N'oublions pas de dire, en outre, que les paquebots de Marseille

toucheront à Algésiras ou Cadix (Espagne), à l'aller et au retour;

mais ils ne s'y arrêteront que le temps nécessaire pour prendre les

voyageurs et la correspondance. (Voir page 22.)

Remarquons, en passant, combien, la concentration des lignes étant

admise, Bordeaux et Nantes doivent préférer qu'elle se fasse à Brest

plutôt qu'au Havre. Leurs navires auxiliaires à vapeur auront, en

effet, moitié moins de chemin à faire pour se rendre à Brest, et

surtout ils n'auront pas à subir deux fois la navigation de la Manche.

C'est donc à Brest que seront concentrées toutes les lignes

transatlantiques françaises du Nord et de l'Ouest, Brest, extrémité de

l'Europe continentale, promontoire avancé, en face des deux Amériques,

et dont la rade, si commode et si spacieuse, semble n'avoir été placée

là que pour servir au commerce des deux mondes.

A Brest les paquebots arriveront un jour, deux jours plus tôt qu'à

Southampton et à Liverpool. Les moyens puissants employés pour diminuer

la durée des traversées hâteront encore les arrivages; les grandes

dimensions des paquebots français faciliteront les transports de toutes

les marchandises européennes, et, au retour, des marchandises de toutes

les autres parties du globe.

Cependant, Brest ne servira que d'entrepôt, de point de départ ou

d'arrivage à ces riches cargaisons: c'est à Paris que s'établira

le commerce général des deux mondes. Paris beaucoup plus central,

Paris déjà riche de tant de ressources industrielles, financières et

commerciales, se sera bientôt emparé du commerce général extérieur de

l'Europe continentale.

Brest ne sera donc que l'avant-port de Paris.

Quant à la partie méridionale de la France et aux pays méditerranéens,

ils se serviront des lignes de Marseille.

Nous reviendrons dans un dernier paragraphe sur les résultats immenses

que l'établissement des paquebots transatlantiques produira pour la

France.

Les lecteurs qui ont bien voulu nous suivre jusqu'ici doivent être

désormais convaincus que la division des lignes entre le Havre, Nantes

et Bordeaux ou leur concentration au Havre, avec escale à Cherbourg,

seraient le plus mauvais système à adopter. La France n'y trouverait

que déception, les compagnies que ruine: le commerce français ne

se relèverait pas de l'échec qu'il en recevrait; tandis que la

concentration à Brest et à Marseille, en permettant l'emploi de grands

navires à voiles et à hélice puissantes, des départs fréquents, des

traversées rapides, donnera aux lignes françaises tous les moyens de

lutter avec les lignes américaines et anglaises, et assurera à la

France le plus grand mouvement commercial qui ait jamais existé.

§ VI.--Dépenses d'établissement des lignes transatlantiques, suivant

le projet de M. Le Roy de Keraniou.--Frais d'exploitation.--Produits.

Le capitaine Le Roy de Keraniou ne s'est pas contenté d'établir tous

les détails d'exécution et d'exploitation de son vaste projet de

paquebots transatlantiques; il a calculé les dépenses d'établissement,

les frais d'exploitation, et les produits, au moins quant aux lignes

des Antilles et du Sud, car la ligne de New-York est trop pratiquée et

trop connue pour qu'il soit nécessaire d'en dresser le bilan.

Quant aux dépenses d'établissement:

Le capitaine Le Roy de Keraniou estime

que la compagnie devra mettre à flot

quatre-vingt-quatre steamers de 2,500

tonneaux, pouvant fournir une marche moyenne

de 12 nœuds, à 2,380,952 fr. par steamer[5],

total, pour les 84 steamers, deux cents

millions de francs, 200,000,000 fr.

Quant aux frais d'exploitation:

Les 84 steamers, montés chacun par cent hommes

d'équipage, donneraient lieu à une dépense

annuelle, pour l'équipage, à 5 fr. par homme

et par jour[6], de 15,330,000 fr.

(La nourriture des passagers coûtera 10

fr. par jour; mais on ne la porte pas en

dépense, parce qu'on ne portera pas non plus

en recette les mêmes 10 fr. par jour qu'ils

paieront pour cet objet.)

Pour entretien des navires, leur réparation,

remplacement et amortissement, 15 pour cent

du capital[7], 30,000,000 fr.

Pour dépenses en combustible, charbon et

matières grasses[8], 8,124,445 fr.

Pour frais d'assurance et autres frais, 10,000,000 fr.

----------

Premier total 63,454,445 fr.

Administration, agences, droits de ports, de

feux, de dock, en France et à l'étranger,

chargement, déchargement, approvisionnement,

rechange, pilotage, etc.; 15 pour cent sur

63,454,445[9] 9,518,166 fr.

---------

Deuxième total 72,972,611 fr.

Gratifications aux capitaines et aux

équipages, imprévu, somme à valoir[10], 17,027,389 fr.

----------

Total définitif 90,000,000 fr.

Quant aux produits annuels de l'exploitation:

Le capitaine Le Roy de Keraniou porte à 36 mille tonnes par mois le

fret d'aller pour toutes les lignes, et à autant le fret de retour,

soit 864 mille tonnes de transports annuels.

Ce nombre de 864 mille tonnes, par an, est considérable. Cependant, M.

Le Roy de Keraniou démontre qu'il ne diminuera en rien les transports

que le commerce français fait aujourd'hui en dehors des lignes

régulières de paquebots à vapeur.

Ainsi, sur le total de 864 mille tonnes, il y aura 432 mille tonnes de

fret d'aller, et 432 mille tonnes de fret de retour.

[5] On compte 25 livres sterling pour un tonneau de jauge, et 50

livres pour un cheval-vapeur.

[6] D'après les prix ordinaires, chaque homme du rôle d'équipage

coûterait, en moyenne, seulement 4 fr. 27 au lieu de 5 fr.

[7] On ne compte en Angleterre que 13,84 p. 100 pour amortissement,

entretien et réparation des navires à hélice de 2,000 tonneaux, en

fer, qui font les voyages de New-York à Liverpool.

[8] Cette somme de 8,124,445 fr. sera peut-être augmentée, le

capitaine Le Roy de Keraniou ayant introduit quelques légères

modifications dans les services méditerranéens. Mais, comme nous

portons plus bas une somme annuelle à valoir énorme, toutes les

augmentations de dépenses, quelles qu'elles soient, se trouveront

dans cette somme à valoir.

[9] Les Anglais ne comptent que 13 p. 100 pour ces dépenses.

[10] Cette somme pour gratifications, imprévu et à valoir est énorme:

on a tenu à exagérer ainsi les _dépenses_ afin de rendre impossible

toute espèce de critique et de mécompte sur ce point.

Quant au fret d'aller, les deux cinquièmes environ des 432 mille tonnes

se composeront des marchandises _étrangères_ qui suivent aujourd'hui

les lignes anglaises ou américaines (en passant ou non par la France),

ou les lignes brêmoises, ou la ligne de Gênes, ou celle de Cadix à la

Havane (Voir le tableau ci-après, p. 42).

Les marchandises _françaises_ qui sont expédiées par masses du Havre

pour Liverpool et Southampton[11], ou qu'enlèvent les grands navires

américains qui peuplent les bassins du Havre[12], ou que prennent,

à leur passage à Marseille, les paquebots de Gênes pour le Brésil,

formeront encore une bonne partie du fret d'aller.

[11] Tous les lundis, mercredi et vendredi, part du Havre pour

Liverpool un navire chargé de 300 à 350 tonneaux d'articles de France

ou du continent européen.

Les bateaux de Southampton viennent prendre également au Havre

plusieurs fois par semaine, les mêmes articles.

Ce que les lignes françaises enlèveraient au commerce français serait

compensé, et bien au-delà, par l'impulsion, par l'essor que les

relations transatlantiques donneraient à l'industrie européenne et

étrangère et au mouvement commercial entre les deux mondes.--Il est à

remarquer que dès aujourd'hui, le mouvement de la navigation entre la

France et les Colonies françaises, et les pays hors d'Europe, s'accroît

de 200 mille tonnes environ chaque année[13].

[12] Il y a journellement 40 à 50 navires américains de 2,000 à 3,000

tonneaux dans les bassins du Havre.

Enfin, les transports de charbon sur les points les plus éloignés, pour

le service des paquebots, fourniraient encore aux navires français un

aliment de fret annuel de plus de 200 mille tonnes[14].

[13] Le mouvement de la navigation française avec nos colonies et les

pays hors d'Europe était:

En 1850, de tonneaux 1,010,000

En 1851 1,120,000

En 1852 1,302,000

En 1953 1,230,000

En 1854 1,426,000

En 1855 1,620,000

[14] D'après le projet Le Roy de Keraniou, la consommation de

charbon, toujours non compris la ligne de New-York, monterait à

193,324. Mais, comme il serait possible de mettre à profit le

voisinage de Marseille des mines de la Grand-Combe (Gard), il aurait

l'intention de faire dominer le système de vapeur dans les paquebots

de la ligne de Marseille, ce qui augmenterait notablement la

consommation de charbon.

Voici, au reste, comment le capitaine Le Roy de Keraniou établit

l'aliment de son fret d'_aller_, suivant les pays de provenance.

De l'Angleterre, Southampton fournira 30

tonneaux de marchandises par voyage, ou

annuellement 4,320 fr.

Londres, par voyage, 70 tonn., annuellement 10,080 fr.

Liverpool, par voyage, 70 tonn., annuellement 10,080 fr.

De la Belgique et de la Hollande, Amsterdam,

avec escale à Rotterdam et Anvers,

fournira par voyage, 100 tonneaux,

annuellement 14,400 fr.

L'Allemagne, la Russie, le Danemark,

la Suède, la Prusse, départ de

Saint-Pétersbourg, escale à Brême,

Hambourg, etc., annuellement 14,400 fr.

De France, Paris et Rouen, directement, par

voyage, 150 tonneaux, annuellement 21,600 fr.

Le Havre et Cherbourg, directement, par

voyage, 200 tonneaux, annuellement 28,800 fr.

Caen, Grandville et Saint-Malo, touchant

à Morlaix, par voyage, 100 tonn.,

annuellement 14,400 fr.

Dunkerque, Boulogne, Dieppe et Fécamp, par

voyage, 100 tonneaux, annuellement 14,400 fr.

Bordeaux, par voyage, 75 tonn., annuellement 10,800 fr.

Nantes et Lorient, annuellement 10,800 fr.

Rochefort et la Rochelle, par voyage,

50 tonneaux, annuellement 7,200 fr.

Chemins de fer, directement, annuellement,

de provenance étrangère, 27,360 tonneaux;

de provenance française, 27,360 tonnes, total 54,720 fr.

------

Total, ligne de Brest, Nord-Ouest: 80,640

tonneaux venant de l'étranger et 135,360

tonneaux, des ports ou villes de France 216,000 fr.

La branche du Sud, Marseille, tirera des

États-Sardes, de la Lombardie, de l'Italie,

etc., par Gênes et Livourne, par voyage,

100 tonneaux, annuellement 14,400 fr.

Des États d'Autriche, Venise, Trieste, venant

par chemin de fer à Gênes, annuellement 7,200 fr.

De la Suisse, par le Rhône et chemin de fer,

par voyage, 100 tonneaux, annuellement 14,400 fr.

Du Zollverein (union douanière et

commerciale), par chemin de fer, annuellement 14,400 fr.

De Marseille et environs, par voyage,

300 tonneaux, annuellement 43,200 fr.

De Cette, Béziers, Montpellier, par voyage,

70 tonneaux, annuellement 10,080 fr.

D'Arles, Bouc et Narbonne, annuellement 10,080 fr.

De Lyon, Saint-Etienne, des départements

limitrophes du Rhône et du chemin de fer,

par voyage, 150 tonneaux, annuellement 21,600 fr.

De la Turquie, de la Grèce, d'Égypte, de

l'Inde (par Suez), du Maroc, de Tunis, du

Danube, etc., et chemins de fer, par voyage,

285 tonneaux, annuellement 41,040 fr.

------

Total (dont fourni par l'étranger

56,400 tonneaux, par les ports ou chemins de

fer français, 120,000 tonneaux) 176,400 fr.

Un service auxiliaire desservant

alternativement Barcelone, Carthagène,

Alger, Oran, Malaga et Cadix, partira de

Port-Vendre et ira aussi se relier à Madère

au grand service; il fournira:

De l'Espagne, tonneaux 18,000 fr.

De l'Algérie, tonneaux 7,200 fr.

Un autre service auxiliaire desservant

alternativement Saint-Sébastien, Bilbao,

Santander, la Corogne, Vigo, Porto,

Lisbonne, partira de Bayonne, et ira aussi

se relier à Madère aux grands services.

Il tirera: De France 3,000 fr.

D'Espagne 5,400 fr.

Du Portugal 6,000 fr.

-----

Total général, (dont 85,800 tonneaux de l'étranger

et 130,200 tonneaux de France) 216,000 fr.

Les frets de _retour_ seront plus considérables encore; car, dans le

commerce général des pays transatlantiques avec la France et avec

les pays européens, les importations, sinon quant à la valeur, au

moins quant au poids des marchandises, quant au nombre de tonneaux,

surpassent de beaucoup les exportations.

On sait, d'ailleurs, que les paquebots français prendront au retour des

chargements complets, pour toutes les destinations, même étrangères à

la France.

Ainsi, les 432 mille tonneaux de fret de _retour_ du projet Le Roy de

Keraniou, de même que les 432 mille tonneaux de fret d'_aller_, se

trouvent justifiés.

L'auteur du projet fixe à 72 millions 600

mille francs, soit 85 francs par tonneau, le

produit des 864,000 tonneaux, soit, produit

annuel du fret, nombre rond. 72,000,000 fr.

Les divers prix de fret formant cette somme

de 72 millions, ayant été fixés très-bas,

et n'étant autres que ceux pris aujourd'hui

par les navires à voiles, il convient d'y

ajouter les 10 pour 100 de chapeau, en usage

dans le commerce maritime, et que prennent

aussi les lignes transatlantiques anglaises,

soit 7 millions 200,000 fr., ou nombre rond 7,000,000 fr.

---------

Premier total produit du transport des

marchandises 79,000,000 fr.

La correspondance a produit, en 1853,

pour les lignes anglaises, 9,897,175

francs. Ce produit s'est beaucoup augmenté

depuis. On peut affirmer qu'il sera

presqu'immédiatement doublé, pour les

lignes françaises, à cause de la brièveté

des traversées, des départs directs de

France, et surtout à cause de la fréquence

des départs et des arrivées, qui permettra

d'écrire presque quotidiennement: (Il y aura

_sept_ départs par mois pour les Antilles,

_douze_ départs par mois pour le Brésil,

etc.) Cependant, on ne porte que, nombre rond 9,000,000 fr.

Les voyageurs ou passagers, attirés par les

dimensions des paquebots, les commodités

du voyage, la rapidité de la marche, la

facilité de s'embarquer, sans quitter le

continent, soit à Marseille, soit à Brest,

pour toutes les parties du monde, devront

être nombreux. Mais, pour rester encore

au-dessous des prévisions, le capitaine Le

Roy de Keraniou ne porte annuellement, que,

pour les voyages d'aller passagers 20,000 fr.

Et les voyages de retour 20,000 fr.

------

Total, passagers[15] 40,000 fr.

Indépendamment des dix francs par jour de

nourriture, que nous n'avons pas portés en

dépense, et que nous ne porterons pas non

plus en recettes, les passagers paieront,

en moyenne, 500 francs par voyage[16], soit

pour les 40,000 passagers 20,000,000 fr.

La subvention est supposée devoir être de 14,000,000 fr.

----------

Total, produits ou recettes annuelles 122,000,000 fr.

Les dépenses montant à 90,000,000 fr.

----------

Il restera pour représenter l'intérêt du

capital de 200 millions et les bénéfices 32,000,000 fr.

[15] D'après ces bases, le voyage de Brest à la Guadeloupe, 13 jours,

coûterait pour nourriture, 130 fr.; pour prix de passage, 500 fr.;

total 630 fr. (Les Anglais prennent 1,100 fr.)

Le voyage de Brest à Rio-Janeiro, 17 jours, coûterait 170 fr., plus

500 fr.; total 670 fr. (Les navires à voiles du Havre prennent 600

fr).

Le voyage de Brest à Montevideo, 21 jours, 210 fr., plus 500 fr.;

total 710 fr. (Même prix que les navires à voiles.)

Le voyage de Brest à Valparaiso, par Magellan, 33 jours, 330 fr.,

plus 500 fr.; total 830 fr. (370 fr. de moins que les navires à

voiles.)

Le voyage de Brest à San Francisco, par Magellan, 52 jours, 520 fr.,

plus 500 fr.; total 1,020 fr. (500 fr. de moins que les navires à

voiles.)

Les autres lignes françaises offriraient les mêmes avantages.

[16] Ces 40,000 passagers seraient ainsi répartis:

Lignes des Antilles et du golfe du Mexique, le Brésil, La Plata

(aller et retour), 20,000.--Le Chili, le Pérou, la Bolivie,

l'Equateur, le Mexique, la Californie, etc. (aller et retour),

10,000.--La côte d'Afrique, le Cap, la Réunion, Maurice, l'Inde ou

l'Australie, etc. (aller et retour), 10,000.--Total, voyages d'aller

et retour, 40,000.

Les départs de Brest devant être au nombre de 120, les départs de

Marseille au nombre de 120, les retours atteignant la même somme,

240, le nombre de voyages, aller et retour, montera à 480.

Les 40 mille passagers répartis entre ces 480 navires allant ou

revenant, fourniront à chacun d'eux 84 passagers, en moyenne. Bien

des navires à voiles du commerce obtiennent aujourd'hui ce résultat.

Les navires de Liverpool, partant deux fois par mois, emportent, à

chaque voyage, 200 passagers pour les États-Unis.

§ VII.--Énormes résultats de la concentration des lignes

transatlantiques à Brest et à Marseille.--Brest premier port

d'entrepôt, Paris première ville commerciale, la France première

puissance maritime du monde.--Accroissement du commerce maritime

de tous les autres ports français.--Développement du travail et de

l'industrie nationale.--Augmentation des recettes des chemins de fer

français.--Rétablissement du crédit.--Richesse générale.--Appel.

On ne saurait dire où pourraient atteindre les résultats de la

concentration des lignes transatlantiques à Brest et à Marseille.

Il est évident qu'avec tous les avantages qu'offre le projet

Keraniou:--voyage raccourci autant que possible, par la position du

principal port d'attache au-delà de la Manche;--traversées abrégées

pour les voyageurs et la correspondance, par la suppression des retards

de relâches;--dimensions des navires permettant de porter des frets

considérables--rapidité de la marche, et, en même temps, économie du

combustible par l'adoption, dans les parcours qui le permettront,

de clippers à voiles et à hélice puissante;--chargements pris tout

entiers pour la même destination, mode qui, tout en dispensant de faire

de longues escales, assurera un fret complet, pour chaque départ, à

chaque navire;--situation de Brest, qui attirera tous les voyageurs, la

correspondance et les marchandises du Nord et de l'Est de la France et

de l'Europe; situation de Marseille, qui attirera tous les voyageurs,

la correspondance et les marchandises du Sud,--on ne peut pas douter du

succès de cette vaste entreprise.

C'est-à-dire, que la France s'emparera du transit et même de tout le

commerce entre l'Europe continentale et les autres parties du globe; du

transport des voyageurs, de la correspondance tout entière.

C'est-à-dire que ses chemins de fer transporteront dans tous les sens,

à l'aller et au retour, des quantités innombrables de voyageurs et des

masses énormes de marchandises.

C'est-à-dire que l'accroissement que ce mouvement apportera au travail,

les ressources qu'y puiseront toutes les classes de travailleurs,

et le développement qu'en recevra l'industrie nationale, sont

incalculables: matières premières, fournies de première main à

l'industrie française, déjà maîtresse des marchés du monde entier pour

les objets d'art et de goût, et qui, pour tous les autres produits,

égalera bientôt l'industrie anglaise, la surpassera peut-être; progrès

de l'agriculture, entraînée par l'industrie et par l'ouverture de

débouchés nouveaux; adoption des bonnes méthodes et de la grande

culture; plus de terres en friche ou en jachères, valeur moyenne du sol

décuplée en France.

C'est-à-dire que Brest, avec sa magnifique rade, avec les docks qui

y seront bientôt établis, avec ses deux chemins de fer, deviendra

l'entrepôt du commerce des deux mondes.

C'est-à-dire que Paris, dont Brest ne sera que l'avant-port, s'emparera

de tout le commerce général extérieur, qui, par le fait de la facilité

des relations même, augmentera, comme l'industrie Européenne, suivant

une progression dont l'imagination s'effraie.

C'est-à-dire que, comme richesse, comme crédit, la France deviendra

la première des nations; et il n'en faudra pas davantage pour porter,

même son crédit public, au niveau de celui de l'Angleterre, et pour

relever au plus haut degré de prospérité toutes ses grandes entreprises

industrielles et commerciales.

C'est-à-dire que les ports eux-mêmes, qui, aujourd'hui, se prétendent

frustrés, auront, chacun d'eux, au moyen des services auxiliaires

à vapeur, une participation considérable dans tous les services

transatlantiques, non pas, comme auparavant, dans des services isolés,

mesquins, compromis d'avance, incapables de lutter avec les services

étrangers rivaux, et qui auraient fait la ruine des villes et des

compagnies auxquelles ils auraient été concédés, mais dans des services

puissants, féconds, prospères, d'une solidité à toute épreuve, et qui

assureront pour de longues années la fortune de la France.

C'est-à-dire que la marine commerciale française trouvera dans le

cabotage à vapeur à établir, dans le transport des charbons sur

les divers dépôts des lignes transatlantiques, et surtout dans le

développement du commerce général et dans les innombrables relations

lointaines que les services transatlantiques procureront à la France,

des ressources sur lesquelles elle n'aurait jamais osé compter.

C'est-à-dire que la France devient tout-à-coup la première puissance

maritime du monde; que les services des paquebots lui procurent trente

mille bons marins de plus, formés à la navigation à vapeur aussi

bien qu'à la navigation à voiles; que l'extension des expéditions

commerciales lointaines donnera à sa marine militaire une importance

incalculable; que si la guerre éclatait, elle aurait, à l'ouest, dans

son premier port militaire, sur la plus belle rade, au sud, tout près

de son grand arsenal de la Méditerranée, cent puissants steamers

capables de porter sur-le-champ cent mille soldats sur quelque point

que ce fût du monde!

Voilà ce que propose le capitaine Le Roy de Keraniou.

Il appelle à s'unir à lui tous ceux qui sont animés soit de l'intérêt

du pays, soit même de leur propre intérêt, ports de commerce rivaux,

compagnies formées pour soumissionner, commerce maritime, banque,

négoce, industrie. Le champ est assez vaste pour que tous les intérêts

s'y rencontrent et s'y donnent la main. Il y aura pour tous FORCE,

RICHESSE et GLOIRE!

Beaugency.--Imp. de Gasnier.

OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

AU BUREAU DES ANNALES DU DROIT COMMERCIAL,

Rue de la Sourdière, 19.

=Annales du droit commercial=, ou =Mémorial du commerce et de

l'industrie=; législation, doctrine, statistique, jurisprudence

et économie commerciale.--66 feuilles in-8º par an.--Prix: 18

fr.--Collection, 2e série (1845-1856), 66 fr.

=Journal de l'assureur et de l'assuré=; assurances contre l'incendie,

la grêle, la mortalité des bestiaux, sur la vie, tontines, etc.--12 fr.

par an.--La collection (1848-1856), 24 fr.

=Journal des amateurs d'objets d'art et de curiosité=; articles sur les

objets d'art et de curiosité, sur les livres et les médailles; prix

auxquels ces objets ont été adjugés dans les principales ventes aux

enchères.--9 feuilles in-8º par an: 5 fr.--Collection (1854-1856), 12

fr.

=Assurance par l'Etat.--Fondation de caisses d'assurance mutuelle

contre la grêle, contre les gelées, contre les inondations et

la mortalité des bestiaux; exclusion de l'assurance contre

l'incendie=.--Seules bases sur lesquelles puisse être assise

l'assurance mutuelle contre la grêle, contre les gelées, contre

les inondations et contre la mortalité des bestiaux.--Matière

assurable, pertes annuelles, assiette de l'assurance, statistique,

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=Manuel d'assurance=; guide des propriétaires d'immeubles et de

meubles, de récoltes ou de bestiaux, assurance mutuelle, assurance

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par un réseau de voies ferrées souterraines, desservant les principaux

quartiers, et les mettant en communication avec les gares des chemins

de fer, et par un service complémentaire de voitures à chevaux.--2

brochures in-8º: Prix 4 fr.

Des paquebots transatlantiques · 第 3 / 4 段