LES ORGUES

Requiem æternam dona eis, Domine.

Seigneur, ces pèlerins des routes de la vie

Ont peiné tout le jour vers le terme divin:

Au lieu des puits d'eau vive et des outres de vin,

Ils se désaltéraient aux calices d'envie.

Desséchés par le hâle et brûlé par le ciel

Torride, haletant de la soif infinie,

Ils ont bu, comme Christ en sa lente agonie,

La mauvaise liqueur de vinaigre et de fiel.

Sous les savantes mains d'atroces sagittaires,

Des flèches s'envolaient vers eux d'arcs inconnus

Et d'invisibles fouets mordaient leurs torses nus

Et du métal ardent coulait dans leurs artères.

Ils marchaient pesamment sous le faix de leurs croix

Avec le seul espoir de ta bonté future;

Mais les loups de l'enfer guettent la créature

Et happent en chemin l'âme que tu mécrois;

L'inextinguible feu hurle dans la géhenne

Et les damnés jetés aux abîmes grondants

N'apaisent point la faim terrible de ses dents

Et son gosier féroce est avivé de haines;

N'écarte pas de toi les fidèles troupeaux;

Le soir descend; après les heures sans prairies,

Voici l'instant rêvé des calmes bergeries:

Ouvre, ô Pasteur des morts, le bercail de repos.

La lyre héroïque et dolente · 第 123 / 136 题