Il a toujours plus ou moins existé chez tous les peuples et

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BIBLIOTHÈQUE

DE PHILOSOPHIE CONTEMPORAINE

LOIS PSYCHOLOGIQUES DE

L'ÉVOLUTION DES PEUPLES

PAR

GUSTAVE LE BON

Deuxième édition, revue et augmentée

PARIS

ANCIENNE LIBRAIRIE GERMER BAILLIÈRE ET Cie

FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR

108, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 108

1895

Tous droits réservés.

A MON SAVANT AMI

CHARLES RICHET

Professeur de physiologie à la Faculté de médecine de Paris

Directeur de la Revue scientifique.

En souvenir très reconnaissant pour l'hospitalité libre et sans

limites qu'il m'a offerte dans sa Revue.

GUSTAVE LE BON

LOIS PSYCHOLOGIQUES DE L'ÉVOLUTION DES PEUPLES

INTRODUCTION

LES IDÉES ÉGALITAIRES MODERNES ET LES BASES PSYCHOLOGIQUES DE L'HISTOIRE

Naissance et développement de l'idée égalitaire. - Les conséquences

qu'elle a produites. - Ce qu'a déjà coûté son application. - Son

influence actuelle sur les foules. - Problèmes abordés dans cet

ouvrage. - Recherche des facteurs principaux de l'évolution générale

des peuples. - Cette évolution dérive-t-elle des institutions ? - Les

éléments de chaque civilisation : institutions, arts, croyances, etc.,

n'auraient-ils pas certains fondements psychologiques spéciaux à

chaque peuple ? - Les hasards de l'histoire et les lois permanentes.

La civilisation d'un peuple repose sur un petit nombre d'idées

fondamentales. De ces idées dérivent ses institutions, sa littérature

et ses arts. Très lentes à se former, elles sont très lentes aussi à

disparaître. Devenues depuis longtemps des erreurs évidentes pour les

esprits instruits, elles restent pour les foules des vérités

indiscutables et poursuivent leur oeuvre dans les masses profondes des

nations. S'il est difficile d'imposer une idée nouvelle, il ne l'est

pas moins de détruire une idée ancienne. L'humanité s'est toujours

cramponnée désespérément aux idées mortes et aux dieux morts.

Sans doute, certaines des inégalités qui séparent les individus et

les races étaient trop apparentes pour pouvoir être sérieusement

contestées ; mais on se persuada aisément que ces inégalités n'étaient

que les conséquences des différences d'éducation, que tous les hommes

naissent également intelligents et bons, et que les institutions

seules avaient pu les pervertir. Le remède était dès lors très simple :

refaire les institutions et donner à tous les hommes une instruction

identique. C'est ainsi que les institutions et l'instruction ont fini

par devenir les grandes panacées des démocraties modernes, le moyen de

remédier à des inégalités choquantes pour les immortels principes qui

sont les dernières divinités d'aujourd'hui. Certes, une science plus

avancée a prouvé la vanité des théories égalitaires et montré que

l'abîme mental, créé par le passé entre les individus et les races, ne

pourrait être comblé que par des accumulations héréditaires fort

lentes. La psychologie moderne, à côté des dures leçons de

l'expérience, a montré que les institutions et l'éducation qui

conviennent à certains individus et à certains peuples sont fort

nuisibles à d'autres, Mais il n'est pas au pouvoir des philosophes

d'anéantir les idées lancées dans le monde, le jour où ils

reconnaissent qu'elles sont erronées. Comme le fleuve débordé

qu'aucune digue ne saurait contenir, l'idée poursuit sa course

dévastatrice, et rien n'en ralentit le cours.

Cette notion chimérique de l'égalité des hommes qui a bouleversé le

monde, suscité en Europe une révolution gigantesque, lancé l'Amérique

dans la sanglante guerre de sécession et conduit toutes les colonies

françaises à un état de lamentable décadence, il n'est pas un

psychologue, pas un voyageur, pas un homme d'Etat un peu instruit, qui

ne sache combien elle est erronée ; et pourtant il en est bien peu qui

ose la combattre.

Loin d'ailleurs d'être entrée dans une phase de déclin, l'idée

égalitaire continue à grandir encore. C'est en son nom que le

socialisme, qui semble devoir asservir bientôt la plupart des peuples

de l'Occident, prétend assurer leur bonheur. C'est en son nom que la

femme moderne, oubliant les différences mentales profondes qui la

séparent de l'homme, réclame les mêmes droits, la même instruction que

lui et finira, si elle triomphe, par faire de l'Européen un nomade

sans foyer ni famille.

Des bouleversements politiques et sociaux que les principes

égalitaires ont engendrés, de ceux beaucoup plus graves qu'ils sont

destinés à engendrer encore, les peuples ne se soucient guère, et la

vie politique des hommes d'Etat est aujourd'hui trop courte pour

qu'ils s'en soucient davantage. L'opinion publique est d'ailleurs devenue

maîtresse souveraine, et il serait impossible de ne pas la suivre.

L'importance sociale d'une idée n'a d'autre mesure réelle que la

puissance qu'elle exerce sur les âmes. Le degré de vérité ou d'erreur

qu'elle comporte ne saurait avoir d'intérêt qu'au point de vue

philosophique. Quand une idée vraie ou fausse est passée chez les

foules à l'état de sentiment, toutes les conséquences qui en découlent

doivent être successivement subies.

C'est donc au moyen de l'instruction et des institutions que le rêve

égalitaire moderne tente de s'accomplir. C'est grâce à elles que,

réformant les injustes lois de la nature, nous essayons de couler dans

le même moule les cerveaux des nègres de la Martinique, de la

Guadeloupe et du Sénégal, ceux des Arabes de l'Algérie et enfin ceux

des Asiatiques. C'est là sans doute une bien irréalisable chimère,

mais l'expérience seule peut montrer le danger des chimères. La raison ne

saurait transformer les convictions des hommes.

Cet ouvrage a pour but de décrire les caractères psychologiques qui

constituent l'âme des races et de montrer comment l'histoire d'un

peuple et sa civilisation dérivent de ces caractères. Laissant de côté

les détails, ou ne les envisageant que quand ils seront indispensables

pour démontrer les principes exposés, nous examinerons la formation et

la constitution mentale des races historiques, c'est-à-dire des races

artificielles formées depuis les temps historiques par les hasards des

conquêtes, des immigrations ou des changements politiques, et nous

tâcherons de démontrer que de cette constitution mentale découle leur

histoire. Nous constaterons le degré de fixité et de variabilité des

caractères des races. Nous essaierons de découvrir si les individus et

les peuples marchent vers l'égalité ou tendent au contraire à se

différencier de plus en plus. Nous rechercherons ensuite si les

éléments dont se compose une civilisation : arts, institutions,

croyances, ne sont pas les manifestations directes de l'âme des races,

et ne peuvent pour cette raison passer d'un peuple à un autre. Nous

terminerons enfin en tâchant de déterminer sous l'influence de quelles

nécessités les civilisations pâlissent, puis s'éteignent. Ce sont des

problèmes que nous avons longuement traités dans divers ouvrages sur

les civilisations de l'Orient. Ce petit volume doit être considéré

simplement comme une brève synthèse.

Ce qui m'est resté de plus clair dans l'esprit, après de lointains

voyages dans les pays les plus divers, c'est que chaque peuple possède

une constitution mentale aussi fixe que ses caractères anatomiques, et

d'où ses sentiments, ses pensées, ses institutions, ses croyances et

ses arts dérivent. Tocqueville et d'autres penseurs illustres ont cru

trouver dans les institutions des peuples la cause de leur évolution.

Je suis persuadé au contraire, et j'espère prouver, en prenant

précisément des exemples dans les pays qu'a étudiés Tocqueville, que

les institutions ont sur l'évolution des civilisations une importance

extrêmement faible. Elles sont le plus souvent des effets, et bien

rarement des causes.

Sans doute l'histoire des peuples est déterminée par des facteurs

fort divers. Elle est pleine de cas particuliers, d'accidents qui ont

été et qui auraient pu ne pas être. Mais à côté de ces hasards, de ces

circonstances accidentelles, il y a de grandes lois permanentes qui

dirigent la marche générale de chaque civilisation. De ces lois

permanentes, les plus générales, les plus irréductibles découlent de

la constitution mentale des races. La vie d'un peuple, ses institutions,

ses croyances et ses arts ne sont que la trame visible de son âme

invisible, Pour qu'un peuple transforme ses institutions, ses

croyances et ses arts, il lui faut d'abord transformer son âme ; pour

qu'il pût léguer à un autre sa civilisation, il faudrait qu'il pût lui

léguer aussi son âme. Ce n'est pas là sans doute ce que nous dit

l'histoire ; mais nous montrerons aisément qu'en enregistrant des

assertions contraires elle s'est laissé tromper par de vaines apparences.

Les réformateurs qui se succèdent depuis un siècle ont essayé de

tout changer : les dieux, le sol et les hommes. Sur les caractères

séculaires de l'âme des races que le temps a fixés, ils n'ont rien pu

encore.

La conception des différences irréductibles qui séparent les êtres

est tout à fait contraire aux idées des socialistes modernes, mais ce

ne sont pas les enseignements de la science qui pourraient faire

renoncer à des chimères les apôtres d'un nouveau dogme. Leurs

tentatives représentent une phase nouvelle de l'éternelle croisade de

l'humanité à la conquête du bonheur, ce trésor des Hespérides que

depuis l'aurore de l'histoire les peuples ont poursuivi toujours. Les

rêves égalitaires ne vaudraient pas moins peut-être que les vieilles

illusions qui nous menaient jadis, s'ils ne devaient se heurter

bientôt au roc inébranlable des inégalités naturelles. Avec la

vieillesse et la mort ces inégalités font partie des iniquités

apparentes dont la nature est pleine et que l'homme doit subir.

LIVRE PREMIER

LES CARACTÈRES PSYCHOLOGIQUES DES RACES

CHAPITRE PREMIER

L'AME DES RACES

Comment les naturalistes classent les espèces. - Application à

l'homme de leurs méthodes. - Côté défectueux des classifications

actuelles des races humaines. - Fondements d'une classification

psychologique. - Les types moyens des races. - Comment l'observation

permet de les constituer. - Facteurs physiologiques qui déterminent le

type moyen d'une race. - L'influence des ancêtres et celle des parents

immédiats. - Fonds psychologique commun que possèdent tous les

individus d'une race. - Immense influence des générations éteintes sur

les générations actuelles. - Raisons mathématiques de cette influence.

- Comment l'âme collective s'est étendue de la famille au village, à

la cité et à la province. - Avantages et dangers de la conception de la

cité. - Circonstances dans lesquelles la formation de l'âme collective

est impossible. - Exemple de l'Italie. - Comment les races naturelles

ont fait place aux races historiques.

Les naturalistes font reposer leur classification des espèces sur la

constatation de certains caractères anatomiques se reproduisant par

l'hérédité avec régularité et constance. Nous savons aujourd'hui que

ces caractères se transforment par l'accumulation héréditaire de

changements imperceptibles ; mais si l'on ne considère que la courte

durée des temps historiques, on peut dire que les espèces sont

invariables.

Appliquées à l'homme, les méthodes de classification des

naturalistes ont permis d'établir un certain nombre de types

parfaitement tranchés. En se basant sur des caractères anatomiques

bien nets, tels que la couleur de la peau, la forme et la capacité du

crâne, il a été possible d'établir que le genre humain comprend plusieurs

espèces nettement séparées et probablement d'origines très différentes.

Pour les savants respectueux des traditions religieuses, ces espèces

sont simplement des races. Mais, comme on l'a dit avec raison, « si le

nègre et le caucasien étaient des colimaçons, tous les zoologistes

affirmeraient à l'unanimité qu'ils constituent d'excellentes espèces ,

n'ayant jamais pu provenir d'un même couple dont ils se seraient

graduellement écartés. »

Ces caractères anatomiques, ceux du moins que notre analyse peut

atteindre, ne permettent que des divisions générales fort sommaires.

Leurs divergences n'apparaissent que chez des espèces humaines bien

tranchées : les blancs, les nègres et les jaunes, par exemple. Mais

des peuples, très semblables par leur aspect physique, peuvent être fort

différents par leurs façons de sentir et d'agir, et par conséquent par

leurs civilisations, leurs croyances et leurs arts. Est-il possible,

par exemple, de classer dans un même groupe un Espagnol, un Anglais et

un Arabe ? Les différences mentales existant entre eux n'éclatent-elles

pas à tous les yeux et ne se lisent-elles pas à chaque page de leur

histoire ?

A défaut de caractères anatomiques, on a voulu s'appuyer, pour la

classification de certains peuples, sur divers éléments tels que les

langues, les croyances et les groupements politiques ; mais de telles

classifications ne résistent guère à l'examen.

Les éléments de classification que l'anatomie, les langues, le

milieu, les groupements politiques ne sauraient fournir, nous sont

donnés par la psychologie. Celle-ci montre que, derrière les

institutions, les arts, les croyances, les bouleversements politiques

de chaque peuple, se trouvent certains caractères moraux et

intellectuels dont son évolution dérive. Ce sont ces caractères dont

l'ensemble forme ce que l'on peut appeler l'âme d'une race.

Chaque race possède une constitution mentale aussi fixe que sa

constitution anatomique. Que la première soit en rapport avec une

certaine structure particulière du cerveau, cela ne semble pas

douteux ; mais comme la science n'est pas assez avancée encore pour

nous montrer cette structure, nous sommes dans l'impossibilité de

la prendre pour base. Sa connaissance ne saurait nullement modifier

d'ailleurs la description de la constitution mentale qui en découle

et que l'observation nous révèle.

Les caractères moraux et intellectuels, dont l'association forme

l'âme d'un peuple, représentent la synthèse de tout son passé,

l'héritage de tous ses ancêtres, les mobiles de sa conduite. Ils

semblent très variables chez les individus d'une même race ; mais

l'observation prouve que la majorité des individus de cette race

possède toujours un certain nombre de caractères psychologiques

communs, aussi stables que les caractères anatomiques qui permettent

de classer les espèces. Comme ces derniers, les caractères psychologiques

se reproduisent par l'hérédité avec régularité et constance.

Cet agrégat d'éléments psychologiques observable chez tous les

individus d'une race constitue ce qu'on appelle avec raison le

caractère national. Leur ensemble forme le type moyen qui permet de

définir un peuple. Mille Français, mille Anglais, mille Chinois, pris

au hasard, diffèrent notablement entre eux ; mais ils possèdent

cependant, de par l'hérédité de leur race, des caractères communs qui

permettent de construire un type idéal du Français, de l'Anglais, du

Chinois, analogue au type idéal que le naturaliste présente lorsqu'il

décrit d'une façon générale le chien ou le cheval. Applicable aux

diverses variétés de chiens ou de chevaux, une telle description ne

peut comprendre que les caractères communs à tous, et nullement ceux

qui permettent de distinguer leurs nombreux spécimens.

Pour peu qu'une race soit suffisamment ancienne, et par conséquent

homogène, son type moyen est assez nettement établi pour se fixer

rapidement dans l'esprit de l'observateur.

Lorsque nous visitons un peuple étranger, les seuls caractères qui

puissent nous frapper, parce qu'ils sont les seuls qui soient

constamment répétés, sont précisément les caractères communs à tous

les habitants du pays parcouru. Les différences individuelles, étant peu

répétées, nous échappent ; et bientôt, non seulement nous distinguons à

première vue un Anglais, un Italien, un Espagnol, mais de plus nous

savons très bien leur attribuer certains caractères moraux et

intellectuels, qui sont justement les caractères fondamentaux dont

nous parlions plus haut. Un Anglais, un Gascon, un Normand, un Flamand

correspondent à un type bien défini dans notre esprit et que nous

pouvons décrire aisément. Appliquée à un individu isolé, la

description pourra être fort insuffisante, et parfois inexacte ;

appliquée à la majorité des individus d'une de ces races, elle la

dépeindra parfaitement. Le travail inconscient qui s'établit dans

notre esprit pour déterminer le type physique et mental d'un peuple

est tout à fait identique dans son essence à la méthode qui permet au

naturaliste de classifier les espèces.

Cette identité dans la constitution mentale de la majorité des

individus d'une race a des raisons physiologiques très simples. Chaque

individu, en effet, n'est pas seulement le produit de ses parents

directs, mais encore de sa race, c'est-à-dire de toute la série de ses

ascendants. Un savant économiste, M. Cheysson, a calculé qu'en France,

à raison de trois générations par siècle, chacun de nous aurait dans

les veines le sang d'au moins 20 millions de contemporains de l'an

1000. « Tous les habitants d'une même localité, d'une même province

ont donc nécessairement des ancêtres communs, sont pétris du même

limon, portent la même empreinte, et sont sans cesse ramenés au type

moyen par cette longue et lourde chaîne dont ils ne sont que les

derniers anneaux. Nous sommes à la fois les fils de nos parents et

de notre race. Ce n'est pas seulement le sentiment, c'est encore la

physiologie et l'hérédité qui font pour nous de la patrie une seconde

mère. »

Si l'on voulait traduire en langage mécanique les influences

auxquelles est soumis l'individu et qui dirigent sa conduite, on

pourrait dire qu'elles sont de trois sortes. La première, et

certainement la plus importante, est l'influence des ancêtres ; la

deuxième, l'influence des parents immédiats ; la troisième qu'on croit

généralement la plus puissante, et qui cependant est de beaucoup la

plus faible, est l'influence des milieux. Ces derniers, en y

comprenant les diverses influences physiques et morales auxquelles

l'homme est soumis pendant sa vie, et notamment pendant son éducation,

ne produisent que des variations très faibles. Ils n'agissent réellement

que lorsque l'hérédité les a accumulés dans le même sens pendant

longtemps.

Quoi qu'il fasse, l'homme est donc toujours et avant tout le

représentant de sa race. L'ensemble d'idées, de sentiments que tous

les individus d'un même pays apportent en naissant, forme l'âme de la

race. Invisible dans son essence, cette âme est très visible dans ses

effets, puisqu'elle régit en réalité toute l'évolution d'un peuple.

On peut comparer une race à l'ensemble des cellules qui constituent

un être vivant. Ces milliards de cellules ont une durée très courte,

alors que la durée, de l'être formé par leur union est relativement

très longue ; elles ont donc à la fois une vie personnelle, la leur, et

une vie collective, celle de l'être, dont elles composent la substance.

Chaque individu d'une race a, lui aussi, une vie individuelle très

courte et une vie collective très longue. Cette dernière est celle de

la race dont il est né, qu'il contribue à perpétuer, et dont il dépend

toujours.

La race doit donc être considérée comme un être permanent, affranchi

du temps. Cet être permanent est composé non seulement des individus

vivants qui le constituent à un moment donné, mais aussi de la longue

série des morts qui furent ses ancêtres. Pour comprendre la vraie

signification de la race, il faut la prolonger à la fois dans le passé

et dans l'avenir. Infiniment plus nombreux que les vivants, les morts

sont aussi infiniment plus puissants qu'eux. Ils régissent l'immense

domaine de l'inconscient, cet invisible domaine qui tient sous son

empire toutes les manifestations de l'intelligence et du caractère.

C'est par ses morts, beaucoup plus que par ses vivants, qu'un peuple

est conduit. C'est par eux seuls qu'une race est fondée. Siècle après

siècle, ils ont créé nos idées et nos sentiments, et par conséquent

tous les mobiles de notre conduite. Les générations éteintes ne nous

imposent pas seulement leur constitution physique ; elles nous imposent

aussi leurs pensées. Les morts sont les seuls maîtres indiscutés des

vivants. Nous portons le poids de leurs fautes, nous recevons la

récompense de leurs vertus.

La formation de la constitution mentale d'un peuple ne demande pas,

comme la création des espèces animales, ces âges géologiques dont

l'immense durée échappe à tous nos calculs. Elle exige cependant un

temps assez long. Pour créer dans un peuple comme le nôtre, et cela à

un degré assez faible encore, cette communauté de sentiments et de

pensées qui forme son âme, il a fallu plus de dix siècles [1]. L'oeuvre

la plus importante peut être de notre Révolution a été d'activer cette

formation en finissant à peu près de briser les petites nationalités :

Picards, Flamands, Bourguignons, Gascons, Bretons, Provençaux, etc.,

entre lesquelles la France était divisée jadis. Il s'en faut, certes,

que l'unification soit complète, et c'est surtout parce que nous

sommes composés de races trop diverses, et ayant par conséquent des

idées et des sentiments trop différents, que nous sommes victimes de

dissensions que des peuples plus homogènes, tels que les Anglais, ne

connaissent pas. Chez ces derniers, le Saxon, le Normand, l'ancien

Breton ont fini par former, en se fusionnant, un type très homogène,

et par conséquent tout est homogène dans la conduite. Grâce à cette

fusion, ils ont fini par acquérir solidement ces trois bases

fondamentales de l'âme d'un peuple : des sentiments communs, des

intérêts communs, des croyances communes. Quand une nation en est

arrivée là, il y a accord instinctif de tous ses membres sur toutes

les grandes questions, et les dissentiments sérieux ne naissent plus

dans son sein.

[1] Ce temps, fort long pour nos anales, est en réalité assez court,

puisqu'il ne représente que trente générations, Si un temps

relativement aussi restreint suffit à fixer certains caractères, cela

tient à ce que dès qu'une cause agit pendant quelques temps dans le

même sens elle produit rapidement des effets très grands, Les

mathématiques montrent que quand une cause persiste en produisant le

même effet, les causes croisent en progression arithmétique (1, 2, 3,

4, 5, etc.), et les effets en progression géométrique (2, 4, 8, 16, 32,

etc.) _les causes sont les logarithmes des effets_. Dans le fameux

problème du doublement des grains de blé sur les cases de l'échiquier,

le numéro d'ordre des cases est le logarithme du nombre des grains de

blé. De même pour la somme placée à intérêts composés, la loi de

l'accroissement est telle que le nombre des années est le logarithme du

capital accumulé. C'est pour des raisons de cet ordre que la plupart

des phénomènes sociaux peuvent se traduire par des courbes géométriques

à peu près semblables. Dans un autre travail j'étais arrivé à constater

que ces courbes peuvent s'exprimer au point de vue analytique par

l'équation de la parabole ou de l'hyperbole. Mon savant ami M. Cheysson

pense qu'ils se traduisent mieux le plus souvent par une équation

exponentielle.

Cette communauté de sentiments, d'idées, de croyances et d'intérêts,

créée par de lentes accumulations héréditaires, donne à la constitution

mentale d'un peuple une grande identité et une grande fixité. Elle

assure du même coup à ce peuple une immense puissance. Elle a fait la

grandeur de Rome dans l'antiquité, celle des Anglais de nos jours. Dès

qu'elle disparaît, les peuples se désagrègent. Le rôle de Rome fut fini

quand elle ne la posséda plus.

Il a toujours plus ou moins existé chez tous les peuples et à tous

les âges, ce réseau de sentiments, d'idées, de traditions et de

croyances héréditaires qui forme l'âme d'une collectivité d'hommes,

mais son extension progressive s'est faite d'une façon très lente.

Restreinte d'abord à la famille et graduellement propagée au village,

à la cité, à la province, l'âme collective ne s'est étendue à tous les

habitants d'un pays qu'à une époque assez moderne. C'est alors

seulement qu'est née la notion de patrie telle que nous la comprenons

aujourd'hui. Elle n'est possible que lorsqu'une âme nationale est

formée. Les Grecs ne s'élevèrent jamais au delà de la notion de cité,

et leurs cités restèrent toujours en guerre parce qu'elles étaient en

réalité très étrangères l'une à l'autre. L'Inde, depuis 2000 ans, n'a

connu d'autre unité que le village, et c'est pourquoi depuis 2000 ans,

elle a toujours vécu sous des maîtres étrangers dont les empires

éphémères se sont écroulés avec autant de facilité qu'ils s'étaient

formés.

Très faible au point de vue de la puissance militaire, la conception

de la cité comme patrie exclusive a toujours, au contraire, été très

forte au point de vue du développement de la civilisation. Moins

grande que l'âme de la patrie, l'âme de la cité fut parfois plus féconde.

Athènes dans l'antiquité, Florence et Venise au moyen âge nous montrent

le degré de civilisation auquel de petites agglomérations d'hommes

peuvent atteindre.

Lorsque les petites cités ou les petites provinces ont vécu pendant

longtemps d'une vie indépendante, elles finissent par posséder une âme

si stable que sa fusion avec celles de cités et de provinces voisines,

pour former une âme nationale, devient presque impossible. Une telle

fusion, alors même qu'elle peut se produire, c'est-à-dire lorsque les

éléments mis en présence ne sont pas trop dissemblables, n'est jamais

l'oeuvre d'un jour, mais seulement celle des siècles. Il faut des

Richelieu et des Bismarck pour achever une telle oeuvre, mais ils ne

l'achèvent que lorsqu'elle est élaborée depuis longtemps. Un pays peut

bien, comme l'Italie, arriver brusquement, par suite de circonstances

exceptionnelles, à former un seul Etat, mais ce serait une erreur de

croire qu'il acquiert du même coup pour cela une âme nationale. Je

vois bien en Italie des Piémontais, des Siciliens, des Vénitiens, des

Romains, etc., je n'y vois pas encore des Italiens.

Quelle que soit aujourd'hui la race considérée, qu'elle soit

homogène, ou ne le soit pas, par le fait seul qu'elle est civilisée et

entrée depuis longtemps dans l'histoire, il faut toujours la considérer

comme une race artificielle et non comme une race naturelle. De races

naturelles, on n'en trouverait guère actuellement que chez les sauvages.

Ce n'est plus que chez eux qu'on peut observer des peuples purs de

tout mélange. La plupart des races civilisées ne sont aujourd'hui que

des _races historiques_.

Nous n'avons pas à nous préoccuper maintenant des origines des

races. Qu'elles aient été formées par la nature ou par l'histoire, il

n'importe. Ce qui nous intéresse, ce sont leurs caractères tels qu'un

long passé les a constitués. Maintenus pendant des siècles par les

mêmes conditions d'existence et accumulés par l'hérédité, ces

caractères ont fini par acquérir une grande fixité et par déterminer

le type de chaque peuple.

CHAPITRE II

LIMITES DE VARIABILITÉ DU CARACTÈRE DES RACES

La variabilité du caractère des races, et non sa fixité, constitue

la règle apparente. - Raisons de cette apparence. - Invariabilité des

caractères fondamentaux et variabilité des caractères secondaires. -

Assimilation des caractères psychologiques aux caractères irréductibles

et aux caractères modifiables des espèces animales. - Le milieu, les

circonstances, l'éducation agissent seulement sur les caractères

psychologiques accessoires. - Les possibilités de caractère. - Exemples

fournis par diverses époques. - Les hommes de la Terreur. Ce qu'ils

fussent devenus à d'autres époques. - Comment malgré les révolutions

persistent les caractères nationaux. Exemples divers. - Conclusion.

Ce n'est qu'en étudiant avec soin l'évolution des civilisations

qu'on constate la fixité de la constitution mentale des races. Au

premier abord, c'est la variabilité et non la fixité qui semble la

règle générale. L'histoire des peuples pourrait faire supposer en

effet que leur âme subit parfois des transformations très rapides et

très grandes. Ne semble-t-il pas, par exemple, qu'il y ait une

différence considérable entre le caractère d'un Anglais du temps de

Cromwell et celui d'un Anglais moderne ? L'Italien actuel, circonspect

et subtil, ne paraît-il pas fort différent de l'Italien impulsif et

féroce que nous décrit dans ses Mémoires Benvenuto Cellini ? Sans aller

si loin, et en nous bornant à la France, que de changements apparents

dans le caractère en un petit nombre de siècles, et parfois même

d'années ! Quel est l'historien qui n'ait pas noté les différences du

caractère national entre le XVIIe et le XVIIIe siècle ? et, de nos

jours, ne semble-t-il pas qu'il y ait un monde entre le caractère de

nos farouches conventionnels et celui des dociles esclaves de Napoléon ?

C'étaient pourtant les mêmes hommes, et, en quelques années, ils

semblent avoir entièrement changé.

Pour élucider les causes de ces changements, nous rappellerons tout

d'abord que l'espèce psychologique est, comme l'espèce anatomique,

formée d'un très petit nombre de caractères fondamentaux irréductibles,

autour desquels se groupent des caractères accessoires modifiables et

changeants. L'éleveur qui transforme la structure apparente d'un

animal, le jardinier qui modifie l'aspect d'une plante, au point qu'un

oeil non exercé ne la reconnaît pas, n'ont en aucune façon touché aux

caractères fondamentaux de l'espèce ; ils n'ont agi que sur ses

caractères accessoires. Malgré tous les artifices, les caractères

fondamentaux tendent toujours à reparaître à chaque nouvelle

génération.

La constitution mentale, elle aussi, a des caractères fondamentaux,

immuables comme les caractères anatomiques des espèces ; mais elle

possède également des caractères accessoires aisément modifiables. Ce

sont ces derniers que les milieux, les circonstances, l'éducation et

divers facteurs peuvent aisément changer.

Il faut aussi se rappeler, et ce point est essentiel, que dans notre

constitution mentale, nous possédons tous certaines possibilités de

caractère, auxquelles les circonstances ne fournissent pas toujours

l'occasion de se manifester. Lorsqu'elles viennent à surgir, une

personnalité nouvelle, plus ou moins éphémère, surgit aussitôt. C'est

ainsi qu'aux époques de grandes crises religieuses et politiques, on

observe des changements momentanés de caractère tels qu'il semble que

les moeurs, les idées, la conduite, tout enfin ait changé. Tout a

changé en effet, comme la surface du lac tranquille tourmentée par

l'orage. Il est rare que ce soit pour longtemps.

C'est en raison de ces possibilités de caractère mises en oeuvre par

certains événements exceptionnels, que les acteurs des grandes crises

religieuses et politiques nous semblent d'une essence supérieure à la

nôtre, des sortes de colosses dont nous serions les fils dégénérés.

C'étaient pourtant des hommes comme nous, chez lesquels les

circonstances avaient simplement mis en jeu des possibilités de

caractère que nous possédons tous. Prenez, par exemple, ces « géants

de la Convention », qui tenaient tête à l'Europe en armes et envoyaient

leurs adversaires à la guillotine pour une simple contradiction.

C'étaient, au fond, d'honnêtes et pacifiques bourgeois comme nous,

qui, en temps ordinaire, eussent probablement mené au fond de leur étude,

de leur cabinet, de leur comptoir, l'existence la plus tranquille et la

plus effacée. Des événements extraordinaires firent vibrer certaines

cellules de leur cerveau, inutilisées à l'état ordinaire, et ils

devinrent ces figures colossales que déjà la postérité ne comprend

plus. Cent ans plus tard, Robespierre eût été, sans doute, un honnête

juge de paix très ami de son curé ; Fouquier-Tinville un juge

d'instruction, possédant un peu plus peut-être que ses collègues

l'âpreté et les façons rogues des gens de sa profession, mais très

apprécié pour son zèle à poursuivre les délinquants ; Saint-Just fût

devenu un excellent maître d'école, estimé de ses chefs et très fier

des palmes académiques qu'il eût sûrement fini par obtenir. Il suffit,

pour ne pas douter de la légitimé de ces prévisions, de voir ce que

fit Napoléon des farouches terroristes qui n'avaient pas encore eu le

temps de se couper réciproquement le cou. La plupart devinrent chefs de

bureau, percepteurs, magistrats ou préfets. Les vagues soulevées par

l'orage, dont nous parlions plus haut, s'étaient calmées, et le lac

agité avait repris sa surface tranquille.

Même dans les époques les plus troublées, produisant les plus

étranges changements de personnalités, on retrouve aisément sous des

formes nouvelles les caractères fondamentaux de la race. Le régime

centralisateur, autoritaire et despotique de nos rigides jacobins

fut-il bien différent, en réalité, du régime centralisateur,

autoritaire et despotique que quinze siècles de monarchie avaient

profondément enraciné dans les âmes ? Derrière toutes les révolutions

des peuples latins, il reparaît toujours, cet obstiné régime, cet

incurable besoin d'être gouverné, parce qu'il représente une sorte de

synthèse des instincts de leur race. Ce ne fut pas seulement par

l'auréole de ses victoires que Bonaparte devint maître. Quand il

transforma la république en dictature, les instincts héréditaires de

la race se manifestaient chaque jour avec plus d'intensité ; et, à défaut

d'un officier de génie, un aventurier quelconque eût suffi. Cinquante

ans plus tard l'héritier de son nom n'eut qu'à se montrer pour rallier

les suffrages de tout un peuple fatigué de liberté et avide de

servitude. Ce n'est pas Brumaire qui fit Napoléon, mais l'âme de sa

race qu'il allait courber sous son talon de fer [2].

[2] « A son premier geste, écrit Taine, les Français se sont prosternés

dans l'obéissance, et ils y persistent comme dans leur condition

naturelle, les petits : paysans et soldats, avec une fidélité animale ;

les grands : dignitaires et fonctionnaires, avec une servilité

byzantine. - De la part des républicains, nulle résistance ; au

contraire, c'est parmi eux qu'il a trouvé ses meilleurs instruments de

règne, sénateurs, députés, conseillers d'Etat, juges, administrateurs

de tout degré. Tout de suite, sous leurs prêches de liberté et

d'égalité, il a démêlé leurs instincts autoritaires, leur besoin de

commander, de primer, même en sous-ordre, et, par surcroît, chez la

plupart d'entre eux, les appétits d'argent ou de jouissance. Entre le

délégué du Comité de Salut Public et le ministre, le préfet ou

sous-préfet de l'Empire, la différence est petite : c'est le même homme

sous deux costumes, d'abord en carmagnole, puis en habit brodé. »

Si l'influence des milieux sur l'homme paraît aussi grande, c'est

précisément parce qu'ils agissent sur les éléments accessoires et

transitoires, ou encore sur les possibilités du caractère dont nous

venons de parler. En réalité, les changements ne sont pas bien

profonds. L'homme le plus pacifique, poussé par la faim, arrive à un

degré de férocité qui le conduit à tous les crimes, et parfois même à

dévorer son semblable. Dira-t-on pour cela que son caractère habituel

a définitivement changé ?

Que les conditions de la civilisation conduisent les uns à l'extrême

richesse et à tous les vices qui en sont l'inévitable suite ; qu'elles

créent chez les autres des besoins très grands sans leur donner les

moyens de les satisfaire, il en résultera un mécontentement et un

malaise général, qui agiront sur la conduite et provoqueront des

bouleversements de toute sorte, mais dans ces mécontentements, ces

bouleversements, se manifesteront toujours les caractères fondamentaux

de la race. Les Anglais des Etats-Unis ont jadis apporté à se déchirer

entre eux, pendant leur guerre civile, la même persévérance, la même

énergie indomptable qu'ils en mettent aujourd'hui à fonder les villes,

des universités et des usines. Le caractère ne s'était pas modifié.

Seuls les sujets auxquels on l'appliquait avaient changé.

En examinant successivement les divers facteurs, susceptibles d'agir

sur la constitution mentale des peuples, nous constaterions toujours

qu'ils agissent sur les côtés accessoires et transitoires du

caractère, mais ne touchent guère à ses éléments fondamentaux, ou n'y

touchent qu'à la suite d'accumulations héréditaires très lentes.

Nous ne conclurons pas de ce qui précède que les caractères

psychologiques des peuples sont invariables, mais seulement que, comme

les caractères anatomiques, ils possèdent une fixité très grande.

C'est en raison de cette fixité que l'âme des races change si lentement

pendant le cours des âges.

CHAPITRE III

HIÉRARCHIE PSYCHOLOGIQUE DES RACES

La classification psychologique repose, comme les classifications

anatomique, sur la constatation d'un petit nombre de caractères

irréductibles et fondamentaux. - Classification psychologique des

races humaines. - Les races primitives. - Les races inférieures. - Les

races moyennes. - Les races supérieures. - Éléments psychologiques

dont le groupement permet cette classification. - Éléments qui possèdent

le plus d'importance. - Le caractère. - La moralité. - Les qualités

intellectuelles sont modifiables par l'éducation. - Les qualités du

caractère sont irréductibles et constituent l'élément invariable de

chaque peuple. - Leur rôle dans l'histoire. - Pourquoi des races

différentes ne sauraient se comprendre et s'influencer. - Raisons de

l'impossibilité de faire accepter une civilisation supérieure par un

peuple inférieur.

Lorsqu'on examine, dans un livre d'histoire naturelle, les bases de

la classification des espèces, on constate aussitôt que les caractères

irréductibles et par conséquent fondamentaux, permettant de déterminer

chaque espèce, sont très peu nombreux. Leur énumération tient toujours

en quelques lignes.

C'est qu'en effet le naturaliste ne s'occupe que des caractères

invariables, sans tenir compte des caractères transitoires. Ces

caractères fondamentaux en entraînent fatalement d'ailleurs toute une

série d'autres à leur suite.

Il en est de même des caractères psychologiques des races. Si l'on

entre dans les détails, on constate, d'un peuple à l'autre, d'un

individu à l'autre, des divergences innombrables et subtiles ; mais si

l'on ne s'attache qu'aux caractères fondamentaux, on reconnaît que

pour chaque peuple ces caractères sont peu nombreux. Ce n'est que par des

exemples - nous en fournirons bientôt de très caractéristiques - qu'on

peut montrer clairement l'influence de ce petit nombre de caractères

fondamentaux dans la vie des peuples.

Les bases d'une classification psychologique des races ne pouvant

être exposées qu'en étudiant dans ses détails la psychologie de divers

peuples, tâche qui demanderait à elle seule des volumes, nous nous

bornerons à les indiquer dans leurs grandes lignes.

En ne considérant que leurs caractères psychologiques généraux, les

races humaines peuvent être divisées en quatre groupes : 1deg les races

primitives ; 2deg les races inférieures ; 3deg les races moyennes ; 4deg les

races supérieures.

Les races primitives sont celles chez lesquelles on ne trouve aucune

trace de culture, et qui en sont restées à cette période voisine de

l'animalité qu'ont traversée nos ancêtres de l'âge de la pierre

taillée : tels sont aujourd'hui les Fuégiens et les Australiens.

Au-dessus des races primitives se trouvent les races inférieures,

représentées surtout par les nègres. Elles sont capables de rudiments

de civilisation, mais de rudiments seulement. Elles n'ont jamais pu

dépasser des formes de civilisation tout à fait barbares, alors même

que le hasard les a fait hériter, comme à Saint-Domingue, de

civilisations supérieures.

Dans les races moyennes, nous classerons les Chinois, les Japonais,

les Mogols et les peuples sémitiques. Avec les Assyriens, les Mogols,

les Chinois, les Arabes, elles ont créé des types de civilisations

élevées que les peuples européens seuls ont pu dépasser.

Parmi les races supérieures, on ne peut faire figurer que les

peuples indo-européens. Aussi bien dans l'antiquité à l'époque des

Grecs et des Romains, que dans les temps modernes, ce sont les seules

qui aient été capables de grandes inventions dans les arts, les

sciences et' l'industrie. C'est à elles qu'est dû le niveau élevé que

la civilisation a atteint aujourd'hui. La vapeur et l'électricité sont

sorties de leurs mains. Les moins développées de ces races supérieures,

les Hindous notamment, se sont élevées dans les arts, les lettres et

la philosophie, à un niveau que les Mogols, les Chinois et les Sémites

n'ont jamais pu atteindre.

Entre les quatre grandes divisions que nous venons d'énumérer,

aucune confusion n'est possible, l'abîme mental qui les sépare est

évident. Ce n'est que lorsqu'on veut subdiviser ces groupes que les

difficultés commencent. Un Anglais, un Espagnol, un Russe, font partie

de la division des peuples supérieurs, mais cependant nous savons bien

qu'entre eux les différences sont très grandes.

Pour préciser ces différences, il faudrait prendre chaque peuple

séparément et décrire son caractère. C'est ce que nous ferons bientôt

pour deux d'entre eux afin de donner une application de la méthode et

montrer l'importance de ses conséquences.

Pour le moment, nous ne pouvons qu'indiquer très sommairement la

nature des principaux éléments psychologiques qui permettent de

différencier les races.

Chez les races primitives et inférieures - et il n'est pas besoin

d'aller chez les purs sauvages pour en trouver, puisque les couches

les plus basses des sociétés européennes sont homologues des êtres

primitifs - on constate toujours une incapacité plus ou moins grande de

raisonner, c'est-à-dire d'associer dans le cerveau, pour les comparer

et percevoir leurs analogies et leurs différences, les idées produites

par les sensations passées ou les mots qui en sont les signes, avec

les idées produites par les sensations présentes. De cette incapacité de

raisonner résulte une grande crédulité et une absence complète d'esprit

critique. Chez l'être supérieur, au contraire, la capacité d'associer

les idées, d'en tirer des conclusions est très grande, l'esprit

critique et la précision hautement développés.

Chez les êtres inférieurs, on constate encore une dose d'attention

et de réflexion très minime, un esprit d'imitation très grand,

l'habitude de tirer des cas particuliers des conséquences générales

inexactes, une faible capacité d'observer et de déduire des résultats

utiles des observations, une extrême mobilité du caractère et une très

grande imprévoyance. L'instinct du moment est le seul guide. Comme Esaü

- type du primitif - ils vendraient volontiers leur droit d'aînesse

futur pour le plat de lentilles présent. Lorsque à l'intérêt immédiat

l'homme sait opposer un intérêt futur, se donner un but et le suivre

avec persévérance, il a réalisé un grand progrès.

Cette incapacité de prévoir les conséquences lointaines des actes et

cette tendance à n'avoir pour guide que l'instinct du moment condamnent

l'individu aussi bien que la race à rester toujours dans un état très

inférieur. Ce n'est qu'à mesure qu'ils ont pu dominer leurs instincts,

c'est-à-dire qu'ils ont acquis de la volonté, et par conséquent de

l'empire sur eux-mêmes, que les peuples ont pu comprendre l'importance

de la discipline, la nécessité de se sacrifier à un idéal et s'élever

jusqu'à la civilisation. S'il fallait évaluer par une mesure unique le

niveau social des peuples dans l'histoire, je prendrais volontiers pour

échelle le degré de leur aptitude à dominer leurs impulsions réflexes.

Les Romains, dans l'antiquité, les Anglo-Américains dans les temps

modernes, représentent les peuples qui ont possédé cette qualité au

plus haut point. Elle a contribué puissamment à assurer leur

grandeur.

C'est par leur groupement général et leur développement respectif

que les divers éléments psychologiques précédemment énumérés forment

les constitutions mentales qui permettent de classifier les individus

et les races.

De ces éléments psychologiques les uns ont trait au caractère, les

autres à l'intelligence.

Les races supérieures se différencient des races inférieures aussi

bien par le caractère que par l'intelligence, mais c'est surtout par le

caractère que se différencient entre eux les peuples supérieurs. Ce

point a une importance sociale considérable et il importe de le marquer

nettement.

Le caractère est formé par la combinaison, en proportion variée, des

divers éléments que les psychologues désignent habituellement

aujourd'hui sous le nom de sentiments. Parmi ceux qui jouent le rôle le

plus important, il faut noter surtout : la persévérance, l'énergie,

l'aptitude à se dominer, facultés plus ou moins dérivées de la volonté.

Nous mentionnerons aussi, parmi les éléments fondamentaux du caractère

, et bien qu'elle soit la synthèse de sentiments assez complexes, la

moralité. Ce dernier terme, nous le prenons dans le sens de respect

héréditaire des règles sur lesquelles l'existence d'une société repose.

Avoir de la moralité, pour un peuple, c'est avoir certaines règles

fixes de conduite et ne pas s'en écarter. Ces règles variant avec les

temps et les pays, la morale semble par cela même chose très variable,

et elle l'est en effet ; mais pour un peuple donné, à un moment donné,

elle doit être tout à fait invariable. Fille du caractère, et nullement

de l'intelligence, elle n'est solidement constituée que lorsqu'elle est

devenue héréditaire, et, par conséquent, inconsciente. D'une façon

générale, c'est en grande partie du niveau de leur moralité que dépend

la grandeur des peuples.

Les qualités intellectuelles sont susceptibles d'être légèrement

modifiées par l'éducation ; celles du caractère échappent à peu près

entièrement à son action. Quand l'éducation agit sur elles, ce n'est

que chez les natures neutres, n'ayant qu'une volonté à peu près nulle,

et penchant aisément par conséquent vers le côté où elles sont

poussées. Ces natures neutres se rencontrent chez des individus, mais

bien rarement chez tout un peuple, ou, si on les y observe, ce n'est

qu'aux heures d'extrême décadence.

Les découvertes de l'intelligence se transmettent aisément d'un

peuple à l'autre. Les qualités du caractère ne sauraient se

transmettre. Ce sont les éléments fondamentaux irréductibles qui

permettent de différencier la constitution mentale des peuples

supérieurs. Les découvertes dues à l'intelligence sont le patrimoine

commun de l'humanité ; les qualités ou les défauts du caractère

constituent le patrimoine exclusif de chaque peuple. C'est le roc

invariable que la vague doit battre jour après jour pendant des siècles

avant d'arriver à pouvoir seulement en émousser les contours ; c'est

l'équivalent de l'élément irréductible de l'espèce , la nageoire du

poisson, le bec de l'oiseau, la dent du carnivore.

Le caractère d'un peuple et non son intelligence détermine son

évolution dans l'histoire et règle sa destinée. On le retrouve

toujours, derrière les fantaisies apparentes, de ce hasard très

impuissant, de cette providence très fictive, de ce destin très réel,

qui, suivant les diverses croyances, guide les actions des hommes.

Lois psychologiques de l'évolution des peuples · 第 1 / 12 段