CAMP DE LYON.

_L'Illustration_ a déjà expliqué à ses lecteurs (tome 1er, page 407)

l'origine, et le but des camps d'instruction formés chaque année dans la

plupart des États européens; elle les a fait également assister en

quelque sorte, à la création et à la naissance des deux camps de Pélan,

en Bretagne, et de Lyon: il lui reste maintenant à donner quelques

détails sur les travaux de ce dernier, levé le 30 septembre, et dont le

dessin ci-joint représente la vue générale.

Les premières grandes manoeuvres du camp de Lyon eurent lieu le 2

septembre, dans une vaste plaine située sur les bords du Rhône, en face

de Miribel. Les deux brigades d'infanterie et deux demi-batteries

d'artillerie y ont pris part: la cavalerie était absente.

Le 9, toutes les armes réunies tirent de grandes manoeuvres à feu sur le

champ d'exercice, près du Rhône, au-dessus de Vaulx. A dix heures, les

divers corps occupaient les positions qui leur avaient été assignées,

et, quelques instants après, ils repoussaient les attaques d'une année

ennemie qui était censée s'avancer sur Lyon par la rive gauche du

fleuve. Les hommes du métier font le plus grand éloge de l'intelligence

et de la promptitude avec lesquelles les ordres ont été compris et

exécutés pendant ces exercices, qui ont duré toute la journée.

De grandes manoeuvres furent exécutées les 13 et 15 septembre. Le 20, M.

le duc de Nemours, arrivé le 19 à Lyon, fit sa première visite au camp.

Le 22 septembre, la division d'infanterie était réunie à sept heures et

demie du matin sur les terrains de manoeuvre, et formée sur une seule

ligne. Diverses évolutions ont été commandées par M. le

lieutenant-général de Lascours. Les troupes, disposées d'abord en

échelons par régiment, l'aile gauche en avant, ont bientôt formé les

carrés, qui ont été rompus, après un feu de deux rangs des faces

extérieures.

On a formé ensuite deux lignes parallèles; la deuxième brigade, qui,

après ce mouvement, se trouvait en avant, a exécuté un passage des

lignes en retraite; puis on a changé de front sur la droite de la

première ligne, l'aile gauche en avant; et, se trouvant ainsi dans une

direction parallèle au ruisseau du Gua, les deux brigades ont passé

successivement les ponts sur trois colonnes au pas de charge. La plupart

de ces évolutions étaient couvertes par des tirailleurs, et simulaient

des mouvements de guerre. Le même jour, les trois régiments de cavalerie

du camp ont exécuté de grandes manoeuvres, qui avaient attiré un immense

concours de spectateurs, et qui ont duré trois heures.

Après une demi-heure de repos, les trois régiments, formés en colonne,

ont défilé au trot devant M. le duc de Nemours, placé à la tête de son

état-major. Dès que les escadrons ont été rompus pour regagner leurs

cantonnements, le prince s'est dirigé sur le camp du Molar occupé par le

16e léger. Madame la duchesse de Nemours est arrivée en calèche

découverte, en compagnie du général Boyer. Au moment où le duc et la

duchesse ont pénétré dans l'intérieur du camp; en passant sur le front

de bandière, les troupes étaient sur pied et en bon ordre, quoique sans

armes, entre le premier et le second rang de tentes. Les tambours ont

battu aux champs; une musique guerrière s'est fait entendre: une

multitude immense, compacte, bordait les deux côtés de la route qui

conduit au camp et sur laquelle un arc de triomphe avait été improvisé.

Franchissant les quatre rangs de tentes, le cortège s'est rendu à la

tente de M. le duc de Nemours, placée en arriére et au centre du camp.

De là, il est revenu à. Lyon, en passant par la Guillotière.

De nouvelles manoeuvres ont en lieu le 25 et le 27. Une foule immense

s'était portée sur les hauteurs de la Croix-Rousse, de Montessuy et de

la Pape, pour assister à cette dernière, qui devait consister dans le

passage militaire du Rhône sur un pont de bateaux, avec un simulacre de

combat, entre le corps d'armée destiné à cette opération et celui qui

devait s'opposer à la marche du premier.

[Illustration: Vue du camp de Lyon.]

Enfin la revue d'honneur des troupes du camp de Lyon a été passée dans

la plaine du Grand-Camp, le 28 septembre, par M. le duc de Nemours, qui

a distribué les décorations de la Légion-d'Honneur accordées aux divers

régiments, savoir: quatre croix de commandeurs, six croix d'officiers,

et trente-huit croix de chevaliers. Par l'ordre du jour, le commandant

en chef a «félicité les troupes du camp de Lyon sur leur bonne tenue,

leur discipline et leur zèle. Dans l'infanterie, la marche est bonne et

régulière; dans la cavalerie, les hommes conduisent bien leurs chevaux;

l'artillerie a montré l'intelligence et la précision qui lui sont

habituelles; les autres armes ne méritent pas moins d'élites pour le

zèle dont chacune d'elles a fait preuve dans les missions spéciales qui

lui ont été confiées.»

D'après les ordres du ministre de la guerre, le camp de Lyon a été levé

le 30 septembre. Dès cinq heures du matin, les tambours battant la

marche et les trompettes sonnant le départ ont donné le premier signal

de la retraite; aussitôt plusieurs colonnes se sont mises en route pour

rejoindre leurs garnisons ou en aller occuper de nouvelles. Les autres

régiments se sont mis en route le 2 octobre, et dès ce même jour, il

n'est plus resté au camp un seul homme.

Courrier de Paris.

Il n'y a pas huit jours qu'on ne voyait, sur toute la surface de la

France, que des mères occupées à embrasser des fils, et des fils se

jetant dans les bras des mamans et des pères.

«Adieu, papa! adieu, maman!--Adieu, mon enfant! sois bien sage!

travaille bien! écris-nous dès que tu seras arrivé.» Et ils

recommençaient à s'embrasser, et ils essuyaient quelques larmes, tandis

que la petite soeur ou la petite cousine se tenait dans un coin, la joue

en feu, l'oeil humide, le coeur gros, tout près d'éclater en sanglots.

«Monsieur Charles, dit la femme de chambre en descendant l'escalier

quatre à quatre, vous oubliez votre casquette! Monsieur Charles! s'écrie

la cuisinière à l'autre extrémité, monsieur Charles, vos petits

gâteaux!--Aie bien soin de n'avoir pas froid pendant la nuit, ajoute la

mère.--Et surtout, dit le père, soigne ta santé et les mathématiques...»

On attelle le cheval à la carriole si le père est un honnête fermier ou

un simple cultivateur; on fait venir le cabriolet s'il s'agit d'un père

bourgeois et riche rentier; on met la calèche en route si ledit père

fait souche de gros monsieur, gentilhomme ou millionnaire; et puis tout

est dit; on part, on est parti.--Les soeurs agitent leurs mouchoirs au

balcon des fenêtres ou du haut de la terrasse, en dernier signe d'adieu;

la mère et l'aïeule, au fond du jardin, suivent du regard le cher enfant

qui s'en va, jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière les haies et les

anfractuosités du chemin; lui cependant se retourne à chaque pas vers la

maison paternelle; il ne peut déjà plus la voir, qu'il la regarde

encore.

Maintenant, allez au bourg voisin ou à la ville voisine, et arrêtez-vous

au bureau des diligences royales et des messageries Laffitte et

Gaillard; les Achille, les Léon, les Eugène, les Charles, les Victor,

les Fernand, les Léopold, les Jules, les Gustave, les Arthur, les Louis,

les Henri, les René, les Adolphe, les Alexis, les Auguste, les

Hippolyte, les Armand y abondent; les uns se glissent dans le coupé, les

autres s'engouffrent dans l'_intérieur_; ceux-là sont entassés dans la

rotonde, ceux-ci perchés sur l'_impériale._--Qu'est-ce donc? D'où sort

cette multitude adolescente?--Eh! ne le devinez-vous pas à ces bras

ballants, à ces airs éventés, à ces uniformes gros bleu, à ce sac de

nuit pour tout bagage, à ces poches bouffantes et remplies de poires, de

pommes, de biscuits, de dragées, de chocolat et de pâte-ferme? c'est la

nation des écoliers qui retourne au collège; l'heure fatale est sonnée;

le 1er octobre, cet ennemi capital des collégiens, est venu les éveiller

en sursaut et les saisir au milieu de la liberté et du bonheur des

vacances; l'un envoyait sa poudre aux moineaux; l'autre jetait sa ligne

au poisson crédule; celui-ci se roulait sur l'herbe; celui-là glissait

sur l'eau, et tous jouissaient des caresses du mois bienheureux, du mois

longtemps attendu, si vite évanoui, du mois qui se nomme de ce beau et

adorable nom: les vacances!

Cependant Laffitte et Gaillard roulent sur la route au galop; l'écolier,

tapi dans son coin, garde une attitude silencieuse et triste; il voit

vers l'horizon, à travers les nuages de poussière que le pied des

chevaux soulève, le thème et la version, monstres tout barbouillés

d'encre, qui lui font signe de venir et grimacent au milieu d'un

horrible mélange de barbarismes, de contresens et de solécismes. Tout

près d'eux, le _pensum_ se dresse sur des monceaux de vers éclopés et de

noirs _trognons_ de plumes; et le haricot, légume inamovible, annonce,

par les nuages de vapeur qu'il exhale, que le temps des dîners de

Lucullus et des soupers de Balthasar n'est pas encore venu pour les

Collèges.

On arrive enfin; les grilles s'ouvrent et se referment sur nos écoliers:

la salle d'étude ressaisit sa proie; le maître reprend sa leçon,

magistralement armé de la syntaxe et du _Gradus ad parnassum_. Tout est

dit; Virgile et Cicéron, le _De Viris_ et la table de Pythagore vous ont

reconquis, mes enfants! ils vous tiennent et ne vous lâcheront pas,

chers petits amis, avant que septembre ait ramené les jours de liberté.

Alors la porte de votre cage se rouvrira, et vous vous échapperez,

par-ci et par-là, vers le nid maternel, en gazouillant et par joyeuses

volées.

Nous avons tous passé par cette épreuve: qui ne se rappelle les gros

soupirs qu'il poussait en voyant arriver le dernier jour de vacances et

le terrible moment de rentrer au collège?--Regarde ce jeune garçon, ici

présent, que _l'Illustration_ a fait graver sur bois, pour tes menus

plaisirs, ô mon lecteur! c'est l'image de tous les écoliers passés,

présents et futurs; tout à l'heure, il était libre, et l'arbrisseau

s'épanouissait en plein vent; voici que M. le proviseur ou M. le censeur

renferme dans la serre, pour l'arroser de grec et de latin. Tout en

obéissant à l'illustre pédagogue, l'écolier éprouve un serrement de

coeur, et, malgré la présence respectable du personnage, il jette à la

dérobée un regard plein de regret à l'azur du ciel qu'il aperçoit encore

à travers la fenêtre entre ouverte de sa prison. Ce regard veut dire que

dans l'azur et dans les nuages qui voltigent, il n'y a ni maîtres

d'études, ni dictionnaires, ni thèmes grecs, ni version latine, ni règle

de trois, ni pain sec, ni _pensum_, ni haricots éternels. O azur!...

Cependant, pauvres reclus, songez-y, et prenez votre parti en braves: le

haricot et le thème grec et le maître d'études ne sont que médiocrement

récréatifs et caressants, je l'avoue; on aurait pu inventer mieux; mais

enfin, puisqu'on n'a pas encore trouvé autre chose, vous verrez plus

tard qu'il était nécessaire de commencer par là, et que, pour vivre en

ce bas monde et y faire son lit, l'azur tout cru est une viande bien

creuse.

Ainsi les collèges de Paris, repeuplés depuis huit jours, ont ressaisi

la férule, et le professeur rébarbatif reprend d'un air maussade son

collier de misère; M. le professeur, au fond de l'âme, pleure ses

vacances comme l'écolier, sauf toutefois qu'il se donne une contenance

et se fait un visage stoïque. Que de soupirs se sont exhalés sur le

seuil! que de larmes le collégien a furtivement essuyées en touchant le

pavé de la cour emprisonnée de ses noires murailles! que de baisers et

de caresses le concierge a entendus retentir, ardemment donnés par les

lèvres maternelles! O grandes douleurs, en effet! ô terrible désespoirs!

Enfants que vous êtes, priez Dieu qu'il ne vous envoie jamais d'autres

peines, et d'autres pleurs!

Les écoliers ne sont pas les seuls mortels à plaindre; la première

quinzaine d'octobre a fait d'autres victimes, et, au premier rang, il

faut placer le _canotier_.

Le canotier appartient à l'espèce amphibie; le ciel lui a donné deux

pieds, deux jambes, deux mains, pour vivre sur terre comme vous et moi;

et cependant il a la fureur d'aller sur l'eau; il ne manque à cet animal

singulier que des nageoires et des écailles pour s'enrôler dans le

bataillon des saumons et des brochets. Le canotier supplée à cet oubli

de la nature en achetant ou en se construisant une barque, une

nacelle ou un canot, comme son nom de canotier l'indique; et dès qu'il a

son canot, notre homme est plis heureux et plus ami de l'onde que le

plus forcené et le plus vagabond des goujons.

A peine les premiers souffles du printemps ont-ils amené les jours

favorables, que le canotier quitte le rivage et livre sa voile au vent.

Vous pensez peut-être, à voir cette ardeur nautique, que le canotier est

petit-fils de Christophe Colomb ou du capitaine Cook? Pas le moins du

monde: il naquit sur les bords de la Seine, entre le pont Notre-Dame et

le pont de Bercy, d'une part, et, de l'autre, le Pont-Neuf et le pont de

Sèvres. Longtemps on le connut petit marchand dans quelque coin du

faubourg Saint-Denis, ou petit employé au Mont-de-Piété et à la mairie;

quelques-uns ont servi comme sergents ou sous-lieutenants tout au plus;

quelques autres ont été concierges, ou valets de chambre de bonne

maison; mais, au milieu de leurs honneurs et de leurs fonctions, la même

soif les possédait, et nos amphibies s'échappaient souvent pour aller

voir couler l'eau, se promener sur la rive et se mouiller le bout du

pied au courant du fleuve.

Une fois libre, une fois retiré des affaires, le canotier ne se possède

plus et se livre immodérément à sa passion hydraulique. C'est alors

qu'il a un canot et qu'il se promène, de long en large, à travers la

Sine, vêtu d'une camisole bleue ou rouge, coiffé d'un chapeau de

matelot, et ramant comme un forçat. Sa plus grande prétention est de

ressembler à un capitaine de vaisseau; si vous l'appeliez, Neptune, il

unis ferait son héritier et vous donnerait sa fille.

Il va sans dire que le canotier, comme tous les mortels atteints de

monomanie, impose aux autres son goût avec intolérance, avec tyrannie:

un voisin, un ami, un parent ne lui rend pas visite sans que l'enragé,

démarrant son canot, ne dise: «Ah çà! si nous faisions une promenade sur

l'eau?» Il vous prend, il vous emmène de force, il vous livre ne proie

au soleil ou aux rafales, et par-ci, par-là, vous procure l'agrément

d'un plongeon. Dans ses moments de désastre, le canotier se transforme

en chien de Terre-Neuve, vous saisit par la nuque et vous ramène

triomphant au rivage, à moins que, par distraction, il ne vous laisse au

fond de l'eau.

Le canotier est dilettante et possède tout le répertoire de musique

maritime, fluviale et riveraine qui se chante depuis que l'eau coule et

la romance avec elle: _O pastor dell'onda!--Eh! vogue ma

nacelle!--Notre vaisseau sur une onde tranquille!--Chantons la

barcarolle!--Au bord de la rive fleurie!--J'entends le ruisseau qui

murmure!_ et le reste.

De son côté, le Cirque-Olympique plie son drapeau et abandonne son

palais d'été, pour reprendre sa résidence d'hiver.--La réouverture s'est

faite jeudi dernier, par un mimodrame à grand spectacle, dont nous vous

dirons deux mots prochainement. Est-ce encore de Napoléon? est-ce de

Murat ou du prince Eugène qu'il s'agit? Non pas; le Cirque a donné,

cette fois, la préférence à don Quichotte; il faut bien un peu varier

ses héros!

Les journaux, à propos de ce mimodrame, ont raconté un fait que je me

permets de déclarer invraisemblable et parfaitement impossible: c'est de

Rossinante qu'il est question. Or, disent les conteurs, le Cirque, ayant

choisi pour sa pièce d'ouverture le héros de la Manche, n'était

embarrassé que d'une chose, à savoir, de trouver un coursier assez

maigre, assez éthique, assez dépourvu de chair, assez exclusivement

composé d'os et de peau, pour représenter au naturel, et dans toute la

vraisemblance historique, le fidèle compagnon du héros de la

Triste-Figure, Rossinante, pour tout dire. Que faire? faute d'un cheval

maigre, le Cirque s'adressa à un cheval gras, qui accepta le rôle, sans

se douter de ce qu'il lui en coûterait, le pauvre animal: les chevaux

sont si bêtes!

Dès la première répétition, on lui retrancha son picotin d'avoine; à la

seconde, on supprima la botte de foin; à la troisième, il ne déjeuna

qu'avec un peu de paille et ne soupa point; à la cinquième, son

palefrenier lui imposa un jeûne complet, et, pendant huit jours,

continua avec acharnement ce dernier système de restauration. Tout alla

bien d'abord: le cheval dodu disparut peu à peu, et fit place à tout ce

qu'on peut imaginer de plus Rossinante; on comptait ses côtes une à une;

le dos s'était dentelé comme une selle. Quel succès! le Cirque était

ravi, et déjà il annonçait que don Quichotte lui-même n'avait pas

possédé un Rossinante pareil; malheureusement, on trouva le lendemain la

pauvre bête morte d'inanition: elle avait trop consciencieusement étudié

son rôle.

Non, encore un coup, on ne nous fera pas croire que le Cirque ait eu

besoin de recourir à cet assassinat pour faire un Rossinante, dans un

pays comme celui-ci, qui a des chevaux de fiacre, le jockey-club et les

haras de Viroflay.

Histoire de la Semaine.

On a dit que les peuples heureux étaient ceux dont l'histoire était

ennuyeuse. Le monde entier, si cette maxime était vraie dans toutes ses

acceptions et dans toutes ses conséquences, aurait été cette semaine au

comble du bonheur, car nous croyons bien difficile d'intéresser le

lecteur en racontant les événements qui l'ont marquée.--En Espagne, même

situation: des partis armés, se tenant réciproquement en échec; des

luttes électorales donnant sur certains points l'avantage aux

mécontents; sur d'autres, peut-être en plus grand nombre, au ministère

et au parti de Narvaez. Voilà la position qu'éclaircira peut-être un peu

la réunion des cortès, fixée au 15 de ce mois.--C'est le même jour que

se réunira à Athènes l'assemblée nationale, par suite du mouvement

survenu dans la nuit du 14 au 15 septembre, pendant laquelle le peuple

s'est rendu sous les fenêtres du roi Othon et lui a dit: «Sire, si vous

ne dormez pas, donnez-nous donc une de ces constitutions que vous

promettez si bien,» Le 15 on se mettra à l'oeuvre.--Ajoutons, pour en

finir avec cette date, que le 15 aussi commencera la session du

conseil-général de la Seine, à laquelle la polémique récente au sujet de

certaines parties de la fortification de Paris, peut faire prêter une

attention que cette réunion annuelle n'obtient pas toujours.--Le

ministère anglais vient de prendre le parti d'interdire les _Meetings_

d'Irlande. L'influence d'O'Connell a su prévenir toute résistance, toute

rébellion contre la proclamation du cabinet de Saint-James, qui avait

réuni de nombreuses forces militaires. La conduite habile du tribun

irlandais, en évitant un conflit violent, semble avoir fait éprouver

quelque mécompte aux auteurs de cette mesure, car les journaux

ministériels de Londres lui prodiguent, à cette occasion, les reproches

de couardise et de lâcheté.--Après l'Irlande et le pays de Galles, voici

l'Écosse qui donne aussi des inquiétudes à l'Angleterre. Les membres de

l'Église libre n'ayant point encore de temples ouverts pour leur

communion, et fatigués d'attendre la décision de l'assemblée des chefs,

se sont portés à des violences, dans plusieurs parties de l'Écosse,

contre les personnes et les temples de l'ancienne Église. Un soulèvement

a eu lieu à Rosolio. Les perturbateurs, hommes et femmes, ont entouré

l'église et sonné la cloche avec violence. Les autorités étant

survenues, elles ont été reçues par des hurlements et par une grêle de

pierres. L'agitation est arrivée à un point que force a été

d'envoyer chercher des troupes à Cromarty. Les soldats ont été

contraints de se servir de leurs armes, et bientôt de se retirer avec

les autorités, de peur de plus grands malheurs. Une femme seulement

avait pu être arrêtée. Roskeen, Kiltearn, avaient été le théâtre de

scènes semblables.--La _Gazette Générale de Prusse_ et la _Gazette

d'Augsbourg_ annoncent que, le 19 septembre, on a tiré sur la voiture de

l'empereur Nicolas, à Posen, dans un des faubourgs. La _Gazette de

Prusse_ ne parle que d'un coup de feu, et paraît douter s'il y a eu

intention ou inadvertance. La Gazette d'Augsbourg, plus formelle, dit

qu'il y a eu plusieurs coups de feu, qu'ils ont été tirés dans la

direction de la place occupée d'ordinaire par l'empereur, qui se

trouvait avoir, à l'insu des conspirateurs, devancé sa suite de huit

heures. L'aide-de-camp de Nicolas, qui était assis à sa place, aurait,

suivant ce dernier journal, été atteint par les balles, et blessé. La

Gazette Universelle Allemande réduit, au contraire, le fait aux plus

minimes proportions. Le coup de feu, d'après sa version, serait parti

par l'inadvertance d'un domestique assis derrière la voiture et ayant un

fusil à côté de lui. La crainte d'être réprimandé l'aurait porté à dire

qu'on avait fait feu sur la voiture, et qu'il avait aperçu de loin

l'auteur de l'attentat prenant la fuite. Nous avons rapporté tous les

dires: que d'autres prononcent.

Un traité de commerce et de navigation a été conclu entre la France et

la Sardaigne. Cet État, qui avait déjà fait subir, il y a un an, des

réductions considérables à presque tous les articles de son tarif des

douanes, réduit encore, par ce traité, les droits sur les eaux-de-vie,

les vins, les objets de mode et les porcelaines venant de France; en

échange, nous supprimons pour le pavillon sarde, et à charge de

réciprocité, les surtaxes de navigation qui sont, chez nous, de 4 fr. 12

cent. par tonneau, et en Sardaigne de 1 fr. 30 cent. seulement; et, de

plus, nous diminuons les droits sur le riz, sur la céruse, sur les

oranges de Nice et autres fruits de table, et aussi sur le bétail du

Piémont. Un article, dont on a fait ressortir l'intérêt et l'importance,

assure à nos auteurs, sur leurs ouvrages, les mêmes droits dans les

États sardes qu'en France. De plus, les frontières du Piémont, au

travers duquel transitaient toutes les contrefaçons belges qui étaient

expédiées en Italie, demeureront fermées aux ballots de Bruxelles.--On

ne dit pas que notre ministère ait amené le roi Léopold à reconnaître

également les droits de nos auteurs. Mais ce à quoi le souverain n'a

encore consenti pour aucun de nos producteurs littéraires, les évêques

de ce pays viennent de le faire pour le plus grand nombre. Une récente

instruction pastorale, publiée par ces prélats, défend, sous peine de

péché mortel, d'imprimer, de vendre, de colporter, de distribuer ou de

donner tous livres, journaux, revues, feuilles périodiques contraires à

la foi ou aux _moeurs_, sous quelque dénomination et format que ce suit;

elle défend également d'acheter ces ouvrages, de les accepter, lire,

conserver, prôner ou conseiller. Ces messieurs peuvent maintenant dormir

bien tranquilles, ou tout au moins l'enfer les vengerait de leurs

contrefacteurs s'il s'en pouvait trouver encore.--La Chine tient de

ratifier le traité de commerce avec l'Angleterre, en stipulant qu'il

serait commun à toutes les autres puissances _barbares_. Le maximum des

droits fixés par le tarif annexé au traité ne s'élève pas, dit-on,

au-dessus de 10 pour 100 _ad valorem_, et il sera seulement de 5 pour

1000 pour tous les objets non portés au tarif. Si, comme cela est

probable, les Chinois ont stipulé la réciprocité, les chinoiseries

pourront abonder sur le marché de Paris. C'est à notre mission de Chine

à prendre les mesures nécessaires pour que nos articles trouvent de leur

côté un large débouché dans le Céleste Empire. La question de l'opium a

été ajournée. En attendant, notre consul général à Manille, M. le comte

de Ratti-Menton, qui avait déjà su, à Damas, se compromettre par la

forme dans une circonstance où il pouvait avoir raison au fond, semble

vouloir ruiner par avance l'influence que la France doit chercher à

conquérir dans ces contrées nouvellement ouvertes. Il a engagé contre un

agent français fort capable, dit-on, M. Dubois de Jancigny, chargé d'une

mission spéciale par le ministère des affaire étrangères et du commerce

une polémique que rien ne nécessitait, dont le ton est inqualifiable, et

dont l'effet ne saura probablement être trop déploré.

M. le ministre de la marine a reçu et publié le rapport du capitaine

Bouet, gouverneur du Sénégal, sur l'expédition vigoureuse que cet

officier a dirigée contre le pays de Fonta, situé sur les bords du

fleuve. Dans l'engagement qui a eu lieu, et à la suite duquel le village

de Cascas a été pris par nous et livré aux flammes, les insurgés ont

perdu quarante des leurs et ont compté un pareil nombre de blessés.

Notre perte a été nulle; quelques sous officiers et cavaliers d'un

peloton de spahis sénégalais, qui s'est particulièrement distingué, ont

été blessés. Le gouverneur a la confiance que cette expédition garantira

pour longtemps la paix sur les deux rives du fleuve et la sûreté de

notre commerce, par l'opinion qu'elle a donnée à tous les peuples

indigènes, noirs ou maures, des moyens d'action dont nous pouvons

disposer.--M. le ministre de la guerre a, de son côté, publié des

rapports nouveaux de notre armée d'Afrique. Ce sont encore des récits de

rencontres avec Abd-el-Kader et ses lieutenants, dans lesquelles nos

braves soldats font preuve d'une ardeur qui ne se ralentit pas, et qui

amèneront prochainement, il faut l'espérer, la fin ou du moins une

longue interruption des hostilités.

Les nouvelles de désastres ont abondé. Le navire qui a apporté le récit

détaillé de la perte, sur les rôles d'Afrique, du bateau à vapeur

anglais faisant le service de l'Inde, mentionnée la semaine dernière, a

fait connaître qu'outre ce bateau-poste (_le Memnon_), on avait

également à déplorer la perte d'un autre bâtiment anglais, _le

Capitaine-Cook_, parti d'Angleterre avec 700 tonneaux de charbon qu'il

portait aux stations de la mer Rouge.--A Constantinople, une tempête a

plus ou moins maltraité tous les bâtiments en rade. On porte de 60 à 80

le nombre des personnes qui ont péri.--Des nouvelles de Java annoncent

que, par suite d'un tremblement de terre dont les secousses ont duré

neuf minutes, des maisons se sont écroulées et ont enseveli leurs

habitants sous les décombres; une partie du mont Horeffa s'est éboulée

dans la vallée et a écrasé les bâtiments du gouvernement, à l'exception

de la demeure du commandant; un grand établissement particulier, le

Mego, a été emporté par une vague énorme, et beaucoup de monde y a perdu

la vie. Le même flot a enlevé, près du mont Sie-Tolie, situé à une lieue

plus au nord, des bateaux indiens avec tant de violence, hors de la

rivière, que ces bâtiments, parmi lesquels était une croisière du

gouvernement, ont été lancés sur le rivage à cent et à cent soixante pas

de leur mouillage.--Un effroyable Incendie a éclaté le 26 août, à une

heure de l'après-midi, à Kingstown (Jamaïque); force a été, pour

circonscrire le ravage, de faire venir un détachement d'artillerie avec

un obusier de 12 pour canonner les maisons qui allaient fournir un

nouvel aliment aux flammes. Ce moyen réussit: le 27, on fut maître du

feu. _Quatre cents_ maisons ont été détruites. On évalue la perte à plus

de douze millions de francs. Dans cet immense désastre, on n'a eu à

déplorer que la mort d'un seul habitant, tué par un des boulets lancés

pour arrêter l'incendie.

Une humanité bienfaisante viendra, espérons-le, en aide à tant de

malheurs. La France, dans une circonstance où le mal était bien

autrement irréparable, le désastre de la Guadeloupe, a noblement montré

ce qu'elle savait faire pour ses enfants malheureux. Cette semaine

encore le _Courrier de la Moselle_ nous apprenait qu'un homme de bien,

qui fait de sa fortune le plus louable, le plus digne usage, auquel les

établissements de bienfaisance de Metz doivent leurs plus importantes

fondations, et qui a donné 140,000 francs pour concourir à l'oeuvre de

la colonie agricole de Mettray, M. le comte Léon d'Ourches venait

d'envoyer de nouveau 60,000 fr. pour les malheureux de la

Pointe-à-Pitre. Le _Courrier de la Moselle_ dit que c'est là un don

_presque royal_.--La semaine est aux riches souscriptions: sir Hébert

Peel vient de remettre un mandat de 4000 livres sterling (100,000 fr.)

aux commissions ecclésiastiques chargées de recueillir les offrandes

pour la construction des églises. Dans la lettre qui accompagne ce don

magnifique, sir Hubert dit que c'est une dette qu'il acquitte envers

celui qui a bien voulu que l'industrie lui valût une fortune

considérable.--Enfin, l'empereur d'Autriche, de son côté, s'est associé

à l'idée conçue par le roi de Bavière de fonder, parmi les membres de la

Confédération germanique, une association pour l'achèvement de

l'admirable cathédrale de Cologne. Il s'est engagé à contribuer

annuellement pour la somme de 40,000 florins (100,000 fr.).

Jamais on n'a semblé plus tenir aux quartiers et aux ancêtres

qu'aujourd'hui. Nous lisons dans les annonces de certaines feuilles un

_Avis_ par lequel les maisons ducales et les familles nobles sont

invitées à transmettre, sans retard, les corrections et additions

qu'elles jugeront convenables aux éditeurs d'un _Annuaire de la noblesse

de France_ pour 1844. Les journaux officiels annoncent, d'un autre côté,

que M. le ministre du commerce et de l'agriculture vient de faire

dresser le _Stud-Book_ français, ou catalogue de tous les chevaux pur

sang de la France, avec leur généalogie, et qu'il fait préparer

également un _Herd-Book_, ou liste et généalogie des taureaux et des

vaches pur sang.

[Illustration: M. Duret.]

L'Académie des beaux-arts a eu à procéder à la nomination au fauteuil

demeuré vacant par la mort du sculpteur Cortot. La section de sculpture

avait désigné, comme candidats, M. Duret, Lemaire, Raggi, Seurre aîné et

Jouffroy; l'Académie avait complété la liste en y ajoutant les noms de

MM. Halley, Desprez et Danlan aîné. Le nombre des votants était de 54;

M, Duret a obtenu 19 voix; M. Lemaire, 15; M. Raggi, I, et M. Jouffroy,

1. M. Duret a donc été proclamé membre de l'Institut. Le public

applaudira à ce choix, que sanctionnera également l'approbation des

artistes. M. Duret, élève du baron Mosio, et à coup sûr un de ses

meilleurs disciples a produit, quoique jeune encore, un grand nombre

d'ouvrages qui ont obtenu le succès le plus mérité. Il débuta par être

musicien, puis voulut se livrer à la déclamation; mais ses hésitations

ne furent pas de longue durée, et ne lui firent perdre que bien peu de

temps, car à dix-huit ans il obtint le grand prix de Rome. Ses statues

sont: _Mercure inventant la lyre; le Danseur Napolitain,_ et

_l'Improvisateur Italien_, qui sont aux Luxembourg; le _Molière_, qui

est dans la salle de l'Institut; le _Casimir Périer_, de la Chambre des

Députés; le _Christ_ et _l'Ange_, de la Madelaine; _la malice_, des

salons du Palais-Royal; le _Dunois_, le _Richelieu_ et le _Régent_, de

Versailles, et le _Chactus au tombeau d'Atala_, du musée de

Lyon.--L'Académie des sciences a à pourvoir à la vacance survenue dans

sa section de mécanique par le décès de M. Coriolis. Nous ignorons

encore quels seront les compétiteurs à cette succession.--Quant à

l'Académie des inscriptions et belles-lettres, appelée à nommer

prochainement à la place d'académicien libre qu'a laissée en mourant

l'excellent et respectable M. de Fortia d'Urban, elle n'a vu jusqu'ici

frapper à sa porte qu'un candidat dont on vante les sentiments

religieux, et un autre dont on loue les dîners. Mais comme il ne s'agit,

en définitive, ni de l'élection d'un pape, ni de celle d'un membre du

Caveau, elle attendra sans doute qu'un historien ou un archéologue se

présente.

[Illustration: Gravure d'après le procédé Rémon.]

L'administration des Musées royaux, qui devrait bien faire enlever enfin

l'ignoble et dangereuse galerie de bois accolée à la galerie du Musée du

Louvre, laquelle menace incessamment d'incendie le dépôt de toutes nos

richesses d'art, l'administration des Musées royaux s'est bornée à faire

monter le Musée naval dans le local qu'occupait la galerie léguée par M.

Standish, et à faire descendre celle-ci dans le local qu'occupait le

Musée naval. C'est un double déménagement qu'elle était parfaitement

dans son droit d'opérer, et auquel, pour notre part, nous ne trouvons

rien à reprendre ni à louer,--bientôt le public pourra visiter, dans

une des salles du rez-de-chaussée du Louvre disposée à cet effet, les

marbres sculptés provenant du temple de Diane qu'on avait provisoirement

déposés sur l'esplanade, et dont nous avons donné des gravures, t. 1, p.

289. Ces débris, rapportés de l'Asie Mineure, ont occasionné une dépense

d'un million. Cette somme nous eut paru infiniment mieux employée et eut

épargné de trop justes reproches, si on l'eût consacrée à ne pas laisser

sortir de France et à acquérir pour le Musée la statue en bronze trouvée

à Lillebonne, la _Madeleine_, de Canova, la _Vierge en candélabre_, de

Raphaël, le _Francia_ et plusieurs tableaux de la collection de madame

la duchesse de Berri, dont la plupart ont été acquis à un prix peu

élevé, et pour lesquels la direction des Musées n'a pu enchérir,

a-t-elle dit, faute de fonds.--Un artiste distingué, ancien pensionnaire

de Rome, M. Boulanger, vient d'être envoyé, aux frais du budget des

arts, pour mesurer et dessiner les monuments d'Athènes. Il nous semble

que c'est encore là une dépense assez mal entendue, car tous ces

monuments se trouvent très-exactement reproduits dans une foule de

voyages et de collections; et quant à leur mesure plus d'une fois prise,

nous ne savons pas trop comment elle se serait modifiée. Les missions

sont une excellente chose, quand, en les arrêtant, on a en vue l'intérêt

de l'art et non l'agrément de ceux à qui on les confie. Ou vient

d'organiser au premier étage du palais de l'École des Beaux-Arts, dans

la salle dite de Louis XIV, un petit musée d'architecture en miniature,

composé du 104 monuments égyptiens, grecs et romains, disposés sur deux

grandes tables au milieu de la salle. Les uns sont en liège, les autres

en plâtre, tous modelés sur une petite échelle, avec une précision et un

soin très-remarquables. Ce sont des colonnes, des temples, des cirques,

des théâtres, des arcs de triomphe, des tours, des obélisques, des

tombes; enfin, Thèbes, Athènes et Rome vus par le gros bout d'une

lorgnette. Dans les embrasures des fenêtres de cette galerie, on a placé

de fort jolies statuettes en plâtre et en marbre, de deux pieds environ

de hauteur, représentant en assez, grand nombre des artistes célèbres,

et qui sont l'oeuvre de sculpteurs de la dernière moitié du dernier

siècle, dont les noms sont oubliés aujourd'hui, mais qui n'étaient pas

sans mérite. Enfin, dans la salle où se font les expositions, on

remarque une cheminée sur laquelle on a en quelque sorte incrusté deux

anges d'une admirable exécution, dont l'inscription suivante, placée au

bas, fait connaître l'auteur et l'ancienne destination: «L'arrière-neveu

d'un chancelier de France, qui fut le patron des beaux-arts, a fait don

à l'école fondée pour leur gloire des fragments d'un tombeau de sa

famille, par Germain Pilon, 1835. Le donateur est M. Seguier.»--Des

caisses contenant des moulages de sculptures remarquables de la Grèce,

exécutés sous la direction de M. Lobas, membre de l'Institut, chargé

d'une mission scientifique et artistique par MM. les ministres de

l'Instruction publique et de l'Intérieur, sont attendues prochainement à

la même École.--Les grands dignitaires qui président à la restauration

du jardin du Luxembourg font dire et répéter qu'elle a été entreprise

avec un zèle et un goût qui promettent prochainement l'une des plus

remarquables décorations qui aient jamais été exécutées. Nous verrons

bien. Ce qu'il y a de constant, c'est que nous ne tarderons pas à voir

disparaître toutes ces malheureuses statues mutilée, dégradées, ruinées

par le temps et l'humidité, qui ont affligé les regards de plusieurs

générations d'étudiants. Outre l'_Hercule_ de M. Othon, qui est déjà en

place, des statues de _Jeanne d'Albret,_ de la _reine Clotilde, Blanche

de Castille, Velleda, Sainte-Geneviève_, et autres personnages de toutes

les époques et de toutes les légendes, sont confiées à MM Brian, Dumont,

Husson Hoguenin, Klagmann, Mandron. Mercier, et autres artistes. De

nouvelles commandes doivent encore être faites.

[Illustration.]

_L'Illustration_ a déjà fait connaître (t. 1, p. 235) le procédé de

galvanographie de M. Rémon. Aujourd'hui, nous avons à mentionner, en

attendant que nous y revenions, le procédé de gravure typographique sur

pierre avec un relief obtenu à l'aide de moyens chimiques, par M.

Tissier, appelé du nom de son inventeur, Tissiérographie. Déjà l'auteur

avait fait paraître, des 1839, des épreuves de gravures obtenues par son

système, mais elles accusaient une sécheresse et une dureté qui

pouvaient faire craindre que ce mode de gravure ne fût guère applicable

qu'à l'ornementation. Celles qu'il est arrivé à obtenir depuis dénotent

des progrès très-remarquables et des améliorations complètement

satisfaisantes. Nous donnons aujourd'hui un dessin de Lemud, gravé en

relief sur métal par le procédé Rémon, et un dessin gravé sur pierre par

le procédé Tissier. Ce dernier serait bien plus sûr de se voir accorder

la préférence par les artistes si, comme le procédé Rémon, il admettait

l'usage du crayon de mine de plomb. La plume lithographique présente des

difficultés d'exécution, et la plupart des dessinateurs, faute de s'être

exercés à l'employer, pourront faire longtemps obstacle au procédé de M.

Tissier.

La ville de Rome a été mise en émoi par le récit des crimes et la

condamnation d'un prêtre, nomme Abbo, qui, joignant à une instruction

remarquable une adresse et une hypocrisie peu communes, avait su,

jusqu'au jour de son arrestation, couvrir des apparences de la

régularité et de la religion les désordres les plus infâmes, les crimes

les plus horribles, gagner l'amitié du premier ministre, Génois comme

lui, et se taire ouvrir toutes les maisons de Rome, sans excepter celles

des ambassadeurs. Il devait être créé prélat le lendemain du jour qu'il

choisit pour se débarrasser de sa dernière victime. C'était son neveu,

jeune garçon de huit à neuf ans, que le frère d'Abbo, habitant Gênes,

lui avait confié, et qui mourut après une série de traitements que nous

ne pouvons retracer. La servante de ce monstre a déclaré que deux

enfants nés de leur cohabitation avaient été également sacrifiés par

lui, et qu'elle était enceinte d'un troisième auquel le même sort eût

été à coup sûr réservé. La population, que de tels forfaits trouvent

toujours implacable, attendait le jour de la justice, quand elle a

appris que le pape venait de commuer la peine de mort prononcée contre

le coupable. Le premier sentiment a été celui de l'indignation, mais

elle s'est calmée par la pensée que cette mesure devait équivaloir à une

abolition du dernier supplice dans les États pontificaux, et qu'il était

bien impossible désormais d'exécuter les sentences capitales que

pourrait prononcer la commission spéciale appelée à juger les accusés

politiques détenus au fort de Saint-Leo.--Des crimes d'un tout autre

genre viennent d'être commis à Berlin par une jeune et jolie danseuse

espagnole, mademoiselle Lola-Montez, de Cordoue. Montée sur un beau

cheval andalous, l'artiste-amazone était allée assister aux grandes

manoeuvres exécutées en présence du roi de Prusse et de l'empereur de

Russie. La détonation de l'artillerie effraya sa monture, qui prit le

mors aux dents et se précipita dans la suite des deux souverains, au

milieu de laquelle la jeune Andalouse parvint à grand'peine à l'arrêter.

Un gendarme (Berlin n'est pas sans gendarmes), un gendarme survint, qui

menaça l'amazone et maltraita le cheval. Un coup de cravache vint lui

cingler la figure; il en dressa procès-verbal. Le lendemain un huissier

(Berlin a aussi des huissiers), un huissier se présenta chez

mademoiselle Montez pour lui remettre une assignation judiciaire, La

mère de mademoiselle Montez (La mère d'actrice n'est pas inconnue en

Prusse), la mère de mademoiselle Montez, qui survint, ne se doutant

guère plus que Chicaneau des _Plaideurs_ que ce fut _un exploit que sa

fille faisait_. Le papier timbré, mis en morceaux, fut lancé à la figure

de l'huissier; l'huissier en dressa procès-verbal. Les journaux de

Berlin disent, avec toute la gravité allemande, qu'il y a là un double

chef d'accusation qui menace de priver pour longtemps la coupable de sa

liberté.

Nous avons cette semaine à enregistrer le décès d'un certain nombre de

personnes regrettables:--Un orateur auquel son talent à la seconde

chambre des États de Bavière et au barreau de Munich avaient valu un

grand renom en Allemagne, et une fortune de 800,000 florins (1,300,000

fr.). M. Charles de Batz vient de mourir, léguant tout re qu'il

possédait aux veuves et orphelins d'avocats du barreau dont il avait

fait partie--La ville d'Arles a perdu M. le baron Langier de Chartreuse,

son ancien maire, son ancien conseiller-général, son ancien député, qui

laisse, en outre, de précieux souvenirs comme savant et comme,

antiquaire.--L'armée d'Afrique a rendu les derniers devoirs à un des

officiers les plus distingués du corps royal d'état-major, le chef

d'escadron Delcambe, qui mettait fin, dit-on, à de nombreuses et

importantes recherches sur la langue arabe et l'histoire géographique du

nord de l'Afrique.--Les sciences archéologiques ont vu mourir M. Allou,

qui fut successivement secrétaire bibliothécaire, puis président de la

Société Royale des Antiquaires de France. Il a publié entre autres

travaux d'archéologie, une _Description des Monuments du département de

la Haute-Vienne_, et un _Essai sur les armures du Moyen-Age_.--Enfin, M.

Domeny de Rienzi, auteur de plusieurs ouvrages de géographie, et du

volume intitulé _Océanie_, faisant partie de _L'Univers Pittoresque_,

vient de mourir à l'hôpital de Versailles. Atteint, il y a un certain

temps, d'une fièvre cérébrale, il avait eu le malheur de perdre en

partie ses facultés intellectuelles. Plus d'une fois depuis lors il

tenta de se remettre à l'étude et de terminer des ouvrages inachevés. Ce

fut vainement; le travail était devenu impossible à son cerveau

affaibli. Cet affaiblissement et la conscience qu'il en avait ont fait

naître chez lui le désespoir, et M. de Rienzi s'est tiré, au milieu du

parc de Versailles, un coup de pistolet dans la tête. Il a succombé à la

blessure qu'il s'était faite.

Chemin de Fer de Londre à Folkestone.

L'Illustration, No. 0033, 14 Octobre 1843 · 第 4 / 17 题