III

_De la même à la même._

Je n'ai pas encore transmis votre jolie poésie à la chanoinesse,

ma chère tante; je vous dirai que depuis quelques jours je lui

témoigne un peu de froideur; j'ai remarqué que ses révérences

devenaient de plus en plus écourtées, et le soir ce n'est vraiment

plus qu'un signe de tête. Vous comprenez, ma chère tante, que

ce sont des choses qu'une princesse de Sauer-Apfel et nièce du

grand-duc de X... ne peut tolérer. Ce n'est pas, du reste, mon

seul sujet de mécontentement. Je voulais vous cacher ces tristes

dissensions; mais comme mes remontrances à Adalbert sont restées

sans effet, je viens m'en remettre à vos conseils et à votre

sagesse. Voici ce dont il s'agit, et je suis persuadée, ma chère

tante, que vous sentirez toute la gravité de la chose. Je vous

ai déjà révélé que les derniers événements ont amené de grands

changements dans la manière de vivre à Sauer-Apfel; le poulailler

est sous la direction _personnelle_ de la princesse, et les œufs

sont servis à table numérotés, selon leur fraîcheur, 1, 2, 3, 4,

etc. Croiriez-vous, ma chère tante, qu'on persiste à m'offrir

l'œuf nº 4! Son Altesse Sérénissime prend le nº 1; ma belle-mère,

le nº 2; _Adalbert_, le nº 3, et _moi_, on me laisse le nº 4. J'ai

fait observer à mon mari que la nièce du grand-duc _régnant_ de

X... ne pouvait accepter l'œuf nº 4, et que, si je voulais bien

par respect céder le nº 1 à Son Altesse Sérénissime, j'entendais

avoir l'œuf nº 2. J'ai éprouvé un refus formel. Chaque jour on

m'offre le nº 4, que je n'accepte jamais. La situation est devenue

si tendue que je ne puis la dissimuler plus longtemps, ma chère

tante. J'attends avec impatience une lettre de vous.

Votre affligée nièce,

Marie.

Leurs Excellences · 第 9 / 80 题