LES ACCENTS DE LA LANGUE FRANCOYSE.

[En marge: L'usage des accents est double.]

Les gens doctes ont de coustume de faire servir les accents en deux

sortes. L'une est en pronunciation, & expression de voix: expression

dicte quantité de voyelle. L'aultre en imposition de marcque sur

quelcque diction.

Du premier usage nous ne parlerons icy aulcunement: car il n'en est

poinct de besoing. Et d'advantage il a moins de lieu en la langue

Françoyse, qu'en toutes aultres: veu que ses mesures sont fondées sur

syllabes, & non sur voyelles: ce qui est tout au rebours en la langue

Grecque, & Latine.

Quant à l'imposition de marque (qui est le second membre de l'accent)

j'en diray en ce traicté, ce qu'il en fault dire briefvement, &

prifvément, sans aulcune ostentation de sçavoir, & sans fricassée de

Grec, & Latin.

[En marge: L'ostentation d'aulcuns sottelets.]

J'appelle fricassée, une mixtion superflue de ces deux langues: qui se

faict par sottelets glorieux: & non par gents resolus, & pleins de bon

jugement. Venons à la matiere.

[En marge: Les lettres, qui reçoipvent principalement accent en la

langue Françoyse.]

[¶] En la langue Françoyse sur toutes letres il y en a deux qui

reçoipvent plus accent, que les aultres. C'est assavoir a, & e. De ces

deux nous parlerons par ordre.

[En marge: a. En Françoys est usurpé diversement.]

[¶] La letre dicte a, se trouve en trois sortes communement en nostre

langue Françoyse. Aulcunes foys elle est ung article du datif: car le

datif Latin est exposé en Françoys par le dict article. Exemple. Dedi

Petro quod ad me scripseras. J'ay baillé à Pierre ce, que tu m'avois

escript.

Aulcunesfois est preposition servant à l'accusatif cas: & vault

aultant, comme, ad, en Latin. Exemple. Rex ad Imperatorem scripsit,

tutam ei viam in Flandriam per Galliam patêre. Le Roy a escript à

l'Empereur, que le passage luy estoit seur par France, pour aller en

Flandre.

Aulcunesfois aussi ceste particule a, signifie aultant en Françoys,

que, habet, en Latin. Exemple. Habet omnia, quæ in oratore perfecto

esse possunt. Il a toutes choses, qui peuvent estre en ung orateur

parfaict. Aultre exemple. Occîdit illum nefariè. Il l'a tué

meschamment. Telle est la langue Françoyse en aulcunes locutions: ou

pour ung mot Latin il y en a deux Françoys: comme, Respondit: Il a

respondu. Cantavit: Il a chanté. Scripsit: Il a escript. Fuit: Il a

esté. En ce locutions ce mot a, est prins diversement. Car il est de

signification possessive, active, ou temporelle. Exemple de la

possessive. Multas divitias habet: Il a plusieurs richesses. Exemple de

l'active. Cantavit: Il a chanté. Exemple de la temporelle. Fuit, Il a

esté. Quant a la duplication des mots pour ung seul Latin, cela se

faict seulement en la signification active, & temporelle de ceste

diction a. Exemple. Cantarunt: Ilz ont chanté. Fuerunt: Ilz ont esté.

Et par cela tu peulx cognoistre, que la langue Latine comprent plus, que

la Françoyse: ce qui n'advient pas en toutes choses.

Note doncques, que, quand a, est article, ou preposition, il le fault

signer d'ung accent grave, en ceste sorte à. Et ainsi signent les

Latins leurs prepositions: c'est assavoir à, & è.

[En marge: a Quand il est verbe.]

Mais quand, a, represente ce verbe Latin, habet, il n'a poinct d'accent.

Lors aulcuns l'escripvent avec une aspiration, ha: ce qui me semble

superflu: toutesfoys je remects cela à la fantasie d'ung chascun. Note

aussi, que, quand il est de signification active, ou temporelle (comme

j'ay demonstré) il ne reçoipt poinct d'accent.

[En marge: e En Françoys est de double prolation.]

[¶] La lettre appellée e, a double son, & prolation en Françoys. La

premiere est dicte masculine: & l'aultre femenine.

[En marge: é Masculin.]

La masculine est nommée ainsi, pource que é, masculin a le son plus

virile, plus robuste, & plus fort sonnant. D'advantage, il porte sur soy

ung virgule ung peu inclinée à main dextre, comme est l'accent appelle

des Latins aigu, ainsi é. Exemple. Il est homme de grand' bonté,

privaulté, & familiarité: plus, il dict tousjours verité. Aultre

exemple. Apres qu'il eut bien mangé, bancqueté, & chanté, il voulut

estre emporté de là: & puis fut couché en ung bon lict: mais le

lendemain matin apres estre desyvré, il se trouva bien estonné, & fut

frotté, & gallé de mesmes par ung tas de rustres, qui ne l'aymoient

guieres. Voila deux exemples de la termination masculine.

[En marge: é Masculin jamais ne vient en collision.]

[¶] Maintenant il te fault noter diligem^ment deux choses. C'est que

ceste lettre é, estant masculine jamais ne vient en collision: c'est à

dire, qu'estant devant ung mot commençant par voyelle, elle ne se pert

poinct. Exemple. Il a esté homme de bien toute sa vie: & n'a merité

ung tel oultrage.

En apres il fault entendre, que ceste lettre é, est aussi bien

masculine au plurier nombre, qu'au singulier. Et ce tant en noms, qu'en

verbes. Exemple des noms. Les iniquités, & meschancetés, desquelles il

estoit remply, l'ont conduict à ce malheur. Aultre exemple. Toutes

voluptés contraires à vertu ne sont louables.

[En marge: L'orthographe de é, masculin au plurier nombre.]

[¶] Je te veulx advertir en cest endroict d'une mienne opinion. Qui

est, que le é, masculin en noms de plurier nombre ne doibt recepvoir

ung z, mais une s, & doibt estre marqué de son accent, tout ainsi qu'au

singulier nombre.

Tu escriras doncq' voluptés, dignités, iniquités, verités: & non pas

voluptéz, dignitéz, iniquitéz, veritéz. Ou sans é marqué avec son

accent aigu tu n'escriras voluptez, dignitez, iniquitez, veritez.

[En marge: z. Est le signe de é, masculin au plurier nombre des

verbes.]

[¶] Car z, est le signe de é, masculin au plurier nombre des verbes de

seconde personne: & ce sans aulcun accent marcqué dessus. Exemple. Si

vous aymez vertu, jamais vous ne vous addonnerez à vice, & vous

esbatterez tousjours à quelque exercice honneste. Aultre exemple. Si

vous estiez telz, que vous dictes, vous ne deschasseriez ainsi les

vertueux. Sur ce propos je sçay bien, que plusieurs non bien

cognoissants la virilité du son de le é, masculin trouveront estrange,

que je repudie le z, en ces mots voluptés, dignités, & aultres

semblables. Mais s'ilz le trouvent estrange, il leur procedera

d'ignorance, & maulvaise coustume d'escrire: laquelle il convient

reformer peu à peu.

[En marge: é Masculin ne se mect seulement en fin de diction.]

[¶] Oultre ce, qui est dict, saiche, que é, de pronunciation masculine

ne se mect seulement en fin de diction, mais aussi devant la fin.

Exemple. Journée, renommée, meslée, assemblée, diffamée, affolée:

& aultres mots, qui se forment du masculin en femenin: comme est de

despité, despitée: de courroucé, courroucée: de suborné, subornée:

& semblables dictions tant au singulier nombre, qu'au plurier. Exemple

du plurier. Contrées, journées assemblées, menées.

[En marge: e Femenin]

[¶] L'aultre pronunciation de ceste letre e, est femenine: c'est à

dire de peu de son, & sans vehemence. Estant femenine elle ne repçoit

aulcun accent. Exemple. Elle est notable femme, de bonne vie, de bonne

rencontre, & aultant prudente, & sage, que femme qui se trouve en ceste

contrée.

Note aussi, que quand ceste lettre e, est femenine, elle est de si peu

de force, que tousjours elle est mengée, s'il s'ensuict apres elle ung

mot commençant par voyelle.

[En marge: L'origine de synalelphe & Apostrophe en la langue

Françoyse.]

De là ont leur origine les figures appellées Synalelphe, & Apostrophe.

Entre lesquelles figures il y a aulcune difference, comme nous

demonstrerons maintenant.

La figure, que nous appellons synalelphe, ou collision, oste, & mange la

voyelle en proferant seulement, & non en escripvant: car ladicte voyelle

se doibt escrire. Exemple en prose. J'ay esperance en luy, & me fie en

la grande amour, & largesse extreme, de laquelle il use envers touts

gens scavants. En ceste exemple, la derniere lettre d'esperance, fie,

grande, largesse, laquelle, use, se perd en proferant, à cause des

aultres mots ensuivants, qui commencent pareillement par voyelle. Mais

non obstant la collision, il fault escrire tout au long, tant en prose,

qu'en vers. Exemple en rhythme.

Tu es tant belle, & de grace tant bonne,

Qu'à te servir tout gentil cueur s'addonne.

Necessairement en ce mot, belle, le dernier, e, est mangé: ou

aultrement le vers seroit trop long.

[En marge: Couppe femenine.]

Et les Faictistes, qui composent rhythmes en langage vulgaire, appellent

cela coupe femenine: c'est à dire abolition de le e, femenin, qui

rencontre une aultre voyelle, par laquelle il est aboli apres la

quatriesme syllabe du vers. De cecy je parleray plus amplement en l'art

poëtique.

[En marge: ' Apostrophe.]

[¶] Ce dict e, femenin est aulcunesfoys aultrement mangé par

Apostrophe. Or l'Apostrophe oste du tout la voyelle finale de ce qui

precede la voyelle du mot ensuivant: & faict, qu'elle ne s'escript, ne

profere aulcunement: & suffist, que seulement on la marcque au dessus

par son petit poinct.

[En marge: Apostrophe eschet sur monosyllabes.]

Devant que de t'en bailler exemple, je t'advertis, qu'Apostrophe eschet

principalement sur ces monosyllabes, ce, se, si, te, me, que, ne, je,

re, le, la, de. Et combien, que les Françoys n'ayent de coustume de

signer ledict Apostrophe, si en usent ilz naturellement, principalement

aux monosyllabes dessusdictes, quand le mot ensuivant se commence

semblablement par voyelle.

[En marge: h N'empesche point l'apostrophe en quelques dictions.]

[¶] Et si d'adventure il se commence par h, cela n'empesche poinct

quelque foys l'Apostrophe: car nous disons, & escripvons sans vice,

l'honneur, l'homme, l'humilité, & non le honneur, le homme, la

humilité. Au contraire nous disons sans Apostrophe le haren, la

harendiere, la haulteur, le houzeau, la housse, la hacquebute, le

hacquebutier, la hacquenée, le hazard, le hallecret, la hallebarde. Et

si ces mots se proferent sans grande aspiration, la faulte est enorme.

[En marge: h Mal pronuncée par aulcunes provinces.]

De laquelle faulte sont pleins les Auvergnats, les Prouvençaulx, les

Gascons, & toutes les provinces de la langue d'oc. Car pour le haren il

disent l'aren: pour la harendiere, l'arendiere: pour la haulteur,

l'aulteur: pour le houzeau, l'ouzeau: pour la housse, l'ousse: pour la

honte, l'onte: pour la hacquebute, l'acquebute: pour la hacquenée,

l'acquenée: pour le hazard, l'azard: pour le hallecret, l'allecret:

pour la hallebarde, l'allebarde. Et non seulement (qui pis est) font

ceste faulte au singulier nombre de telles dictions, mais aussi au

plurier. Car pour des harens, ilz disent des arens: pour les

hacquenées, les acquenées: pour mes houzeaux, mes ouzeaux: pour il me

fault, ou je me vois houzer, il me fault ouzer. Or je laisse le vice de

ces nations, & reviens à ma matiere.

[En marge: ce Avec Apostrophe.]

[¶] Exemple de, ce. C'est grand' follie, de prendre pied à ses

parolles. Sans Apostrophe il fauldroit dire: Ce est grand' follie.

[En marge: cest Sans Apostrophe.]

Entends toutes foys, que souvent ce mot, cest, n'a poinct d'Apostrophe:

comme quand nous parlons ainsi. Cest oeuvre est digne de louange. Cest

homme n'est pas en son bon sens. Cest Allement est trop glorieux.

[En marge: se Avec Apostrophe.]

[¶] Exemple de, se. S'adventurant de passer la riviere à pied, il

s'est noyé. Pour se adventurant: & pour, il se est noyé.

[En marge: Son, mon, ton. Reçoipvent Apostrophe.]

Note icy que non seulement ceste diction, se, repçoit Apostrophe, mais

aussi ces mots la reçoipvent: c'est assavoir, son, mon, ton. Et par

cela nous disons m'amye, pour mon amye: & m'amour, pour mon amour: &

t'amour, pour ton amour: & s'amour, pour son amour. Et usons de tel

parler tant en prose, qu'en rhythme: mais plus souvent en rhythme. Et

aussi m'amye, & m'amour, sont dictions plus usitées, que les deux

aultres.

[En marge: si Avec apostrophe.]

[¶] Exemple de, si. S'il estoit possible, je vouldrois bien faire cela.

Pour, si il estoit possible. Toutesfoys tu ne voirras guieres, qu'il

reçoive apostrophe avec aultre mot, que ce mot, il.

[En marge: Exception de cela.]

Exemple de toutes aultres voyelles. De la voyelle, a. Si audace estoit

prisée, chascun seroit audacieux. De la voyelle, e. Si eloquence est en

luy grande, ce n'est de merveille: car il a ung esprit merveilleux: &

puis il estudie continuellement en Ciceron. De la voyelle, i. Si

ignorance vient à regner, tout est perdu. De la voyelle, o. Si orgueil

est en ung homme, je ne le puis frequenter. De la voyelle, u. Si ung

homme diligent peult parvenir à richesses, j'espere quelque jour estre

riche. En touts ces exemples je confesse, que l'apostrophe y peult

escheoir: mais avec apostrophe le parler sera plus rude, que sans

apostrophe. Ce que peult facilement juger ung homme d'aureilles

delicates. J'exepte tousjours les licences poëtiques, & les laisse en

leur entier. Car ung poëte pourra dire (à cause de sa rhythme)

s'audace, s'eloquence, s'ignorance, s'orgueil, s'ung homme.

D'avantage il te convient sçavoir, que ceste particule, si, est

aulcunes foys conditionnale, ou demonstrative. Et lors elle peult

recevoir apostrophe, comme tu as veu aux exemples precedents.

[En marge: si Pour tant]

Aulcunes foys elle se met pour tant, ou tant fort. Et lors elle ne

reçoit aulcune apostrophe. Exemple. Il est si ambitieux, si envieux, si

injurieux, si oultrageux, que personne ne le peult comporter. Aultre

exemple. Ce lieu est si umbrageux, que le fruict n'y peult meurir. C'est

à dire, tant ambitieux, tant envieux, tant injurieux, tant oultrageux,

tant umbrageux. Alors garde toy de l'apostropher: car il n'y auroit rien

si aspre en prolation, que de dire s'ambitieux, s'envieux, s'injurieux,

s'oultrageux, s'umbrageux.

[En marge: ni Ne reçoit pas souvent apostrophe.]

[¶] Tel est l'usage de ceste particule, ny. Car elle ne reçoit pas

bonnement apostrophe, si elle se rencontre devant ung mot commençant

par voyelle. Exemple. Je ne veis jamais ni Amboise, ni Envers, ni

Italie, ni Orleans, ni umbrage en ce champ. En toutes ces locutions

l'apostrophe seroit indecente, & lourde.

[En marge: te Avec Apostrophe.]

[¶] Exemple de, te. Je serois marry de t'avoir offensé. Il t'eust bien

recompensé, si tu eusses faict cela. Il t'interrogue. Il t'oultrage. Il

t'use ta robbe. Pour de te avoir: il te eust: il te interrogue: il te

oultrage: il te use.

[En marge: me Avec apostrophe.]

[¶] Exemple de, me. Il m'assault. Il m'entend bien. Il m'irrite. Il

m'oultrage. Il m'use tous mes habillements. Pour, il me assault: il me

entend bien: il me irrite: il me oultrage: il me use.

[En marge: que Avec apostrophe.]

[¶] Exemple de, que. C'est bonne chose, qu'argent en necessité. Qu'est

ce, que richesse, sans santé? Il fault, qu'il s'y trouve. O qu'orgueil

est desplaisant à Dieu! Il n'est sçavoir, qu'usage ne surmonte. Pour,

que argent: que est ce: que il se y trouve: que orgueil: que usage.

[En marge: ne Avec apostrophe.]

[¶] Exemple de, ne. Je n'ay que ce vice. Il n'est rien si sot. Il

n'ignore cela. Cela n'orne point le parler. Je n'use jamais de parfums.

Pour, je ne ay: il ne est: il ne ignore: cela ne orne: je ne use.

[En marge: je Avec Apostrophe.]

[¶] Exemple de, je. J'ay tousjours peur des calumniateurs. J'entends

bien, que tu demandes. J'interpreteray ce livre de Ciceron. Je te

donneray à entendre, comme j'ouys cela de luy. J'use souvent de telles

figures. Pour, je ay: je entends bien: je interpreteray: je ouys: je

use.

[En marge: re avec apostrophe.]

Exemple de, re. Il fault r'assembler ces pieces. Je te r'envoye ton

serviteur. Il seroit bon de r'imprimer tes Oeuvres. Il fault r'ouvrir ce

coffre. Il seroit bon de r'umbrager ce ply. Pour, re assembler: re

envoye: re imprimer: re ouvrir: re umbrager. Et note que, re, signifie

de rechef.

[En marge: le Avec apostrophe.]

[¶] Exemple de, le. L'avoir n'est rien en ung homme, s'il n'a vertu.

L'entendement trop soubdain ne faict pas grand fruict. L'interpreteur de

cecy ment. L'orgueil de luy me desplaist. L'usage de tel art est faulx.

Pour, le avoir: le entendement: le interpreteur: le orgueil: le usage.

[En marge: la Avec apostrophe.]

[¶] Exemple de, la. L'amour est bonne, quand elle est fondée en vertu.

L'enfance de luy a esté terrible. L'interpretation de ce lieu est

difficile. L'oultrecuidance est grande. L'usance est telle. Pour, la

amour: la enfance: la interpretation: la oultrecuidance: la usance.

[En marge: de Avec apostrophe.]

[¶] Exemple de ce mot, de. C'est grand' charge d'avoir tant d'enfants.

Par faulte d'entendre le Grec, il a failli. Cela part d'invention bien

subtile. Ceste response est pleine d'orgueil, & oultrage. Par faulte

d'user de bon regime, il est retombé en fiebvre. Pour, de avoir: de

entendre: de invention: de orgueil: de user.

[En marge: ' Apocope]

[¶] Je ne parleray plus de l'apostrophe, et viendray maintenant à

declairer, que signifie ung petit poinct semblable à celluy de

l'apostrophe. Ce petit poinct est signe d'une figure nommée des Grecs,

& Latins Apocope. Et ainsi la nomment aussi les Françoys par faulte

d'aultre terme à eulx propre. Ceste figure oste la voyelle, ou syllabe

de la fin d'ung mot pour la necessité du vers: ou à fin, que le mot

soit plus rond, & mieulx sonnant. Exemple. Pri', suppli', com', hom',

quel', el', tel', recommand', encor', avec'. Pour prie, supplie, comme,

homme, quelle, elle, telle, recommande, encores, avecques. En prose

l'exemple peult estre, grand' chose: quelle quel' soit: pour grande

chose: quelle, quelle soit. Car ainsi la prolation est plus doulce, &

plus ronde.

Au demeurant, il fault entendre, que les Françoys usent, oultre ce que

dessus, de deux sortes de characteres: lesquelz sont de telle figure.

^

¨

[En marge: Signe de conjunction de voyelles]

[¶] Touts deux se signent sur voyelles: mais au reste ilz sont bien

differents. Le premier est signe de conjunction: le second de division.

[En marge: ^ R'assemble en troys façons.]

Le premier r'assemble, r'unit, & conjoinct les parties divisées, & ce

en trois façons.

[En marge: Syncope]

La premiere, quand par une figure fort usitée nommée Syncope,

concision, ou coupure (car ainsi se peult dire en Françoys) ung mot est

syncopé, c'est à dire divisé, & diminué au milieu, puis les deux

parties sont rejoinctes ensemble: la division, & reunion d'icelles est

signifiée par ledict charactere. Exemple. Lai^rra, pai^ra,

vrai^ment, hardi^ment, don^ra. Pour, laissera, paiera, vraiement,

hardiement, donnera. Et ainsi font souvent les Latins, comme lon voit

aux bonnes impressions, esquelles on treuve diu^um, du^um, vir^um.

Pour, divorum, duorum, virorum. La seconde façon de ceste figure est,

quand deux mots (desquelz l'ung est detroncqué) sont r'assemblés en

ung. Exemple. Au^ous, pour avez vous: qu^avous, pour qu'avez vous:

m^avous, pour m'avez vous: n^avous, pour n'avez vous: n^avons, pour

nous n'avons. Tel est le commun usage de la langue Françoyse. La tierce

façon de ceste figure est, quand deux voyelles sont r'acoursies, &

proferées en une, ce qui se faict souvent en rhythme principalement.

[En marge: ées Syllabe double reduicte en une.]

Exemple. Pensées, ou les deux e^e se passent pour ung proferé par

traict de temps assés longuet, quasi comme si lon disoit pensés. Et

note, que cecy est general en toutes dictions feminines, qui sont

formées des dictions masculines, ausquelles la derniere voyelle est

masculine, & ce seulement au plurier nombre. Et si tu signes ceste

figure sur les deux e^e, il n'y fault point d'accent aigu sur le

penultime, e. Exemple. Courroucé, courroucée, courrouce^es: irrité,

irritée, irrite^es: suborné subornée, suborne^es. En telle sorte

doibt on escrire en rhythme: mais en prose avec ung accent aigu sur le,

é, penultime, ainsi: courroucées, irritées, subornées.

[En marge: Synerese.]

Par ceste figure aussi on dict aise^ement, momme^ement, a^age, ou

e^age: en faisant de deux syllabes une par synerese, &

r'accoursissement.

[En marge: ¨ Dyerese signe de division de voyelles.]

[¶] Le second charactere dessus mentionné, qui est, ¨, noté sur les

voyelles, est celluy, par lequel on faict au contraire de l'aultre,

duquel sortons de parler. Car il signifie division, & separation, & que

d'une syllabe en sont faictes deux. Exemple. Païs, poëte, pour pa^is,

po^ete.

Ce sont les preceptions, que tu garderas, quant aux accents de la langue

Françoyse. Lesquelz aussi observeront touts diligents imprimeurs: car

telles choses enrichissent fort l'impression, & demonstrent, que ne

faisons rien par ignorance.

[En marge: ´ Accent enclitique.]

[¶] Quant à l'accent enclitique, il n'est point recevable en la langue

Françoyse, combien qu'aulcuns soient d'aultre opinion. Lesquelz disent,

qu'il eschet en ces dictions, je, tu, vous, nous, on, lon. La forme de

cest accent est telle, ´: par ainsi llz vouldroient estre escript en la

sorte, qui s'ensuyt. M'attenderai´je à vous? Feras´tu cela? Quand

aurons´nous paix? Dict´on tel cas de moy? Voirra´lon jamais ces

meschants puniz? Derechef je t'advise, que cela est superflu en la

langue Françoyse, & toutes aultres: car telz pronoms demeurent en leur

vigueur, encores qu'ilz soient postposés à leurs verbes. Et qui plus

est, l'accent enclitique ne convient qu'en dictions indeclinables, comme

sont en Latin, ne, ve, que, nam. Qu'ainsi soit, on n'escript point en

Latin en ceste forme. Feram´ego id injuriæ? Eris´tu semper tam

nullius consilii? Aversabimini´vos semper à vobis pauperes? Tiens

doncques pour seur, que tel accent n'est propre aulcunement à nostre

langue. Qui sera fin de ce petit Oeuvre.

Fin.

Traité touchant le commun usage de l'escriture françoise · 第 18 / 19 题