II

Cette image naïve et très ancienne montre que le mystérieux problème de

la chance ne s’est guère modifié depuis que l’homme commença de

l’interroger. Elle pourrait encore illustrer notre ignorance actuelle.

Nous avons nos pensées qui nous façonnent un bonheur ou un malheur

intimes, sur lequel les incidents du dehors ont plus ou moins

d’influence. Il en est chez qui ces pensées sont devenues si puissantes,

si vigilantes, que rien ne peut plus, sans leur agrément, pénétrer dans

l’édifice de cristal et d’airain qu’elles on su élever sur une colline

qui domine la route habituelle des aventures. Nous avons notre volonté

qui, nourrie de nos pensées et soutenue par elles, parvient à écarter un

grand nombre d’événements inutiles ou nuisibles. Cependant, autour de

ces îlots plus ou moins sûrs, plus ou moins inexpugnables, s’étend une

région aussi insoumise, aussi vaste que l’océan, où il semble que le

hasard règne seul, comme le vent sur les flots. Nulle pensée, nulle

volonté ne peuvent empêcher un de ces flots d’inopinément surgir, de

nous surprendre, de nous étourdir, de nous blesser. Leur bienfaisante

action ne recommence qu’après que la vague s’est retirée. Alors elles

nous relèvent, nous pansent, nous raniment, et veillent à ce que le mal

que le choc nous a fait ne pénètre pas jusqu’aux sources profondes de la

vie. A cela se borne leur rôle. En apparence il est très humble. En

réalité, à moins que le hasard ne prenne la forme irrésistible d’une

maladie cruelle ou de la mort, il rend ce hasard presque impuissant, et

suffit à maintenir ce qu’il y a de meilleur et de plus propre à l’homme

dans le bonheur humain.

Le temple enseveli · 第 91 / 111 题