Astrabad remplit peut-être une moitié de sa superficie primi

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LE TOUR DU MONDE

PARIS

IMPRIMERIE FERNAND SCHMIDT

20, rue du Dragon, 20

NOUVELLE SÉRIE--11e ANNÉE

2e SEMESTRE

LE TOUR DU MONDE

JOURNAL

DES VOYAGES ET DES VOYAGEURS

Le Tour du Monde

a été fondé par Édouard Charton

en 1860

PARIS

LIBRAIRIE DE HACHETTE ET Cie

79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79

LONDRES, 18, KING WILLIAM STREET, STRAND

1905

Droits de traduction et de reproduction réservés.

TABLE DES MATIÈRES

L'ÉTÉ AU KACHMIR

Par _Mme F. MICHEL_

I. De Paris à Srînagar. -- Un guide pratique. -- De Bombay à

Lahore. -- Premiers préparatifs. -- En _tonga_ de

Rawal-Pindi à Srînagar. -- Les Kachmiris et les maîtres du

Kachmir. -- Retour à la vie nomade. 1

II. La «Vallée heureuse» en _dounga_. -- Bateliers et

batelières. -- De Baramoula à Srînagar. -- La capitale du

Kachmir. -- Un peu d'économie politique. -- En amont de

Srînagar. 13

III. Sous la tente. -- Les petites vallées du Sud-Est. --

Histoires de voleurs et contes de fées. -- Les ruines de

Martand. -- De Brahmanes en Moullas. 25

IV. Le pèlerinage d'Amarnâth. -- La vallée du Lidar. -- Les

pèlerins de l'Inde. -- Vers les cimes. -- La grotte sacrée.

-- En _dholi_. -- Les Goudjars, pasteurs de buffles. 37

V. Le pèlerinage de l'Haramouk. -- Alpinisme funèbre et

hydrothérapie religieuse. -- Les temples de Vangâth. --

Frissons d'automne. -- Les adieux à Srînagar. 49

SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE

Par _le docteur LAMY_

_Médecin-major des troupes coloniales_.

I. Voyage dans la brousse. -- En file indienne. -- Motéso.

-- La route dans un ruisseau. -- Denguéra. -- Kodioso. --

Villes et villages abandonnés. -- Où est donc Bettié? --

Arrivée à Dioubasso. 61

II. Dans le territoire de Mopé. -- Coutumes du pays. -- La

mort d'un prince héritier. -- L'épreuve du poison. -- De

Mopé à Bettié. -- Bénie, roi de Bettié, et sa capitale. --

Retour à Petit-Alépé. 73

III. Rapports et résultats de la mission. -- Valeur

économique de la côte d'Ivoire. -- Richesse de la flore. --

Supériorité de la faune. 85

IV. La fièvre jaune à Grand-Bassam. -- Deuils nombreux. --

Retour en France. 90

L'ÎLE D'ELBE

Par _M. PAUL GRUYER_

I. L'île d'Elbe et le «canal» de Piombino. -- Deux mots

d'histoire. -- Débarquement à Porto-Ferraio. -- Une ville

d'opéra. -- La «teste di Napoleone» et le Palais impérial.

-- La bannière de l'ancien roi de l'île d'Elbe. -- Offre à

Napoléon III, après Sedan. -- La bibliothèque de l'Empereur.

-- Souvenir de Victor Hugo. Le premier mot du poète. -- Un

enterrement aux flambeaux. Cagoules noires et cagoules

blanches. Dans la paix des limbes. -- Les différentes routes

de l'île. 97

II. Le golfe de Procchio et la montagne de Jupiter. -- Soir

tempétueux et morne tristesse. -- L'ascension du Monte

Giove. -- Un village dans les nuées. -- L'Ermitage de la

Madone et la «Sedia di Napoleone». -- Le vieux gardien de

l'infini. «Bastia, Signor!». Vision sublime. -- La côte

orientale de l'île. Capoliveri et Porto-Longone. -- La gorge

de Monserrat. -- Rio 1 Marina et le monde du fer. 109

III. Napoléon, roi de l'île d'Elbe. -- Installation aux

Mulini. -- L'Empereur à la gorge de Monserrat. -- San

Martino Saint-Cloud. La salle des Pyramides et le plafond

aux deux colombes. Le lit de Bertrand. La salle de bain et

le miroir de la Vérité. -- L'Empereur transporte ses pénates

sur le Monte Giove. -- Elbe perdue pour la France. --

L'ancien Musée de San Martino. Essai de reconstitution par

le propriétaire actuel. Le lit de Madame Mère. -- Où il faut

chercher à Elbe les vraies reliques impériales. «Apollon

gardant ses troupeaux.» Éventail et bijoux de la princesse

Pauline. Les clefs de Porto-Ferraio. Autographes. La robe de

la signorina Squarci. -- L'église de l'archiconfrérie du

Très-Saint-Sacrement. La «Pieta» de l'Empereur. Les

broderies de soie des Mulini. -- Le vieil aveugle de

Porto-Ferraio. 121

D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE

Par _M. VICTOR CHAPOT_

_membre de l'École française d'Athènes._

I. -- Alexandrette et la montée de Beïlan. -- Antioche et

l'Oronte; excursions à Daphné et à Soueidieh. -- La route

d'Alep par le Kasr-el-Benat et Dana. -- Premier aperçu

d'Alep. 133

II. -- Ma caravane. -- Village d'Yazides. -- Nisib. --

Première rencontre avec l'Euphrate. -- Biredjik. --

Souvenirs des Hétéens. -- Excursion à Resapha. -- Comment

atteindre Ras-el-Aïn? Comment le quitter? -- Enfin à Orfa! 145

III. -- Séjour à Orfa. -- Samosate. -- Vallée accidentée de

l'Euphrate. -- Roum-Kaleh et Aïntab. -- Court repos à Alep.

-- Saint-Syméon et l'Alma-Dagh. -- Huit jours trappiste! --

Conclusion pessimiste. 157

LA FRANCE AUX NOUVELLES-HÉBRIDES

Par _M. RAYMOND BEL_

À qui les Nouvelles-Hébrides: France, Angleterre ou

Australie? Le condominium anglo-français de 1887. --

L'oeuvre de M. Higginson. -- Situation actuelle des îles. --

L'influence anglo-australienne. -- Les ressources des

Nouvelles-Hébrides. -- Leur avenir. 169

LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE

Par _M. ALBERT THOMAS_

I. -- Moscou. -- Une déception. -- Le Kreml, acropole

sacrée. -- Les églises, les palais: deux époques. 182

II. -- Moscou, la ville et les faubourgs. -- La bourgeoisie

moscovite. -- Changement de paysage; Nijni-Novgorod: le

Kreml et la ville. 193

III. -- La foire de Nijni: marchandises et marchands. --

L'oeuvre du commerce. -- Sur la Volga. -- À bord du

_Sviatoslav_. -- Une visite à Kazan. -- La «sainte mère

Volga». 205

IV. -- De Samara à Tomsk. -- La vie du train. -- Les

passagers et l'équipage: les soirées. -- Dans le steppe:

l'effort des hommes. -- Les émigrants. 217

V. -- Tomsk. -- La mêlée des races. -- Anciens et nouveaux

fonctionnaires. -- L'Université de Tomsk. -- Le rôle de

l'État dans l'oeuvre de colonisation. 229

VI. -- Heures de retour. -- Dans l'Oural. -- La

Grande-Russie. -- Conclusion. 241

LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES

Par _M. GERSPACH_

La petite ville de Lugano; ses charmes; son lac. -- Un peu

d'histoire et de géographie. -- La cathédrale de

Saint-Laurent. -- L'église Sainte-Marie-des-Anges. --

Lugano, la ville des fresques. -- L'oeuvre du Luini. --

Procédés employés pour le transfert des fresques. 253

SHANGHAÏ, LA MÉTROPOLE CHINOISE

Par _M. ÉMILE DESCHAMPS_

I. -- Woo-Sung. -- Au débarcadère. -- La Concession

française. -- La Cité chinoise. -- Retour à notre

concession. -- La police municipale et la prison. -- La

cangue et le bambou. -- Les exécutions. -- Le corps de

volontaires. -- Émeutes. -- Les conseils municipaux. 265

II. -- L'établissement des jésuites de Zi-ka-oueï. --

Pharmacie chinoise. -- Le camp de Kou-ka-za. -- La fumerie

d'opium. -- Le charnier des enfants trouvés. -- Le

fournisseur des ombres. -- La concession internationale. --

Jardin chinois. -- Le Bund. -- La pagode de Long-hoa. --

Fou-tchéou-road. -- Statistique. 277

L'ÉDUCATION DES NÈGRES AUX ÉTATS-UNIS

Par _M. BARGY_

Le problème de la civilisation des nègres. -- L'Institut

Hampton, en Virginie. -- La vie de Booker T. Washington. --

L'école professionnelle de Tuskegee, en Alabama. --

Conciliateurs et agitateurs. -- Le vote des nègres et la

casuistique de la Constitution. 289

À TRAVERS LA PERSE ORIENTALE

Par _le Major PERCY MOLESWORTH SYKES_

_Consul général de S. M. Britannique au Khorassan_.

I. -- Arrivée à Astrabad. -- Ancienne importance de la

ville. -- Le pays des Turkomans: à travers le steppe et les

Collines Noires. -- Le Khorassan. -- Mechhed: sa mosquée;

son commerce. -- Le désert de Lout. -- Sur la route de

Kirman. 301

II. -- La province de Kirman. -- Géographie: la flore, la

faune; l'administration, l'armée. -- Histoire: invasions et

dévastations. -- La ville de Kirman, capitale de la

province. -- Une saison sur le plateau de Sardou. 313

III. -- En Baloutchistan. -- Le Makran: la côte du golfe

Arabique. -- Histoire et géographie du Makran. -- Le Sarhad. 325

IV. -- Délimitation à la frontière perso-baloutche. -- De

Kirman à la ville-frontière de Kouak. -- La Commission de

délimitation. -- Question de préséance. -- L'oeuvre de la

Commission. -- De Kouak à Kélat. 337

V. -- Le Seistan: son histoire. -- Le delta du Helmand. --

Comparaison du Seistan et de l'Égypte. -- Excursions dans le

Helmand. -- Retour par Yezd à Kirman. 349

AUX RUINES D'ANGKOR

Par _M. le Vicomte DE MIRAMON-FARGUES_

De Saïgon à Pnôm-penh et à Compong-Chuang. -- À la rame sur

le Grand-Lac. -- Les charrettes cambodgiennes. -- Siem-Réap.

-- Le temple d'Angkor. -- Angkor-Tom -- Décadence de la

civilisation khmer. -- Rencontre du second roi du Cambodge.

-- Oudong-la-Superbe, capitale du père de Norodom. -- Le

palais de Norodom à Pnôm-penh. -- Pourquoi la France ne

devrait pas abandonner au Siam le territoire d'Angkor. 361

EN ROUMANIE

Par _M. Th. HEBBELYNCK_

I. -- De Budapest à Petrozeny. -- Un mot d'histoire. -- La

vallée du Jiul. -- Les Boyards et les Tziganes. -- Le marché

de Targu Jiul. -- Le monastère de Tismana. 373

II. -- Le monastère d'Horezu. -- Excursion à Bistritza. --

Romnicu et le défilé de la Tour-Rouge. -- De Curtea de Arges

à Campolung. -- Défilé de Dimboviciora. 385

III. -- Bucarest, aspect de la ville. -- Les mines de sel de

Slanic. -- Les sources de pétrole de Doftana. -- Sinaïa,

promenade dans la forêt. -- Busteni et le domaine de la

Couronne. 397

CROQUIS HOLLANDAIS

Par _M. Lud. GEORGES HAMÖN_

_Photographies de l'auteur._

I. -- Une ville hollandaise. -- Middelburg. -- Les nuages.

-- Les _boerin_. -- La maison. -- L'éclusier. -- Le marché.

-- Le village hollandais. -- Zoutelande. -- Les bons

aubergistes. -- Une soirée locale. -- Les sabots des petits

enfants. -- La kermesse. -- La piété du Hollandais. 410

II. -- Rencontre sur la route. -- Le beau cavalier. -- Un

déjeuner décevant. -- Le père Kick. 421

III. -- La terre hollandaise. -- L'eau. -- Les moulins. --

La culture. -- Les polders. -- Les digues. -- Origine de la

Hollande. -- Une nuit à Veere. -- Wemeldingen. -- Les cinq

jeunes filles. -- Flirt muet. -- Le pochard. -- La vie sur

l'eau. 423

IV. -- Le pêcheur hollandais. -- Volendam. -- La lessive. --

Les marmots. -- Les canards. -- La pêche au hareng. -- Le

fils du pêcheur. -- Une île singulière: Marken. -- Au milieu

des eaux. -- Les maisons. -- Les moeurs. -- Les jeunes

filles. -- Perspective. -- La tourbe et les tourbières. --

Produit national. -- Les tourbières hautes et basses. --

Houille locale. 433

ABYDOS

dans les temps anciens et dans les temps modernes

Par _M. E. AMELINEAU_

Légende d'Osiris. -- Histoire d'Abydos à travers les

dynasties, à l'époque chrétienne. -- Ses monuments et leur

spoliation. -- Ses habitants actuels et leurs moeurs. 445

VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHÈSE AUX MONTS CÉLESTES

Par _M. JULES BROCHEREL_

I. -- De Tachkent à Prjevalsk. -- La ville de Tachkent. --

En tarentass. -- Tchimkent. -- Aoulié-Ata. -- Tokmak. -- Les

gorges de Bouam. -- Le lac Issik-Koul. -- Prjevalsk. -- Un

chef kirghize. 457

II. -- La vallée de Tomghent. -- Un aoul kirghize. -- La

traversée du col de Tomghent. -- Chevaux alpinistes. -- Une

vallée déserte. -- Le Kizil-tao. -- Le Saridjass. --

Troupeaux de chevaux. -- La vallée de Kachkateur. -- En vue

du Khan-Tengri. 469

III. -- Sur le col de Tuz. -- Rencontre d'antilopes. -- La

vallée d'Inghiltchik. -- Le «tchiou mouz». -- Un chef

kirghize. -- Les gorges d'Attiaïlo. -- L'aoul d'Oustchiar.

-- Arrêtés par les rochers. 481

IV. -- Vers l'aiguille d'Oustchiar. -- L'aoul de Kaende. --

En vue du Khan-Tengri. -- Le glacier de Kaende. -- Bloqués

par la neige. -- Nous songeons au retour. -- Dans la vallée

de l'Irtach. -- Chez le kaltchè. -- Cuisine de Kirghize. --

Fin des travaux topographiques. -- Un enterrement kirghize. 493

V. -- L'heure du retour. -- La vallée d'Irtach. -- Nous

retrouvons la douane. -- Arrivée à Prjevalsk. -- La

dispersion. 505

VI. -- Les Khirghizes. -- L'origine de la race. -- Kazaks et

Khirghizes. -- Le classement des Bourouts. -- Le costume

khirghize. -- La yourte. -- Moeurs et coutumes khirghizes.

-- Mariages khirghizes. -- Conclusion. 507

L'ARCHIPEL DES FEROÉ

Par _Mlle ANNA SEE_

Première escale: Trangisvaag. -- Thorshavn, capitale de

l'Archipel; le port, la ville. -- Un peu d'histoire. -- La

vie végétative des Feroïens. -- La pêche aux dauphins. -- La

pêche aux baleines. -- Excursions diverses à travers

l'Archipel. 517

PONDICHÉRY

chef-lieu de l'Inde française

Par _M. G. VERSCHUUR_

Accès difficile de Pondichéry par mer. -- Ville blanche et

ville indienne. -- Le palais du Gouvernement. -- Les hôtels

de nos colonies. -- Enclaves anglaises. -- La population;

les enfants. -- Architecture et religion. -- Commerce. --

L'avenir de Pondichéry. -- Le marché. -- Les écoles. -- La

fièvre de la politique. 529

UNE PEUPLADE MALGACHE LES TANALA DE L'IKONGO

Par _M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ_

I. -- Géographie et histoire de l'Ikongo. -- Les Tanala. --

Organisation sociale. Tribu, clan, famille. -- Les lois. 541

II. -- Religion et superstitions. -- Culte des morts. --

Devins et sorciers. -- Le Sikidy. -- La science. --

Astrologie. -- L'écriture. -- L'art. -- Le vêtement et la

parure. -- L'habitation. -- La danse. -- La musique. -- La

poésie. 553

LA RÉGION DU BOU HEDMA

(sud tunisien)

Par _M. Ch. MAUMENÉ_

Le chemin de fer Sfax-Gafsa. -- Maharess. -- Lella Mazouna.

-- La forêt de gommiers. -- La source des Trois Palmiers. --

Le Bou Hedma. -- Un groupe mégalithique. -- Renseignements

indigènes. -- L'oued Hadedj et ses sources chaudes. -- La

plaine des Ouled bou Saad et Sidi haoua el oued. -- Bir

Saad. -- Manoubia. -- Khrangat Touninn. -- Sakket. -- Sened.

-- Ogla Zagoufta. -- La plaine et le village de Mech. --

Sidi Abd el-Aziz. 565

DE TOLÈDE À GRENADE

Par _Mme JANE DIEULAFOY_

I. -- L'aspect de la Castille. -- Les troupeaux en

_transhumance_. -- La Mesta. -- Le Tage et ses poètes. -- La

Cuesta del Carmel. -- Le Cristo de la Luz. -- La machine

hydraulique de Jualino Turriano. -- Le Zocodover. -- Vieux

palais et anciennes synagogues. -- Les Juifs de Tolède. --

Un souvenir de l'inondation du Tage. 577

II. -- Le Taller del Moro et le Salon de la Casa de Mesa. --

Les pupilles de l'évêque Siliceo. -- Santo Tomé et l'oeuvre

du Greco. -- La mosquée de Tolède et la reine Constance. --

Juan Guaz, premier architecte de la Cathédrale. -- Ses

transformations et adjonctions. -- Souvenirs de las Navas.

-- Le tombeau du cardinal de Mendoza. Isabelle la Catholique

est son exécutrice testamentaire. -- Ximénès. -- Le rite

mozarabe. -- Alvaro de Luda. -- Le porte-bannière d'Isabelle

à la bataille de Toro. 589

III. -- Entrée d'Isabelle et de Ferdinand, d'après les

chroniques. -- San Juan de los Reyes. -- L'hôpital de Santa

Cruz. -- Les Soeurs de Saint-Vincent de Paul. -- Les

portraits fameux de l'Université. -- L'ange et la peste. --

Sainte-Léocadie. -- El Cristo de la Vega. -- Le soleil

couchant sur les pinacles de San Juan de los Reyes. 601

IV. -- Les «cigarrales». -- Le pont San Martino et son

architecte. -- Dévouement conjugal. -- L'inscription de

l'Hôtel de Ville. -- Cordoue, l'Athènes de l'Occident. -- Sa

mosquée. -- Ses fils les plus illustres. -- Gonzalve de

Cordoue. -- Les comptes du _Gran Capitan_. -- Juan de Mena.

-- Doña Maria de Parèdes. -- L'industrie des cuirs repoussés

et dorés. 613

TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.--26e LIV. Nº 26.--1er Juillet 1905.

[Illustration: Une foule curieuse nous attendait sur les places de

Mechhed (page 308).--D'après une photographie.]

À TRAVERS LA PERSE ORIENTALE

Par le MAJOR PERCY MOLESWORTH SYKES,

_Consul général de S. M. Britannique au Khorassan._

I. -- Arrivée à Astrabad. -- Ancienne importance de la ville. --

Le pays des Turkomans: à travers le steppe et les

Collines-Noires. -- Le Khorassan. -- Mechhed: sa mosquée; son

commerce. -- Le désert de Lout. -- Sur la route de Kirman.

[Illustration: Un poney persan et sa charge ordinaire.--D'après une

photographie.]

La Perse a toujours exercé une grande fascination sur mon esprit.

J'avais servi longtemps dans les Indes, sans avoir l'occasion de la

visiter. Ce ne fut qu'en janvier 1893, après avoir passé mes vacances

de Noël en Angleterre, que je pus mettre enfin mes projets à exécution

et rejoindre, en passant par la Perse, le bâtiment qui m'attendait à

Bouchir.

Ma route me conduisit en chemin de fer, par Vienne, à Odessa, où je

m'embarquai pour Batoum; de Batoum à Bakou je suivis la ligne bien

connue de Transcaucasie, puis je m'embarquai à Bakou, non pas pour

Enzeli et Recht, ce qui est la voie ordinaire, mais pour Bandar-Gaz.

Le vapeur devait d'abord stopper à Ouzoun-Ada, à ce moment encore

point de départ du chemin de fer Transcaspien. Après une rude

traversée qui prit tout un jour, nous remontâmes lentement l'étroit

chenal, dans lequel un bateau à l'ancre nous avertit d'être prudents,

et, bien que notre tirant d'eau ne fût que de neuf mètres, nous fûmes

continuellement requis de nous éloigner du bord, de peur d'échouer. La

mer, peu profonde, était couverte d'une pellicule de glace. À tous

égards, Ouzoun-Ada me parut être une très mauvaise base pour un chemin

de fer. Aussi ai-je été heureux d'apprendre, un an plus tard, que

Krasowodsk, beaucoup plus rapproché de la haute mer, et possédant un

port en eau profonde, avait été finalement choisi pour remplacer

Ouzoun-Ada.

Nous ressortîmes péniblement du chenal et nous mîmes le cap au sud,

pour atteindre, après quinze heures, la ville russe frontière de

Chikichliar. Le mouillage est presque hors de vue de la ville; je ne

pus donc la visiter. Mais elle n'offre pas grand'chose à voir, et elle

a une mauvaise réputation au point de vue du sol et du climat. Elle

est reliée par Astrabad au réseau télégraphique de la Perse, mais le

chemin de fer Transcaspien lui a enlève son ancienne importance comme

poste militaire.

Continuant notre route vers le sud, nous vîmes bientôt le climat

changer rapidement. Après déjeuner, nous étions au large de la station

navale russe d'Achour Ada, ayant devant nous le pays d'Iran, couvert

d'un épais brouillard.

Les îles d'Achour Ada sont, en réalité, des parties d'un banc de sable

formé par le vent du nord, qui domine dans ces parages; derrière elles

s'étend une vaste lagune appelée ici même _Murdal_, ou «eau morte», où

se déversent des cours d'eau chargés d'alluvions. On trouve plusieurs

de ces lagunes le long de la côte; celle d'Enzeli est la plus connue;

mais la baie d'Astrabad, pour nous servir de l'appellation qui figure

communément sur les cartes, est la plus profonde; les bateaux à vapeur

peuvent naviguer tout près des côtes, et ne sont pas contraints

d'opérer leur déchargement en dehors de la barre, comme à Enzeli.

Achour Ada, qui doit être une station terriblement malsaine, fut

occupée en 1838 par la Russie, déterminée alors à écraser la piraterie

turkomane. Le Gouvernement du tsar a été invité à se retirer de ce

qui, à parler en termes stricts, est encore territoire persan; mais

s'il le faisait, la piraterie ne tarderait pas à relever la tête.

Comme en vertu du traité de Gulistan, le pavillon persan ne peut

flotter sur la Caspienne, toute la police est faite par la grande

puissance du Nord.

Trois pontons étaient ancrés devant l'île, qui est si étroite que

l'embrun des vagues la traverse par le mauvais temps. Après une lente

navigation dans la tranquille lagune, nous finîmes par aborder à un

ponton ancré à un mille environ au large de Bandar-Gaz. Nous

rassemblâmes nos bagages, et nous nous vîmes bientôt transportés, à

coups de rames, à un port qui était parvenu à son dernier état de

vétusté, et, à la tombée de la nuit, nous étions nous-mêmes sur le sol

de la Perse, formé d'une boue épaisse et gluante.

[Illustration: Le plateau de l'Iran. Carte pour suivre le voyage de

l'auteur d'Astrabad à Kirman.]

Je ne savais trop où aller; mais Yousuf Abbas, un Persan instruit, que

j'avais engagé à Odessa et qui doit avoir voyagé plus qu'aucun homme

de son âge, me dit que nous pourrions trouver à nous loger chez le

fonctionnaire du télégraphe; celui-ci nous reçut, en effet, très

aimablement; je pus bientôt savourer chez lui un _pilaf_ persan.

Au jour, Bandar-Gaz me parut un endroit mélancolique. La boue y est si

profonde qu'une paire d'échasses y serait très utile. Les cabanes en

troncs d'arbres paraissaient sales et misérables.

Le Mazandéran, qui occupe avec le Ghilan la côte méridionale de la mer

Caspienne, est une province d'un grand intérêt, ne serait-ce que par

le contraste frappant qu'elle offre avec les autres parties de la

Perse, ou même les autres districts bordant la mer intérieure. En

quittant les lagunes, couvertes d'une végétation pourrie, on traverse

une bande de jungle, de largeur variable, très dense et infestée de

toutes sortes de vermine et de moustiques, qui y rendent la vie

insupportable en été. On dit que les tigres y abondent, mais il arrive

rarement qu'on en tue. Lorsqu'on atteint les montagnes, le pays change

soudain d'aspect, et le voyageur peut se croire dans le Kachmir; il y

trouve les mêmes arbres, les mêmes prairies, et, au-dessus, les pentes

nues de la montagne. Ce pays est également l'habitat d'un cerf

magnifique.

Les Mazanderanis sont des individus au teint jaunâtre, mais nullement

rabougris, comme on pourrait l'attendre du pays qu'ils habitent. Ils

se vêtent de laine et se nourrissent de riz, dont ils consomment

d'énormes quantités. Ils sont heureux de vivre et jamais ne désirent

quitter leur province. En fait, ils ne prospèrent pas dans les autres

parties de la Perse.

En deux jours, nous atteignîmes Astrabad par une route lamentable. Le

soleil se couchait; nous entrâmes en ville par un passage également

dépourvu de porte et de garde, et le premier être que nous aperçûmes

fut un chacal. Nous finîmes par trouver un homme dans les rues

abandonnées, et il nous guida fort aimablement jusqu'à la maison de

Mirza Taki, l'agent britannique, où nous eûmes la grande satisfaction

de pouvoir endosser des vêtements secs. La combinaison de l'humidité

et du froid est très désagréable, pour ne pas dire dangereuse, plus

encore en Orient qu'ailleurs, et je me sentais heureux d'avoir passé

sans malaise la zone de la fièvre et d'avoir atteint une des plus

fameuses cités de la Perse.

[Illustration: Les femmes persanes s'enveloppent la tête et le corps

d'amples étoffes.--D'après une photographie.]

Astrabad, surnommée, dans le style hyperbolique de l'Orient,

_Dar-ul-Muminin_, ou «Demeure des Fidèles», n'est pas, autant que nous

pouvons le savoir, une ancienne ville, bien que, d'après la légende,

elle ait été fondée par Nochirevan, avec l'argent donné par Azad

Mahan, gouverneur des Keronan. Son intérêt pour les Anglais vient

surtout de la tentative malheureuse qu'on fit, au XVIIIe siècle, pour

y ouvrir un trafic anglo-persan.

Au commencement du IXe siècle, on s'était beaucoup exagéré

l'importance d'Astrabad. Napoléon et le tsar Paul avaient formé un

projet d'invasion de l'empire des Indes par cette route. Il fut repris

par la Russie durant la guerre de Crimée, mais à l'une et l'autre

période, l'exécution en aurait presque infailliblement abouti à un

désastre. Aujourd'hui le chemin de fer Transcaspien a enlevé à la

ville toute l'importance qu'elle a pu avoir, quoique dans le cas d'une

attaque de la Perse par le nord, la capture de Chahroud faite par la

voie d'Astrabad séparerait Mechhed de la capitale.

Astrabad remplit peut-être une moitié de sa superficie primitive, et

l'on me dit que sa population ne dépasse pas dix mille habitants. La

plupart des rues ont été pavées, probablement par Chah Abbas, et les

maisons sont construites en briques ou en pierre, avec des toits de

toiles rouges ou de chaume, dont l'aspect est gai, même en hiver; au

printemps, comme les crêtes des murs sont plantées de fleurs, l'effet

doit être très joli. La ville fabrique du savon en grande quantité. La

potasse est extraite d'une plante curieuse qui croît sur les bords de

la rivière. Enfin on fabrique aussi de la poudre. Ce sont là toutes

les industries locales.

Une lourde chute de neige survint, qui fit paraître plutôt bizarres

les oranges dans les arbres. Je partis pour la chasse, espérant que la

neige ferait descendre les cerfs des hauteurs. Je n'en vis pas un,

malgré mes efforts, pendant toute une semaine. En revanche, j'aperçus

quelques daims et de nombreux sangliers, dont je ne tuai qu'un, pour

essayer un nouveau fusil.

Quand je revins à Astrabad, les préparatifs de ma petite expédition

dans le pays turkoman étaient terminés, et je me mis en route dans la

direction du nord. Tandis que la forêt atteint presque le côté sud de

la ville, le pays, au nord, est tout à fait plat et ouvert, avec

beaucoup de cultures. Après avoir dépassé quelques hameaux, nous

atteignîmes le Kara-Sou, ou «Eau-Noire», au cours lent et boueux. Un

pont le traverse, qui mène en plein pays turkoman. Quelques milles

d'une plaine admirablement fertile nous conduisirent jusqu'aux bords

du Gurgan, un fleuve dont le nom a la même racine que le mot

d'_Hyrcanie_. Un second pont, aussi solide que le premier, est

commandé par le fort d'Akkala, ou le Fort-Blanc, une des anciennes

places des Kadjars, encore occupé par une garnison, et d'une apparence

imposante. Nous ne franchîmes pas le fleuve, mais nous longeâmes sa

rive gauche, et, dépassant divers groupes d'_alachouk_, nous parvînmes

au camp de Mousa khan, chef des Ak-Atabai, pour lesquels j'avais une

lettre du colonel Stewart.

Pour vous représenter un _alachouk_, imaginez un cadre de branches

recourbées ressemblant à une ruche d'abeilles et d'environ 20 pieds de

diamètre; du feutre noir est étendu sur ce cadre, et le résultat est

une maison mobile qui, au moins par les temps froids, est préférable à

une tente. À l'intérieur, les lares et les pénates sont rassemblés en

énormes paquets, tandis que la carabine du maître de l'habitation est

suspendue à portée de la main. Des morceaux de tapis sont disposés sur

les interstices du feutre, et quand le feu est allumé sur le foyer

découvert, on éprouve là-dedans l'impression d'un confort réel, un peu

gâtée, il est vrai, par la tomée. Chaque camp était occupé par un

nombre de familles allant de dix à trente; elles passent cinq mois au

sud du Gurgan, font leurs moissons, puis mènent leurs troupeaux paître

près de l'Atrek.

On peut considérer comme la patrie des Turkomans une bande de terrain

qui partant de la baie d'Astrabad aboutit aux confins des trois États:

la Russie, la Perse et l'Afghanistan.

Leur première apparition importante dans l'histoire date du XIIe

siècle, époque où ils renversèrent le sultan Sandjar.

Chah Abbas, lors de son accession au trône, établit de grandes

colonies de Kurdes notamment à Boujnourd, et à Koutchan; ce fut

évidemment un coup pour les bandits turkomans; mais jusqu'à leur chute

définitive, après la prise de Khiva et celle de Merv, ils furent un

véritable fléau pour la Perse. On n'en peut juger que lorsque, comme

moi, on a vu de leurs anciens prisonniers et su ce qu'ils eurent à

supporter; d'autant plus qu'à la férocité naturelle des Turkomans

s'ajoutait la haine des Sunnites pour les Chiites. M. Vambéry m'a

raconté que, quoique très bien traité lui-même lors de son séjour sur

l'Atrek, les spectacles dont il fut témoin lui firent maudire ses

hôtes.

[Illustration: Paysage du Khorassan: un sol rocailleux et ravagé, une

rivière presque à sec; au fond, des constructions à l'aspect de

fortins.--D'après une photographie.]

À ma grande contrariété, j'appris que Mousa khan était allé pour la

nuit à Astrabad. Je mis à profit le jour de l'attente que je dus

passer là pour visiter les ruines d'une ville nommée aujourd'hui

Kizil-Alan. Il y a aussi des monticules, dispersés le long de la

vallée du Gurgan, qui ont intrigué les voyageurs. Quelques-uns y ont

vu des séries de postes à signaux. Il est plus simple de supposer que

ce sont des ruines de villages ou de villes. Nous n'en pouvons dire

plus, avant qu'on ait fait des fouilles systématiques. Alors une riche

moisson récompensera les explorateurs de l'ancienne Hyrcanie.

Dès son arrivée, Mousa khan me fit savoir par Yousouf qu'il ne pouvait

prendre sur lui de me laisser passer à travers le pays turkoman.

J'étais certain d'être tué ou volé, et lui en serait tenu comme

responsable par le Gouvernement persan. J'eus beaucoup de peine à le

faire revenir sur sa décision; enfin, au bout de trois jours, il céda

sur la menace que sa réputation d'autorité en souffrirait en Europe,

et consentit à me faire escorter jusqu'à l'Atrek par trois de ses

parents, qui organiseraient mon voyage plus loin.

Je me séparai ainsi de mon hôte au passage du Gurgan, et nous prîmes au

nord, à travers le steppe neigeux. D'abord il était tout à fait plat,

mais en approchant de l'Atrek, nous passâmes une chaîne de collines

basses, connues sous le nom de Kara-Tapa, les «Collines-Noires». Le

soir, au milieu d'une tempête de neige, nous atteignîmes à Tengli un

camp d'Atabaï, où nous couchâmes. La tribu des Atabaï compte environ

deux mille familles en Perse et mille en Russie. Nous continuâmes

ensuite à longer l'Atrek, guidés, pendant quelques étapes, par un

_mullah_ turkoman, Hak Nafas, qui se trouva fort peu sur. J'appris de

Yousouf qu'il était un bandit réclamé à la fois par Astrabad et par

Boujnourd. C'était beaucoup pour un seul homme.

[Illustration: Le sanctuaire de Mechhed est parmi les plus riches et

les plus visités de l'Asie (page 308).--D'après une photographie.]

Un peu avant de nous quitter, il avait eu à mi-voix une conférence

avec quelques hommes de notre escorte. Le soir de ce jour, ayant

franchi la rivière, nous campâmes auprès d'un groupe de cinq tentes.

On ne nous invita pas, comme d'ordinaire, à entrer dans les

_alachouk_, et nous devinâmes sans peine que quelque chose se

préparait contre nous. Je barricadai donc ma tente et je veillai, ce

qui me fut facile, étant tourmenté par un violent mal de dents. Vers

minuit, les Turkomans se mirent à ramper vers nos tentes avec leurs

carabines; quand ils furent à cinquante mètres, Yousouf alla très

poliment s'enquérir de leur santé. Sur quoi, sans dire un mot, ils

disparurent. Nous chargeâmes nos mules avant le lever du soleil, et

Yousouf, qui montra pendant tout ce temps là une crânerie splendide,

harangua nos voleurs _in partibus_, en leur reprochant leur violation

des lois de l'hospitalité et les menaçant de toutes sortes de

châtiments. Finalement, ils disparurent et nous laissèrent en paix. Le

même jour, nous faillîmes être attaqués par nos guides de

l'avant-veille, qui nous suivaient sur l'autre rive de l'Atrek. Mais

ils se retirèrent, persuadés que le _Sahib_ devait avoir de puissants

protecteurs, et que, sans cela, il ne se serait jamais hasardé dans ce

pays.

À Akchanim, en aval d'une gorge de l'Atrek, j'arrivais sur le

territoire des Turkomans Goklan. C'est le premier endroit où je fus

l'objet d'une réception aimable. Mon hôte, Moustafa Kouli, avait été

attaché en 1874 à la mission de l'Hon. G. Napier au Gurgan.

Nous franchîmes ensuite, par une pente très raide, le passage connu

sous le nom de passe Hanaki; son sommet est à 1020 mètres d'altitude.

De là, la vallée que nous venions de remonter apparaissait comme une

carte en relief; derrière, se dressait le Sonar-Dagh. Au sud, il y

avait de la neige partout, avec des présages de chute nouvelle. Nous

hâtâmes donc le pas; ce ne fut pas néanmoins avant le coucher du

soleil que nous atteignîmes le fort en ruines d'Amend, autour duquel

se groupaient quelques tentes des Toktimach.

Le lendemain, nous remontâmes péniblement la vallée de l'Incha, pour

passer ensuite un second col, et le surlendemain, nous atteignions,

dans un district cultivé et sur la route d'Astrabad à Boujnourd, le

village de Semalgan, probablement le _Samangan_ du Chah Nameh, un des

nombreux villages appartenant aux Kurdes. Inutile de dire que j'étais

enchanté d'avoir derrière moi le pays des Turkomans, mais aussi

d'avoir eu un coup d'oeil sur leurs coutumes et leurs idées, ce que je

n'aurais jamais pu obtenir si j'avais voyagé avec une escorte.

Les Kurdes me reçurent aimablement. Ils avaient gardé de bons

souvenirs du colonel Napier. Mais j'étais un peu embarrassé de venir

après lui: il avait généreusement distribué des cadeaux, et moi je

passais les mains vides.

Franchissant la passe de Halinur, qui s'ouvre dans une haute chaîne de

montagnes, nous arrivâmes enfin à la petite ville de Boujnourd. J'y

fus reçu très aimablement par le gouverneur, qui me félicita d'avoir

accompli sans encombre un aussi périlleux voyage. Et de fait, je ne me

rendis compte qu'à ce moment des risques que j'avais courus. Le

colonel Yate, qui parcourut cette contrée l'année suivante avec

soixante-dix hommes et une escorte armée, l'appelle «la partie la plus

sauvage et la plus insoumise de tout le territoire turkoman, où les

Persans n'osent pas mettre le pied».

La province de Khorassan, dans laquelle nous venions d'entrer, est

dans l'angle nord-est de la Perse; son nom signifie «Pays du Soleil».

Elle occupait autrefois un espace énorme; elle s'étendait de la mer

Caspienne à Samarkand, et au sud, jusqu'aux confins du Sind.

Aujourd'hui, elle va de la Transcaspie, au nord, au Seistan au sud, et

de l'Afghanistan à l'est jusqu'à Astrabad à l'ouest. Sa superficie est

évaluée par lord Curzon de 375 000 à 435 000 kilomètres carrés.

Le soir de mon arrivée, je rendis visite au _Saham-u-dola_, qui est

gardien des Marches depuis de longues années, et qui jouit d'une

grande réputation. Je ne lui dis pas tout d'abord que j'étais un

officier voyageant pour mon plaisir; mais voyant qu'il me considérait

comme employé à quelque extraordinaire mission, je lui révélai le

fait. Il ne me crut pas, naturellement: un Oriental ne voyageant

jamais que pour gagner de l'argent ou comme pèlerin.

[Illustration: La cour principale du sanctuaire de Mechhed (page

308).--D'après une photographie.]

Boujnourd est une petite ville qui compte peut-être dix mille

habitants et une longue rue, et qui est reliée à Mechhed par une ligne

télégraphique et par une poste hebdomadaire. La rue est bordée de

boutiques pleines de samovars russes et de calicot de Manchester.

J'achetai trois tapis turkomans pour une somme équivalant à sept

livres. La fortune favorisa mon ignorance: ils valaient quatre ou cinq

fois cette somme en Angleterre.

Trois jours nous ayant suffi à épuiser les curiosités de Boujnourd,

nous engageâmes de nouvelles mules et nous partîmes pour Koutchan.

Sortis par la porte de Mechhed, nous passâmes à côté de l'ancienne

ville, aujourd'hui en ruines, et nous descendîmes à l'Atrek. Parmi les

nombreux villages que nous traversâmes, quelques-uns avaient des tours

carrées ressemblant, à distance, à celles des églises anglaises; il y

avait partout un air de prospérité que nous n'avions pas trouvé dans

le district, mieux doué de richesses naturelles, d'Astrabad. Le

lendemain, nous traversions la rivière sur un pont en bon état, et

passant à Sissah, nous entrions dans le territoire de Koutchan. La

vallée s'élargit, la terre est très fertile, et les villages sont

aussi serrés que dans diverses parties du Pendjab.

[Illustration: Enfants nomades de la Perse Orientale.--D'après une

photographie.]

Pendant notre marche, nous fûmes témoins de la survivance de cette

très ancienne coutume, le mariage par capture. Nous rencontrâmes

d'abord l'escorte d'une fiancée allant à cheval, dans un somptueux

costume blanc et rouge. Un peu plus loin se trouvaient des cavaliers,

et, à l'approche de la dame, on organisa une sorte d'escarmouche,

jusqu'à ce qu'elle eût fait mine de se rendre.

À Chirwan, je me retrouvai en terrain exploré, et j'arrivai à la route

de Koutchan à l'endroit où se fait évidemment un important trafic avec

Geok-Tapa, le point le plus rapproché du chemin de fer Transcaspien.

L'Atrek était maintenant réduit aux dimensions d'un large ruisseau.

Une marche de 35 000 milles, à travers une des vallées les plus

fertiles de la Perse, nous mena jusqu à Koutchan. Le district dont

cette ville est le chef-lieu est le plus important des trois districts

kurdes; jusqu'à ces dernières années, il était semi-indépendant. Nadir

Chah fut assassiné en 1747, en essayant de le réduire. L'_Ilkhani_ a

été décrit de très amusante façon par lord Curzon; il est généralement

dans un tel état d'ébriété, par l'effet de l'opium ou de l'alcool,

qu'il est nécessaire de lui annoncer sa visite trois jours à l'avance.

Je m'abstins d'aller le voir, désireux de ne pas perdre de temps.

Je trouvai à Koutchan une lettre du consul général britannique à

Mechhed, M. Elias, qui m'annonçait fort aimablement qu'il avait envoyé

à ma rencontre, à une étape de la ville, un _sowar_ et deux chevaux.

Nous frétâmes une voiture pour nous transporter, nous et nos biens,

jusqu'à la ville.

Le pays était fertile, mais monotone. Par suite de la forte gelée, la

chaussée était dure et unie. Dans l'après-midi du troisième jour,

j'aperçus un homme au sommet d'un caravansérail. C'était le _sowar_,

et, en moins de cinq minutes, je trottais dans la direction de

Mechhed, laissant Yousouf suivre en voiture. Devant nous, à plusieurs

milles de distance, le magnifique dôme doré brillait comme une flamme

sous les rayons du soleil couchant.

[Illustration: Jeunes filles kurdes des bords de la mer

Caspienne.--D'après une photographie.]

Une foule curieuse nous attendait sur les places de la ville. Par le

_Khiaban_, l'avenue principale, l'_Unter den Linden_ de l'endroit,

puis par les rues enchevêtrées, nous arrivâmes au Consulat général, où

nous reçûmes un accueil chaleureux. Sans nouvelles du monde extérieur

depuis deux mois, j'étais inexprimablement heureux de me trouver dans

un milieu ami.

Mechhed, dont le nom signifie «la Tombe d'un Martyr», est ainsi

appelée parce qu'elle renferme la tombe d'un saint, Reza, le huitième

iman. Son sanctuaire est parmi les plus riches et les plus visités de

l'Asie. Le trésor qu'il possède absorbe non seulement de larges

tributs annuels en argent et en bijoux, mais reçoit encore en dons et

en legs, des terres et des jardins de toutes les classes de la

société. Il n'est pas ouvert aux visiteurs chrétiens, ce qui est en

Perse une règle presque générale. Cependant elle n'a pas toujours été

exactement observée, et l'ambassadeur espagnol à la cour de Timour,

Ruy Gonzalez de Clavijo, nous raconte qu'il visita précisément la

mosquée de Mechhed.

Le sanctuaire actuel, à ce que j'appris, est au centre de trois belles

cours. Ses briques, ses lampes ouvragées et ses grilles d'or mettent

autour de lui une atmosphère de beauté bien calculée pour

impressionner les dévots.

Aujourd'hui, l'importance politique et commerciale de Mechhed est

considérable. Au point de vue britannique, c'est un bon poste pour

surveiller l'Afghanistan occidental, et aussi un entrepôt du commerce

anglo-indien. Mais pour la Russie, le poste est encore beaucoup plus

important, Mechhed étant la capitale de la province du Khorassan, dont

Askhabad dépend pour sa subsistance. Comme on peut le supposer, les

bazars sont presque entièrement remplis par des marchandises russes,

mais les objets de provenance anglaise sont également très appréciés.

On trouve donc là l'image de la lutte entre les deux pays qui se

disputent l'influence.

[Illustration: Les préparatifs d'un campement dans le désert de

Lout.--D'après une photographie.]

Lors de ma visite, le poste de consul général britannique était occupé

par M. Ney Elias (mort depuis), le doyen d'une série de grands

voyageurs dans l'Asie centrale. Les intérêts de la Russie étaient

confiés à M. Vlassof, qui devait trouver une sphère d'activité plus

vaste en Abyssinie. Comme cela arrive souvent, lui et son secrétaire

avaient épousé des Anglaises, ce qui ajoutait beaucoup pour moi aux

plaisirs de la société. Je n'ai jamais trouvé un meilleur accueil que

dans cette petite colonie européenne. Aussi quand je partis, au bout

d'une semaine, pour me rendre à Kirman par le désert de Lout, je me

sentis tout à fait malheureux de quitter des amis, dont huit jours

auparavant je ne connaissais pas un seul.

En quittant Mechhed, nous suivîmes la route de Téhéran jusqu'à

Chérifabad. Elle traverse une région ondulée et tourne à un point d'où

les pèlerins, venant du sud, peuvent contempler pour la première fois

le dôme sacré.

Le surlendemain, nous eûmes à franchir la passe Bidar, où, à notre

grand étonnement, nous trouvâmes une neige épaisse. De ce passage, qui

a près de 2 000 mètres d'altitude, nous descendîmes dans la vallée

d'une rivière, dont le cours inférieur porte le nom de _Kal-i-Sala_.

Elle est traversée par un pont récemment construit, ce qui est rare en

Perse.

Après avoir de nouveau franchi une région accidentée, nous arrivâmes à

Turbat, ville de 15 000 habitants, appelée encore archaïquement

_Turbat-i-Haidari_, de la tombe en briques rouges d'un saint réputé,

Kutb-u-Din-Haider. Actuellement, on la nomme plutôt Turbat-i-Ichak-Khan,

du nom d'un chef des Karaï, mis à mort après avoir essayé de conquérir

Mechhed, à la tête d'une confédération de tribus. Turbat, entourée de

jardins, est devenue, depuis 1901, un centre russe important; un médecin

russe y a été établi, sous la protection des cosaques, pour surveiller

les épidémies de peste, ou peut-être de choléra. La soie était autrefois

le principal produit de la région; sa culture est redevenue prospère.

Mais dans cette région comme dans d'autres, la famine ayant suivi la

maladie du ver à soie lui a porté un coup qui se fait sentir encore.

Après Turbat, nous longeâmes le Kal-i-Sala, en changeant plusieurs

fois de direction. Il était intéressant de noter que tous les villages

marqués sur la carte étaient en ruines, de nouveaux hameaux ayant été

construits à côté, tandis que, surprise plus grande encore, la

rivière, qui tourne à l'ouest, était figurée comme se dirigeant vers

le sud-est.

Nous passâmes ensuite à Djangal, Bimurgh, Beidukht, ce dernier village

connu comme la demeure d'un des rares grands _murschid_ de Perse. Ce

maître, qui exerce une immense influence, spécialement sur les

marchands de Téhéran, est appelé Hadji Mulla sultan Alé; il a

construit une belle _méderssé_ où collège, où il enseigne et prêche

tous les jours. On le dit âgé d'environ soixante ans.

Djouncin, le petit chef-lieu du district de Gunabab, administré par

le gouverneur de Turbat, a une population de 8 000 habitants environ

et un petit bazar. Il a pour spécialité une fabrication de poteries si

grossières et si laides que je m'abstins d'en acheter une seule.

La plaine de Gunabad est au pied d'une chaîne montagneuse, qui va du

sud-est au nord-ouest, et sépare ici le pays relativement élevé que

j'avais traversé du funèbre désert de Lout, où j'allais bientôt

entrer. Plus loin à l'ouest, elle se confond avec la partie nord de ce

désert. Après avoir traversé cette chaîne nous arrivâmes à Toun, ville

murée, de 4 000 habitants. Dans l'enceinte même, il y a de nombreuses

cultures. L'aspect général n'est pas déplaisant.

J'avais ainsi atteint la lisière nord du grand désert, que j'allais

traverser pour la première fois et parcourir souvent dans la suite.

Une courte description en paraîtra ici à sa place. Je dirai d'abord

que divers géographes ont, sans raison suffisante, divisé le grand

désert de Perse en deux régions, celle du nord, le _Dacht-i-Kavir_ et

celle du sud, le _Dacht-i-Lout_. Lord Curzon citant, d'après le

général Houtum Schindler, trois dérivations possibles du mot _kavir_,

choisit avec raison l'arabe _hafr_, qui signifie «marais salin». Ce

mot arabe est encore communément en usage dans la Perse méridionale.

Pour le terme _Lout_, il est sûrement dérivé de Lot, et les guides

montrent souvent, dans le grand désert, des Chahr-i-Lout, ou «cités de

Lot». Ils expliquent que le Tout-Puissant les détruisit par les feux

du ciel, comme les villes sur lesquelles pèsent aujourd'hui les eaux

de la mer Morte.

Après de nombreuses recherches, je suis arrivé à cette conclusion que

le désert de Perse tout entier ne porte que l'unique nom de Lout

(_Dacht-i-Lout_ est une redondance rarement employée) et qu'il

renferme un nombre considérable de _kavir_, dont les caractères sont

partout identiques. J'admets cependant qu'ils sont plus nombreux dans

la partie nord, qui reçoit une plus grande abondance d'eau. Un Persan,

élevé en Angleterre, m'a dit qu'il avait bien vu la route Yezd-Pabas

indiquée sur la carte comme le point où se rencontrent deux déserts,

mais que toutes ses tentatives pour s'assurer sur les lieux de

l'existence d'un désert de _Dacht-i-Kavir_ avaient échoué. Cela avait

diminué son respect pour la cartographie européenne.

[Illustration: Le désert de Lout n'est surpassé, en aridité, par aucun

autre de l'Asie.--D'après une photographie.]

Le grand désert de Lout s'étend du voisinage de Téhéran jusqu'à la

frontière du Baloutchistan britannique, sur une distance dépassant

1 100 kilomètres. C'est le rebord oriental de cette vaste étendue,

dont le point le plus haut, le village de Basiran, que j'ai visité en

1899, s'élève à 1 400 mètres. L'altitude moyenne est d'environ 600

mètres; les points les plus bas, près de Khabis, sont à 300 mètres. La

plus mauvaise partie du Lout est celle qui s'étend entre la Perse

orientale et Khabis, et qui fut traversée par M. Khemikoff vers le

milieu du XIXe siècle. Voici ce qu'il écrit: «On peut imaginer

facilement notre plaisir de nous trouver sains et saufs, après avoir

traversé un désert qui n'est surpassé en aridité par aucun autre de

l'Asie; comparés au Lout, le Gobi et le Kizil-Koum sont, on effet, de

fertiles prairies. J'ai vu l'aspect désolé de l'isthme de Suez. Bien

des parties de cette aride région semblent frappées de la même

stérilité que le Lout, mais ce caractère ne s'étend jamais à d'aussi

vastes surfaces».

Il est admis généralement que le Lout est le fond d'une ancienne mer

intérieure. Cette opinion s'appuie entre autres sur l'existence d'un

volcan actif à Sarhad, du volcan éteint de Kouh-i-Bazamn... et sur

beaucoup de légendes.

Je suis aussi d'avis que, par suite des guerres d'extermination dont

la Perse a souffert, les limites désertiques se sont étendues. La

Perse est un désert, avec des villages séparés par des intervalles de

quelques milles, et péniblement entretenus en vie par le moyen de

l'irrigation. Quand l'eau vient à cesser, les villageois s'en vont;

inversement, quand les villageois ont été tués, les canaux

s'obstruent, l'eau manque et le désert s'agrandit.

En dehors du Lout, il y a bien des régions en Perse où, pendant trois

ou quatre étapes, on ne rencontre pas de villages. Tous ces déserts en

miniature reproduisent les traits du grand. Je dois ajouter encore

que, comme tout l'indique, la chute de pluie a diminué. La cause à la

fois et la conséquence de ce fait, c'est que le pays est à peu près

dépourvu d'arbres. Les deux grandes nécessités pour la régénération

matérielle de la Perse sont donc l'eau et la reforestation.

[Illustration: Avant d'arriver à Kirman, nous avions à traverser la

chaîne de Kouhpaia (page 312).--D'après une photographie.]

J'ai la prétention, que je crois justifiée, d'être le premier Européen

qui ait traversé cette partie du Lout, bien que, au moment où

j'étudiais la question, je fusse persuadé que je suivais les traces de

Marco Polo. D'ailleurs, avec des arrangements convenables, la route

n'offre pas de grandes difficultés, au moins pendant sept mois de

l'année. C'est la principale route de Kirman à Mechhed, et elle est

suivie en conséquence par des milliers de voyageurs, spécialement par

des pèlerins.

Le Tour du Monde; À travers la Perse Orientale Journal des voyages et des voyageurs; 2e Sem. 1905 · 第 1 / 11 段