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Mais lui, frappé de ces grands coups réitérés et effrayants comme des

éclairs dans une nuit d’orage, pensera-t-il de même, les trouvera-t-il

aussi familiers, aussi naturels et aussi explicables? Les mots: destin,

fortune, hasard, malchance, fatalité, étoile, et peut-être le mot

Providence, ne prendront-ils pas dans son esprit une signification

qu’ils n’avaient jamais eue? N’interrogera-t-il pas sa conscience sous

une autre lumière, ne sentira-t-il pas autour de sa vie des influences,

une puissance, une sorte de mauvais vouloir que je n’y vois pas? Qui a

raison? Qui, de lui ou de moi, voit plus loin et plus clair? Aperçoit-on

dans les heures troublées des vérités que l’on n’aperçoit pas dans les

heures plus calmes? et quel moment choisir pour donner un sens à la vie?

En général, l’interprète de la vie, quel qu’il soit, prend les heures

troublées. Il se met et nous met dans l’état d’âme des victimes. Il nous

représente les malheurs d’autrui en raccourci, si brusquement, si

massivement, que nous avons un instant l’illusion d’un malheur

personnel. En outre, il lui est à peu près impossible de nous les

peindre tels que nous les voyons dans la vie réelle. Si nous avions vécu

de longues années avec le personnage principal du drame qui nous

bouleverse, si ce personnage avait été notre frère, notre ami, nous

aurions probablement dénombré, reconnu au passage toutes les causes de

son infortune, qui nous étonnerait moins, et, bien souvent, nous

paraîtrait au contraire très naturelle et presque humainement

inéluctable. Mais l’interprète de la vie n’a ni le temps ni le pouvoir

de nous parler de toutes les causes véritables. Elles sont d’ordinaire

insignifiantes, infiniment petites, multiples, et extrêmement lentes. Il

est donc porté à substituer aux causes humaines et réelles qu’il ne peut

nous montrer, qu’il lui est impossible d’étudier et d’énumérer, une

cause générale et assez vaste pour envelopper le drame tout entier. Et

cette cause générale assez vaste, où la trouver, sinon dans les deux ou

trois mots que nous balbutions quand nous ne voulons pas nous résigner

au silence: Divinité, Providence, Fatalité, Justice obscure et

anonyme?...

Le temple enseveli · 第 62 / 111 题