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J’en conviens, il est bien difficile de se dégager de l’interprétation

traditionnelle, et souvent on y retombe malgré soi dans le moment même

où l’on essaie de s’en éloigner. Ainsi Ibsen, en quête d’une forme

nouvelle et pour ainsi dire scientifique de la fatalité, a placé au

milieu du meilleur de ses drames la figure voilée, grandiose et

tyrannique de l’hérédité. Mais au fond, dans son œuvre, ce n’est pas le

mystère scientifique de l’hérédité qui remue en nous certaines craintes

humaines plus profondes que nos craintes animales. S’il s’y trouvait

seul, il ne les remuerait pas plus que ne le ferait le mystère

scientifique de telle ou telle maladie redoutable, de tel ou tel

phénomène sidéral ou marin. Non; ce qui y suscite une terreur d’un autre

genre que celle d’un danger imminent, mais naturel, c’est l’obscure idée

de justice qu’y représente l’hérédité, c’est l’affirmation audacieuse

que les fautes du père retombent sur les enfants, c’est l’insinuation

qu’un Juge souverain, une sorte de Maître de la race, veille sur nos

actions, les inscrit au livre de bronze et pèse en ses mains éternelles

des récompenses longtemps différées et des châtiments infinis. C’est, en

un mot, et pendant qu’on le nie, le visage de Dieu qui reparaît, et une

très vieille flamme de l’enfer qui gronde encore sous la dalle qu’on

venait de sceller.

Le temple enseveli · 第 68 / 111 题