I. ACHILLE DE HARLAY

ACHILLE DE HARLAY (1639-1712), a great-nephew of the celebrated

magistrate of the same name who was Chancellor to Henri III,

was appointed First President of the Paris _Parlement_ in 1689.

Saint-Simon was violently prejudiced against him on account of

the partiality which he believed him to have shewn to the Duc

de Luxembourg in his case against his fellow _ducs et pairs_

(see Introduction). He returns to the charge in vol. V. with an

even more furious attack, and a report of some of his malicious

sayings (pp. 166-171). See for a judicial estimate of his

character based on contemporary evidence Boislisle, XIV. 371,

n. 2, and 617-622.

The truth seems to be that with great capacity and perfect

integrity he had a malicious and biting tongue and the

reputation of being a Tartuffe.

Harlay étoit fils d’un autre procureur général du Parlement et d’une

Bellièvre, duquel le grand-père fut ce fameux Achille d’Harlay,

premier président du Parlement après ce célèbre Christophle de Thou,

son beau-père, lequel étoit père de ce fameux historien. Issu de ces

grands magistrats, Harlay en eut toute la gravité, qu’il outra en

cynique, en affecta le désintéressement et la modestie, qu’il déshonora

l’une par sa conduite, l’autre par un orgueil raffiné, mais extrême,

et qui, malgré lui, sautoit aux yeux. Il se piqua surtout de probité

et de justice, dont le masque tomba bientôt. Entre Pierre et Jacques

il conservoit la plus exacte droiture; mais dès qu’il apercevoit un

intérêt ou une faveur à ménager, tout aussitôt il étoit vendu. La suite

de ces _Mémoires_ en pourra fournir des exemples; en attendant, ce

procès-ci le manifesta à découvert.

Il étoit savant en droit public, il possédoit fort le fond des diverses

jurisprudences, il égaloit les plus versés aux belles-lettres, il

connoissoit bien l’histoire, et savoit surtout gouverner sa compagnie

avec une autorité qui ne souffroit point de réplique, et que nul

autre premier président n’atteignit jamais avant lui. Une austérité

pharisaïque le rendoit redoutable par la licence qu’il donnoit à

ses répréhensions publiques, et aux parties, et aux avocats, et aux

magistrats, en sorte qu’il n’y avoit personne qui ne tremblât d’avoir

affaire à lui. D’ailleurs, soutenu en tout par la cour, dont il étoit

l’esclave, et le très humble serviteur de ce qui y étoit en vraie

faveur, fin courtisan et singulièrement rusé politique, tous ces

talents, il les tournoit uniquement à son ambition de dominer et de

parvenir, et de se faire une réputation de grand homme; d’ailleurs,

sans honneur effectif, sans mœurs dans le secret, sans probité

qu’extérieure, sans humanité même, en un mot un hypocrite parfait, sans

foi, sans loi, sans Dieu et sans âme, cruel mari, père barbare, frère

tyran, ami uniquement de soi-même, méchant par nature, se plaisant à

insulter, à outrager, à accabler, et n’en ayant de sa vie perdu une

occasion. On feroit un volume de ses traits, et tous d’autant plus

perçants qu’il avoit infiniment d’esprit, l’esprit naturellement porté

à cela, et toujours maître de soi pour ne rien hasarder dont il pût

avoir à se repentir.

Pour l’extérieur, un petit homme vigoureux et maigre, un visage en

losange, un nez grand et aquilin, des yeux beaux, parlants, perçants,

qui ne regardoient qu’à la dérobée, mais qui, fixés sur un client ou

sur un magistrat, étoient pour le faire rentrer en terre; un habit peu

ample, un rabat presque d’ecclésiastique, et des manchettes plates,

comme eux, une perruque fort brune et fort mêlée de blanc, touffue,

mais courte, avec une grande calotte par-dessus. Il se tenoit et

marchoit un peu courbé, avec un faux air plus humble que modeste, et

rasoit toujours les murailles pour se faire faire place avec plus de

bruit, et n’avançoit qu’à force de révérences respectueuses et comme

honteuses à droite et à gauche, à Versailles[193].

[193] Ed. Chéruel, I. 136-137; ed. Boislisle, II. 53-55.

Selections from Saint-Simon · 第 35 / 58 题