Depuis quelques années, grâce à l'activité toujours en éveil du
professeur Boule, la galerie de paléontologie du Muséum s'est enrichie
d'un certain nombre de pièces remarquables, choisies avec un tel
discernement qu'elles présentent un puissant intérêt même pour les
personnes peu familiarisées avec les évolutions de la faune
préhistorique. Le nouveau fossile qu'on vient d'exposer à côté du fameux
Diplodocus est, dans son genre, tout aussi curieux que ce dernier.
Il appartient au même groupe de Dinosauriens qui, à une époque fort
reculée, étaient, par les dimensions, sinon par l'intelligence, les rois
des animaux, et auprès de qui les Mammifères actuels paraissent de
petites bêtes. Mais, tandis que le Diplodocus a une tête minuscule
comparativement à la hauteur des jambes et à la longueur démesurée du
cou et de la queue, la forme plus ramassée du Triceratops rappelle
vaguement la silhouette du rhinocéros, et l'ensemble du crâne présente
un développement exceptionnel (2 m. 20 pour l'exemplaire du Muséum).
Il faut remarquer toutefois que le museau, les cornes, et surtout la
collerette postérieure ont une importance énorme; la boîte cérébrale est
très minime.
La reconstitution faite par M. Knight, sous la direction de M. Osborn,
conservateur du musée de New-York, où figure un squelette complet,
montre l'allure de cet animal curieux qui mesurait environ 6 mètres de
longueur.
[Illustration: Le Triceratops, Dinosaurien préhistorique reconstitué
d'après un squelette du musée de New-York (grandeur naturelle: environ 6
mètres de longueur).]
Notre fossile arrive d'Amérique. Il fut découvert dans les régions
dénudées du Wyoming, où les découpures fantastiques, de roches
versicolores, profondément ravinées, attestent de grands bouleversements
géologiques. Il reposait dans le terrain appelé Laramie fin, qui
appartient à la fin de l'ère secondaire.
M. Boule l'avait commandé, il y a dix ans, au grand «chasseur de
fossiles», M. Sternberg, qui explore le sous-sol du nouveau continent
pour le compte des grands musées d'Amérique. L'exemplaire de Paris est
plus beau que celui acquis, il y a six ans, par le British Muséum.