MYSTÈRE

_A Maurice Peyrol._

_PERSONNAGES_

LA JEUNE FILLE.

LE POÈTE.

LE CHOEUR D'ANGES.

LE PÈRE.

LE SERVITEUR.

_L'action se passe n'importe où et plutôt au moyen âge._

Dans la chambre silencieuse, où flotte par les vitraux glauques la soie

resplendissante de l'aurore, LA JEUNE FILLE est agenouillée et prie en

sa blancheur adorable de lys.

Le large bliaud damassé, broché de calices d'argent, qui neige sur sa

poitrine et l'étoile, est à peine agité par le souffle du corps pâle

sculpté dans un marbre vivant.

Elle lit dans le lourd missel incrusté de joailleries, mais d'une voix

si basse qu'elle semble un frôlement somptueux d'étoffes que froissent

dans l'éther des princesses lointaines.

Elle laisse tomber le livre et les yeux tournés vers un Christ exsangue

sur un ciel ensanglanté, elle clôt ses lèvres entr'ouvertes et se prend

à prier des rêves sans paroles.

O Jésus, écartez les griffes du Malin.

Les anges de saphir dorment dans le vélin;

Les graves lettres d'or pèsent aux ailes blanches;

La colombe du ciel s'englue après les branches,

Et la prière est prise au piège des versets.

O livre, le parfum sacré que tu versais

Vaut moins, pour le Sauveur et pour ses mains percées,

Que l'inappréciable encens de mes pensées.

Mon bien-aimé, mêlés à vos élus divins,

Mes rêves purs, avec le choeur des Séraphins,

Allégés du fardeau des paroles antiques,

Mes rêves ont chanté plus haut que les cantiques;

Et quand mon âme, un jour, s'évadera du corps,

Je volerai dans les Splendeurs et les Accords

Faits de flamme subtile et de claire harmonie,

Et je rayonnerai dans la gloire infinie,

Autour du front terrible et charmant de l'Époux.

O monde, ô vie, ô sens, évanouissez-vous!

Car, là-haut, par delà les ténèbres premières,

Dans l'éclat des concerts et la voix des lumières,

Impérissable, dans le nimbe de l'Amant,

La chair immaculée arde éternellement.

Baignée d'une musique surhumaine, elle entend comme en elle-même:

La lyre héroïque et dolente · 第 78 / 136 题