Il y a quelques jours, le 29 mai dernier, vers 7 h. 15 du matin, une
formidable explosion anéantissait plusieurs des bâtiments de l'usine de
dynamite de Paulilles, à 3 kilomètres de Port-Vendres, et faisait de
nombreuses victimes, dont six morts et une vingtaine de blessés.
Une première explosion, dont les causes n'ont encore pu être nettement
établies, s'est produite dans la dynamiterie proprement dite, â
l'atelier où l'on traite la glycérine à l'aide des acides afin de la
nitrer. Elle fut suivie de plusieurs autres, qui firent sauter
successivement les ateliers de filtrage et de pétrissage.
Ces détonations étaient entendues à 30 kilomètres à la ronde, tandis que
les alentours étaient ravagés par une véritable pluie de mitraille.
Parmi les malheureux ouvriers qui n'avaient pas eu le temps de fuir,
plusieurs furent littéralement déchiquetés. L'agent de l'État, M.
Jouvena, qui se trouvait dans la partie sinistrée, fut découvert dans
les décombres, parmi les morts.
Les premiers secours avaient été organisés par le personnel de l'usine,
dont les autres bâtiments, très espacés, n'ont pas souffert, par des
habitants de Port-Vendres, ayant à leur tête le maire, et par les
infirmiers de la 16e section, casernée à Port-Vendres. Longtemps flotta
au-dessus des bâtiments sinistrés un panache de fumée noire dont la
photographie, prise aussitôt après l'explosion, à bord du vapeur Roland,
du laboratoire zoologique de Banyuls, par M. Albert Valat, et
communiquée par M. Jean Arlaud, nous donne l'immédiate vision.
[Illustration: L'explosion de la dynamiterie de Paulilles, vue de la
mer. _Phot. prise à bord du yacht_ Roland _devant Port-Vendres_.]