Où donc est l’unité de cet homme, en qui l’unité est si forte? On est
maître dans l’action, à la mesure où l’on est un. Nul n’en a l’instinct
plus que lui, le grand Punique.
Napoléon est L’HOMME DE LA VALEUR, en tout ordre, en tout lieu, en tout
temps.
Personne n’a connu comme lui la valeur de tout objet, de toute idée, et
de tout acte. Il est une prodigieuse machine à peser des valeurs, hommes
et événements. Peser, penser. Il place tout sur ses balances, et il n’a
que faire de ce qui ne s’y laisse pas placer. Il n’est pas
mathématicien: il est l’arithmétique incarnée. Au soir de Friedland,
vingt mille morts, soixante mille blessés, c’est lui qui dit: «Une nuit
de Paris réparera tout cela.» Il n’est pas aveugle, il n’est pas
insensible: il a vue sur ce charnier énorme; il en a la puanteur au nez.
On était en juin. Mais ni l’horreur, ni la tristesse, ni la
putréfaction, ni les cris des mourants ne l’occupent. Son affaire est
ailleurs: ayant considéré l’immense carnage, il l’a pesé; puis il l’a
compensé, selon les règles de son arithmétique, laquelle est sa justice.
Aussitôt qu’il pèse, il compense. Et non moins sûrement, il récompense.