UN CHOEUR D'ANGES

Enfant, les cieux songés, blancs de lys et de vierges

Plus blêmes que la cire odorante des cierges,

Et les jardins semés d'étoiles, les sommets

D'hermine chaste et de candeurs impolluées

Mirés aux lacs où vont les cygnes des nuées,

Enfant, les cieux songés seraient clos à jamais.

Arrière, le troupeau neigeux d'immaculées!

Vers l'amoncellement des glaces reculées,

Les rouges Kéroubim vous repoussent du seuil

Eblouissant: les crins de votre âpre cilice

Vous sont une moelleuse et royale pelisse:

Votre virginité n'est ivre que d'orgueil.

Arrière! le blé mur épars des Madeleines,

Epars sur les pieds nus avec les urnes pleines,

Brûle seul dans la sainte auréole de feu.

Dans le brasier de Christ, avivé de colères,

Vous fondriez, ô froides fleurs des soirs polaires,

Qui ne parfumez pas les hommes avant Dieu.

Lorsque le Rédempteur eut brisé les statues

D'autrefois, parmi les colonnes abattues,

Il laissa reverdir, seul d'entre les Maudits,

Erôs, et lui donna pour royaume la Terre:

Immortelle, la soif des lèvres vous altère,

Et l'enfer des baisers vaut notre paradis.

Va! l'Olympe aboli revit dans votre race;

La meute des désirs vous poursuit à la trace,

Et vous n'évitez pas les flèches de l'Archer.

Prends garde d'oublier les cieux songés, ô vierge:

L'amour à l'horizon de ta jeunesse émerge;

J'ai vu, dans l'Orient, l'invincible marcher.

LA JEUNE FILLE éperdue des paroles ouies et béante d'horreur mystique

invoque, en balbutiant, Madame Marie qui sourit, doucement couronnée

d'astres, au fond d'une fresque byzantine, et des cimes de l'azur tend

les mains vers un vol d'âmes en peine: VENITE AD ME DILECTÆ MEÆ.

Je ne sais plus si c'est mon rêve que j'écoute,

Ou si la source en moi s'infiltre goutte à goutte

Qui ruisselle des luths et des psaltérions,

Et si j'entends le Diable ou les Anges. Prions.

Tueuse du serpent. Reine du bleu stellaire,

Le dérobeur d'épis maraude autour de l'aire:

Le voleur d'âmes vient des abîmes et fuit:

Chassez le tentateur et le rôdeur de nuit.

Tandis que s'égrènent les litanies, un fracas assourdi d'armures

irradiées glisse lentement, entre les tentures héroïques où

s'enchevêtrent de furieuses mêlées.

LA JEUNE FILLE, éveillée en sursaut des prières, se lève frissonnante

vers SON PÈRE et le guerrier convulsif brûle ses mains de caresses, de

caresses incestueuses et brutales.

Et l'enfant hurlante s'arrache des baisers sacrilèges. Elle va jusqu'à

la grand salle où LE SERVITEUR courbé fourbit les larges glaives et les

panoplies.

La lyre héroïque et dolente · 第 79 / 136 题