

préserver; mais quels dangers ne braverait-on pas pour éviter l'entrée

de la rue du Commerce?

Il arrive même que l'on rencontre d'antiques carrosses dans ces rues

tortueuses où s'ouvrent les entrées monumentales d'anciens palais,

tels que ceux de la grande famille des Tolède ou de la confrérie de la

Sainte-Hermandad. La chose tourne au tragique lorsque deux voitures,

sans se voir, s'engagent en même temps aux deux extrémités de la même

voie. L'unique ressource est de dételer et de reculer à bras d'homme.

Mais qui détellera? qui reculera? Grave question, dans un pays où le

point d'honneur a un culte, et où l'amour-propre, mieux encore que la

foi, soulèverait des montagnes.

[Illustration: Ancienne synagogue connue sous le nom de Santa Maria la

Blanca (page 586).--Photographie Lacoste, à Madrid.]

Il y a ... pas mal d'années, eut lieu une rencontre fameuse entre le

carrosse de la femme du Président du Conseil de Castille et l'épouse

du Président du Conseil des Indes. Par l'intermédiaire des valets, ces

dames avaient parlementé sans pouvoir s'entendre. Aucune des deux ne

voulait reculer. Depuis plus de trois heures, les chevaux étaient nez

à nez, et les cochers s'invectivaient. Faute de Salomon, mort depuis

quelques années, et des arbitres de la Haye retenus encore dans les

limbes, une bonne âme, émue de la gravité du cas, proposa de le

soumettre au Cardinal et de s'en rapporter à sa décision.

«La question ne se pose même pas, fit le prélat ferré sur l'étiquette.

La plus jeune de ces dames doit céder le pas à l'autre.»

À peine cette décision fut-elle communiquée aux parties que, des deux

carrosses, sortit en même temps un ordre formel:

«Dételez, et reculez; je cède le pas à la Présidente du Conseil de

Castille. Comme le dit si doctement Son Éminence, l'âge lui mérite cet

honneur.»

«Reculez au plus vite, je cède le pas à la Présidente du Conseil des

Indes. Comme l'a jugé si sagement Son Éminence, l'âge lui vaut cette

déférence.»

Pareille mésaventure m'a été évitée, car je suis descendue dans une

_fonda_ bien espagnole, dont la porte, splendidement armoriée, s'ouvre

sur la large voie qui, du Zocodover, monte à l'Alcazar. C'est un

palais qui dut avoir fort belle allure avant qu'un ciel ouvert ne

couvrît le _patio_ à la hauteur du premier étage, pour en faire une

vaste salle à manger.

Des portes magnifiques, massives et pesantes comme celles d'une

cathédrale, munies de clés longues d'une coudée, donnent accès dans

les chambres. La mienne est double, c'est-à-dire pourvue d'une alcôve

immense, soigneusement close, et contient non seulement deux énormes

lits, mais les meubles de toilette. Ni le bruit n'y parviendrait, ni

la lumière ni la chaleur n'y pénétreraient, quand même cent personnes

s'agiteraient dans le _patio_, ou que le soleil au zénith darderait

sur la terre ses rayons embrasés. Ici encore, mon esprit enfourche son

cheval favori et m'emporte, rapide, vers Chiraz ou Kachan. N'est-ce

pas ainsi, que dans les riches maisons persanes, toute chambre se

compose de trois annexes de plus en plus retirées, fraîches et

mystérieuses, que l'on habite ou que l'on abandonne suivant la saison

ou même selon l'heure du jour?

J'étais venue il y a quelque vingt ans à Tolède, et, depuis cette

époque, je gardais le regret de l'avoir vue en touriste. Il

s'agissait, maintenant, d'effacer mes remords.

Mais comment s'orienter avec méthode dans cette cité héroïque qui

connut toutes les civilisations de l'Espagne, où chacune a laissé des

merveilles? Diviser Tolède par quartiers, n'est-ce point tout mêler et

confondre? Bâtie sur un plateau restreint, la ville n'a pu ni se

déplacer ni s'étendre beaucoup, de telle sorte que c'est au nord comme

au sud, à l'est comme à l'ouest, que ses maîtres ont construit leurs

palais ou leurs temples. Ne vaut-il pas mieux suivre, étape par étape,

à travers les siècles, sa vie morale, religieuse et artistique, que de

passer sans transition à l'étude de monuments dont l'âge varie de cinq

ou six siècles?

Je me suis arrêtée à ce dernier parti, conseillée en ceci par mon

savant ami, le Professeur Ventura Prosper y Reyes, que tout Tolède

respecte pour son talent et chérit pour son exquise bonté. Pas une

porte ne reste close devant lui quand il y frappe et prononce ce salut

magique qui ne saurait sortir d'une bouche impie: «_Ave Maria

purissima_», auquel on répond par un «_sin pécado concebida_» et un

gracieux sourire.

[Illustration: Madrilène.--D'après une photographie.]

Après la visite de la chapelle du Cristo de la Luz et des restes,

transformés en boutique, de la vieille mosquée de la Torneria, celles

des anciennes synagogues connues sous le nom de Santa Maria la Blanca

et du Transito s'imposait. Si l'on en croit les familles israélites,

que la persécution a depuis cinq siècles rejetées de l'autre côté du

détroit, les Hébreux seraient venus en Espagne après la destruction de

Jérusalem par Titus. Tous ceux qui purent échapper à la captivité,

suivirent les rivages de la Méditerranée, et n'hésitèrent pas à

franchir la mer, pour se fixer dans la fertile Andalousie. L'on n'est

pas forcé d'accepter comme article de foi cette tradition. La première

mention qui soit faite des juifs espagnols, remonte au IVe siècle. Il

en est question dans un conseil ilibéritain. Doués d'un esprit

d'initiative très vif, et d'une activité physique particulière, ils se

multiplièrent et acquirent une richesse que les Wisigoths, insouciants

et paresseux, ne cherchèrent pas à leur disputer. Mais aussitôt que

leurs maîtres ariens eurent accepté la foi orthodoxe, la persécution

s'abattit sur eux. Une loi terrible condamna la race entière à

l'esclavage. Montesquieu a pu remarquer sans beaucoup d'exagération

que le code gothique contenait en esprit tous les prétextes dont

s'inspira l'Inquisition et les monarques du XIVe siècle dans leur

guerre contre les Israélites.

La conquête musulmane fut un bienfait pour les Juifs. Ils brillèrent

dans les arts et les sciences; ils monopolisèrent la banque, et furent

à peu près les seuls à exercer la médecine et la pharmacie. Les écoles

de Cordoue, de Tolède et de Barcelone étaient remplies de leurs

élèves. Ils atteignirent même à des situations si importantes,

qu'après l'expulsion des Maures ils n'en furent pas dépossédés.

On rencontre une foule de noms juifs, parmi ceux des savants et des

hommes de finance attachés aux cours d'Alphonse X, d'Alphonse XI, de

Pierre le Cruel, d'Enrique IV et de beaucoup d'autres princes

chrétiens. Alphonse le Sage les employa à régler ses célèbres tables

astronomiques, James Ier d'Aragon eut un Hébreu pour précepteur; Jean

II, père d'Isabelle la Catholique, chargea l'un d'eux de réunir les

poèmes qui composent le _Cancionero nacional_.

Ce fut durant cette période que les Juifs Tolédans élevèrent les deux

synagogues qui témoignent de leur richesse et de leur goût. L'église

qui porte le nom de Santa Maria la Bianca est le plus ancien de ces

sanctuaires. Elle avait gardé jusqu'en 1405 sa destination première.

Mais à cette époque Vicente Ferrer, dont l'apostolat violent avait

converti de gré ou de force tant d'Israélites au christianisme, vint

évangéliser Tolède. Il prêchait plusieurs fois par jour à Santiago de

Arabal, une église voisine de la porte de Visagra, où l'on montre

encore sa chaire, une merveille de ferronnerie. Mais les Juifs de

Tolède venaient au sermon, et s'en retournaient incrédules. Habitué à

la mollesse et à la douceur des Andalous, Vicente Ferrer s'irritait de

son insuccès. Un soir que l'auditoire chrétien était nombreux et

enthousiasme, le moine, grisé de ses propres paroles, descend de sa

chaire, saisit une croix, sort en courant, entraîne toute l'assistance

dont la foule se grossit à mesure qu'elle traverse la ville, entre de

force dans la synagogue, expulse les rabbins, et consacre l'édifice au

culte chrétien, sous le vocable de Santa Maria la Blanca, en souvenir

d'un miracle célèbre et survenu à Rome en 352, sous le pontificat de

saint Libérius.

[Illustration: La porte de Visagra, construction massive remontant à

l'époque de Charles Quint (page 588).--Photographie Lacoste, à

Madrid.]

Le Tour du Monde; De Tolède à Grenade Journal des voyages et des voyageurs; 2e Sem. 1905 · 第 1 / 9 段