Tout à l'heure, un essaim de mauves s'envolait,
Majestueux, au ras des vagues aurorales:
Les oiseaux fendaient l'air de leurs ailes égales
Et nageaient dans l'azur vers l'horizon de lait.
Ils allaient: le soleil semait sur les prairies
Marines des fleurs d'or et de chrysobéril
Et l'on eût cru là-bas des papillons d'avril
Sur un champ constellé de rares pierreries.
Ils allaient: maintenant que dans le clair matin
La blancheur de leur vol splendide s'est fondue,
Je cherche obstinément au fond de l'étendue
Le souvenir neigeux de leur essor lointain.
Nul des flocons perdus dans les brumes d'opale
N'argente plus la plaine immobile des flots
Et la seule clameur des antiques sanglots
Monte plus tristement vers le lac du ciel pâle.
O Chère, ô pâle ciel d'amour qui te mirais
Dans la mer somptueuse et calme de mes rêves
Quels abîmes d'azur et d'Océans sans grèves
Ont englouti le vol de mes désirs secrets?
Je ne sais: le regard a lassé ma prunelle,
La solitude morne emplit mon coeur, j'entends
Dans le double infini de l'espace et du temps
Monter le râle amer de l'angoisse éternelle.
X
Je ne veux pas courber la tête sous tes pas
Ni baisser devant toi mes yeux; je ne suis pas
Un mendiant d'amour et d'aumônes charnelles
Et la honte des pleurs souillerait mes prunelles.
Mais dans la nuit semblable à mon coeur sombre et fier
J'irai dire mon mal aux vagues de la mer:
Elle me bercera la mer consolatrice
Avec des rhythmes lents et des chants de nourrice.
J'écouterai sa voix et je m'endormirai:
Comme un enfant, tandis qu'en un jardin sacré
Surgira, bleu de rêve et parfumé de menthe,
Le magique palais où tu seras clémente.