Puisque, hélas! il est surabondamment constaté par tout ce qui précède,
que l'année 1843 n'est plus, jetons quelques fleurs sur sa tombe!
La meilleure manière de savoir à quoi s'en tenir sur le compte des
morts, c'est de rappeler leurs faits et gestes: Bossuet n'en faisait pas
d'autre, et Massillon non plus. Je n'ai pas la prétention d'atteindre à
la hauteur de ces grandes éloquences, mais je ferai de mon mieux; et
comme, après tout, c'est là mon début dans l'oraison funèbre, je compte
sur l'indulgence de mes auditeurs, sans vouloir cependant, comme maître
renard, vivre aux dépens de celui qui m'écoute.
Par où commencerai-je? quel fait mémorable aura ma préférence? quelle
action digne de souvenir attirera d'abord mon attention? à quoi et à qui
dédierai-je l'exorde de mon oraison? O Mnémosyne! ô muse! toi, qui
gardes la mémoire des grands événements du passé et qui les transmets à
Clio, ta soeur, pour qu'elle les inscrive sur son airain éternel, viens
à mon secours; Mnémosyne, aide-moi à rappeler les plus importants
chapitres de la vie de très-haute et très-défunte dame l'Année 1843!...
Mais déjà la divinité m'anime et m'inspire; les morts ressuscitent, et
je vois se dérouler derrière moi les faits merveilleux qui donnent à
l'année qui n'est plus une place à part dans l'immensité des siècles.