[Illustration]
Corrects et très-sérieux, l'ambassadeur et l'ambassadrice; ils
sont vieux, aimables, et ne regardent guère les cérémonies qu'au
point de vue de distraction mondaine, d'un grand air qu'aucune
fortune diverse du pays qu'ils représentent ne change ni
n'amoindrit. Restent toujours, avec la plus avenante dignité, les
envoyés d'une des plus vieilles maisons souveraines de l'Europe.
Dans sa longue carrière, l'ambassadeur a été témoin d'événements
trop contraires pour être jamais découragé ni triomphant; en
toute occasion réserve l'avenir, parle très-peu d'affaires, et
jusqu'à un certain point est partisan du laisser-aller, persuadé
que les questions les plus compliquées se débrouillent toutes
seules; tient extrêmement à la façon dont il sera reçu, salué et
reconnu par le souverain, devant lequel il demeure dans un respect
corrigé par la conscience qu'il tient, lui, la place d'un autre
souverain. Équipage sobre, mais d'un cachet irréprochable.
Le personnel de l'ambassade est charmant. Comme conseiller, un
prince médianisé qui sera ambassadeur à son tour. Pour premiers
secrétaires, les meilleurs valseurs de N...,--ce qui leur donne
une véritable prépondérance partout; ce sont eux qui mènent les
bals de la cour; on les adore, on les flatte; on craint leur plus
petite indisposition; sont, par ce moyen, extrêmement utiles à
leur chef, car la danse est un des ressorts de la diplomatie;
comme le sait fort bien le vieil ambassadeur d'Austro-Hongrie, il
ne s'agit pas d'être graves, mais habiles. L'attaché militaire,
«la coqueluche des cœurs», splendide dans un uniforme à dolman, à
sabretache, à éperons, à plumets. L'ensemble forme une ambassade
très-imposante.