2. Long morceau de fer armé de fortes et longues dents.

Les traits où le buffle est attelé sont figurés aux deux extrémités

de ce fer.

§ XXII.--Industrie.

L'industrie, à Manille, commence à sortir de ses langes; elle est

généralement exercée par les Indiens et par les Chinois. On trouve

parmi eux tous les corps de métiers nécessaires à la vie habituelle,

tels que tailleurs, cordonniers, ébénistes, charpentiers, forgerons,

maçons, etc., etc.

Depuis quelques années, on commence à introduire quelques machines à

vapeur; une de ces machines fait marcher une scierie mécanique située

dans les faubourgs. Il en est d'autres, dans les provinces, employées

aux grandes sucreries, comme à l'habitation de _Calatagan_. Cette

belle propriété appartient à don Mariano Roxas, homme éclairé, plein

d'instruction, qui, depuis plusieurs années, voyage utilement en Europe

pour étudier et envoyer aux Philippines, sa patrie, tout ce qui peut

y faire avancer l'industrie. Le progrès ne tarderait pas à prendre un

développement considérable, si l'Espagne possédait dans cette belle

colonie quelques hommes de la capacité et de la persévérance de celui

que je viens de nommer.

Plusieurs bateaux à vapeur naviguent sur les lacs et les rivières,

et dans la mer des _Bisayas_, où ils rendent d'immenses services au

commerce contre la piraterie des Malais. Ces redoutables pirates ne

peuvent plus lutter de vitesse contre la vapeur, avec leurs _pancos_

armés de deux ou trois rangs de rames, comme les anciennes galères,

tandis qu'ils échappaient facilement aux poursuites des bâtiments

à voiles.

L'industrie la plus considérable à Manille, celle qui occupe le

plus de bras, est sans contredit la fabrication des cigares et des

cigarettes. Le gouvernement a pris possession de la régie des tabacs,

et il emploie continuellement de 15 à 20,000 ouvriers des deux

sexes. Le commerce de Manille exporte des cigares pour des sommes

considérables dans l'Inde, l'Australie et l'Europe.

Après la fabrication des cigares viennent les grandes usines où

sont terrés les sucres exportés à l'étranger. Don Mariano Roxas

possède un des plus beaux établissements de ce genre; il y a ajouté

une distillerie où les appareils de Derosne et Cail produisent

journellement des quantités considérables d'excellent rhum. Par suite

d'un accord avec le gouvernement, le même M. Roxas a établi, il y a

peu de temps, vingt-cinq appareils sur divers points de l'archipel,

pour fournir à la régie des boissons les vins de _Nipa_, qui lui sont

nécessaires [61].

De jolies calèches, des voitures de luxe se fabriquent également

à Manille.

Il y a dans les environs plusieurs grandes briqueteries et fabriques

de poterie, ainsi que des corderies où se confectionnent, en _abaca_,

tous les cordages nécessaires à la navigation.

Presque tous les cuirs employés aux Philippines sont tannés et préparés

à Manille. Les Indiens ont un art particulier pour préparer les peaux

de tous les animaux quelconques: dans vingt-quatre heures ils tannent

une peau de boeuf ou de buffle, et la mettent en état d'être employée

dans l'industrie.

L'orfèvrerie et la bijouterie sont des branches d'industrie qui

laissent peu à désirer aux Philippines: des femmes fabriquent des

chaînes en or qui sont de véritables chefs-d'oeuvre de ciselure.

Manille et les provinces fournissent une grande quantité d'étoffes

en soie, en coton et en _abaca_, remarquables pour leur solidité,

leur finesse et la modicité de leur prix.

Les batistes, fabriquées avec les filaments que l'on retire

des feuilles de l'_anana_, sont d'une régularité et d'une finesse

auxquelles ne peuvent être comparés aucun de nos tissus d'Europe. Cette

fabrication est un travail de patience et qui exige beaucoup de temps:

la feuille de l'_anana_ n'a pas plus de deux pieds de longueur;

l'ouvrier en retire les fils, les choisit ensuite un par un, tous

de la même grosseur, les unit au moyen d'un noeud artistement fait,

puis les place sur le métier situé sous une tente dans une chambre

soigneusement fermée, précaution nécessaire afin que l'air ne puisse

pas casser les fils. Lorsque la toile est tissée, les milliers de

noeuds qui réunissaient les fils ont disparu, et l'étoffe, légère,

diaphane, est d'une régularité parfaite.

Il se fabrique aussi une grande quantité de chapeaux de paille

et de jolis étuis à cigares, qui sont généralement faits dans les

provinces. On ne s'imagine pas la patience et l'adresse dont il faut

que les Indiens soient doués, pour la confection de ces deux objets,

surtout pour les porte-cigares, qui sont souvent d'une si grande

finesse, qu'on en expédie en Europe dans une lettre. Les chapeaux,

comme les boîtes à cigares, sont faits avec de gros rotins dont la

première couche est enlevée, divisée et taillée en petits filaments

de la finesse qu'exige l'objet que l'on veut fabriquer.

Dans presque tous les villages on fait, avec les feuilles du

_pandanus_, de charmantes nattes sur lesquelles s'harmonisent mille

brillantes couleurs, que les Indiens obtiennent au moyen des plantes

colorantes recueillies dans les champs.

Ils fabriquent aussi, avec les feuilles du latanier, de grands

sacs. Ils servent à contenir et à expédier en Europe toutes les

denrées coloniales, et il s'en fait un important commerce.

On construit à Cavite et à Manille des embarcations de toutes les

dimensions: des chaloupes, des trois-mâts, des jonques chinoises et

des frégates de guerre; et, dans les provinces, de jolies pirogues

et de grosses embarcations de transport pour naviguer dans la baie,

sur les rivières et les lacs.

Enfin, dans quelques villages, les habitants s'occupent presque

exclusivement de l'éducation des canards pour faire le commerce des

oeufs. Ils ont un moyen de leur invention pour pratiquer l'oeuvre de

l'incubation. Cette industrie singulière, que j'ai étudiée avec soin,

me semble mériter une petite description:

Les habitants du bourg de _Payteros_, situé à l'entrée du lac, sur

un des bras du _Pasig_, se livrent particulièrement à l'éducation

des canards. Chaque propriétaire a un troupeau de 800 à 1,000 canes,

qui lui produisent chaque jour 800 à 1,000 oeufs, un par cane. Cette

grande fécondité est due à la nourriture qu'on leur donne.

Un seul Indien est chargé de pourvoir à la subsistance de tout le

troupeau. Il pêche tous les jours, dans le lac, une grande quantité

de petits coquillages; il les concasse et les jette dans la rivière,

dans un lieu circonscrit par des bambous flottants qui servent de

limite à son troupeau, et empêchent ses canards de se mêler à ceux

des voisins. Les canes vont au fond de l'eau chercher leur pâture;

et le soir, au premier son de cloche de l'_Angélus_, on les voit

sortir elles-mêmes de l'eau et se retirer dans une petite cabane,

pour y pondre les oeufs et y passer la nuit.

Après trois ans, la stérilité succède à cette grande fécondité,

et il faut alors renouveler complétement le troupeau. Ce n'est pas

l'opération la moins curieuse de cette industrie, qui rappelle les

fours des Égyptiens pour l'éclosion des oeufs. Cependant la méthode

des Indiens est toute différente; elle est de leur invention, comme

on va pouvoir en juger.

Quelques Indiens ont pour unique profession de faire éclore des oeufs;

c'est un métier qu'ils apprennent, comme ils apprendraient celui de

menuisier ou de charpentier; on pourrait les nommer des couveurs.

Près de la maison de celui qui a réclamé les soins d'un couveur,

dans un lieu choisi, bien abrité du vent et exposé toute la journée

au soleil, le couveur fait construire une petite cabane en paille,

de la forme d'une ruche; il n'y laisse qu'une petite ouverture,

celle absolument nécessaire pour s'introduire dans la ruche.

On lui confie mille oeufs, maximum qu'il puisse faire éclore en

une seule couvée, de mauvais chiffons et de la balle de riz séchée

au four. Il sépare ses oeufs de dix en dix, les renferme par dix

dans un chiffon avec une certaine quantité de balles. Après cette

première opération, il place une forte couche de balle au fond d'une

caisse en bois de cinq à six pieds de longueur sur trois de largeur,

ensuite une couche d'oeufs; et il continue en alternant, jusqu'à ce

qu'il ait logé les cent petits paquets. Il termine par une épaisse

couche de balle et une couverture.

Cette caisse doit lui servir de lit et la cabane de prison, pendant

tout le temps nécessaire à l'incubation.

On introduit tous les jours par l'ouverture, que l'on referme ensuite

avec soin, les aliments qui lui sont nécessaires.

Chaque trois ou quatre jours, il change ses oeufs de place; il met

en dessus ceux qui étaient en dessous.

Le dix-huitième ou le dix-neuvième jour, lorsqu'il croit que

l'incubation est à son dernier période, il pratique une petite

ouverture à sa cabane pour y laisser pénétrer un rayon de lumière;

il y présente quelques oeufs, les examine, et juge, au plus ou moins

de transparence, et à des signes que ceux qui exercent cette industrie

connaissent seuls, si l'incubation est complète.

Lorsqu'il en est ainsi, son travail est presque terminé; il n'a plus

de précautions à prendre. Il sort de la cabane, il retire ses oeufs

de la caisse, et il les casse un par un. Les petits canards, aussi

forts que s'ils étaient éclos sous leur mère, accourent immédiatement

à la rivière.

Le lendemain, l'Indien sépare soigneusement les mâles des femelles. Ces

dernières seulement sont conservées; les mâles sont rejetés.

Les huit premiers jours, on nourrit les jeunes canes avec de petits

papillons de nuit, qui voltigent le soir en si grande quantité, en

suivant le cours de la rivière, qu'il est facile de s'en procurer

autant qu'il est nécessaire. On leur donne ensuite des coquillages,

et, aussitôt qu'elles commencent à pondre, elles ne s'arrêtent plus

pendant trois ans.

On comprendra facilement que dans un climat brûlant comme celui des

Philippines, dans une cabane soigneusement fermée, exposée à un soleil

ardent, avec la présence continuelle d'un homme, il se produise et

se conserve une chaleur tout à fait convenable pour l'incubation

des oeufs. Aussi, ce qui est étrange dans cette méthode n'est pas le

résultat de l'incubation, mais que les Indiens aient pu apprécier et

trouver les moyens que la nature mettait à leur portée.

§ XXIII.--Commerce.

Le commerce des Philippines n'est point en rapport avec la

population, l'étendue et la richesse du sol. Il pourrait être bien

plus considérable si les Espagnols voulaient gouverner cette colonie

comme les Hollandais gouvernent Java, c'est-à-dire s'ils voulaient

placer la population indienne sous un joug oppresseur. Dans ce cas,

au lieu de n'avoir qu'une minime partie du sol en état de culture,

ils pourraient en avoir une étendue assez vaste pour approvisionner

la plus grande partie de l'Europe en denrées coloniales [62].

Mais, en fait de progrès, l'Espagne marche lentement; et aux

Philippines elle préfère le rôle de souverain indulgent, de maître

paternel et bienfaiteur, à celui de tyran et d'oppresseur.

L'Indien, qui n'a point d'ambition et pas de besoins, pour lequel

la richesse n'est pas le bonheur, se borne à labourer le morceau de

terre qui lui est strictement nécessaire pour suffire à sa frugale

existence, et se procurer des vêtements dont il se couvre plutôt par

luxe que par nécessité.

Lorsque l'on a habité parmi eux, on s'explique facilement le penchant

qu'ils doivent avoir à la paresse, ou plutôt à ne s'occuper que de

travaux à leur convenance.

Que l'on compare l'habitant des Philippines à la classe pauvre,

aux laboureurs de nos contrées civilisées; on ne pourra s'empêcher

de convenir que les premiers sont les privilégiés de la Providence,

tandis que les derniers en sont les déshérités.

Nos laboureurs acquièrent difficilement un morceau de terre. Lorsqu'ils

peuvent y parvenir, ils sont obligés de le fumer et le travailler

avec acharnement pour lui faire produire _au maximum_ dix-huit pour

un. Il leur faut en outre payer un impôt exorbitant, et toujours,

année de bonne ou de mauvaise récolte, il est impérieusement exigé.

Pour se nourrir d'aliments grossiers, notre laboureur est assujetti à

un travail pénible, continu, qui détruit avant l'âge sa santé et ses

forces; il souffre de l'intempérie des saisons, se couvre de vêtements

insuffisants qu'il ne peut pas renouveler selon les exigences d'une

bonne hygiène; enfin il habite des chaumières humides, froides,

fétides, où la clarté du jour ne pénètre souvent que par la porte

entrebâillée.

Aux Philippines, au contraire, le laboureur jouit d'un climat

tempéré, d'un printemps perpétuel. Il n'a pas besoin de vêtements

pour se couvrir. Il laboure son champ une ou deux fois, pour lui faire

produire quatre-vingts et cent pour un. Il habite des maisons commodes,

aérées, qu'il peut construire lui-même sans beaucoup de peine. Il se

procure facilement des aliments aussi bons, aussi sains que ceux du

riche. S'il veut changer ses pénates, il peut s'établir où bon lui

semble, prendre en terres l'étendue à sa convenance, sans qu'aucun

propriétaire puisse exiger de lui une redevance quelconque, et sans

que le fisc impitoyable, plus exigeant encore, vienne lui arracher

la meilleure part de son labeur.

S'il n'a pas ensemencé son champ, il peut emprunter à la forêt les

racines, les fruits et le gibier pour remplacer sa récolte; il peut

prendre à profusion, sans presque aucun travail, dans les lacs,

les rivières et sur les plages, d'excellents poissons.

Enfin, il jouit de toutes les aisances de la vie, d'une liberté

entière. Pourquoi travaillerait-il en vue d'acquérir d'inutiles

richesses, qui assurément, sous un ciel privilégié, ne donnent pas

le bonheur?

Le commerce maritime de Manille peut se diviser en trois classes:

le petit cabotage, le grand cabotage, le long cours.

Le petit cabotage est exclusivement fait par de petits navires et

des embarcations du pays, qui transportent sur tous les points de

l'archipel les marchandises apportées à Manille par les navires au

long cours, et y rapportent les produits agricoles et industriels

des provinces.

Le grand cabotage se fait généralement aussi par des navires du

pays. Ces navires, appartenant aujourd'hui à une compagnie, font le

commerce avec l'archipel de Jolo, les Moluques, Ternate, Manado,

Amboyne, Banda, les îles Pelew, Tongatabou, Batavia, Singapoor,

la Chine, et la Nouvelle-Hollande.

Le commerce des îles de Jolo, dont les habitants sont connus

par leur mauvaise foi, est généralement fait par les Chinois ou

par leur entremise. Malgré le danger de traiter avec des hommes

qui ne présentent aucune garantie de moralité, ce commerce est si

lucratif, que les négociants de Manille ne reculent pas à y envoyer

des navires richement chargés, mais avec la précaution d'embarquer

comme subrécargue un Chinois de Manille, ayant l'habitude des hommes

et du commerce de cet archipel. Généralement les Chinois font ces

expéditions pour leur compte et au risque des armateurs.

Voici les conditions ordinaires que les armateurs font avec les

Chinois qui veulent entreprendre ces voyages:

Pour l'affrétement d'un navire de 200 à 250 tonneaux, les Chinois

payent mensuellement à l'armateur de 6 à 700 piastres (3,000 à 3,500

francs.) En outre, l'armateur fait à l'affréteur chinois un prêt à la

grosse de 10 à 20,000 piastres (50 à 100,000 fr.) Au retour du navire,

il reçoit en marchandises la somme qu'il a avancée, plus l'intérêt

de 20 à 25 p. 100. Mais il perd tout si le navire périt.

Les objets d'importation à Jolo consistent en indiennes de qualités

inférieures, à fonds rouges, à grands ramages de couleurs vives et

éclatantes, en mousselines lisses et ouvrées, en percales, en étoffes

imitant les madras, nommées _cambayas_, à fonds rouges.

En produits des Philippines, on y importe du riz de première et de

seconde qualité, du tabac en feuille, des _bisayas_, de l'huile de

coco, et une infinité de petits articles de peu de valeur.

En produits du Bengale, on y importe les toiles que l'on nomme _cachas_

et _chitas_, des toiles en coton teintes en rouge, des toiles fines

en coton mêlé de fils d'or, des madras où le rouge domine, de l'opium

de Patna.

Les articles de Chine sont les nankins, des pièces de monnaie en cuivre

nommées _chapuas_, de la porcelaine commune, quelques étoffes de soie,

et des ustensiles de cuisine.

Les articles qui offrent le plus d'avantages sont le riz et les

pièces de nankin. Ces dernières sont reçues comme monnaie courante,

à raison d'une piastre (5 fr. 40 c.) la pièce, et elles ne coûtent

ordinairement à Manille que 33 piastres le cent.

Les monnaies courantes à Jolo sont les _chapuas_, pièces en cuivre

percées au milieu; les piastres espagnoles, et les roupies de l'Inde.

Les mois de juin et de juillet sont ceux de l'année où il se fait le

plus grand commerce à Jolo.

Il est utile d'apporter une grande circonspection dans les transactions

que l'on fait avec les naturels. Il faut cependant agir de manière à

ce qu'ils ne s'aperçoivent d'aucune méfiance; ils sont, bien que de

fort mauvaise foi, d'une grande susceptibilité.

Les retours se font en nids de _salanganes_, en écaille de la plus

belle qualité nommée _testudo imbricata_: le prix ordinaire de

cette écaille est de 1,000 à 1,100 piastres le _pécul_; en _balate_,

_holoturies_, nommées à Jolo _tripang_ et en Chine _bogshum_, espèce

de _zoophyte informe_, dont trente-six espèces différentes sont

connues; en ailerons de requin, dont la valeur en Chine est de 20 à

45 piastres le _pécul_; il faut à peu près cinq cents ailerons pour

faire un pécul. On exporte aussi de la nacre, dont le prix en Chine

est de 12 à 15 piastres le pécul. Généralement, les chargements se

complètent avec de l'or en poudre, des perles fines, et de la cire.

On emploie ordinairement de sept à huit mois pour un voyage complet

à Jolo et retour.

Les navires qui vont aux Moluques partent de Manille vers le mois

de décembre. Ils emportent les mêmes cargaisons que pour les îles

de Jolo, et en plus quelques articles de luxe pour les femmes et les

autorités supérieures.

Les retours se font en cacao, oiseaux de paradis, clous de girofle

et noix muscades.

Les Hollandais, qui possèdent ces îles, ont imposé des droits de

douanes considérables; mais, en revanche, on peut y négocier avec

toute sécurité.

Les navires de Manille font aussi le commerce avec l'archipel des îles

Pelew. Ils y apportent de grosses toiles, des perles en verroterie

de toutes couleurs, des couteaux un peu plus grands que les couteaux

de table, et toute espèce de vieux fers.

En retour, ils chargent du _balate-trépang_, de l'écaille, de la nacre.

Il se fait aussi quelques expéditions pour les îles _Tongatabou_,

lieu du naufrage du capitaine Lafond de Lurcy, qui avait entrepris

une spéculation du même genre.

Batavia et Singapoor sont les deux points dans l'Inde où le commerce

de Manille a pris le plus de développement.

On exporte de Manille à Java des cigares, des _guinaras_, étoffes

fabriquées avec l'_abaca_, du _sibucao_ ou _sapan_, des cordages en

_abaca_, et du rhum.

On exporte de Manille à Singapoor du sucre, de l'indigo, du bois de

sapan, de l'abaca, des cordages en _abaca_, des chapeaux de paille,

des boîtes à cigares, de l'huile de coco, du rhum, des os, et une

grande quantité de cigares.

Les navires espagnols qui arrivent d'en deçà ou d'en delà du cap de

Bonne-Espérance jouissent d'un privilége de 7 p. % sur les navires

étrangers, pour les droits de douane dus à l'entrée de Manille. Il

en résulte que la plus grande partie des marchandises d'Europe,

d'Asie et d'Afrique sont déposées à Singapoor, et chargées, dans ce

port, sur des navires espagnols immatriculés au port de Manille. Les

principales marchandises qu'ils embarquent sont des fers anglais

et de Suède, des aciers, du cuivre laminé, des toiles à voiles,

des cordages de chanvre, des ancres, des chaînes pour navires, de

la peinture, de l'huile de lin, de la cire, du poivre, des clous

de girofle, et toute espèce de tissus en lin, en coton, en laine,

en soie, de tous les pays de l'Europe.

Le commerce de Singapoor avec Manille était, en 1842, d'une importance

de 36,000 tonnes. Tout l'avantage est pour Singapoor, qui encombre

Manille de marchandises d'Europe.

Bombay trafique également avec le port de Manille, et y envoie, en

lest, ses grands navires nommés _enchimanès_, pour y charger du sucre.

Manille fait aussi un assez grand commerce avec l'Australie; elle

fournit à Sydney une grande quantité de sucres de qualité inférieure,

du tabac, des cigares, des chapeaux de paille, des bois de sapan,

des cordages d'abaca, des nattes.

Une des branches les plus importantes du commerce de Manille, est celui

qu'elle fait avec la Chine. Les objets d'exportation des Philippines

pour les ports du Céleste Empire sont: les riz pilés et non pilés,

le bois de sapan, le sucre brut, l'huile de coco, l'indigo liquide

nommé à Manille _tintarron_, les trépangs, les _taclovos_, mollusques

desséchés du _tridas_; des nids d'oiseaux, des ailerons de requin,

de l'ébène, des nerfs et des peaux de cerf; des cuirs verts de boeufs,

de buffles et de chevaux; du coton, de l'or en poudre, de l'écaille,

de la nacre, des perles fines, des piastres à colonnes d'Espagne, de

la viande boucanée de buffle et de cerf, des poissons salés ou séchés

ou sous forme d'anchois, et mille autres objets de peu d'importance.

Des ports de la Chine, les navires apportent à Manille: des caisses

de cannelle, de thé, des nankins, du vermillon, des étoffes en

soie de divers genres, des crêpes de Chine, du papier pour écrire

et pour cigarettes, de la porcelaine, des percales, des parasols,

des chaudières et des ustensiles de cuisine en fonte, du cuivre ouvré

sous diverses formes, des fruits secs, de l'or en feuilles.

Le mouvement maritime entre Manille et la Chine a été, en 1842,

de plus du tiers de toute la navigation du port.

J'emprunte au dictionnaire historique et géographique publié à Manille

en 1851, un simple aperçu qui démontre que le commerce de Manille,

avec l'Europe, est bien au-dessous de celui de bien d'autres pays

moins riches, moins peuplés, et dont la position géographique est

moins favorable.

Les marchandises que les navires espagnols exportent de la Péninsule

aux Philippines consistent en: vins rouges de Catalogne, vins doux

de Malaga, de Xerès et de San-Lucar; quelques vins généreux et des

liqueurs en bouteilles; eaux-de-vie anisées, dont il se fait une grande

consommation; papiers, cartes à jouer; comestibles, tels que jambons,

fromages, saucissons de Galice, etc.; huile d'olive, _garbansos_

(pois chiches), et olives.

Les marchandises importées par les navires étrangers, et dont le débit

est facile, sont: les fers, les aciers, l'huile d'olive, la parfumerie,

les toiles de coton, percales, madapolams, _cambayas_, les indiennes,

les mousselines, les articles de nouveautés, les soieries de luxe,

les toiles de lin, les batistes, les goudrons, les vins de diverses

qualités, particulièrement ceux de Bordeaux et de Champagne, les

eaux-de-vie et les liqueurs, les charbons de terre, la carrosserie, le

cuivre laminé, le zinc, les comestibles, les conserves, les cristaux,

la faïence, les pianos, les savons, les cordages en chanvre, les

toiles à voile, le savon de toilette, l'orfévrerie, l'horlogerie,

les livres, les étoffes en laine, les médicaments, les meubles,

l'opium, l'or et l'argent monnayés, les parapluies, les ombrelles,

la chapellerie, les dentelles, les tulles, la peinture, le plomb,

la quincaillerie, les effets confectionnés, et la bière en bouteilles.

Les marchandises exportées annuellement des Philippines, par les

navires de diverses nations européennes, sont: l'_abaca_ (soie

végétale), l'huile de coco, les cotons, l'indigo, le riz, les sucres

terrés et bruts, les rotins, la gomme élémi, le café, les _guinaras_,

étoffes d'_abaca_, les _mendrinaquès_, étoffes également en _abaca_,

_les petites crevettes desséchées_, les cuirs de buffles, de boeufs

et de cerfs, les bois de construction, les _mongos_ (_espèce de

lentilles_), l'or en poudre, les nattes, le sel marin, les bois de

teinture, les chapeaux de paille, les boîtes à cigares, les tabacs

en feuilles et fabriqués en cigares, les nerfs de cerfs, l'écaille,

la nacre, les perles, les viandes boucanées de buffle et de cerf,

les poissons salés et séchés.

Le tableau suivant indique le mouvement commercial de Manille, en 1841,

avec les diverses nations.

Nations. Valeur des marchandises Total.

Importées à Exportées de

Manille. Manille.

Réaux de Réaux de Réaux de

veillon. veillon. veillon.

Angleterre. 33,949,200 20,643,500 54,592,700

États-Unis. 15,815,600 22,678,400 38,494,000

Espagne. 3,800,000 18,008,200 21,808,200

Chine. 8,360,000 12,522,900 20,882,900

Indes Orientales. 1,637,800 6,532,200 8,170,000

Australie (Sydney). 307,800 4,164,800 4,472,600

France 729,600 2,850,000 3,579,600

Aventures d'un Gentilhomme Breton aux îles Philippines · 第 48 / 73 题