Il est quatre heures du matin... Notre héros malencontreux s'est décidé
à se lever de la borne qui lui sert de lit de plume depuis minuit, et à
frapper un dernier coup de marteau: ce coup est si désespéré et si
lamentable, qu'enfin le portier n'y résiste plus, et tire le cordon; le
malheureux entre tout joyeux; mais, ô ruse de portier diabolique! ô
trame infernale! les 3 francs 50 cent. ne sont pas suffisamment expiés
par toutes ces couleuvres que le récalcitrant locataire avale depuis ce
matin: il faut que ce concierge sans âme, sous-prétexte de zèle, lui
plonge, à bout portant, un bougeoir allumé dans la poitrine; le jabot
prend feu; appelez, les pompiers!
[Illustration.]
Ou éteint l'incendie, et l'incendie monte l'escalier quatre à quatre.
Dieu soit loué! le voici à sa porte; il tire sa clef, l'insinue dans la
serrure. O Jupiter! il va enfin se dorloter sur sa couche!--Mais
pourquoi cette mine atroce et désespérée? Pourquoi ce furieux chapeau
jeté sur l'oreille: La serrure a refusé passage, et vainement la clef a
tenté de se faire jour à travers un épais bataillon de cartes de visites
que des mains forcenées ont entassées dans le trou. Jour de l'an! jour
de l'an! finiras-tu?
[Illustration.]
Sa seule ressource est d'entrer chez lui par bris de serrure et par une
sorte d'attaque nocturne. Il y est enfin, et déjà il a ôté son habit et
mis ses pantoufles; mais, ô rage! un élève de Courvoisier a profité de
l'occasion du jour de l'an pour lui faire sa visite par la fenêtre, et
dévaliser mon homme. Après avoir examiné sa commode et sa cheminée, il
dresse inventaire d'une montre, d'un tire-botte, d'un paletot, d'un
bâton de cire à cacheter, d'une pendule, d'un morceau de savon à barbe,
d'une édition des oeuvres de M. Casimir Bonjour, et de cinq paires de
chaussettes dont le bandit a fait sa proie. Il se couche néanmoins après
s'être arraché une poignée de cheveux; et sa nuit est pleine de portes,
de portiers, de décrotteurs, de princes allemands, de petits garçons, de
tambours et de polichinelles..... et murmure ces mots dans un affreux
cauchemar: «Jour de l'an!... étrennes!... visites!... ah! ah! oh! eh!
ouf!»
[Illustration.]
Ici la toile se baisse pour ne plus se relever. Excusez les fautes de
l'auteur.
Éphémérides.
Parmi les personnages célèbres à des titres divers, et dont l'histoire
doit garder les noms, le 1er janvier a vu mourir;
En 379, Saint Basile, évêque de Césarée;
En 1380, Charles le Mauvais, roi de Navarre;
En 1515, Louis XII, roi de France;
En 1560, le poète français Joachim du Bellay;
En 1715, le poète anglais Wycherley;
En 1763, l'abbé Dangeau, grammairien si passionné qu'il rompit avec
toutes ses maîtresses qui ne mettaient pas l'orthographe; et qu'un jour,
entendant parler d'une révolution prochaine, il s'écria. «Arrive ce qui
pourra, j'ai dans mon portefeuille 2,000 verbes français bien
conjugués;»
En 1800, le naturaliste Daubenton;
En 1817, le chimiste Klaproth.
Le 1er janvier s'est toujours montré favorable à la liberté.--Le 1er
janvier 1308, éclata la révolution qui assura l'indépendance de la
Suisse.--Le 1er janvier 1804, Saint-Domingue se déclara indépendante et
reprit son nom de Haïti.--Le 1er janvier 1815, le Chili proclama son
indépendance.--Le 1er janvier 1820, l'infortuné Riégo proclama, à Cadix,
la constitution des Cortès, et deux ans plus tard la Colombie promulgua
sa constitution.
Parmi les autres événements historiques, scientifiques ou littéraire,
qui eurent lieu le 1er janvier, nous mentionnerons la prise d'Harfleur
sur les Anglais (1450); le voyage de Charles-Quint en France (1510); la
levée du siège de Metz (1554); la création du ministère de police
(1796); l'entrée en fonctions du Corps-Législatif et du tribunat (1800);
la reddition de Dantzick (1814); la première représentation Phèdre
(1677); la découverte de Céres par Piazzi (1801), etc., etc.
Que se passera-t-il le 1er janvier 1844? Nous n'osons pas le prédire;
mais... qui vivra verra.
Modes de 1844, par Grandville.--Rébus.
Comment s'habillera l'année 1844? C'est là une grave question, une
question qu'il serait bon de soumettre à un conclave de couturières et
de marchandes de modes; ces demoiselles (j'aime à le croire) sont
compétentes en cette matière, et peuvent seules annoncer l'avenir
réservé au cotillon; car elles sont naturellement les Lenormand et les
Cassandre de la mode. Pourquoi, en effet, ne la prédiraient-elles pas,
puisqu'elles l'inventent? Nous dirons la même chose de MM. les
tailleurs, qui ont inventé, entre autres découvertes commodes, les
habits qui se déchirent comme de l'amadou, et les pantalons qu'on ne
peut pas mettre: mode excessivement agréable pour les personnes qui ont
besoin d'allumer un cigare, et pour celles qui tiennent à ne pas être
trop vêtues. Quoi qu'il en soit, nous devons à l'indiscrétion d'un
tailleur de la place de la bourse, et d'une marchande de modes de la rue
Vivienne, le bonheur de pouvoir vous offrir ce _fac similé_ du costume
masculin et féminin qui aura cours en 1844, et sera ce qu'on appelle
_bien porté_.
[Illustration.]
Costume de femme: bonnet à la vieille; paletot: manchettes de fourrures;
robe à volant, en lambrequin; cigare il trois sous.
Costume d'homme: paletot-sac, canne et parapluie; lunettes; ou continuera
à porter beaucoup de barbe, mais très-peu de cheveux.
Costume d'enfant: Scotto-Jean-Jacques.
Ces modes ne sont pas neuves; mais on ne peut pas dire non plus qu'elles
soient consolantes; mais que voulez-vous? le monde se fait vieux, et
l'humanité n'est pas gaie: il est logique qu'elle prenne un habit
uniforme.
Maintenant, chers lecteurs, en attendant que vous passiez chez, votre
tailleur ou chez votre couturière pour vous faire habiller à la 1844,
permettez-moi de vous offrir vos étrennes, au nom de ma très-chère mère
_l'Illustration_: j'ai cherché ce qui pourrait vous convenir le mieux,
car j'ai le désir sincère de vous plaire. Ma première idée était de vous
envoyer à chacun, dans une papillote, un contrat de 50,000 livres de
rentes, 5 pour 100; mais il m'a semblé plus délicat de vous offrir le
présent _rébus_. Le rébus fait votre bonheur, je le sais: veuillez donc
accepter celui-ci avec mes salutations bien cordiales.
[Illustration: Rébus.]
EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.
Moïse sauvé des eaux.