Le clair de lune d’automne est blanc comme la neige;
Le vent d’automne, comme un fer, me coupe le visage.
Une lampe pâle, placée à côté de mon métier,
M’éclaire toute la nuit et, seule, me tient compagnie pendant que je
tisse.
Le produit d’une nuit passée à veiller n’est que de quelques mètres;
Celui de deux veilles ne me donne pas encore la matière d’une pièce.
J’ai bien besoin de repos. Mais le souci du lendemain m’empêche d’y
penser.
Hier, en allant à la ville, vendre le fruit de mes veilles,
J’ai vu la splendide corbeille d’une riche mariée,
Composée de plusieurs milliers de pièces de soie et de douze malles,
pleines de vêtements.
Qu’elle est heureuse, cette mariée qui, sans connaître le mûrier ni le
ver à soie, possède tant de robes!
Je rentre triste et pleure, devant mon métier, en pensant à ma
malheureuse personne,
Qui passe sa vie à fournir les vêtements pour d’autres... qui se
marient!
Dans un mouvement de désespoir, je saisis les ciseaux, pour couper
mon étoffe!...
En me couchant, j’entends les grillons, qui crient dans la cour, comme
pour m’appeler et me dire de me mettre de nouveau au travail.
Je ne connais rien de plus douloureux que la plainte de cette pauvre
fille; que ces accents à la fois si doux et si mélancoliques de
l’ouvrière.
Pour aujourd’hui, j’en reste là, je crois avoir donné par les extraits
reproduits ci-dessus une idée approximative de la valeur littéraire de
nos femmes-poètes. Je serai heureux, si le lecteur trouve aussi qu’il se
dégage une véritable poésie de ces productions des bas-bleus chinois.