Nous toucherons naturellement à la justice sociale, c’est-à-dire à la
justice que nous nous rendons mutuellement dans la vie, mais nous ne
parlerons pas de la justice légale ou positive, qui n’est que
l’organisation d’une partie de la justice sociale. Nous nous occuperons
surtout de cette justice imprécise mais efficace, insaisissable mais
inévitable, qui accompagne et imprègne, approuve ou désapprouve,
récompense ou punit toutes les actions de notre vie. Vient-elle du
dehors? Existe-t-il, indépendant de l’homme, dans l’univers et dans les
choses, un principe moral infrangible et indécevable? Y a-t-il, en un
mot, une justice qu’on pourrait appeler la justice physique? Ou bien
cette justice sort-elle tout entière de l’homme, est-elle tout
intérieure alors même qu’elle agit au dehors? et, pour tout résumer en
un autre mot, n’existe-t-il qu’une justice psychologique? Je pense que
ces deux termes, justice physique, justice psychologique, embrassent les
diverses formes de justice qui nous semblent encore exister aujourd’hui
au-dessus de la justice sociale.