XXVI

Aussitôt commença le mouvement rétrograde de l'armée française. Il

s'opéra lentement, le soldat marchant la nuit et se reposant le jour.

Rochambeau avait pris les devants pour conférer avec Washington, et

il avait laissé au chevalier de Chastellux et au comte de Vioménil le

soin de conduire les troupes d'après les sages instructions qu'il leur

avait données. On accorda aux troupes un mois de repos à Baltimore,

d'où elles partirent par bataillons pour éviter l'encombrement

au passage de la Susquehanna, que Dumas fut encore chargé de

surveiller[223].

[Note 223: L'armée mit près d'un mois à se rendre de Williamsbourg à

Baltimore, bien que la distance de ces deux villes ne soit que de 226

milles. L'avant-garde partit le 1er juillet et arriva le 24, tandis

que l'arrière-garde, comprenant les équipages et l'ambulance, ne

parvint à Baltimore que le 27. Celle-ci s'était mise en mouvement

dès le 28 juin. D'ailleurs on reprit la route que l'on avait

suivie l'année précédente. Les principales stations furent encore:

Drinkingspring, Birdstavern, Newcastle, Port-Roval, Hanovertown,

Brunk'sbridge, Bowlingreen, Fredericksburg, Stratford, Dumfries,

Colchester, Alexandrie, Georgetown, Bladensburg, Brimburg, Elkridge.

(Voir la carte jointe à cet ouvrage et le _Journal_ de Blanchard.)]

Les généraux réunis à Philadelphie apprirent à cette époque que

Savannah avait été évacuée, et que la garnison avait été en partie

laissée à Charleston et en partie transportée à New-York. Le général

Carleton, qui avait toujours le projet d'évacuer New-York pour se

porter sur quelque point des Antilles, fit répandre la nouvelle de la

reconnaissance de l'indépendance américaine par les deux chambres

du Parlement et tenta de nouveau par cette manoeuvre de diviser les

alliés et de négocier avec le Congrès seul. Il n'eut pas plus de

succès que précédemment, et M. de Rochambeau accéléra la marche de

ses troupes. Elles traversèrent Philadelphie, puis la Delaware et les

Jerseys. La cavalerie de la légion de Lauzun, commandée par le comte

Robert Dillon, éclairait le flanc droit sur le revers des hauteurs que

l'armée côtoyait. Elle traversa ensuite l'Hudson à Kingsferry, comme à

l'ouverture de la campagne précédente; et la jonction des deux armées

s'opéra sur ce point. Les Français défilèrent entre deux haies de

l'armée américaine, qui était en grande tenue pour la première fois

depuis son organisation. Ses armes venaient en partie de France et les

uniformes des magasins d'York. Cette journée fut une vraie fête de

famille.

L'armée américaine resta campée à Kingsferry ayant une arrière-garde

à l'embouchure du Croton dans la rivière d'Hudson. L'armée française

prit, en avant de Crampond, une forte position dans la montagne. Le

corps de Lauzun était en avant-garde sur la hauteur qui borde le

Croton, et dans cette position les deux armées pouvaient, en une seule

journée de marche, se porter sur New-York et sur Staten-Island.

Les Français en Amérique pendant la guerre de l'indépendance des États-Unis 1777-1783 · 第 33 / 73 题