IX

Tout à l'heure, un essaim de mauves s'envolait,

Majestueux, au ras des vagues aurorales:

Les oiseaux fendaient l'air de leurs ailes égales

Et nageaient dans l'azur vers l'horizon de lait.

Ils allaient: le soleil semait sur les prairies

Marines des fleurs d'or et de chrysobéril

Et l'on eût cru là-bas des papillons d'avril

Sur un champ constellé de rares pierreries.

Ils allaient: maintenant que dans le clair matin

La blancheur de leur vol splendide s'est fondue,

Je cherche obstinément au fond de l'étendue

Le souvenir neigeux de leur essor lointain.

Nul des flocons perdus dans les brumes d'opale

N'argente plus la plaine immobile des flots

Et la seule clameur des antiques sanglots

Monte plus tristement vers le lac du ciel pâle.

O Chère, ô pâle ciel d'amour qui te mirais

Dans la mer somptueuse et calme de mes rêves

Quels abîmes d'azur et d'Océans sans grèves

Ont englouti le vol de mes désirs secrets?

Je ne sais: le regard a lassé ma prunelle,

La solitude morne emplit mon coeur, j'entends

Dans le double infini de l'espace et du temps

Monter le râle amer de l'angoisse éternelle.

X

Je ne veux pas courber la tête sous tes pas

Ni baisser devant toi mes yeux; je ne suis pas

Un mendiant d'amour et d'aumônes charnelles

Et la honte des pleurs souillerait mes prunelles.

Mais dans la nuit semblable à mon coeur sombre et fier

J'irai dire mon mal aux vagues de la mer:

Elle me bercera la mer consolatrice

Avec des rhythmes lents et des chants de nourrice.

J'écouterai sa voix et je m'endormirai:

Comme un enfant, tandis qu'en un jardin sacré

Surgira, bleu de rêve et parfumé de menthe,

Le magique palais où tu seras clémente.

La lyre héroïque et dolente · 第 105 / 136 题