L'ERRANTE

Homme, revis en moi. Dans ma dextre crispée

Je serre puissamment le pommeau froid du glaive

Et si le monstre ancien se rebelle et se lève,

Je rougirai le sol de sa tête coupée,

Moi, celle qui connaît les suprêmes paroles

Et toute la douleur avec toute la joie;

Je chasserai le loup et l'hyène de proie

Et je veux emporter les royales corolles

Que les dragons jaloux gardaient des mains humaines:

Afin que le parfum des roses inconnues,

Epars farouchement sous la voûte des nues,

Suscite dans les coeurs les désirs et les haines,

Je viens à vous, frères penchés sur les emblaves,

Attelés à la meule au fond de l'ergastule;

Mon verbe lacérant l'antique crépuscule

Souffle une âme de pourpre à vos âmes d'esclaves;

Redressez-vous; sarclez les herbes parasites:

Lancez contre le ciel les pierres de vos geôles,

Et que les murs vaincus par vos fortes épaules

Vous ouvrent le jardin des terres interdites

Où, plus belles, des fleurs de rêve vont éclore

En butin triomphal pour les races vengées,

Tandis que le sang vil des bêtes égorgées

Se mêle par mon glaive au sang pur de l'aurore.

La lyre héroïque et dolente · 第 38 / 136 题