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Tout le mauvais goût, mais tout le faste imaginable; d'une
très-haute mine, l'ambassadeur, avec sa belle figure orientale,
un teint clair et coloré comme celui d'une femme, et le rouge
brillant de son fez, en parfaite harmonie avec la richesse des
dorures en plastron de son uniforme; son grand cordon qui passe
sous le ceinturon vient former une large rosette au-dessus de
l'épée courbe des fils de l'Islam. Une des ambassades les plus
empressées auprès des dames, et en masse, extrêmement bien vue
dans le corps diplomatique. Les jeunes beys ont une foule de
petits talents, dessinent la caricature, chantent la chansonnette,
se font le plus Parisiens possible, saluent mieux qu'aucun
de leurs collègues, et la main sur le cœur, ont quelque chose
de vraiment noble et viril, car rien de moins servile que ce
profond salut des Orientaux; excellents diplomates, discrets et
clairvoyants.
* * * * *
Des acteurs, passons aux décors.
L'une après l'autre, les lourdes voitures de gala franchissent la
grille et viennent avec fracas s'arrêter court devant le perron,
gardé par deux sentinelles immobiles. Au dehors, sous le ciel
froid, le peuple regarde avec une satisfaction curieuse toute
cette grandeur et cette pompe qui témoignent du respect qu'on
porte au souverain auquel, par procuration, le monde civilisé
tout entier vient souhaiter une nouvelle année de prospérité
glorieuse. La vaste porte vitrée est ouverte, et en haie, six par
six, les grands valets de pied à livrée blanche se tiennent droits
et graves; tout au fond, le gros portier à habit rouge, baudrier
doré et chapeau sur la tête, frappe lourdement sa hallebarde sur
le passage des ambassadeurs. Le vestibule immense est orné de
quelques statues de marbre à l'air noble, qui, muettes et placides
du haut de leur socle, regardent depuis des siècles tout passer
devant elles. A gauche, le grand escalier d'honneur aux marches
basses, larges et planes, avec sa rampe fouillée, guillochée et
dentelée comme une malines; le jour tombe un peu brisé à travers
les petits carreaux de deux hautes fenêtres, et la lumière va
éclairant çà et là, d'un rayon doré, les grandes toiles couvertes
de sujets allégoriques, où l'Olympe sourit placidement dans les
nuages perlés et les forêts enchanteresses de la mythologie.
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Rien ne trouble d'habitude le calme parfait de ce beau degré...
Aujourd'hui, c'est un murmure discret de paroles à mi-voix, un
bruissement léger de soie et de satin et le heurt d'une épée
frappant contre la pierre; sous cette douce clarté d'un jour
d'hiver, les femmes parées sont plus belles encore qu'à la
lumière intense de mille bougies; les grandes traînes portées par
des mains blanches ou soutenues par de jeunes diplomates font
comme des gammes claires de nuances diverses s'étageant sans se
confondre; ici un vert pâle tout brodé d'argent, là du satin
d'un blanc mat, rehaussé de diamants étincelant des couleurs du
prisme. Plus bas, d'autres apparitions de femmes aux têtes pâles,
couronnées de plumes et de dentelles légères, et entre elles
la sombre magnificence des uniformes. Tous montent lentement,
graves et sérieux, comme le veut la majesté du lieu tout rempli
de souvenirs de gloire et de puissance. MM. les secrétaires et
attachés restent les derniers en bas, suivant de l'œil les belles
ambassadrices et diplomatesses, et plus préoccupés de ce spectacle
que de la cérémonie qui les attend; ils les nomment comme elles
apparaissent au tournant de l'escalier... En haut, dans le premier
salon, attendent les chambellans de service, qui présentent
d'abord leurs hommages aux ambassadrices et vont courtoisement de
l'une à l'autre.
On commence à prendre place, et les femmes, en se groupant,
forment une haie brillante de vives couleurs; en face d'elles,
tout le personnel des ambassades avec leurs uniformes divers et
magnifiques qu'éclairent le chatoiement des plaques diamantées
et les rubans aux vives nuances. Rien dans cette pièce faite et
ornée pour la foule des courtisans ne distrait ni n'écrase; pas
de tapis, mais un parquet sombre et brillant aux mille rosaces et
sur lequel se détachent admirablement les manteaux de cour qui
glissent sans bruit. Comme on ne s'assied pas chez le souverain,
les meubles à forme droite sont rangés contre le mur que couvrent
les tableaux un peu obscurs dans leurs cadres massifs, et planant
sur le tout, couronnant la grande cheminée monumentale, une figure
du Temps, sa faux levée et l'air attentif.
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Quelques moments, et les portes de la salle du trône vont
être ouvertes; elle est vide encore, mais le respect semble y
habiter, et l'on y pénètre doucement. Presque toute à la fois,
la famille régnante fait son entrée et prend place sur un tapis
de pourpre, au-dessous d'un dais aux crépines d'or; derrière une
balustrade dorée et entre deux lions couchants, sont placés les
trônes, celui du souverain plus haut, plus magnifique, et celui
de la souveraine plus bas et moins riche. Ils s'asseyent pendant
qu'un profond salut répond à leur présence; la famille royale
les entoure. C'est un imposant spectacle que celui de ce vieux
monarque à l'air noble et avenant, souverain aimé d'un grand
peuple, et autour de lui encadrant la Majesté Royale, ses fils et
ses filles, et les têtes blondes des princes encore enfants qui
savent conserver une gravité sans roideur. Ni morgue ni hauteur
chez aucun d'eux, mais ce calme un peu triste des grandes missions
acceptées et reconnues; point d'inquiétude entre un peuple fidèle
et un souverain et des princes toujours prêts à payer à la nation
la dette de leur sang royal. Il y a un silence respectueux que
ne trouble point d'abord le plus léger bruit; toutes les têtes
sont tournées vers les marches du trône. Le souverain parcourt de
l'œil l'assemblée, puis, calme et majestueux, se lève, fait un pas
en avant, et la main sur la garde de son épée, avec une gravité
souriante, s'apprête à recevoir les souhaits qu'on est venu lui
apporter...
La cérémonie officielle est commencée, et ce qui s'y passe ne nous
regarde plus.
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