DESSEIN DE L’AUTEUR. MIRACLE DE L’INDIFFÉRENCE UNIVERSELLE.

Le dessein de cet ouvrage, nettement indiqué dans l’introduction, n’est

pas de faire le récit du Miracle de la Salette. Il a été fait si souvent

que les chrétiens sont inexcusables de l’ignorer. Devenus grands, les

deux bergers eux-mêmes l’ont écrit et publié, et leurs deux narrations,

qui auraient dû être répandues partout, sont identiques en ce qui

regarde les circonstances de l’Évènement et le texte du Discours public.

Pour ce qui est des _Secrets_, Mélanie seule a divulgué le sien, mais en

réservant pour le Souverain Pontife la Règle, _donnée par Marie_, d’un

nouvel Ordre religieux, l’Ordre des «Apôtres des Derniers Temps»,

fondation clairement prophétisée, au XVIIe siècle, par le Vénérable

Grignion de Montfort.

N’écrivant pas pour la multitude, je m’adresse donc exclusivement à ceux

qui savent le Fait de la Salette, assuré que les autres ne s’y

intéresseraient pas. Je veux surtout montrer, aussi bien que je pourrai,

le miracle qui a suivi et qui est peut-être plus grand que Celui de

l’Apparition--le miracle, certainement plus incroyable, de

l’indifférence universelle ou de l’hostilité d’un grand nombre.

Ces voix enfantines qui, descendues des Alpes, devaient grandir comme

l’avalanche et remplir la Terre, tant qu’on a pu, on s’est employé à les

étouffer. «Faites-le passer à mon peuple», avait dit la Souveraine. Les

Juifs eux-mêmes s’étonneraient d’une désobéissance aussi complète. Les

premiers Pasteurs ne sont pas montés dans leurs chaires pour annoncer à

leurs diocésains la Grande Nouvelle, les Prêcheurs et Missionnaires de

tout Institut ne se sont pas mobilisés avec enthousiasme pour faire

connaître aux plus ignorants les menaces et les promesses de

l’omnipotente. Plusieurs ont fait le contraire avec une malice

infernale. Les Paroles tombées de cette Bouche quasi divine qui prononça

le FIAT de l’Incarnation, ces Paroles si terribles et si maternelles, on

ne les a pas enseignées dans les écoles et les enfants de l’âge des

bergers ne les ont pas apprises. On sait, à peu près partout vaguement,

que la Salette existe, que la Sainte Vierge s’y est manifestée d’une

manière quelconque et qu’Elle a dit quelque chose. Diverses personnes

savent même que la profanation du Dimanche et le Blasphème ont été

singulièrement condamnés par Elle. Mais le _texte_ de ce Discours, on ne

le trouve dans aucune mémoire, ni dans aucune main. Quant aux Secrets,

on ne veut pas même en entendre parler.

Eh bien! c’est à faire peur. Jésus-Christ souffre qu’on le méprise ou

qu’on l’outrage. On est exactement au vingtième siècle des soufflets et

des crachats qui tombent sans amnistie, depuis deux mille ans, sur sa

Face infiniment sainte, constituant ainsi ce qu’on nomme l’Ère

chrétienne. Mais il ne souffrira pas que sa Mère soit dédaignée, sa Mère

en larmes!... Celle dont l’Église chante qu’elle était «conçue avant les

montagnes et les abîmes et avant l’éruption des fontaines»[10]; cette

«Cité mystique pleine de peuple, assise dans la solitude et pleurant

sans que personne la console»[11]; cette gémissante «Colombe cachée au

creux de la pierre»[12]; la Reine des Cieux, pleurant comme une

abandonnée dans ce repli du rocher et ne pouvant presque plus se

soutenir, à force de douleur, après avoir été si forte sur l’autre

Montagne!...

[10] Prov. VIII, 24, 25.

[11] Thren. I, I, 2.

[12] Cant. II, 14.

Seule, sur cette pierre mystérieusement préparée qui fait penser à

l’autre Pierre sur qui l’Église est bâtie; le Sein chargé des

instruments de torture de Son Enfant et pleurant comme on n’avait pas

pleuré depuis deux mille ans. =Depuis que Je souffre pour vous autres

qui n’en faites pas de cas=, dit-Elle.

Qu’on se représente cette Mère douloureuse restant assise sur cette

pierre, continuant de sangloter dans ce ravin et ne se levant _jamais_,

jusqu’à la fin du monde! On aura ainsi quelque idée de ce qui subsiste

éternellement sous l’Œil de Celui dont Elle est la Mère et pour qui

nulle chose n’est passée ni future. Qu’on essaie ensuite de mesurer la

puissance de cette perpétuelle clameur d’une telle Mère à un tel Fils

et, en même temps, l’indignation absolument inexprimable d’un tel Fils

contre les auteurs des larmes d’une telle mère! Tout ce qu’on peut dire

ou écrire sur ce sujet est exactement au-dessous du rien...

Celle qui pleure (Notre Dame de la Salette) · 第 16 / 70 题