30 janvier.--Étudié _l'Allemagne_ de Mme de Staël.

31 janvier.--Commencement d'une fièvre catarrhale: je suis sorti du lit,

bien souffrant, pour donner ma leçon de littérature--très mal. En

revenant je me suis remis au lit.

«Sa santé, dit à ce propos Eugène Rambert[21], pouvait l'empêcher

de faire son cours, mais non de le bien faire. À l'auditoire il

était toujours fort.»

3 février.--Visite de M. Chappuis[22]. Il me fait part de la demande

adressée à l'académie de transporter mes leçons dans un autre local.

Il est probable que cette demande était motivée par l'affluence du

public: on désirait une salle plus grande. Le cours, en effet, était

très suivi. Vinet attirait et retenait ses auditeurs et par ce qu'il

disait et par la manière dont il le disait. Les témoignages des

contemporains sont unanimes.

«Tous estiment, dit encore Rambert, que même ses plus belles et

plus authentiques leçons ne rendent pas sur le papier ce qu'elles

étaient à l'auditoire. Il n'a été entièrement connu que de ses

élèves. Nulle part la supériorité de sa riche nature ne s'est plus

complètement déployée que dans les leçons du professeur. Là, pourvu

de quelques notes tracées sur une carte, le maître commençait par

une exposition du sujet de la leçon. Peu à peu la voix de

l'orateur, toujours pénétrante, quoique un peu voilée au début,

reprenait toute sa puissance et tout son charme, et si, dans ses

improvisations, comme il arrivait le plus souvent, le professeur

rencontrait sur son chemin quelques-unes de ces grandes idées,

expression de tout son être, alors il se livrait sans réserve aux

mouvements de son âme[23]...»

Edmond de Pressensé dit de même:

«Après un commencement un peu laborieux, soudain saisi par sa

propre pensée dont la flamme rayonnait dans son regard, le

professeur s'animait; sa voix grave, sonore, au timbre éminemment

sympathique, prenait un accent ému, et ses idées toujours si

abondantes se déversaient sur son auditoire dans une forme colorée

et nuancée qui se prêtait à leur richesse... Rien ne peut donner

l'idée de la hauteur d'éloquence à laquelle Vinet s'élevait

parfois[24].»

On m'excusera de rapporter ces textes: ils sont à leur place dans la

préface d'un volume composé--en grande partie--de leçons.

Un encore: je lis dans la _Revue suisse_ de l'année 1844, à propos du

cours:

«M. Vinet traite de la littérature française au commencement de ce

siècle. C'est la première fois qu'il professe à Lausanne sur un

sujet purement littéraire. La profondeur des vues, la beauté de la

diction, l'esprit, la bonhomie et la grâce qui s'y joignent aux

traits éloquents, tout cela attire à ce cours les étudiants et le

public en foule[25].»

Suite de l'Agenda:

14 février.--Leçon (3e) sur l'_Allemagne_.

21 »--Achevé Madame de Staël.

4 mars.--Lettre de Madame de Staël.

(Il s'agit d'une lettre de Mme Auguste de Staël[26]. Vinet lui avait

envoyé les feuilles autographiées de son cours. Mme Auguste de Staël lui

écrit: «Je vous remercie de tout mon coeur des feuilles de votre

cours[27].»)

4 mars.--Leçon sur _Atala_.

6 id.--Première leçon sur le _Génie du Christianisme_.

20 id.--Seconde leçon sur les _Martyrs_.

26 id.--Achevé d'écrire mes deux dernières leçons de

littérature.

29 id.--J'ai donné ma dernière leçon de littérature

française.

5 avril.--Corrigé la deuxième épreuve de ma dernière leçon

pour la _Revue suisse_.

Il s'agit de la leçon sur la littérature de la Restauration (voir

"Conclusion: La littérature de la Restauration"). Elle se trouve dans le

tome septième de la _Revue suisse_, telle qu'elle figure dans

l'autographie, et telle qu'elle figure aussi dans le présent volume, à

l'exception du dernier paragraphe (celui où le professeur prend congé de

ses auditeurs). Sainte-Beuve lut cet article, où il était un peu

question de lui. Il écrivit aussitôt à Vinet:

«Je viens de lire dans la _Revue suisse_ votre discours sur

l'histoire littéraire de la Restauration; j'oublie que vous m'y

traitez trop bien, que vous m'y accordez trop d'attention; mais le

but élevé, final, ne manque jamais et l'on achève la dernière page

en regardant là haut[28].»

7 avril.--Corrigé l'épreuve de la leçon sur _Corinne_ pour le _Courrier

suisse_.

8 mai.--Achevé d'écrire mon cours précédent (de littérature) pour

l'autographie.

Études sur la Littérature française au XIXe siècle - Tome 1 Madame de Staël, Chateaubriand · 第 8 / 61 题