LA RÉORGANISATION DES FORCES MILITAIRES DANS LES DEUX PAYS

Le projet de la loi des cadres réorganisant nos forces militaires a été,

ces derniers jours, discuté à la Chambre des députés qui, dans ses

séances des 10 et 20 décembre, a voté les articles portant modification

des cadres actuels de l'infanterie et de la cavalerie. Aux termes de la

loi nouvelle, nos troupes d'infanterie se composeront désormais de 173

régiments au lieu de 163. La récente organisation de la cavalerie, que

le Sénat ne tardera certes pas à adopter, porte le nombre de nos

régiments de 89 à 91, dont 81 en France, 10 en Afrique. Rappelons aussi

que notre artillerie a été réorganisée par la loi du 24 juillet 1909.

Toutes ces transformations, prochainement réalisées, ont été rendues

indispensables par la situation générale de l'Europe et la situation

particulière de l'Allemagne où la loi militaire votée par le Reichstag,

le 14 juin dernier, entraîne pour l'armée allemande les accroissements

les plus importants qu'on ait eus à enregistrer depuis 1870.

Si cette réorganisation et ces augmentations d'effectifs ont, à juste

titre, ému, chez nous, les milieux techniques et parlementaires, elles

ne sauraient non plus laisser indifférent le grand public que touchent

de si près toutes les questions intéressant notre défense nationale.

Aussi nous a-t-il paru opportun d'examiner ici les principales

dispositions de la loi allemande du 14 juin 1912,-et leurs conséquences

que résumeront et rendront sensibles les tableaux comparatifs intercalés

dans le texte.

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La loi du 14 juin fut, au lendemain de l'accord franco-allemand sur le

Maroc, votée par le Reichstag dans une courte séance d'une heure et

demie; seuls, les socialistes et les Polonais votèrent contre; les

Alsaciens-Lorrains s'abstinrent. Un mois à peine s'était écoulé depuis

le dépôt du projet, dont la réalisation comporte, pour l'armée et la

flotte, une dépense globale de 1.100 millions, échelonnée en grande

partie sur les années 1912-1917, bien que la majorité de ces

dispositions dussent être effectuées le 1er octobre 1912. C'était

sanctionner l'effort le plus considérable qui ait été consenti depuis la

guerre; le gouvernement, poussé par l'opinion, estimait en effet que des

nécessités politiques et militaires impérieuses exigeaient au plus tôt

un effort aussi inusité.

Suivant la formule bismarkienne, le peuple allemand veut avoir une armée

assez forte pour assurer son indépendance, au besoin sans le secours de

ses alliés; au moins aussi puissant que ses adversaires éventuels, il

s'efforce toujours de se réserver une supériorité marquée sur le théâtre

d'opérations principal. Depuis que l'opportunité de créations nouvelles

s'est fait si impérieusement sentir, dans quel sens la situation

militaire de l'Allemagne s'est-elle donc modifiée, alors que l'ancienne

organisation suffisait à faire face sur les Vosges et sur la Vistule?

On sait effectivement qu'au sein de la commission du Reichstag, il fut

déclaré que l'empire aurait désormais à lutter simultanément contre la

Russie en Pologne, contre la France et l'Angleterre sur la Meuse. Aussi,

comme le montrent les deux derniers tableaux de cette page, en 1915,

l'armée active mobilisée comptera environ 150.000 hommes de plus qu'en

1911, et, sur la Meuse, les grandes unités stratégiques seront de 3

corps d'armée supérieures à l'armée française. Or, le corps

expéditionnaire anglais, appelé à coopérer à une guerre continentale,

comporte précisément 6 divisions, soit 3 corps d'armée, à l'effectif de

153.000 hommes!

1° Créations nouvelles.--Les créations nouvelles, dont la plupart

devaient, être réalisées le 1er octobre 1912, comportent la formation

d'un état-major d'armée à Sarrebruck, de 2 corps d'armée, l'un en

Alsace, l'autre en Prusse orientale, de 2 divisions d'infanterie, 4

brigades d'artillerie, de 18 bataillons d'infanterie, 59 batteries, 4

bataillons de pionniers, 2 du train, 1 de troupes de chemin de fer, de

26 sections de projecteurs, de troupes d'aviation et de télégraphie sans

fil. Quand la loi nouvelle aura reçu son plein effet, la situation de

l'armée allemande sur le pied de paix, comparée à celle de l'armée

française sera telle que nous l'indique le tableau ci-contre.

2° _Renforcement des unités_.--L'accroissement incessant de la

population a permis de porter à 544.211 le nombre des recrues des

contingents sous les drapeaux, soit 0.838% de la population, proportion

restant encore au-dessous de la limite de contribution de 1% fixée par

la loi du 16 avril 1871. Cette mesure aura pour conséquence immédiate

d'augmenter le nombre de réservistes susceptibles d'entrer dans des

formations de campagne, ainsi que le montre le tableau ci-contre. Bien

qu'en Allemagne on se soit toujours efforcé d'entamer les hostilités

avec les troupes actives renforcées d'un minimum de réservistes, on

songe cependant à nous imiter et à constituer des divisions de réserve

comprenant toutes les armes. Les cadres disponibles pour les formations

de deuxième ligne et les dépôts communs aux régiments actifs et de

réserve ont été accrus. La situation en 1911 et 1915 pour les deux pays

est donnée par le tableau ci-dessous:

L'Illustration, No. 3645, 4 Janvier 1913 · 第 18 / 34 题