Comme j'allais franchir le seuil, je me sentis empoigné tout à
coup en pleine poitrine par une main vigoureuse; en même temps
quelqu'un criait:
-- Qui es-tu? Ami ou ennemi? Réponds!
-- C'est un des nôtres, un des nôtres! fit la voix glapissante de
Lipoutine, -- c'est M. G...ff, un jeune homme qui a fait des
études classiques et qui est en relation avec la plus haute
société.
-- J'aime qu'on soit en relation avec la société... classique...
par conséquent très instruit... le capitaine en retraite Ignace
Lébiadkine, à la disposition du monde et des amis... s'ils sont
vrais, les coquins!
Le capitaine Lébiadkine, dont la taille mesurait deux archines dix
verchoks[5], était un gros homme à la tête crépue et au visage
rouge; en ce moment, il était tellement ivre qu'il avait peine à
se tenir sur ses jambes et parlait avec beaucoup de difficulté. Du
reste, j'avais déjà eu auparavant l'occasion de l'apercevoir de
loin.
-- Ah! encore celui-ci! vociféra-t-il de nouveau à la vue de
Kiriloff qui était encore là avec sa lanterne; il leva le poing,
mais s'en tint à ce geste.
-- Je pardonne en considération du savoir! Ignace Lébiadkine est
un homme cultivé...
_L'obus d'un amour aussi brûlant que fol_
_Avait éclaté dans le coeur d'Ignace,_
_Et tristement séchait sur place_
_Le manchot de Sébastopol._
-- À la vérité, je n'ai pas été à Sébastopol et je ne suis même
pas manchot, mais quels vers! dit-il en avançant vers moi sa
trogne enluminée.
-- Il n'a pas le temps, il est pressé, il faut qu'il rentre chez
lui, fit observer Lipoutine au capitaine, -- demain il dira cela à
Élisabeth Nikolaïevna.
-- À Élisabeth!... reprit Lébiadkine, -- attends, ne t'en va pas!
Variante:
_Passe au trot d'un cheval fringant_
_Une étoile que l'on admire;_
_Elle m'adresse un doux sourire,_
_L'a-ris-to-cra-tique enfant._
_«À une étoile-amazone.»_
-- Mais, voyons, c'est un hymne! C'est un hymne, si tu n'es pas un
âne! Ils ne comprennent rien! Attends! fit-il en se cramponnant à
mon paletot malgré mes efforts pour me dégager, -- dis-lui que je
suis un chevalier d'honneur, mais que Dachka... Dachka, avec mes
deux doigts je la... c'est une serve, et elle n'osera pas...
Grâce à une violente secousse qui le jeta par terre, je réussis à
m'arracher de ses mains et je m'élançai dans la rue. Lipoutine
s'accrocha à moi.
-- Alexis Nilitch le relèvera. Savez-vous ce que le capitaine
Lébiadkine vient de m'apprendre? me dit-il précipitamment, -- vous
avez entendu ses vers? Eh bien, cette même poésie dédiée à une
«étoile-amazone», il l'a signée, mise sous enveloppe, et demain il
l'enverra à Élisabeth Nikolaïevna. Quel homme!
-- Je parierais qu'il a fait cela à votre instigation.
-- Vous perdriez! répondit en riant Lipoutine, -- il est amoureux
comme un matou. Et figurez-vous que cette passion a commencé par
la haine. D'abord il détestait Élisabeth Nikolaïevna parce qu'elle
s'adonne à l'équitation; il la haïssait au point de l'invectiver à
haute voix dans la rue; avant-hier encore, au moment où elle
passait à cheval, il lui a lancé une bordée d'injures; -- par
bonheur, elle ne les a pas entendues, et tout à coup aujourd'hui
des vers! Savez-vous qu'il veut risquer une demande en mariage?
Sérieusement, sérieusement!
-- Je vous admire, Lipoutine: partout où se manigance quelque
vilenie de ce genre, on est sûr de retrouver votre main! dis-je
avec colère.
-- Vous allez un peu loin, monsieur G...ff; n'est-ce pas la peur
d'un rival qui agite votre petit coeur?
-- Quoi? criai-je en m'arrêtant.
-- Pour vous punir, je ne dirai rien de plus! Vous voudriez bien
en apprendre davantage, n'est-ce pas? Allons, sachez encore une
chose: cet imbécile n'est plus maintenant un simple capitaine,
mais un propriétaire de notre province, et même un propriétaire
assez important, attendu que dernièrement, Nicolas Vsévolodovitch
lui a vendu tout son bien évalué, suivant l'ancienne estimation, à
deux cents âmes. Dieu est témoin que je ne vous mens pas! J'ai eu
tout à l'heure seulement connaissance du fait, mais je le tiens de
très bonne source. Maintenant à vous de découvrir le reste, je
n'ajoute plus un mot; au revoir!
X
Stépan Trophimovitch m'attendait avec une impatience
extraordinaire. Il était de retour depuis une heure. Je le trouvai
comme en état d'ivresse; du moins pendant les cinq premières
minutes je le crus ivre. Hélas! sa visite aux dames Drozdoff
l'avait mis sens dessus dessous.
-- Mon ami, j'ai complètement perdu le fil... J'aime Lisa et je
continue à vénérer cet ange comme autrefois; mais il me semble
qu'elle et sa mère désiraient me voir uniquement pour me faire
parler, c'est-à-dire pour m'extirper des renseignements; je pense
qu'elles n'avaient pas d'autre but en m'invitant à aller chez
elles... C'est ainsi.
-- Comment n'êtes-vous pas honteux de dire cela? répliquai-je
violemment.
-- Mon ami, je suis maintenant tout seul. Enfin, c'est ridicule.
Figurez-vous qu'il y a là tout un monde de mystères. Ce qu'elles
m'ont questionné à propos de ces nez, de ces oreilles et de divers
incidents obscurs survenus à Pétersbourg! Elles n'ont appris que
depuis leur arrivée dans notre ville les farces que Nicolas a
faites chez nous il y a quatre ans: «Vous étiez ici, vous l'avez
vu, est-il vrai qu'il soit fou?» Je ne comprends pas d'où cette
idée leur est venue. Pourquoi Prascovie Ivanovna veut-elle
absolument que Nicolas soit fou? C'est qu'elle y tient, cette
femme, elle y tient! Ce Maurice Nikolaïévitch est un brave homme
tout de même, mais est-ce qu'elle travaillerait pour lui, après
qu'elle-même a écrit la première de Paris à cette pauvre amie?...
Enfin cette Prascovie est un type, elle me rappelle Korobotchka,
l'inoubliable création de Gogol; seulement c'est une Korobotchka
en grand, en beaucoup plus grand...
-- Allons donc, est-ce possible?
-- Si vous voulez, je dirai: en plus petit, cela m'est égal, mais
ne m'interrompez pas, vous achèveriez de me dérouter. Elles sont
maintenant à couteaux tirés; je ne parle pas de Lise qui est
toujours fort bien avec «tante», comme elle dit. Lise est une
rusée, et il y a encore quelque chose là. Des secrets. Mais avec
la vieille la rupture est complète. Cette pauvre «tante», il est
vrai, tyrannise tout le monde... et puis la gouvernante,
l'irrévérence de la société, l'»irrévérence» de Karmazinoff,
l'idée que son fils est peut-être fou, ce Lipoutine, ce que je ne
comprends pas, -- bref, elle a dû, dit-on, s'appliquer sur la tête
une compresse imbibée de vinaigre. Et c'est alors que nous venons
l'assassiner de nos plaintes et de nos lettres... Oh! combien je
l'ai fait souffrir, et dans quel moment! Je suis un ingrat!
Imaginez-vous qu'en rentrant j'ai trouvé une lettre d'elle, lisez,
lisez! Oh! quelle a été mon ingratitude!
Il me tendit la lettre qu'il venait de recevoir de Barbara
Pétrovna. La générale, regrettant sans doute son: «Restez chez
vous» du matin, avait cette fois écrit un billet poli, mais
néanmoins ferme et laconique. Elle priait Stépan Trophimovitch de
venir chez elle après-demain dimanche à midi précis, et lui
conseillait d'amener avec lui quelqu'un de ses amis (mon nom était
mis entre parenthèses). De son côté elle promettait d'inviter
Chatoff, comme frère de Daria Pavlovna. «Vous pourrez recevoir
d'elle une réponse définitive: cela vous suffira-t-il? Est-ce
cette formalité que vous aviez tant à coeur?»
-- Remarquez l'agacement qui perce dans la phrase finale. Pauvre,
pauvre amie de toute ma vie! J'avoue que cette décision
_inopinée_ de mon sort m'a, pour ainsi dire, écrasé...
Jusqu'alors j'espérais toujours, mais maintenant tout est dit, je
sais que c'est fini; c'est terrible. Oh! si ce dimanche pouvait ne
pas arriver, si les choses pouvaient suivre leur train-train
accoutumé...
-- Tous ces ignobles commérages de Lipoutine vous ont mis l'esprit
à l'envers.
-- Vous venez de poser votre doigt d'ami sur un autre endroit
douloureux. Ces doigts d'amis sont en général impitoyables, et
parfois insensés; pardon, mais, le croirez-vous? J'avais presque
oublié tout cela, toutes ces vilenies; c'est-à-dire que je ne les
avais pas oubliées du tout, seulement, bête comme je le suis,
pendant tout le temps de ma visite chez Lise, j'ai tâché d'être
heureux et je me suis persuadé que je l'étais. Mais maintenant...
oh! maintenant je songe à cette femme magnanime, humaine,
indulgente pour mes misérables défauts, -- je me trompe, elle
n'est pas indulgente du tout, mais moi-même, que suis-je avec mon
vain et détestable caractère? Un gamin, un être qui a tout
l'égoïsme d'un enfant sans en avoir l'innocence. Pendant vingt ans
elle a eu soin de moi comme une niania, cette pauvre tante, ainsi
que l'appelle gracieusement Lise... Tout à coup, au bout de vingt
ans, l'enfant a voulu se marier: eh bien, va, marie-toi. Il écrit,
elle répond -- avec sa tête dans le vinaigre, et... et voilà que
dimanche l'enfant sera un homme marié... Pourquoi moi-même ai-je
insisté? Pourquoi ai-je écrit ces lettres? Oui, j'oubliais: Lise
adore Daria Pavlovna, elle l'assure du moins. «C'est un ange, dit-
elle en parlant d'elle, seulement elle est un peu dissimulée.»
Elle et sa mère m'ont conseillé... c'est-à-dire que Prascovie ne
m'a rien conseillé. Oh! que de venin il y a dans cette
Korobotchka! Et même Lise, ce n'est pas précisément un conseil
qu'elle m'a donné. «À quoi bon vous marier? m'a-t-elle dit, c'est
assez pour vous des joies de la science.» Là-dessus elle s'est
mise à rire. Je le lui ai pardonné, parce qu'elle a aussi sa
grosse part de chagrin. Pourtant, m'ont-elles dit, vous ne pouvez
pas vous passer de femme. Les infirmités vont venir, il vous faut
quelqu'un qui s'occupe de votre santé... Ma foi, moi-même, tout le
temps que je suis resté enfermé avec vous, je me disais _in
petto_ que la Providence m'envoyait Daria Pavlovna au déclin de
mes jours orageux, qu'elle s'occuperait de ma santé, qu'elle
mettrait de l'ordre dans mon ménage... Il fait si sale chez moi!
regardez, tout est en déroute, tantôt j'ai ordonné de ranger, eh
bien, voilà encore un livre qui traîne sur le plancher. La pauvre
amie se fâchait toujours en voyant la malpropreté de mon
logement... Oh! maintenant sa voix ne se fera plus entendre! Vingt
ans! Elle reçoit, paraît-il, des lettres anonymes; figurez-vous,
Nicolas aurait vendu son bien à Lébiadkine. C'est un monstre; et
enfin qu'est-ce que c'est que Lébiadkine? Lise écoute, écoute, oh!
il faut la voir écouter! Je lui ai pardonné son rire en remarquant
quelle attention elle prêtait à cela, et ce Maurice... je ne
voudrais pas être à sa place en ce moment; c'est un brave homme
tout de même, mais un peu timide; du reste, que Dieu l'assiste!
La fatigue l'obligea à s'arrêter, d'ailleurs ses idées se
troublaient de plus en plus; il baissa la tête, et, immobile, se
mit à regarder le plancher d'un air las. Je profitai de son
silence pour raconter ma visite à la maison Philippoff; à ce
propos, j'émis froidement l'opinion qu'en effet la soeur de
Lébiadkine (que je n'avais pas vue) pouvait avoir été victime de
Nicolas, à l'époque où celui-ci menait, suivant l'expression de
Lipoutine, une existence énigmatique; dès lors, il était fort
possible que Lébiadkine reçût de l'argent de Nicolas, mais c'était
tout. Quant aux racontars concernant Daria Pavlovna, je les
traitai de viles calomnies, en m'autorisant du témoignage d'Alexis
Nilitch, dont il n'y avait pas lieu de mettre en doute la
véracité. Stépan Trophimovitch m'écouta d'un air distrait, comme
si la chose ne l'eût aucunement intéressé. Je lui fis part aussi
de ma conversation avec Kiriloff, et j'ajoutai que ce dernier
était peut-être fou.
-- Il n'est pas fou, mais c'est un homme à idées courtes, --
répondit-il avec une sorte d'ennui. Ces gens-là supposent la
nature et la société humaine autres que Dieu ne les a faites, et
qu'elles ne sont réellement. On coquette avec eux, mais du moins
ce n'est pas Stépan Trophimovitch. Je les ai vus dans le temps à
Pétersbourg, avec cette chère amie (oh! combien je l'ai offensée
alors!), et je n'ai eu peur ni de leurs injures, ni même de leurs
éloges. Je ne les crains pas davantage maintenant, mais parlons
d'autre chose... Je crois que j'ai fait de terribles sottises;
imaginez-vous que j'ai écrit hier à Daria Pavlovna, et... combien
je m'en repens!
-- Qu'est-ce que vous lui avez donc écrit?
-- Oh! mon ami, soyez sûr que j'ai obéi à un sentiment très noble.
Je l'ai informée que j'avais écrit cinq jours auparavant à
Nicolas; la délicatesse m'avait aussi inspiré cette démarche.
-- À présent, je comprends, fis-je avec véhémence, -- de quel
droit vous êtes-vous permis de les mettre ainsi tous les deux sur
la sellette?
-- Mais, mon cher, n'achevez pas de m'écraser, épargnez-moi vos
cris; je suis déjà aplati comme... comme une blatte, et enfin je
trouve que ma conduite a été pleine de noblesse. Supposez qu'il y
ait eu en effet quelque chose... en Suisse... ou un commencement.
Je dois, au préalable, interroger leurs coeurs, pour... enfin,
pour ne pas me jeter à la traverse de leurs amours, pour ne pas
être un obstacle sur leur chemin... Tout ce que j'en ai fait, ç'a
été par noblesse d'âme.
-- Oh! mon Dieu, que vous avez agi bêtement! ne pus-je m'empêcher
de m'écrier.
-- Bêtement! bêtement! répéta-t-il avec une sorte de jouissance;
jamais vous n'avez rien dit de plus sage, c'était bête, mais que
faire? tout est dit. De toute façon, je me marie, dussé-je épouser
les «péchés d'autrui», dès lors quel besoin avais-je d'écrire?
N'est-il pas vrai?
-- Vous revenez encore là-dessus!
-- Oh! à présent faites-moi grâce de vos reproches, vous n'avez
plus maintenant devant vous l'ancien Stépan Verkhovensky; celui-là
est enterré; enfin tout est dit. D'ailleurs, pourquoi criez-vous?
Uniquement parce que vous-même ne vous mariez pas, et que vous
n'êtes point dans le cas de porter sur la tête certain ornement.
Vous froncez encore le sourcil? Mon pauvre ami, vous ne connaissez
pas la femme, et moi je n'ai fait que l'étudier. «Si tu veux
vaincre le monde, commence par te vaincre», c'est la seule belle
parole qu'ait jamais dite un autre romantique comme vous, Chatoff,
mon futur beau-frère. Je lui emprunte volontiers son aphorisme. Eh
bien, voilà, je suis prêt à me vaincre, je vais me marier, et
pourtant je ne vois pas quelle espèce de victoire je remporterai,
sans même parler de celle sur le monde! Ô mon ami, le mariage,
c'est la mort morale de toute âme fière, de toute indépendance. La
vie conjugale me pervertira, m'enlèvera mon énergie, mon courage
pour le service de la cause; j'aurai des enfants, et, qui pis est,
des enfants dont je ne serai pas le père; le sage ne craint pas de
regarder la vérité en face... Lipoutine me conseillait tantôt de
me barricader pour me mettre à l'abri de Nicolas; il est bête,
Lipoutine. La femme trompe même l'oeil qui voit tout. Le bon Dieu,
en créant la femme, savait sans doute à quoi il s'exposait, mais
je suis convaincu qu'elle-même lui a imposé ses idées, qu'elle l'a
forcé à la créer avec telle forme et... tels attributs; autrement,
qui donc aurait voulu s'attirer tant d'ennuis sans aucune
compensation?
-- Il n'aurait pas été lui-même, s'il n'avait pas lâché quelqu'une
de ces faciles plaisanteries voltairiennes, qui étaient si à la
mode au temps de sa jeunesse, mais, après s'être ainsi égayé
durant une minute, il recommença à broyer du noir.
-- Oh! pourquoi faut-il que cette journée d'après-demain arrive!
s'écria-t-il tout à coup avec un accent désespéré, -- pourquoi n'y
aurait-il pas une semaine sans dimanche, si le miracle existe?
Voyons, qu'est-ce qu'il en coûterait à la Providence de biffer un
dimanche du calendrier, ne fût-ce que pour prouver son pouvoir à
un athée? Oh! que je l'ai aimée! Vingt années! Vingt années
entières, et jamais elle ne m'a compris!
-- Mais de qui parlez-vous? Je ne vous comprends pas non plus!
demandai-je avec étonnement.
-- Vingt ans! Et pas une seule fois elle ne m'a compris oh! c'est
dur! Et se peut-il qu'elle croie que je me marie par crainte, par
besoin? Oh! honte! Tante, tante, c'est pour toi que je le fais!...
Oh! qu'elle sache, cette tante, qu'elle est la seule femme dont
j'aie été épris pendant vingt ans! Elle doit le savoir, sinon cela
ne se fera pas, sinon il faudra employer la force pour me traîner
sous ce qu'on appelle la viénetz[6]!
C'était la première fois que j'entendais cet aveu qu'il formulait
si énergiquement. Je ne cacherai pas que j'eus une terrible envie
de rire. Elle était fort déplacée.
Soudain une pensée nouvelle s'offrit à l'esprit de Stépan
Trophimovitch.
-- À présent je n'ai plus que lui, il est ma seule espérance!
s'écria-t-il en frappant tout à coup ses mains l'une contre
l'autre, -- seul, maintenant, mon pauvre garçon me sauvera, et...
Oh! pourquoi donc n'arrive-t-il pas? Ô mon fils! Ô mon
Petroucha!... Sans doute, je suis indigne du nom de père, je
mériterais plutôt celui de tigre, mais... laissez-moi, mon ami, je
vais me mettre un moment au lit pour recueillir mes idées. Je suis
si fatigué, si fatigué, et vous-même, il est temps que vous alliez
vous coucher, voyez-vous, il est minuit...