PRÉFACE

Ce premier volume des _Études_ d'Alexandre Vinet sur la _littérature

française au XIXe siècle_ reproduit, pour l'ensemble des matières qui y

sont contenues, le premier volume de l'édition de 1848 et de celle de

1857 qui n'est d'ailleurs qu'une réimpression. Les premiers éditeurs

avaient fort judicieusement réuni en un seul tome tout ce que Vinet

avait écrit ou publié sur deux auteurs dont les noms se présentent

toujours associés l'un à l'autre. Nous n'avions rien à modifier à un

plan qui continue à s'imposer. On trouvera donc ici le cours que Vinet

professa à l'Académie de Lausanne en 1844 sur Madame de Staël et

Chateaubriand, ainsi que les articles qu'il fit paraître de 1836 à 1844

sur divers ouvrages de Chateaubriand.

Pour l'établissement du texte nous avons comparé l'édition de nos

prédécesseurs avec les matériaux dont ils s'étaient eux-mêmes servis[1]

et nous avons rétabli le texte de Vinet dans son intégrité, partout où

l'on s'était écarté. C'est ainsi, par exemple, que nous avons complété

l'un des articles sur Chateaubriand où l'on avait fait une petite

coupure; c'est ainsi que nous avons restitué au cours sur Madame de

Staël quatre ou cinq mots et deux ou trois membres de phrase qui avaient

disparu. Au sujet de la petite coupure faite à l'un des articles sur

Chateaubriand nous n'avons pas grand'chose à dire; il s'agit d'une fin

de paragraphe que nos prédécesseurs avaient élaguée parce que, Vinet

ayant transporté dans son _cours_ une partie de cet article, la dite fin

de paragraphe ne se rattachait plus à rien. Nous l'avons recueillie en

note[2]. On verra qu'il valait la peine de la recueillir. Elle contient

en trois ou quatre lignes une profession de foi de Vinet critique. Pour

ce qui est des quatre ou cinq mots et des deux ou trois membres de

phrase du cours sur Madame de Staël, ils ont une histoire, et une

histoire intéressante. Nous la conterons tout à l'heure. Avant d'y

arriver il convient de rappeler brièvement dans quelles circonstances

Vinet fut amené à professer le cours sur Madame de Staël et

Chateaubriand, et à publier ses articles sur divers ouvrages de

Chateaubriand.

I

Il appartenait à l'Académie de Lausanne depuis le 1er novembre 1837 en

qualité de professeur de théologie pratique[3], lorsque, au commencement

de l'année 1844, son collègue de littérature française, Charles Monnard,

que des travaux historiques appelaient à Paris, lui demanda de le

suppléer jusqu'à Pâques. Vinet accepta. Ce ne fut sans doute pas sans

hésitation. Il était déjà très chargé; d'autre part sa santé n'était pas

brillante. Mais il aimait les lettres; il les avait longtemps enseignées

à Bâle; peut-être aussi n'était-il pas fâché «d'entrer en relations plus

directes avec les étudiants de la _Faculté des lettres et sciences_

jusqu'alors étrangers à ses cours[4].» Enfin, il trouverait sans doute

dans ses leçons la matière de quelques articles pour le _Semeur_ dont il

était le collaborateur depuis longtemps. Il accepta.

Il écrivait à M. Henri Lutteroth[5] le 13 janvier:

«Mon ami Monnard part ce soir pour Paris; vous le verrez sans doute

et je m'en réjouis. Je vous ai dit peut-être que je me suis chargé

d'une partie de sa tâche académique. J'ai commencé avec un grand

effroi et un grand plaisir, mais au milieu de vives souffrances qui

ont, cette fois, une persévérance inquiétante. Je m'occuperai

longuement de Madame de Staël et de M. de Chateaubriand. Le texte

(résumé) de mes leçons doit être autographié; je vous l'enverrai si

je trouve qu'il en vaille la peine[6].»

Nous avons dans l'_Agenda_[7] de 1844 quelques indications qui se

rapportent au cours de littérature et qui méritent d'être consignées

ici.

Tout d'abord l'_horaire_ du professeur:

Du mois de janvier au mois d'avril 1844:

Lundi à 4 heures: littérature française.

Mardi à 10 heures: catéchétique.

Mercredi à 8 heures: prédication[8].

à 4 heures: littérature française.

Jeudi à 8 heures: prédication.

à 10 heures: catéchétique.

Vendredi à 10 heures: philosophie du christianisme.

Samedi à 10 heures: lecture et récitation.

On voit que Vinet était un homme occupé.

Il écrivait le 1er mars à M. Passavant[9]:

«Le fait est que je suis très chargé: je ne puis pas dire, malgré

mes souffrances habituelles, que j'en aie trop pour mes forces; je

ne me sens pas affaissé, mais il faut traiter au pas de course les

plus grandes questions, brusquer les solutions, risquer le paradoxe

et l'hérésie...[10]»

L'hérésie est sans doute pour le cours de philosophie du christianisme,

et le paradoxe pour celui de littérature.

Revenons à l'Agenda:

7 janvier (dimanche).--Passé la journée à la maison; préparé mon

cours de demain (littérature).

Études sur la Littérature française au XIXe siècle - Tome 1 Madame de Staël, Chateaubriand · 第 5 / 61 题