L'ALCOOL DE SCIURE DE BOIS.

On sait que, depuis quelque temps, le cours de l'essence de pétrole a

atteint les hauteurs inconnues et que les autres carburants se sont

empressés d'imiter ce fâcheux exemple. Pour les propriétaires de

voitures de luxe, il n'y a là qu'un incident plus ou moins désagréable,

mais pour les entrepreneurs de transports en commun, pour les

industriels qui utilisent couramment les camions automobiles et, par

ricochet, pour les constructeurs de ces divers véhicules, il s'agit

presque d'une question de vie ou de mort. On voit, dans ces conditions,

quel intérêt peut présenter la découverte de nouveaux carburants ou la

production économique des carburants actuels. Or, il existe un

combustible qui a sur l'essence cette même supériorité d'être un produit

national et il semble que, grâce à des procédés nouveaux, ce produit

puisse être obtenu à des prix défiant toute concurrence.

Ce combustible n'est autre que l'alcool, _alcool éthylique_, ou alcool

de bouche.

La source à peu près unique de l'alcool est la fermentation de liquides

sucrés sous l'action de la levure. Or, les divers sucres proviennent

soit directement des végétaux, soit indirectement de la transformation

des matières amylacées.

La première condition pour obtenir de l'alcool à bon marché est par

suite de fabriquer le sucre au prix le plus bas possible, avec des

matières de prix minime. Or, depuis quelques années, on s'est mis à

fabriquer le sucre, c'est-à-dire l'alcool, en utilisant soit les résidus

des fabriques de pâtes de bois, soit la sciure de bois elle-même.

Dans la fabrication de la pâte à papier au sulfite, chaque tonne de bois

laisse comme résidu dix tonnes de lessives contenant environ la moitié

du bois traité et renfermant assez de sucre pour produire 70 à 80 litres

d'alcool. Il suffit de neutraliser le liquide à la chaux, de le faire

fermenter trois ou quatre jours et de distiller. On obtient ainsi un

alcool impur, impropre à la consommation et qui n'en est que meilleur au

point de vue industriel, car il se trouve dénaturé _automatiquement_ par

la proportion assez élevée de méthylène qu'il renferme. Le méthylène (ou

_alcool de bois_) est, en effet, le dénaturant actuel adopté par l'État.

Les usines suédoises qui utilisent ce procédé de fabrication depuis

environ quatre ans peuvent fournir annuellement 300.000 hectolitres

d'alcool (chiffre qui dépasse la consommation intérieure). Le prix de

revient est d'environ 10 francs pour l'hectolitre d'alcool à 90 degrés.

Dans le second procédé de fabrication utilisé surtout aux États-Unis et

introduit depuis peu en France, on emploie exclusivement la sciure de

bois traitée à chaud par les acides. Or, une tonne de sciure de bois qui

peut fournir 90 litres d'alcool ne coûte guère que 2 francs à 2 fr. 50

dans les pays où il existe des scieries mécaniques. Le coût de la

fabrication proprement dite étant sensiblement équivalent à celui de la

fabrication de l'alcool de grains, la différence des prix de l'alcool

résultera de la différence des prix de la matière première (sciure de

bois ou blé indien). On voit quelle peut être, au point de vue

économique, la supériorité de l'alcool de sciure de bois, étant donné

surtout que cet alcool est en quelque sorte dénaturé de naissance.

L'Illustration, No. 3667, 7 Juin 1913 · 第 34 / 41 题