Une version analogue est celle de P. de Sala qui a reçu les confidences

d'un chambellan du Roi[973].

[Footnote 973: «Monseigneur de Boissy, dit-il, me conta entre aultres

choses le secret qui avait esté entre le roy et la Pucele, et bien le

povoit scavoir, car il avoit esté en sa jeunesse tres aymé de ce roy,

tant qu'il ne voulut oncques souffrir coucher nul gentilhomme en son

lit fors que lui». J. Quicherat, _Procès de réhabilitation..._, t. IV,

p. 280]

Les anxiétés de Charles VII se trouvent aussi consignées dans le

«_Miroir des femmes vertueuses_», où le jeune Roi nous est représenté

«sillogisant la nuit en sa pensée, ses graves affaires,» et, tandis que

ses gens dormaient, se levant doucement «et à nuds genoux» suppliant

Notre-Dame que, «s'il estoit vray fils du Roy de France et héritier de

sa couronne», elle l'aidât à recouvrer son royaume[974]. L'existence

d'un secret entre la Pucelle et Charles VII est affirmée par plusieurs

historiens du temps, par les témoins du procès à décharge, et si,

presque tous, par prudence sans doute, prétendent ignorer ce que se

dirent Charles et Jeanne, ou révèlent simplement que celle-ci rappela

au Roi un vœu qu'il avait fait en son privé[975], Frère Jean Pasquel,

de l'ordre de Saint-Augustin, confesseur de Jeanne, dépose que sa

pénitente s'écria: «Et moi je te dis de la part de Messire que tu es

vray héritier de France et fils du Roy[976]!» Cette parole rassura

Charles et le releva de son accablement.

[Footnote 974: J. Quicherat, _Procès de réhabilitation_, t. IV p. 280.]

[Footnote 975: Simon Charles, qui était maître des requêtes à la

chambre des Comptes en 1429, et qui assistait à l'entrevue de Chinon,

déclara au procès de réhabilitation «que Jeanne avait parlé longtemps

avec le roi, et que celui-ci après l'avoir entendue, paraissait

joyeux». J. Quicherat.., t. III p. 116.--Jean d'Aulon, chevalier

célèbre par ses exploits, que Charles VII avait chargé de veiller sur

Jeanne, dit: «parla la dicte Pucelle au roy notre sire secrètement,

et lui dist aucunes choses secrètes lesquelles il ne sect». J.

Quicherat.., t. III p. 209.--On lit aussi dans le _Journal du siège

d'Orléans_ «et depuis mesne déclara au roy en secret, présent son

confesseur et peu de ses secrets conseillers, ung bien (c'est-à-dire

un vœu) qu'il avoit fait dont il fut fort esbahi, car nul ne le povoit

sçavoir, sinon Dieu et luy». _Procès de réhabilitation_, t. IV p. 128.]

[Footnote 976: J. Quicherat, _Procès de réhabilitation.._, t. III, p.

103.]

Les seules insinuations des Anglais n'auraient pas suffi à troubler

à ce point le cœur du jeune prince s'il n'avait entendu, dans son

entourage même, d'anciens serviteurs de son père s'entretenir des

scandales passés. Or, d'après nos références, ces scandales seraient

postérieurs à la naissance de Charles (février 1403)[977]. En effet, la

Reine ne paraît avoir définitivement rompu avec son mari que beaucoup

plus tard. De plus, et sans nous arrêter à la gênante clairvoyance de

Philippe de Bourgogne, un gros obstacle pourtant dans la circonstance,

Isabeau aurait aimé longtemps sans découvrir son amour, et Louis

d'Orléans, réputé si volage, se serait trouvé enchainé précisément

à cette époque; il avait alors pour maîtresse «Maret la tonse

mignote»[978], cette Maret, «qui le miex dansoit», et qui n'était autre

que Mariette d'Enghien, dame de Cany, dont il eut, entre 1402 et 1404,

un fils, Dunois, le célèbre bâtard d'Orléans[979].

[Footnote 977: G. de Beaucourt, _Histoire de Charles VII_, t. I, p.

1-5.]

[Footnote 978: _Le Pastoralet_, vers 389, (_Chr. Belge_, textes fr., p.

585).]

[Footnote 979: Jarry., _Vie politique de Louis d'Orléans_,

Introduction, p. XVI.]

Donc, si l'on en croit certains témoignages de contemporains, la Reine

aurait aimé le duc d'Orléans; mais en admettant que l'accusation soit

vraie, il nous semble qu'Isabeau s'est abandonnée à moitié entraînée

par la passion, à moitié déterminée par des raisons politiques.

On se rappelle que la Reine et le duc d'Orléans, tous les deux

parfaitement d'accord sur la plupart des questions de politique

intérieure, étaient au contraire profondément divisés sur les affaires

du dehors: il n'est pas invraisemblable qu'Isabeau, dégagée de tous

scrupules conjugaux, et Louis, à qui aucune conquête ne paraissait

impossible, aient pensé, chacun de son côté et en même temps, à se

rendre maître de son antagoniste par la séduction.

Disons enfin que la mort du duc de Bourgogne jeta la Reine dans

les bras du duc d'Orléans. Cette assertion est vraie, au moins au

point de vue politique, car effrayée par l'attitude menaçante de

Jean-Sans-Peur[980], héritier de Philippe-le-Hardi, et se sentant trop

faible pour rallier autour d'elle les fidèles du Roi et se faire centre

d'un parti, Isabeau demanda, en quelque sorte aide et protection à

Louis d'Orléans.

[Footnote 980: Jean de Bourgogne avait reçu le surnom de _Sans-Peur_,

pour sa belle conduite à la bataille de Nicopolis en 1396.]

Le nouveau duc de Bourgogne avait toujours été antipathique à la Reine,

à cause de sa laideur et de ses façons hypocrites. Son masque était

dur: sourcils épais, regard fuyant, bouche méchante, énorme menton noyé

dans la graisse[981]. Son langage était mielleux, ses gestes lourds ou

brutaux. En sa présence, Isabeau éprouvait une peur instinctive; car

elle devinait son vilain cœur, et le jugeait capable de tout. Bientôt

pourtant, elle traitera avec cet homme, et alors elle semblera ne pas

s'être livrée tout entière au duc d'Orléans, mais seulement s'appuyer

sur son bras; on la verra même, dans ces conjonctures, prendre des

sûretés contre celui-ci, pour lui rendre ensuite toute sa confiance.

Ces revirements de l'ondoyante Isabeau, supportés d'ailleurs avec

indifférence par Louis, font douter que des liens très étroits aient

uni ces deux personnages: tout bien examiné, ils font beaucoup plus

l'effet de partenaires que d'amants.

[Footnote 981: Voy. un portrait de Jean-sans-Peur duc de Bourgogne, au

musée Condé à Chantilly.]

* * * * *

Nous avons prolongé, dans cette étude, la jeunesse d'Isabeau de Bavière

jusqu'à la trente-cinquième année parce qu'alors seulement le caractère

politique de cette Reine nous apparaît entièrement formé. Après vingt

ans de règne, pendant lesquels elle a reçu les enseignements de

Philippe de Bourgogne, elle ne peut plus ignorer aucune des traditions

du Royaume de France. Mais elle est restée allemande au fond du cœur

et bientôt on la verra, inconsciente de la noble tâche qui lui était

échue, présider en quelque sorte aux malheurs qui déchireront le

royaume, et qui, durant de longues années, le couvriront de misères

et de ruines jusqu'à ce qu'une fille héroïque, venue des Marches de

Lorraine, sauve la couronne que cette étrangère avait failli perdre.

TEXTES INÉDITS

I

_8 février 1389_[982].

SAUF-CONDUIT ACCORDÉ PAR ISABEAU, REINE DE FRANCE, À L'ABBAYE DE

LONGCHAMPS (Orig. Arch. Nat. K 53, pièce 79.)

[Footnote 982: Nouveau style.]

Elysabeth, par la grâce de Dieu royne de France, à touz fourriers,

preneurs, chevaucheurs, portechappes, varles, aides et soubzaides

d'escuirie et de fourriere, poullailliers, bouchiers et touz autres

commis et deputez ou à deputer et commettre à faire prises pour

les garnisons, pourveances, despense et service de nostre hostel,

aus quiex ces lettres seront monstrées, salut. Nous, pour la grant

affeccion et devocion especiale que nous avons à noz bien amées les

religieuses de Long champ et à leur église, vous mandons et enjoignons

expressement et à chascun de vous defendons si estroittement comme nous

povons, que vous, ou aucuns de vous, par vertu de quelconques lettres

données ou à donner de nous, des maistres de nostre dit hostel ou de

commandement de bouche qui par eulx vous soit fait, pour quelconques

cause, besoing ou nécessité que ce soit, ne prenez, faciez ou souffrez

prandre, saisir, lever, arrester ou empescher en la ditte eglise et

abbaye de Long champ, ne en aucun hostelz, granches, manoirs ou autres

lieux appartenens aus dittes religieuses, aucuns blez, vins, feins,

feurres, aveines, forrages, chevaux, harnoiz, charioz, charettes, ne

autres voitures, cousces, coissins, couvertures, draps de lit, tables,

fourmes, tresteaux, busche, nappes, toailles, fruiz, oefs, fromages,

buefs, vaches, veaux, moutons, pourceaux, couchons, aignaux, chevreaux,

chapons, gelines, poucins, oes, oisons, pigons, lars, ne autres choses

quelconques appartenens ausdittes religieuses où à leurs fermiers, mais

se aucunes des choses dessuz dittes ou autres appartenens à elles ou à

leurs diz fermiers estoient par vous ou l'un de vous prises, levées,

arrestées ou empeschées, en leurs lieux dessuz diz ou dehors, si les

rendez et faites mettre à plain et au delivre, si tost que requis en

serès, sanz aucun refuz ou delay, saichans de certain que, s'il vient à

nostre cognoiscence que vous faciez le contraire, il nous en desplaira

grandement et vous en ferons telement punir que ce sera exemple à touz

autres. Mandons aussi aus diz maistres de nostre hotel que, tantost

ces lettres veues et sanz autre mandement attendre, mettent à pleine

delivrance tout ce qui par vous ou aucun de vous en auroit esté pris

ou arresté, ou cas que de ce faire seriés refusans ou delayans, et que

aus dittes religieuses et à leurs diz fermiers facent faire pleine

restitucion et satisfacion de touz les domages qu'il auront en ce

euz, aus fraiz de celli qui aura fait la ditte prise ou arrest, car

ainsi le voulons nous estre fait et aus dittes religieuses l'avons

ottroyé et ottroyons de grace special par ces présentes, nonobstant

lettres données ou à donner et ordennances, mandemens ou défenses à ce

contraires. Donné à Conflans lez le pont de Charenton, le VIIIe jour de

février, l'an de grâce mil trois cens quatre vins et huit.

Par la royne, présent madame la comtesse de Eu.

J. SALAUT.

_Au dos_: Sauve conduit.

II

Liste des dames et damoiselles présentes aux fêtes de Saint-Denis, le

premier mai 1389 (Arch. Nat. K K 20, fol. 166-170).

Cy après s'ensuivent les noms des... dames... et damoiselles qui ont

esté à la feste du premier jour de may à Saint-Denis, qui ont eu robes

à la dicte feste et dons de joyaux au département d'icelle feste.

C'est assavoir

. . . . . . . . . . . . . .

. . . . . . . . . . . . . .

La Royne

La Royne de Cezille

. . . . . . . . . . . . . .

. . . . . . . . . . . . . .

DAMES

Mme de Saint Pol.

Mme de Coucy.

Mme de Preaulx.

Mme de Liches.

Mme de Partenay.

Mme la vicomtesse de Meaulx.

Mme de la Riviere.

Mme de Beausault.

Mme de Garencieres.

Mme de Graville.

Mme de Ferieres.

Mme de la Ferte.

Mme de Chevreuse.

Mme des Bordes.

Mme de Hangest.

Mme la vicomtesse de Breteuil.

Mme de Courcy.

Mme de Chinq.

Mme de Boulainvilliers.

Mme de Boisy.

Mme de Mesy.

Mme de Montigny.

Mme du Bacinet.

Mme de Chyvres.

Mme de Saint Simon.

Mme de Sauflieu.

Mme de Manubeville.

Mme de l'Espinay.

Mme de Saumont.

Mme de Boulay.

Mme de Quintry.

Mme de Godarville.

Mme de Precy.

Mme du Quesnoy.

Mme de Houllebecque.

Mme de Hainceville.

Mme des Barres.

Mme de la Choletiere.

Mme de Milly.

Mme de Noviant.

Mme de Bris.

Mme sa sœur.

La femme monseigneur Oudart le Hongre.

Mme de Montenglant.

Mme de Salvigny.

Mme de Fontenay.

Mme Marie d'Orgemont.

La femme messire Charles de Hangest.

Mme de Vavillier.

La femme messire Guillaume Cassinel.

La femme messire Pierre de Villainnes.

La femme messire Mahieu de Montmorency.

La femme monseigneur Tauppin de Villiers.

La femme messire Gauvain de Bailleul.

Mme de Nedouchel.

DAMOISELLES ET BOURGOISES DE LA VILLE DE PARIS

Madamoiselle de Luxembourc.

Madamoiselle de la Riviere.

Madamoiselle de Noviant.

Madamoiselle d'Antoing.

Madamoiselle d'Avranchy.

Madamoiselle de Marcoignet.

Une des damoiselles de Mme de Saint-Pol.

Une autre damoiselle de la ditte dame.

Deux damoiselles de Mme de Coucy.

La damoiselle Mme de Preaulx.

La fille de la dicte damoiselle.

La damoiselle Mme de la Rivière.

Madamoiselle de Haqueville.

Madamoiselle de Mauny.

Madamoiselle de Harenchy.

Madamoiselle de Sarquegny.

Madamoiselle de Graville.

La fille de la femme messire Pierre de Villainnes.

La femme Regnault d'Engennes.

La femme Jehannet d'Estouteville.

Madamoiselle de Gaucourt.

Margot de Trie.

Katherine de Villiers.

La femme du Breton de la Bretonnière.

La femme Enferriet.

La femme Guillaume d'Orgemont.

Mabillette, damoiselle de la Royne.

La femme Maistre Yves Darien.

Madamoiselle de Jouy.

La femme Estienne Braque.

La mère Montagu.

Sa fille.

La mère Boitel.

La femme dudit Boitel.

Sa seur.

La femme Maistre Jaques de Rully.

La femme Simonnet Spifame.

Jehannette d'Angeliers.

La seur messire Guillaume de Lyon.

L'aisnée fille de la femme de Jehan de Hangest.

Deux damoiselles de Mme de Saint-Pol oultre les II premières.

La mère Guillaume d'Aunoy et sa fille.

Perrette de Valdetar.

La femme Berthaut de Lendes.

La femme Simonnet de Dampmartin.

La femme Gabriel Fatinent.

La femme Jaquet du Puis.

La femme Colin Boulart.

La femme Jaquet Johem.

La femme Maistre Jehan Jouvenel.

La femme Michiel de Vitry.

La femme Rogerin le Mire.

La femme Arnoul Bouchier.

La femme Michiel de Sablon.

La femme Nicolas de Mauregart.

La femme Pierre Pagan.

La femme Robert Thierry.

Les II filles de Jehan de Vaudetar.

III

TOILETTES DE LA REINE ISABEAU AUX FÊTES DE L'ENTRÉE A PARIS ET DU

SACRE, 22-27 août 1389 (Arch. Nat. KK 20 fol. 101-165).

Despense et mises

A Dine Rapponde, mercier, demourant à Paris, pour deux pièces de satin

vermeil en graine achetées de lui et baillées à Pierre l'Estourneau,

tailleur de robes et varlet de chambre de madame la royne, pour lui

fere un mantel a las par devant, pour vestir le jour de son sacre à la

messe, pour ce, au pris de XXIII livres parisis[983] la piece, par sa

quittance donnée le XVe jour de janvier l'an mil CCCIIIIXX et neuf.

XLVIII l. p.

[Footnote 983: La monnaie parisis était une monnaie de compte; sa

valeur intrinsèque était supérieure d'un quart à la valeur de la

monnaie tournois.]

A Pierre Pagant, mercier, demourant à Paris, pour deux pieces et demie

de cendal vermeil tiercelin achetées de lui et baillées audit Pierre

l'Estourneau, pour fourrer ledit mantel de satin vermeil en graine pour

la dicte dame, pour vestir le jour de son sacre à la messe, pour ce, au

pris de VI livres VIII sous parisis la piece, valent. XVI l.

A lui, pour une aune de veloux vermeil en graine achetée de lui et

baillée à Jehan du Vivier, orfevre et varlet de chambre du roy notre

sire, pour housser et garnir par dedans deux grans estuys de cuir bouly

et un autre plus petit, pour mettre et porter les couronnes et chapeaux

de madame la royne pour ladicte feste, pour ce VI l. VIII s. p.

A lui, pour une aune de cendal vermeil en graine achetée de lui pour

faire bourreles pour l'atour du chef de ladicte dame, pour ce XXII s. p.

A lui, pour une piece et demie de cendal vermeil tiercelin achetée de

lui et baillée à Perrin l'Estourneau, tailleur des robes de la royne,

pour fourrer la robe du sacre de ladicte dame, pour ce IX l. XII s.

Chenevacerie

A Thomassin le Borgne, marchant de toilles, demourant à Paris, pour XVI

aunes de fine toille de Reims achettées de lui et baillées à Perrin

l'Estourneau, pour faire un grant et large doublet de IIII toilles,

fait en maniere de chemise, qui a esté fendu devant au collet et par

derriere, pour ladicte dame qu'elle a eu et vestu à la messe le jour de

son sacre, pour ce, au pris de XII s. p. l'aune, valent. IX l. XII s. p.

A lui, pour V aunes de ladicte toille achettées de lui et baillées

à Perrette d'Angers, couturiere du roy notre sire, pour faire une

chemise, fendue au collet par devant et par derriere, que ladicte dame

a eu et vestu dessoubz le dit doublet,..... pour ce, au pris de XII s.

p. l'aune, LX s. p.

Pennes et fourrures

Audit Simon de Lengres, pour la fourreure d'une chappe de veloux azur

brodé à fleurs de liz, pour madame la royne, pour ladicte feste

de sa venue à Paris, VcXXXIIII ventres de menu vair, au pris de XL

livres parisis le millier, valent XXI l. VII s. VII d. p., et pour les

eschancres, paremens et pour le chapperon VI XIInes de letices[984], au

pris de XL s. p., valent XII l. p., pour tout XXXII l. VII s. II d. p.

[Footnote 984: Letice: animal d'une grande blancheur qui était

peut-être une variété de l'hermine; s'employait le plus souvent pour

désigner une fourrure de couleur blanche.]

A lui, pour la fourreure d'un mantel à parer de veloux violet brodé

de perles, pour ladicte madame la royne, pour ladicte feste, IIIcX

hermines au pris de IICLXXII l. p. le millier, valent IIIIXX IIII l. p.

A lui, pour la fourreure d'un seurcot ouvert de veloux violet, de

mesmes ledit mantel, IIIcXXXII ventres de menu vair, et pour les

eschancres II XIInes IIII letices. Item, pour la fourreure d'un seurcot

court de mesmes, Vc LVI ventres de menu vair, et pour les pourfilz

de dessoubz manches, tours de bras et amigaux[985] XV XIInes IIII

letices,..... pour tout LXXII l. XVIII s. I d. p.

[Footnote 985: Amigault: ouverture, fente d'un vêtement.]

Joyaulx d'or et d'argent

A Jehan du Vivier, orfevre et varlet de chambre du roy notre sire,

pour avoir fait et forgé XL boutons d'or, faiz et ouvrez en maniere

de fleur et foeille de mouron esmaillez, c'est assavoir la moitié de

vert et l'autre moitié d'or, à une fleur bleue, garniz chacun bouton de

un balay et de V grosses perles,..... lesquieux boutons d'or ont esté

faiz pour mettre et asseoir sur un corset de broderie, pour ladicte

dame, pour ladicte feste de sa venue à Paris,..... VIIIXXIIII l. XII s.

p., et pour la facon desdiz boutons... IICXL l. p., et pour la facon

et esmail des III autres doux d'or faiz pour patron... XVIII l. p.,

et pour avoir coppé en deux l'un des balaiz des garnisons de ladicte

madame la royne XXIIII s. p., pour tout.

IIICIII l. XII d. p.

Audit Jehan du Vivier, pour avoir fait et forgé la garnison de la bonne

coiffe de la roine, en laquelle il a fait et forgé XIII troches[986]

d'or, esquelles il a mis et assis LII grosses perles et en chacune un

gros dyament et XII chastons, ou il a mis et assis XII gros balais, et

IIIIxx autres chastons d'or, esquelz ontesté mis et assiz XL balais et

XL saphirs, et pour avoir fait et forgé IIIIxx autres troches d'or,

esquelles ont esté mises et assises IIcXL perles, chacune troche de

III perles et I dyament ou millieu, ainsi sont mis en ladicte coiffe

IIIIxxXIII dyamens, c'est assavoir XIII grans et IIIIxx petis dyamens,

desquelz il en y a XLIII d'achat et XL dyamens de l'inventoire du dit

orfèvre de la piererie à lui pieca baillée après le trespassement de

feu le roy Charles darrenier trespassé, lequel Dieux absoille, pour

ce,... et pour façon, peine et sallaire dudit orfevre d'avoir fait et

forgé toute l'orfaverie de ladite coiffe,.... et pour avoir fait et

forgé en ycelle IIIIxx petis chatons d'or, ou il a mis et assis IIIIxx

petis dyamens,..... pour tout, par quittance donnée le XVIIe jour

d'aoust l'an IIIIxx et IX..., XVIIIc LXI l. VIII s.

[Footnote 986: Troche: réunion de pierres précieuses et de perles en

bouton, etc.]

IX d. p.

A Jehan du Vivier, pour V onces[987] XVI esterlins d'or, VI esterlins

pour dechet, par ledit orfevre mis et emploiez en avoir faiz et forgé

deux pieces d'œuvre d'or pour le chappel de la royne, appelé le chappel

d'Angleterre, lesquels il a garnies de la piererie qui s'ensuit: c'est

assavoir, la grant piece d'un gros balay, de XII grosses perles et IIII

beaulx saphirs et de VII gros dyamens, et l'autre piece d'œuvre garnie

de I ballay, de I saphir et de deux dyamens, XXXV l. XVIII d. p., et

pour peine, sallaire et façon de ladicte besongne, et aussi pour avoir

reffait une autre piece d'or dudit chappel, en laquelle piece il a

esté mis un gros saphir carré, et ycellui chappel avoir refait et mis

à point, et pour feulles qu'il a mises en toute ladicte piererie LXIII

l. p., ouquel ouvrage, pour accomplir et parfaire lesdictes deux pieces

d'œuvre d'or pour le dit chappel, le dit orfevre a mis, de la piererie

a lui baillée en garde et dont il est chargez par inventoire, XII

grosses perles, II balais, V saphirs et VIII dyamens et deux dyamens

d'achat, pour ce, pour tout

[Footnote 987: Once, ancien poids qui était la 16e partie de la livre

de Paris; les orfèvres divisaient l'once en vingt esterlins, chaque

esterlin en deux mailles.]

IIIIXXXIX l. XVIII d. p.

Audit Jehan du Vivier, pour II onces XV esterlins d'or, par lui mis et

emploiez en avoir fait et forgé XLVIII charnieres d'or, pour allongner

et croistre le cercle de la couronne de la royne et ycellui avoir toute

remuée la piererie de ladite couronne, pour ce,.... et pour facon,

peine et sallaire dudit orfevre, et pour avoir remis a point ledit

cercle,..... pour tout XLI l. VIII s.

III d. p.

Au dit Jehan du Vivier, pour un once, XI esterlins d'or, en ce comprins

le dechet, par le dit orfevre mis et emploiez en avoir fait et forgé

XXXII charnieres d'or, pour allongner le cercle de la royne, appelé

le cercle qui fut Jehan de Lisle, et ycellui avoir rafreschy et mis à

point,..... pour tout,

XXIII l. XVIII s. II d. p.

* * * * *

..... Compte de Jehan Pichon varlet pelletier et fourreur des robes du

roy...

Item, pour avoir fourré de menu vair une chappe de veloux azur, brodée

à fleurs de liz, un mantel à parer de veloux vyolet, brodé de perles,

un seurcot ouvert de mesmes et un seurcot court,..... pour avoir

defourré et refourré d'ermines ledit mantel à parer,..... pour tout,

X l. VIII s. p.

* * * * *

..... Compte de Robinette Brisemiche, cousturiere de la royne.

* * * * *

Item, pour la façon d'une grant et large chemise, fendue au collet

par devant et par derriere, faicte de V aulnes de fine toille de

Reims,..... pour ce,

VI s. p.

* * * * *

Les parties de la somme de trente-cinq livres quatorze solz parisis

contenue ou compte de Pierre l'Estourneau, tailleur des robes et varlet

de chambre de madame la royne, de toutes les facons de robes et autres

garnemens par lui faiz pour la dicte dame, pour la feste de sa venue à

Paris, s'ensuyvent:

Et premièrement, pour la façon d'une robe à chappe de IIII

garnemens,..... ouvrée de broderies de perles, c'est assavoir, chappe,

mantel à parer, seurcot ouvert et petite coste, faite de IX pieces, une

aulne et demie de veloux vyolet taint en graine, achetées de Robert

Thierry, le XIXe jour de juillet, CCC IIIIxx et IX, pour ce, pour

peine, façon et estoffes, pour tout,

XX l. p.

Item, pour la façon d'un corset ront, ouvré de broderie,..... fait

d'une piece et une aulne de semblable veloux violet, achetées de Pierre

Pagant ledit jour, pour ce, pour facon et estoffes, pour tout,

XLVIII s. p.

Item, pour la façon et estoffes d'une cotte simple, faicte d'une piece

et une aulne de veloux azur alexandrin senz destaindre, achetées

dudit Pierre Pagant, le XXIe jour du dit moys de juillet, pareil à

une chappe brodée à fleurs de liz,..... et aussy pour la facon d'un

chapperon et mantonnieres à ladicte chappe, faictes du demourant du dit

veloux, et ycelle chappe avoir remis à point, pour ce, pour tout,

IIII l. p.

Item, pour la facon d'une cotte double de deux satins, pour le sacre de

la royne,..... le IIIIe jour d'aoust,..... pour ce, pour peine, facon

et estoffes, pour tout, LXIIII s. p.

Item, pour la facon d'un grant et large doublet,..... fait en maniere

de chemise,..... pour tout,

LX s. p.

Item, pour la facon d'un mantel à laz, que ladicte dame ot à la messe

le jour de son sacre,..... lequel fut doublé de deux pieces et demie de

cendail vermeil tiercelin, achetées dudit Pierre Pagant, le XVe jour

dudit moys d'aoust, pour ce, pour facon et fourrage

LX s. p.

Et pour écrire le compte du dit Pierre l'Estourneau en parchemin, et

pour parchemin à ce fait, pour tout,

II s. p.

IV

_3 février 1390[988]._

[Footnote 988: Nouveau style.]

QUITTANCE DONNÉE PAR LA REINE ISABEAU D'UNE SOMME DE TROIS CENTS

FRANCS D'OR.--(Copie, Bibl. Nat., mss. fr. 20 367, fol. 72).

Ysabel, par la grâce de Dieu royne de France, à nos chiers et bien

amez les gens des comptes de Monseigneur à Paris, salut. Comme par

l'ordonnance de mondit seigneur, nous doyons avoir chascun moys sur

les deniers des aydes pour la guerre 300 frans d'or pour mettre en nos

coffres, les avons recus de Jaque Hemon, receveur general desdites

aides, pour janvier dernier. Donné à Paris, le 3 fevrier 1389.

Par la royne,

J. SALAUT.

_Scellé en cire rouge._

V

_15 avril 1404._

Isabeau de Bavière, reine de France. La jeunesse, 1370-1405 · 第 22 / 23 段