_La baronne von Nobelfamilien à la princesse Adalbert de
Sauer-Apfel._
Mon cher trésor,
Aussitôt après avoir lu ta chère missive, je me suis rendue chez
Son Altesse Royale, à laquelle j'ai fait demander une audience
particulière. Notre oncle et cher souverain m'a tendrement
accueillie, et à la lecture de ta lettre, il s'est levé en
répétant que cela était intolérable, que jamais la petite-fille
de son frère ne devait accepter une situation si peu conforme à
sa naissance. Il a immédiatement écrit de sa propre main à S. A.
S. la princesse de Sauer-Apfel. Tu as eu raison, mon cher trésor,
de m'avertir de ce qui arrivait. Le Grand-Duc s'est montré fort
mécontent d'Adalbert, tu peux le lui dire.
Ta tante,
Baronne von Nobelfamilien.
V
_La princesse de Sauer-Apfel à la baronne von Nobelfamilien._
Chère madame la baronne,
Avant de répondre à la communication de S. A. R. le Grand-Duc,
je veux d'abord m'adresser à vous, persuadée que votre affection
pour la princesse Adalbert de Sauer-Apfel vous empêche de juger la
question sous son véritable aspect. J'ai fait appel à toutes les
traditions des illustres électeurs de Sauer-Apfel, j'ai consulté
les lumières du chambellan de Rothennase; grâce à ses soins, nous
avons appris qu'à la cour du défunt empereur Frédéric Barberousse,
_deux_ douairières de Sauer-Apfel vivaient en même temps qu'une
jeune princesse Wilfrid de Sauer-Apfel à laquelle l'œuf nº 5 était
offert sans qu'elle fît la moindre objection. J'oserai rappeler
à la haute née madame la baronne que la parenté de la princesse
Adalbert avec S. A. R. le Grand-Duc est _morganatique_, et que la
maison de Sauer-Apfel ne compte point un seul de ces mariages.
J'espère que ces raisons seront communiquées à Son Altesse Royale.
Princesse de Sauer-Apfel.